jeudi 18 avril 2013

Choisir son MBA en 1789 : les priorités de la bourgeoisie française

« Ils n'ont pas de pain ? Qu'ils passent leur MBA ! »
Ironie de l'expatriation, c'est sur un blog américain consacré à la France, Gallia Watch, que j'ai découvert la « une » du Point de cette semaine. Gallia Watch l'avait trouvée sur Le Salon Beige, que je ne lis pas car l'empilement de faits divers, sur Fdesouche ou ailleurs, a tendance à me lasser très vite.

Le Point se demande donc si nous sommes en 1789, en utilisant d'ailleurs le même surtitre, « Comment naissent les révolutions », que Dominique Venner dans un article publié deux jours plus tôt sur son site personnel. Étant donnés les délais de production de la presse hebdomadaire, il s'agit probablement d'une coïncidence. Néanmoins, ce n'est pas la première fois que Venner tient ce genre de propos, et je suis prêt à parier un dollar canadien que le directeur de la NRH n'est pas mentionné dans le dossier du Point.

Ce n'est pas tellement la « une » elle-même qui est significative. Il y a certes des analogies à faire entre Louis XVI et François Hollande, Marie-Antoinette et Valérie Trierweiler (et Carla Bruni, d'ailleurs). En revanche, imaginer que Mélenchon ferait aujourd'hui partie des insurgés, et non des défenseurs de l'ordre établi, est grotesque. Mais il faut dire que personne, parmi les principales personnalités politiques, ne dénonce le bluff de Méluche : ni la droite, qui, depuis le retrait de Besancenot, utilise cet épouvantail gonflé à l'hélium pour effrayer le bourgeois (cela a marché à merveille l'an dernier), ni la gauche, qui a besoin de traîner avec elle une odeur de révolte pour perdurer, bien qu'elle détienne tous les pouvoirs.

Non, ce qui m'a frappé, c'est le titre secondaire, tout en bas de la page : « Comment choisir son MBA ». Nous sommes donc dans une situation insurrectionnelle, à la veille d'un bouleversement majeur, mais il est important qu'Anatole-Amaury et Garance-Charlotte choisissent scrupuleusement leur formation à l'« administration de l'entreprise ». Après tout, si Paris brûle, ils auront toujours une solution de repli en faisant du consulting dans une tour réfrigérée de la City ou de l'audit dans un cube en béton à Pudong.

La bourgeoisie fait semblant
Si j'étais excessivement optimiste, j'y verrais un couac, digne de bientôt figurer dans les manuels d'histoire aux côtés du fameux « Rien » du carnet de chasse de Louis XVI. Mais comme j'essaie d'être réaliste, j'y vois surtout le fait que la bourgeoisie française fait semblant. Elle sait bien qu'avec « Frigide Barjot », sa « France black-blanc-beur » introuvable, l'espérance que lui inspire l'UOIF et son appel à matraquer des campeurs en sweat, il n'y a pas grand-chose à attendre de ce mouvement. Elle sait également, la bourgeoisie, que l'affaire Cahuzac n'augure pas de têtes qui roulent, sinon celles de redressés fiscaux sur qui va s'abattre la rigueur de Bercy. La bourgeoisie, en payant des conseillers fiscaux, saura se défaire d'une Inquisition fiscale qui conduit les patrons de PME à fermer boutique.

La bourgeoisie française, au fond, joue à se faire peur, comme elle s'est fait peur lors de la dernière élection présidentielle. Étant encore en France à l'époque, je me souviens de la panique qui s'est emparée de Sarkoland alors que la défaite de son champion paraissait inéluctable. On pouvait entendre, dans certains dîners en ville, des affirmations aussi contradictoires que « La France est foutue » et « Hollande ne doit pas passer ». Si la France est foutue, à quoi bon tenter de la sauver en jetant tous les cinq ans un bout de papier dans une boîte en plastique ? C'est le genre de question qu'on ne se pose pas dans les milieux bourgeois, et auquel on ne veut surtout pas répondre quand un outsider la soulève.

Au fond, l'homme de droite cherche moins à améliorer effectivement la situation qu'à se réconforter. S'il croyait vraiment la situation désespérée, il s'expatrierait ou entrerait en résistance. Il ne continuerait pas, comme si de rien n'était, à profiter indûment de la bulle immobilière et de l'impasse de la jeunesse.

« Gentrification » et déni de réalité
Néanmoins, cette peur est légitime, et un détour par la trilogie Batman de Christopher Nolan s'impose pour le comprendre. Dans Batman Begins (2005), Gotham est totalement soumis à la pègre : les rues sont dangereuses, les criminels petits et grands tiennent le pavé, les édiles sont notoirement corrompus. 

Si la bourgeoisie gothamienne continue à bénéficier d'une économie à deux vitesses, elle est régulièrement décimée, comme un troupeau de gnous attaqué par des prédateurs. C'est sur cette pègre, incarnée par le parrain de la mafia locale, Falcone, et le Dr. Crane, narco-trafiquant, que la Ligue des Ombres et Ra's al Ghul s'appuient pour provoquer le chaos. Néanmoins, le golden-boy Bruce Wayne/Batman, initié par la Ligue des Ombres avant de la trahir, réussit assez facilement à s'interposer.

La bourgeoisie, qui ignore que Batman est issu de ses plus hautes strates, trouve en lui son héros. Mais, Gotham à peine sauvé, voilà qu'une menace encore plus sérieuse apparaît à l'horizon : le Joker.

Dans The Dark Knight (2008), la collaboration de circonstance entre Batman, le commissaire Gordon, le procureur Harvey Dent et le maire hispanique gay Anthony Garcia, commence à porter ses fruits. Batman aide la police à coffrer les criminels, Gordon nettoie ses rangs des éléments corrompus par la mafia (dont le nouveau parrain, Maroni, est beaucoup moins redoutable), Harvey Dent enferme préventivement un millier de criminels qui régnaient sur les trottoirs jusqu'alors. Les rues sont assainies, la confiance revient, et les différents gangs voient la fin de leur empire s'approcher à très grands pas.

C'est alors que surgit le Joker. Lui a bien compris que la pègre, qu'il méprise, est en train de perdre la partie face au quatuor formé par Batman, Gordon, Dent et Garcia. Comme attaquer frontalement Batman lui est impossible, sa stratégie vise à rompre l'alliance tacite entre Batman et l'establishment. Le Joker sait que le bourgeois aspire avant tout au « doux commerce » vanté par Montesquieu, et qu'il abhorre par-dessus tout l'« esprit de conquête et d'usurpation » dénoncé par Benjamin Constant.

Il commet donc une série d'assassinats médiatiquement orchestrés en menaçant de continuer si Batman ne révèle pas son identité. Devant ce chantage, la bourgeoisie de Gotham, qui venait tout juste d'être sauvée par Batman, se détourne de lui. Court-termiste, elle réclame sa tête, alors que cela donnerait les coudées franches au Joker pour faire revenir le chaos à Gotham. Ainsi s'explique son acceptation du mensonge ridicule, à la fin du film, selon lequel Batman aurait été l'allié du Joker et aurait assassiné Harvey Dent. Éprise au-delà de toute autre considération de confort et de sécurité, la bourgeoisie est prête à accepter n'importe quel ordre, fût-il basé sur le mensonge, fût-il tenable à court terme seulement.

Ra's al Ghul, qui était un traditionaliste, disciple de Julius Evola, avait sous-estimé le degré de cruauté dont il lui faudrait faire preuve pour plonger Gotham dans le chaos. À l'inverse, le Joker, disciple de Nietzsche et voulant aller par-delà le Bien et le Mal, n'avait pas arrimé sa stratégie du chaos à un projet positif. Il s'était appuyé sur des évadés de l'hôpital psychiatrique pour constituer ses troupes, des troupes douteuses par conséquent. La stratégie du chaos ne fonctionne que si elle vise à ramener la Tradition.

Bane, dans The Dark Knight Rises (2012), va synthétiser leurs deux approches : s'assurer de la destruction totale de Gotham (au contraire de Ra's al Ghul) pour permettre à la Tradition de resurgir dans un monde enfin délivré de ses métastases. Il est intéressant que l'histoire de ce troisième opus se passe huit ans après celle du deuxième, qui succédait directement à celle du premier. Gotham est complètement gentrifié : les rues sont proprettes, la criminalité a été repoussée, territorialement et statistiquement, aux marges de la société. Les élites sont satisfaites d'elles-mêmes : la Bourse tourne, les matches de football font stade comble. Grâce à l'enfermement préventif du millier de criminels, confirmé par le maire Garcia, régulièrement réélu depuis huit ans, la police en est réduite à pourchasser les impayés de bibliothèque, comme s'en plaint le détective Blake, futur Robin, qui sait que cette vision de fin de l'histoire est illusoire. Quelque chose est pourri au royaume de Gotham, et si la pourriture n'est pas visible, elle ne va pas tarder à resurgir, symboliquement depuis les égouts, où Bane a établi sa base.

Gotham, miroir de la métropole occidentale
Si l'on y réfléchit bien, la situation de Gotham est semblable à celle de la plupart des métropoles occidentales : Manhattan, qui dans les années 70 a inspiré un film comme Taxi Driver, a significativement réduit sa criminalité en se gentrifiant, et en chassant au passage non seulement les malfrats, mais également les classes moyennes et populaires blanches qui en avaient fait l'histoire. 

Barcelone, ville d'une extrême saleté il y a une dizaine d'années, comme le rappellait justement Judith Godrèche dans L'Auberge espagnole (2002), est aujourd'hui une métropole loungisée, où la sangria accompagne le California roll et la musique d'ascenseur se mélange aux mélodies latino-américaines. 

Londres, moyennant une hausse indécente des prix de l'immobilier, a effectivement mis fin à l'agitation des années punk. À la vie aussi. Il est devenu impossible d'y fonder une famille si l'on n'a pas l'heur d'appartenir à l'une des deux extrémités du corps social, paradoxalement unies dans leur parasitisme.

Nous ne sommes pas beaucoup de détectives Blake et de Catwomen à savoir que quelque chose cloche, que le couvercle de la cocotte ne va pas tarder à sauter. Comme je le notais il y a deux ans, « [l]es individus sont atomisés dans des enfers urbains ou péri-urbains. Les familles sont éclatées (divorces, fuite du père, exode des enfants ayant grandi vers les métropoles). Il n’y a plus guère de vie locale authentique : les régions sont de plus en plus centralisées, administrativement et économiquement, par les capitales régionales, les villes moyennes s’organisent de plus en plus en conurbations interminables, quant aux petites villes et aux villages, s’ils ne sont pas déserts, ce sont de simples dépendances résidentielles des villes. » Tandis que notre environnement se résume de plus en plus à des non-lieux, tous quasi-identiques de Seattle à Moscou, des signes de fissuration de la marmite sociale se multiplient. Ceux-ci proviennent surtout des « banlieues » aujourd'hui, mais il semble que le pays réel soit en train, à son tour, de se réveiller, partout en Occident. Il est encore trop tôt pour dire ce qui en sortira, mais il est certain que la bourgeoisie, y compris de droite, fera tout pour s'y opposer.


Roman Bernard

mercredi 3 avril 2013

Joris Karl et l'illusion nationale

Bleu-blanc-rouge, rien ne bouge.
Quand j'ai appris que Robert Ménard sortait un nouveau site avec « Voltaire » dans le nom et le Gavroche de Delacroix comme logo, j'ai réprimé un bâillement. Encore un site « néo-réac » dans le style de Causeur avec des baby-boomers qui se réveillent à la soixantième minute de la vingt-quatrième heure pour proclamer la Patrie en danger, eux qui n'en avaient rien eu à cirer jusqu'ici, et s'en lavaient même les mains, si j'ose dire.

Les « néo-réacs », comme les cathos « pro-famille », me rappellent Howard Beale et son « I'm as mad as hell and I'm not gonna take this anymore ». On gueule un coup, ça fait du bien, puis on s'empresse d'oublier pourquoi on a gueulé, des fois qu'on isolerait des causes ou qu'on imaginerait des solutions qui pourraient nous brouiller avec Bercoff.

Je n'ai donc pas prêté attention aux « statuts » de mes contacts Facebook qui relayaient des articles aux titres tous plus faussement « politiquement incorrects » les uns que les autres. Ça, c'était jusqu'à ce que je découvre Joris Karl par Stag, plus indulgent que moi.

Là, c'est différent. En voilà un qui n'hésite pas à attribuer la faillite de Detroit, Michigan à autre chose qu'au « socialisme » (post-libéraux, lisez-le), à comparer le choix de Yamina Benguigui pour la Francophonie à celui de « Francis Heaulme aux Affaires sociales », à parler des poupées pour les pédophiles au Japon (qui m'ont inspiré cet article), et à dire après Skyfall qu'un James Bond noir tuerait symboliquement l'Europe-puissance.

D'un coup, la devise du site, « Le cercle des empêcheurs de penser en rond » se justifie. On ne peut plus « penser en rond » quand un point du cercle trace sa propre droite.

Oui, mais voilà... Joris Karl est un nationaliste. Et ça, Mesdames et Messieurs, c'est rédhibitoire. J'avais déjà grincé des dents en voyant qu'il saluait l'apposition du drapeau tricolore sur toutes les écoles de la République, ce drapeau qu'il définit par ailleurs comme « celui de la Révolution, de la Liberté, de la Résistance au nazisme » (pour le dernier point, rappelons à M. Karl que le drapeau tricolore était aussi celui de Vichy...).

Hier, à l'occasion du quart de finale aller de Ligue des Champions Paris SG-FC Barcelone (2-2), Karl reprochait à Manuel Valls d'être « plus catalan que français ». Il réagissait aux propos du ministre de l'Intérieur, qui a déclaré qu'il soutenait le « Barça » et non le PSG.

Difficile de voir du terroir dans ce club financé par le Qatar et cette équipe cosmopolite, mais il s'agissait ici surtout de taper sur Valls, natif de Barcelone et naturalisé sur le tard.

Pour le nationaliste, l'Europe est née en 1957 et l'Alsace en 1982
La réaction de Joris Karl contredit son propos sur l'« Europe-puissance », mais elle est en revanche révélatrice de ce qu'est le nationalisme ; pour le nationaliste, ne compte que la nation. Tout ce qui est en-dessous d'elle et la constitue (villages, villes, régions), et tout ce qui est au-dessus d'elle et dont elle fait partie (l'Europe, l'Occident), tout cela n'existe pas, ou alors doit son existence à la nation. C'est ainsi que, pour un Zemmour, qui est l'archétype du nationaliste jacobin, l'Europe est née en 1957 et l'Alsace en 1982.

Ça a l'air absurde comme ça, mais c'est exactement ce qu'est le nationalisme : une négation de ce qu'est vraiment la France, puisque celle-ci ne se conçoit pas sérieusement sans les régions qu'elle rassemble, ni sans la civilisation dont elle est un sous-ensemble.

Joris Karl prend un très mauvais exemple avec la Catalogne : une partie de celle-ci se trouve sur le territoire français, en vertu du Traité des Pyrénées de 1659 qui donnait tout le nord de la ligne pyrénéenne au royaume de France, y compris des terres basques et catalanes. Mais au contraire du Pays basque, distinct de la France et de la Castille par la langue et l'ethnie (les Basques seraient les descendants d'un peuple pré-indo-européen, d'où le fait que leur langue n'est apparentée à aucune autre d'Europe), la Catalogne n'est en rien « étrangère » à la France. Le catalan appartient au groupe des langues d'oc, comme l'occitan et ses diverses variantes auvergnate, gasconne, languedocienne, limousine, provençale et vivaro-alpine. La Catalogne n'est donc pas vraiment une terre étrangère à la France, elle lui est apparentée, puisqu'y est parlée une langue sœur de celles que l'on parlait dans les régions françaises méridionales jusqu'à ce que la République «une et indivisible» écrase sous le béton tricolore cette intolérable pluralité.

Le nationaliste se prévaut souvent de l'histoire pour justifier sa négation des régions et de l'Europe, mais au prix d'un révisionnisme historique qui ne résiste pas à l'examen. Par exemple quand il fait remonter la naissance de la France au baptême de Clovis, voire à la bataille de Gergovie, alors que le premier texte en langue romane apparaît en 842 lors du Serment de Strasbourg et que la Francia Occidentalis est formée un an plus tard, lors du Traité de Verdun, qui scelle le partage de l'Empire d'Occident entre les fils de Louis le Pieux, lui-même fils de Charlemagne, sacré 43 ans plus tôt à Rome. Autrement dit, contrairement à ce que s'imaginent les nationalistes souverainistes comme Joris Karl, la France est un simple résidu d'Europe, après cette tentative avortée d'unité continentale.

Le nationalisme de Joris Karl est en outre incohérent. Il se plaint que la natalité française soit assurée par les « mamas africaines », mais en référence à quoi décrit-il ces naissances comme une substitution de population ? Son article aurait-il la même teneur si, au lieu de mères du Maghreb et d'Afrique noire, les mères les plus prolifiques venaient d'autres pays européens ? La nation n'est pas pertinente face aux défis de notre temps, elle est même trompeuse en ce qu'elle empêche de voir la réalité. Il n'est pas rare de lire des articles sur les valeurs de l'islam qui seraient opposées à celles de « La France », comme si c'était « La France » qui était concernée, et pas la civilisation européenne ou occidentale dans son ensemble. La charia menace-t-elle les « valeurs luxembourgeoises » ?

Les nationalistes et les souverainistes parlent beaucoup de la nation, mais c'est surtout l'État qui compte pour eux. Quand Marine Le Pen parle de la France, parle-t-elle de la littérature, de la gastronomie et des terroirs, ou de la CAF, de la SNCF et de la Sécu ? La « France » de Marine Le Pen, Dupont-Aignan et les autres souverainistes et nationalistes n'est pas une nation, c'est une simple entité administrative déracinée, et désincarnée. 

On se demande donc pourquoi certains se plaignent des « Français de papier » alors qu'avec le triomphe de l'État-Nation au XIXe siècle, ce sont tous les Français qui sont devenus de papier, leur identité étant devenue synonyme de carte nationale d'identité.

La disparition de la France n'est que logique : la réalité prévaut toujours sur l'abstraction. 

Roman Bernard

La vacuité intellectuelle de la droite

J'ai traduit en anglais et publié sur AlternativeRight.com la sélection que j'avais réalisée à partir de propos d'Alain de Benoist extraits de l'« Entretien sur les droites françaises » paru dans la revue Éléments n°118, dernier trimestre 2005. C'est à lire en cliquant ici.

Roman Bernard

dimanche 31 mars 2013

Du Tea Party à la « Manif pour Tous », l'impasse de la droite religieuse

Source : https://twitter.com/TeamBarjot/status/318034003045269504
Au début, j'ai cru à un poisson d'avril avancé pour cause de week-end pascal. Mais le doute n'est plus permis : « Frigide Barjot » a bien participé au Congrès de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), la section française des Frères musulmans (et à ce titre l'homologue  du Hamas).

En voyant la photo ci-contre, j'ai pensé à un montage : qu'elle porte, à 50 ans révolus, un sweat à capuche rose fluo et un futal moulant de pré-ado, pas étonnant venant d'elle, mais qu'elle s'affiche aux côtés des barbus ? Et pourtant, la « catho-déjantée » est bien allée au Bourget déclarer aux musulmans de France qu'ils sont « notre espérance », « nous » désignant apparemment les opposants français au « mariage » gay. Elle récidivait ainsi par rapport à ses déclarations sur la « France black-blanc-beur » qui, prétendait-elle en dépit de la réalité, l'avait suivie, elle.

Les vrais destinataires de ce message
Que les participants à la « Manif pour Tous » fussent dans leur immense majorité des Français de souche, catholiques ou non, n'a pas grande importance : « Frigide Barjot » ne s'adressait pas aux musulmans, qui ne partageront jamais son « engagement », mais  aux catholiques qui ont peur de l'accusation de « racisme » que leur lance la gauche, qui sait quel mot magique prononcer pour faire perdre ses moyens à la droite. Aussi contre-intuitif que cela soit, il ne faut pas oublier que c'est le même procédé qu'ont utilisé aux États-Unis les leaders du Tea Party pour rassurer leurs sympathisants, presque tous Blancs et chrétiens, et qui avaient peur de passer pour « racistes ». Dès qu'ils le pouvaient, ils mettaient un Noir en avant, ne se rendant pas compte que, ce faisant, ils paraissaient condescendants et étaient justement dénoncés à ce titre. Je n'ai pas encore vu de réaction politico-médiatique à la sortie de la catho-festiviste, mais il est certain que ses propos ne modifieront pas l'opinion d'un Yann Galut. La gauche aura beau jeu d'y déceler de l'hypocrisie alors que c'est, hélas, très sincère.

Les propos de « Frigide Barjot » m'ont immédiatement rappelé ceux de Glenn Beck, présentateur à l'époque d'un talk-show sur Fox News, qui avait enjoint les centaines de milliers d'Américains chrétiens et blancs rassemblés à Washington fin août 2010 à « aller à leur église, leur synagogue, leur mosquée », alors que les fidèles des deux derniers lieux de culte sont notoirement hostiles au Parti républicain pour lequel Glenn Beck et Sarah Palin faisaient campagne.

Le résultat électoral a été désastreux : à l'exception des politiciens déjà connus qui s'étaient affiliés au Tea Party, les candidats issus de la société civile ont été balayés aux élections de mi-mandat de novembre 2010, remportées par le Parti républicain. Une fois les élections terminées, le Tea Party n'a cessé de décliner, au point de ne plus peser grand-chose lors de la nomination du candidat républicain; finalement, c'est Mitt Romney, un mormon social-démocrate, qui a été choisi, et ce sans le moindre suspense. 

Ce qui est certain, c'est que vous avez l'air stupides, tous les trois.
Puis il a été battu dans une élection présidentielle qui aurait pu être gagnable. Si les républicains avaient à nouveau obtenu 60 % du vote blanc, comme en 2010, au lieu des 59 % recueillis par Romney, ce dernier aurait pu empêcher Barack Obama d'être réélu.

Il faut dire que Romney, ancien gouverneur du Massachussets, était le candidat le plus improbable pour convaincre le Midwest blanc et chrétien de choisir le parti à l'éléphant. Au final, l'abstention a eu raison de Romney, comme elle avait eu raison de Sarkozy. Le mouvement spontané du Tea Party avait été transformé en renfort à la machine à perdre.

Rendre explicite ce qui est implicite
Cela devrait servir de leçon au million et demi de Français qui ont défilé le 24 mars : un mauvais leader peut tuer un mouvement prometteur, et « Frigide Barjot » est de cette trempe-là. Là où il y a des raisons d'être inquiet, c'est que, comme le disait Alain de Benoist dans cet entretien qui en a défrisé certains, l'homme de droite suit toujours son leader, même quand celui-ci, comme le joueur de flûte de Hamelin, le mène en musique à la noyade.

Il faudrait changer de leader, mais ça ne s'improvise pas : le leader reflète le mouvement. Tant que le mouvement a pour principal objectif la défense du « mariage traditionnel » (en réalité du mariage révolutionnaire institué pour concurrencer le mariage chrétien), il ne pourra pas y avoir de meilleur leader que « Frigide Barjot ». Les enjeux de l'heure ne sont pas religieux, mais identitaires, et la « Manif pour tous » l'a amplement révélé : en dépit de leur appel aux fidèles de toutes les religions, aux manifestants de toutes les couleurs, ce que les organisateurs ont obtenu, c'est une manif blanche, de même que Romney, malgré ses œillades appuyées envers les minorités, a obtenu 80 % de ses suffrages de ces Blancs qu'il n'a pas estimé nécessaire de convaincre.

Pour que le mouvement débouche sur autre chose que des « ateliers-sushi », des récitals de gospel et des défilés de schtroumpfettes, il faudra que le caractère ethnique implicite des manifestations soit rendu explicite, et pour ça, il faudra utiliser des thèmes un peu plus significatifs, et donc un peu plus clivants que les marottes de la droite religieuse.

Roman Bernard

jeudi 28 mars 2013

Les libéraux et la « liberté » de l'inceste

Variante, avec la fameuse citation de Bane
La republication de mon article « Sexe : de la “libération” à l'addiction » a suscité une intéressante discussion en commentaires, que je tiens à prolonger dans le présent article.

Vers la fin de cet article, je m'interrogeais :


« Chloé est majeure et donc juridiquement responsable de ses actes, mais seul un doctrinaire, un sadique ou un inconscient pourrait affirmer qu’elle est “libre” de ses non-choix, et qu’elle n’a donc à s’en prendre qu’à elle-même si elle a le sentiment, comme le dit le psychanalyste, d’être devenue une “poubelle à sperme”. Il faudrait être singulièrement dogmatique pour prétendre que Chloé, par l’“expérimentation”, va apprendre de ses erreurs et adopter un meilleur comportement à force d’accumuler les humiliations. À partir de combien de “coups d’un soir” les fanatiques de la “liberté ” pensent-ils que Chloé se sera responsabilisée ? »


Au cas où ce n'aurait pas été clair, ce sont bien entendu les libéraux et libertariens que je visais en évoquant les « fanatiques de la “liberté” ». Certes, j'ai été leur « compagnon de route », grosso modo entre 2008 et 2011, année du clash raconté dans cette nouvelle.

Et avant qu'on me pose la question, oui, il y a bien « quelque chose de personnel » dans mon rejet du libéralisme. Car le type de personne qu'attire une doctrine ou une idéologie est révélateur de la nature de cette doctrine ou de cette idéologie. Les conflits que j'ai eus avec des libéraux en 2011, pour personnels qu'ils fussent, révélaient quelque chose de plus profond. Au cours des trois ou quatre années de mon compagnonnage, les doutes s'étaient accumulés, jusqu'à arriver au point de non-retour.

L'inceste prohibé partout, même chez les gorilles
Il est toujours artificiel de parler d'une « goutte d'eau », mais je crois que la question de l'inceste et de sa prohibition a joué un rôle important. L'inceste est l'un des tabous fondamentaux de la civilisation, avec entre autres la coprophagie ou le cannibalisme. Il dépasse même le genre humain, puisque sa prohibition existe également chez certains grands singes. Chez les gorilles, les filles du mâle alpha doivent partir en quête d'un nouveau mâle, afin d'éviter toute relation sexuelle avec leur père. L'inceste était certes pratiqué par les Pharaons d'Égypte, mais cet écart par rapport à la norme soulignait justement la divinité de Pharaon. Ses sujets étaient, eux, soumis à ce tabou primordial.

Je ne fais pas de procès d'intention aux libéraux en parlant de leur refus de la prohibition de l'inceste. L'un d'eux, Sean Gabb, un Britannique, l'a récemment écrit dans des termes sans ambiguïté, au détour d'un article consacré pour le reste au mariage gay :


If two consenting adults want to live together in close union and can find a consenting minister of religion to bless their union, who are we to object? The same applies to polygamy, polyandry, incest, or any other kind of union between consenting adults. 
(Si deux adultes consentants veulent s'unir l'un à l'autre et trouvent un prêtre volontaire pour bénir leur union, qui sommes-nous pour nous y opposer ? Il en va de même pour la polygamie, la polyandrie, l'inceste, ou toute autre forme d'union entre adultes consentants.)
« Vice City », un jeu pour les petits comme pour les grands !
Et cela va bien au-delà de la théorie, pour descendre au niveau de la pratique. Il y a quelque temps, on apprenait qu'à Tampa, Floride, une mère et sa fille avaient décidé de tourner ensemble dans un film porno. Rien d'illégal ni de contraire au principe libéral de consentement entre individus responsables, puisque la fille est majeure. Il n'y a donc, dans la doctrine libérale autant que dans la loi, aucun garde-fou à ce qu'une mère et sa fille participent ensemble à une activité sexuelle, vu que leur inceste est ici indirect.

Le libéralisme, une doctrine incomplète
Je suis certain que la plupart des libéraux trouveront qu'effectivement, cela est choquant et doit être interdit (les autres sont des morts-vivants, ou des porcs, au choix). La question est plutôt : dans quel principe de la doctrine libérale trouveront-ils la justification à la prohibition de l'inceste dès lors que l'enfant est responsable de ses actes ?

Ils n'en trouveront tout simplement pas, puisque la pensée libérale a été élaborée, de John Locke à Friedrich Hayek, dans une Europe chrétienne, où la prohibition de l'inceste allait de soi, comme la nécessité de s'emplir les poumons d'air pour vivre. Nous sommes à présent dans une société déchristianisée, où les seules normes sont fixées par le législateur. Si ce dernier n'interdit pas à une mère et une fille de jouer ensemble dans un porno, alors rien ne peut les en empêcher. Et si le mari de la première et le père de la seconde faisait ce qu'un homme doit faire en pareille circonstance, c'est-à-dire empêcher, de gré ou de force, sa femme et sa fille de tourner dans ce porno, c'est lui qui serait coupable aux yeux de la loi. S'il levait la main sur son épouse et sa fille, il pourrait même aller en prison, alors que son acte serait justifié au regard de la morale.

Maintenant qu'il n'y a plus d'Églises, catholique ou protestantes, pour imposer la prohibition de l'inceste, et que le législateur est trop occupé à promouvoir des formes déviantes de sexualité pour se consacrer à cette nécessaire prohibition effective, il n'y a donc plus de moyen d'empêcher cette mère et cette fille de se vautrer dans le déshonneur. Et si la foule, en accord avec la morale autant qu'avec la nature, décidait de se munir de pelles et de fourches pour empêcher, sous la menace, que cela arrive, les principes du libéralisme protégeraient les deux femmes indignes : en effet, en vertu du principe de non-agression, aucun individu ne peut en empêcher un autre de faire ce qu'il veut, la réciprocité de ce principe étant censée garantir le bon fonctionnement de la société. Il y a même fort à parier que les libéraux se mettraient, ironiquement, du côté de l'État qu'ils disent tant haïr (sauf quand il s'agit de travailler pour des entreprises qui vivent pour l'essentiel des marchés publics...) pour empêcher toute « coercition ».

Inceste et détérioration génétique
En réalité, l'inceste, lorsqu'il donne lieu à la procréation (comme c'est arrivé en France, récemment), propage les maladies génétiques, et conduit donc au dysgénisme, c'est-à-dire à l'appauvrissement du pool génétique de la population. C'est un domaine parmi d'autres dans lequel l'individualisme radical du libéralisme révèle les lacunes de cette doctrine. Un individu n'est pas que le fils de ses deux parents. Il est aussi le petit-fils de ses quatre grands-parents, l'arrière-petit-fils de ses huit arrière-grands-parents, et ainsi de suite. Dans une population relativement homogène, tous les individus sont cousins.

Toute naissance issue d'une relation incestueuse polluera donc le pool génétique de la population, qui est un bien commun, et non individuel. Beaucoup de libéraux se croient rationalistes et évolutionnistes, mais l'inceste va précisément à l'encontre de l'évolution, ce qui explique pourquoi il a été prohibé universellement dans des cultures qui n'ont été en contact qu'à l'ère moderne, ainsi que chez certains spécimens évolués de singes.

Les libéraux conscients que la doctrine qu'ils professent est incomplète gagneront soit à l'abjurer, soit à la compléter (mais s'il est possible d'empêcher deux individus responsables de faire ce qu'ils veulent de leur corps, que restera-t-il du libéralisme ?). Les autres continueront à la professer sans l'amender, et devront donc, au nom de la défense de la civilisation qui est la nôtre, être tenus pour ce qu'ils sont : des ennemis.

Roman Bernard

mardi 26 mars 2013

Sexe : de la « libération » à l’addiction


Autre republication en provenance de Nouvelles de France, cette tribune du 16 décembre 2012 où je parle d'une vidéo certes ancienne mais plus actuelle que jamais :


La vidéo que vous vous apprêtez à regarder date un peu (2009) mais son thème est toujours d’actualité. Il est même plus actuel que jamais, en ces temps de subversion féministe généralisée, de la part des « Pussy Riot » en Russie ou des « Femen » partout dans le monde.

Il s’agit d’un reportage de 20 minutes, diffusé dans le magazine « Tellement vrai » de NRJ12, sur le thème «Sexe : Abstinence ou Addiction ? ». Comme toujours, lorsqu’une fausse dichotomie sert de trame à un débat, c’est que celui-ci est truqué. Entre les deux extrêmes que sont l’abstinence et l’addiction sexuelles, la plupart des êtres humains choisiront la plus propice à la vie, et c’est bien là le piège. Car le téléspectateur averti peut se demander, en fin de reportage, si la vie d’une « sex-addict » commeChloé mérite vraiment d’être vécue.



 


Nous rencontrons donc Chloé, dans les rues de Bourges, patrie de Jacques Cœur, grand argentier du roi Charles VII. Outre le palais médiéval de Jacques Cœur, monument national, Bourges abrite l’une des plus belles cathédrales de France, célèbre pour son fameux jubé et ses hautes tours du haut desquelles on peut admirer le Berry. Non loin de là se trouvent l’immense vignoble de Sancerre et les élevages de chèvres dont le lait donne le délicieux crottin de Chavignol. Pourtant, la vie de Chloé est aussi sinistre qu’un jour de soldes à Auchan. Les ruelles pavées de Bourges servent de décor à une vie terne, décousue, absurde.


18 ans et déjà 55 « amants »
À 18 ans, Chloé a déjà eu 55 « amants », des deux sexes, même si la voix-off ne s’attarde pas sur ce détail. En fait d’amants, il s’agit plutôt de « coups d’un soir » puisque, de son aveu, Chloé ne veut pas que la relation aille plus loin que la fin d’un coït qu’on devine machinal.
Selon les standards d’une civilisation corrompue, Chloé devrait être comblée : à 18 ans, elle est « indépendante » ; cela fait deux ans déjà qu’elle a quitté les deux domiciles parentaux (ses parents sont divorcés) à Dijon, suffisamment loin (250 kilomètres) pour en être détachée.
Le rêve de la « libération » féminine ne s’arrête pas là : Chloé vit seule, dans un véritable appartement. Bien qu’elle étudie visiblement en alternance (dans l’hôtellerie), on doute que son contrat de professionnalisation suffise à payer ses sex-toys et ses navrantes tenues érotiques. On ne saura pas, en revanche, si ses parents continuent à la soutenir dans sa vie dissolue, ou si elle dispose d’autres sources de revenus, moins avouables devant la caméra.
Même sa conception de la sexualité trahit une lourde influence de l’idéologie féministe. Alors que la conception traditionnelle veut que l’homme courtise la femme, c’est ici Chloé qui propose directement ses faveurs à ses « proies » :« C’est pas les mecs qui m’appellent, c’est moi qui les appelle ; c’est moi qui décide ». Et tant pis pour les prétendants qui ne se contenteraient pas d’une fois. NRJ12 organise une « confrontation » (vers 7’) entre Chloé et Lilian, qu’elle décrit comme le « numéro 43 ». Il regrette qu’elle n’ait « pas voulu le revoir ». Elle explique, sans aucune émotion : « J’suis comme ça, j’essaie de passer à autre chose. » Il lui demande de manière incongrue si elle a déjà été amoureuse. Elle répond par la négative.
Ni sentiments, ni plaisir
S’il n’y a pas de sentiments, y a-t-il au moins du plaisir ? Chloé confesse que non. « Après coup, je me dis que ça sert à rien ». « Je sais pas c’que j’cherche », dit-elle le regard vide.
On retrouve plus tard Chloé en terrasse, prenant un café avec Morgane, sa confidente. Les gros plans sur la gare SNCF glauque n’arrangent rien. Morgane, 19 ans, qui semble envier Chloé sans oser l’imiter, lui dit : « Tu t’amuses, tu profites, t’as raison », puis, se tournant vers la caméra : « Si elle a envie de continuer, de se faire plaisir, qu’elle le fasse ». Ce nihilisme absolu est sans doute ce qui explique que Morgane et Stephen, un ami visiblement homosexuel qu’elles retrouvent dans la soirée, acceptent que Chloé leur raconte ses ébats dans le détail : « J’veux sucer… Il m’dit“mors-moi”… alors là ma mâchoire elle fait “clac !”. »
La scène finale, chez un psychanalyste spécialisé dans les problèmes de sexualité (sur une ville de 67 000 habitants seulement, ce qui en dit long sur l’hyperérotisation de notre société), est pathétique, au vrai sens du terme : « J’me sens salie », lui confie-t-elle, l’air désemparé.
Pas de liberté véritable sans autorité
Ce qui frappe, dans ce reportage, c’est l’absence des parents, et notamment du père. Il est vaguement question de la mère, mais pas du père. Chloé explique qu’elle est partie de Dijon pour fuir sa « mauvaise réputation » (qu’elle a depuis l’âge de 14 ans et demi), et l’on doute que ce soit le prétexte qu’elle ait fourni à ses parents. Elle a sans doute invoqué celui des études, mais qui peut croire qu’il n’y a pas de formation en hôtellerie dans la capitale des vins de Bourgogne ? Et quels parents accepteraient de laisser leur fille passer à la télévision, sans visage flouté ni voix synthétisée, disant que tout Bourges lui est « passé dessus » ? Quels parents, sachant cela, accepteraient de continuer à la financer au lieu de la ramener de force ?
Une telle manifestation d’autorité contredirait nécessairement le dogme libertaire du refus de toute coercition, martelé dans tous les canaux de médiatisation, dont le cinéma avec Le Cercle des poètes disparus, où un étudiant se suicide parce que son père lui a interdit de jouer au théâtre pour le forcer à se concentrer sur ses études. Avec la délégitimation de toute autorité, il n’y a plus de garde-fou pour empêcher une adolescente de devenir dépendante d’une sexualité compulsive qui ne lui procure ni estime de soi, ni affection, ni même simple plaisir.
Chloé est majeure et donc juridiquement responsable de ses actes, mais seul un doctrinaire, un sadique ou un inconscient pourrait affirmer qu’elle est « libre » de ses non-choix, et qu’elle n’a donc à s’en prendre qu’à elle-même si elle a le sentiment, comme le dit le psychanalyste, d’être devenue une « poubelle à sperme ». Il faudrait être singulièrement dogmatique pour prétendre que Chloé, par l’« expérimentation », va apprendre de ses erreurs et adopter un meilleur comportement à force d’accumuler les humiliations. À partir de combien de « coups d’un soir » les fanatiques de la « liberté » pensent-ils que Chloé se sera responsabilisée ?
Les tenants de la « libération » sexuelle sont d’autant plus malhonnêtes qu’ils se prétendent rationalistes, et amis des sciences. Or, ce que la science nous enseigne, c’est qu’une stimulation sexuelle excessive a des effets traumatisants sur le cerveau (lire, en anglais, ici et ici), qu’il s’agisse de la consommation répétée de films pornographiques ou simplement d’une activité sexuelle trop fréquente. L’addiction dont souffre Chloé est bien la preuve qu’elle n’est plus « libre », et que seules des mesures coercitives pourront la soigner de ses accoutumances.
Or, à moins de renforcer encore la logique de l’État thérapeutique déjà dominante dans notre société, on voit mal qui, à part le père, a l’autorité nécessaire pour imposer cette coercition.
Les féministes comme les « Femen » mentionnées précédemment y verront un retour de la « phallocratie » ou du « patriarcat », ce en quoi elles auront raison. Il n’y a pas de société viable sans autorité, et celle-ci commence au plus bas échelon de la société : la famille.
La conséquence d’un refus de cette réalité constatée empiriquement dans toutes les sociétés, à toutes les époques ? Un effondrement démographique, qui, en Occident, coïncide très précisément avec le triomphe de la Révolution sexuelle, intervenu lors de la décennie 1960.
Même si le cas de Chloé sort probablement de l’ordinaire (et il n’est pas à exclure qu’elle ait « enjolivé » de son point de vue son palmarès), le phénomène qu’il révèle n’est pas marginal.
Cette sexualité est incompatible avec la procréation, ainsi qu’avec la famille, sans laquelle aucune société ne peut perdurer. Sans un retour de l’autorité paternelle (et, par dérogation, celle des frères, des oncles, des cousins, des maris), de plus en plus de Chloés livrées à elles-mêmes s’adonneront à une sexualité anomique, stérile, et au final destructive pour la société.
*Roman Bernard est l’ancien rédacteur en chef du Cri du contribuable.

lundi 25 mars 2013

Des lions menés par des joueurs de flûte

Les rayures tricolores, éternel étendard des enfumeurs de peuples
Il aura donc fallu que je parte en Nouvelle-France pour que l'ancienne se réveille. Pendant mes trois années à Paris (quatre même, si l'on compte une année à Chartres, où je goûtais aux délices de la vie de très-grand banlieusard), il ne s'est rien passé. Rien. Je me rappelle en souriant ces « Assises régionales de l'éducation » à Lyon et à Nantes dont les organisateurs se demandaient s'il fallait ou non prévoir des défibrillateurs en cas d'arrêt cardiaque dans l'assistance... ou le « Jour de libération fiscale », ce 28 juillet 2010, quand, après avoir envoyé une newsletter à 100 000 personnes, nous nous sommes retrouvés à trois pelés et un tondu aux Tuileries, moi ridiculement déguisé en bagnard...

Je suis parti en pensant que rien n'arriverait, décidément, et voilà que je suis démenti par les faits : 1,3 million le 13 janvier, 1,4 million le 24 mars ! Au-delà du chiffre impressionnant, ce qui est frappant, c'est d'avoir réussi à améliorer le score initial, chose très rare pour les manifs consécutives. Si je vivais toujours à Paris, je serais bien sûr allé manifester ces deux dimanches-là. Pas par réelle préoccupation du « mariage » gay, non : comme je l'ai écrit l'an dernier, le « mariage » homosexuel n'est pas notre affaire. Ses opposants prétendent défendre le mariage traditionnel en marchant, mais c'est le mariage civil, républicain, précisément institué par la Révolution pour remplacer le mariage traditionnel qu'ils défendent, illustrant ainsi que le conservateur défend toujours la dernière révolution. Comme le rappelle Ivane, la droite avait promis d'abroger le PACS en 1999. Revenue aux affaires en 2002, elle l'a renforcé. Si Sarkozy revient en 2017, ce qui est hélas possible, non seulement la droite n'abolira pas le « mariage » gay, mais elle le consolidera. Elle le défendra ensuite contre les partisans du mariage à plusieurs. Enfin, elle prétendra l'avoir inventé contre la « gauche homophobe ». Si vous trouvez ce scénario tiré par les cheveux, intéressez-vous à la récupération de Martin Luther King, communiste revendiqué, par la droite américaine depuis trente ans.

Si, donc, je ne vais pas suivre la droite dans sa peur panique du « mariage gay », je regrette de ne pas avoir été là hier et le 13 janvier dernier. Car si tant de gens sont venus, c'était plus largement pour protester contre le projet socialiste dans son ensemble, et pas seulement contre la peccadille du « mariage » homosexuel. L'opposition à celui-ci étant pour l'heure autorisée, beaucoup ont saisi ce prétexte-là pour protester.

« I think that was it, fellas! »
1,4 million ! C'est impressionnant, mais, pour paraphraser Howard Beale, « I think that was it, fellas! ». Un mouvement ne vaut, en définitive, que par son leadership, et c'est là le problème. Je salue l'engagement de ceux de mon peuple qui sont allés protester hier, car si ce ne sont pas des lions, ils valent assurément plus que les ânes qui les ont dirigés.

Pas besoin de s'attarder sur le cas de l'un des porte-parole de la manif du 13 janvier, qui accusait François Hollande de vouloir offrir des alliances en triangle rose aux futurs époux. Ce « gay contre le mariage gay » a été désavoué par ses maîtres, n'y revenons pas.

Non, c'est évidemment le cas de « Frigide Barjot » qui doit retenir notre attention. Le style, c'est la femme autant que l'homme, et l'on sait tout de cette femme-là une fois qu'on a vu cette photo déterrée par les Cégébistes, où cette « catho-déjantée » se fait peloter par Jean-François Dérec, sous le regard complice de son eunuque de mari, « Basile de Koch » (lui au moins s'est inventé un nom de scène). Entre « humoristes » ratés, il semble qu'on s'entende. Nul doute que le couple de « comiques » pas drôles a su convaincre son homologue des vertus du mariage, ainsi que de celles de Nicolas Sarkozy.

Si la photo ne suffisait pas, cette déclaration devrait enfoncer le clou : « Arrêtons de nier la réalité de la France d'aujourd'hui. Elle est black-blanc-beur et elle est contre l'adoption des enfants par des couples homosexuels ». Black-blanc-beur, la France contre le « mariage » gay ? Faux, évidemment. Comme je le prédisais l'an dernier en réponse à Jacques de Guillebon qui fantasmait une « Sainte Alliance contre le mariage gay », les manifestants étaient dans leur écrasante majorité blancs, catholiques, agnostiques ou païens. Ce sont les Français de souche qui ont manifesté, et non une chimérique alliance des religions contre une mesure dont seule la chrétienne se soucie véritablement. C'est donc ce peuple-là (et plus largement les peuples d'Occident) qu'il faut rassembler, et pas les United Colors of Religion qui n'existent que dans les cervelles pourries de ces gens-là.

M. de Droite, la trouvez-vous toujours aussi « laxiste », la police ?
On mesure à quel point le million et presque et demi de manifestants s'est fait berner par son leadership quand on lit que « Frigide Barjot » s'est empressée de condamner les violences, alors que les seules violences qui ont éclaté ont été le fait de la police d'État. Il faut dire que le droitard a du mal à comprendre que la police n'est pas son gardien, mais son ennemi... et que quand Renaud geint en parlant des « matraqueurs assermentés », il est complètement à côté de la plaque... car la police est bien de son côté, et non du nôtre.

Chers compatriotes, j'aurais aimé défiler à vos côtés, mais pas derrière des cons pareils.


Roman Bernard