mardi 25 mai 2010

Actualité de la subversion soviétique

Comme je l'ai annoncé sur le groupe et la page Facebook de Criticus, j'ai réalisé la « playlist » ci-dessous à partir de vidéos trouvées chez Franck Boizard. Il s'agit d'une conférence donnée en 1983 à Los Angeles par Yuri Bezmenov, alias Tomas Schuman, un ancien propagandiste du KGB en Inde passé à l'Ouest dans les années 1970.Il y explique le processus de subversion mené par l'URSS durant la Guerre froide pour démoraliser, puis déstabiliser les Occidentaux.



On apprend d'abord que 10 à 15 % seulement des activités du KGB correspondaient à des activités d'espionnage proprement dit. Le reste, la grande majorité donc, concernait la propagande soviétique destinée à subvertir les démocraties libérales occidentales.

Dans le cadre de la Guerre froide, le Bloc soviétique, pour Bezmenov, n'était pas assez fort pour attaquer de manière frontale le camp occidental. Appliquant les principes de plusieurs arts martiaux, il s'agissait ainsi pour le KGB d'accompagner les démocraties dans leur mouvement, en encourageant les individus ou les groupes capables de subvertir la société. La première tâche du KGB consistait donc à cibler, dans chaque pays, les personnes capables d'influencer la société dans un sens défavorable.

On pense par exemple à Catherine Ashton, aujourd'hui Haut représentant de l'Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité‎, et qui était trésorière dans les années 1970 du Mouvement pour le désarmement nucléaire, financé par l'URSS, qui voyait là le moyen d'affaiblir militairement le Bloc de l'Ouest.

Cette première phase d'instrumentalisation de personnalités influentes est la phase de la démoralisation. Durant selon Bezmenov de 15 à 20 ans, c'est-à-dire le temps nécessaire à l'endoctrinement d'une génération, elle vise à faire douter l'adversaire du bien-fondé de ses valeurs, et donc de la nécessité qu'il y aurait à les défendre.

Qui, lisant ces lignes, ne pensera pas à l'un ou même à plusieurs de ses professeurs d'histoire du secondaire, présentant systématiquement l'histoire de l'Occident de manière négative, qu'il s'agisse de l'esclavage, de la colonisation, de la Shoah ?

Une fois la population de l'adversaire démoralisée, Bezmenov affirme que le processus de subversion passe à la déstabilisation, qui doit durer entre 2 et 5 ans.

L'URSS est disparue avant que cette phase n'arrive à son terme. Néanmoins, comment ne pas penser à Action Directe en France, aux Brigate Rosse en Italie, ou à la Rotte Armee Fraktion en Allemagne de l'Ouest comme signes manifestes de cette tentative de déstabilisation ?

La suite logique de cette déstabilisation est la crise. Durant de deux à six mois, elle voit le pouvoir légitime vaciller, et devenir vulnérable aux groupes d'individus capables d'imposer un gouvernement insurrectionnel de type marxiste.

Alors qu'aux stades précédents du processus de subversion, la réponse était surtout culturelle (répondre au dénigrement de l'Occident par une réaffirmation de son identité et de ses valeurs), elle devient militaire au stade de la crise. C'est ce qui s'est produit au Chili, et de manière heureuse, en 1973 : un coup d'État militaire rétablissant d'abord l'ordre, puis, de manière graduelle, les libertés publiques.

Si, toutefois, la phase de crise s'est déroulée dans un sens favorable aux menées soviétiques, on passe alors à la phase terminale, celle de la « normalisation ».

Il s'agit de la mise en place d'une « démocratie populaire », imposée par les armes.

Bezmenov évoque le cas de l'intervention américaine à Grenade, la même année que la conférence, pour éviter que cette île caribéenne ne tombe dans l'escarcelle soviétique.

L'ironie, à ce stade, est que les « idiots utiles », ceux qui ont activement participé à la démoralisation et la déstabilisation de la démocratie libérale, sont les premiers exécutés. Dressés à la rébellion, ils deviennent en effet dangereux pour le nouveau pouvoir. Les marins anarchistes de Cronstadt en ont fait la cruelle expérience en 1921.

On songe alors : pourquoi ne pas alerter, en amont, ces « idiots utiles » du péril qui les guette ? Réponse de Bezmenov : c'est inutile, car le réel est impuissant contre l'idéologie. Même en fournissant des exemples de ce qui attend les « idiots utiles » du communisme, ces derniers sont incapables de voir, donc d'accepter la réalité.

Bezmenov va même plus loin. Dans la septième vidéo, il se saisit d'une craie pour écrire au tableau : 2 x 2 = 4. C'est assurément vrai, mais personne ne mourra jamais pour défendre cette vérité. Seule une religion ou, dans le cas du communisme, un millénarisme de substitution, peut conduire des hommes à se sacrifier pour elle.

Ainsi est résumée l'aporie du scientisme occidental, incapable de maintenir chez les individus l'instinct de survie nécessaire à la perpétuation de la civilisation.

Ainsi, également, apparaît la brûlante actualité de cette conférence. Comme l'a noté Franck Boizard, les islamistes récoltent aujourd'hui les fruits de la subversion des sociétés occidentales opérée par les communistes.

D'abord parce que les « idiots utiles » de l'islamisation, dont beaucoup sont de gauche ou d'extrême-gauche, sont incapables de voir la réalité du danger islamique.

Ensuite parce que, dans l'essentiel de la population occidentale, a été brisé le ressort de la religion, qui aurait pu immuniser les individus contre ce fléau. À l'inverse, les islamistes, parce qu'ils croient en une transcendance, progressent.

Ne croyant pas que le peuple d'Israël soit le « peuple élu », ni même que l'un de ses ressortissants ait pu être le fils de Dieu, je ne peux qu'être embarrassé par cette observation. Néanmoins, je sais, pour l'avoir déjà écrit, que seul le Christ, ou tout du moins la foi en Lui, sauvera l'Occident de la barbarie islamique. Alors, bien qu'oscillant depuis toujours entre l'agnosticisme et le déisme, je me suis résolu à attendre la Grâce.

Roman Bernard

vendredi 21 mai 2010

L'esprit de l'Europe est mort

Je republie ci-dessous le commentaire de Flore en réaction à l'article de Loïck intitulé « Les Nouveaux Catholiques » :

J'ai dit que l'Europe était morte, il faut que je m'en explique.


J'entendais que son esprit est mort. Le sens passionné de la vérité, que l'Europe a porté aux nues jusqu'à en faire une civilisation, est mort. La pensée est morte. Du moins elle est bien rare. Le sens de la vérité s'est dévoyé en relativisme radical (notez l'aporie : le relativisme comme certitude), lequel a bien peu à voir avec cet autre relativisme, qui, bien compris, était le moteur de notre civilisation (lire Rémi Brague : Europe: la voie romaine. L'auteur montre que si l'on définit fréquemment l'identité de l'Europe par les sources grecque, judéo-chrétienne, romaine qui l'ont nourrie, on devrait néanmoins davantage insister sur l'influence de cette dernière. Et ce, moins par le contenu de ce qu'elle a transmis à l'Europe que par une attitude, une capacité et une conscience à s'approprier, sans l'assimiler, l'étranger, attitude que Brague traduit par le concept de « secondarité culturelle » : comme il l'écrit si bien, la culture n'est pas « le poids de l'appartenance » mais le résultat d'un effort, « une fin conquise de haute lutte » - la cultura animi des latins, celle de Cicéron (1). Elle est (ou devrait être) toujours devant nous. Pas en nous.).

L'hitlérisme et le stalinisme ne sont pas des accidents, au cours de la longue histoire de l'Europe, comme vous semblez les considérer.

L'hitlérisme et le stalinisme (ou, pour parler dans les termes de l'époque, les deux socialismes, le national et l'international), ces idéologies abominables, me semblent des symptômes de notre déliquescence, des conséquences de l'appauvrissement de notre capacité à penser, de notre refus de Dieu (notre « tentation prométhéenne », comme diront d'autres).

Vous me rétorquerez peut-être que toute idéologie est faite de certitudes ; lors, que vous ne voyez pas bien le rapport de cause à effet entre le relativisme radical et l'idéologie. Mais l'idéologie (concept récent, sans doute) est le produit nécessaire du scepticisme de l'époque moderne (2).

Pour le dire autrement : on peut distinguer le nihilisme actif qu'étaient ces idéologies, du nihilisme passif dans lequel nous vivons. Et lorsqu'on cherche à sortir de ce nihilisme second, c'est presque immanquablement pour retomber dans le nihilisme actif. J'en veux pour preuve qu'à la justice nous préférons l'« engagement »; qu'à la vérité nous préférons la « cause »; qu'en place de principes nous parlons de « valeurs » ; que nous ne sommes plus des penseurs, mais au mieux (au pire donc) des « intellectuels » (3).

Ainsi, s'il n'est désormais de vérité qu'humaine (postulat des sceptiques), alors il n'est plus de vérité. Car rien de supérieur, de transcendant, ne vient instituer et enraciner notre présence au monde. Hommes auto-divinisés, auto-sacralisés, nous sommes juge et partie. Nous n'avons plus de critère pour discriminer le vrai du faux (sinon celui du vérifiable). Dans ce monde d'opinions (hors la sphère scientifique qui procède par vérifications), nous sommes condamnés à affirmer. C'est à celui qui affirmera avec le plus de vigueur, avec la voix la plus forte. C'est à celui qui gueulera le plus fort, avec ses tripes ou autre chose, si ça lui chante et s'il en est pourvu. Cela nous rassure, cela nous donne l'illusion de combler ce grand vide d'un monde qui n'est plus Création, l'œuvre d'un Dieu qui nous a fait à son image (avec les devoirs que suppose cette modalité de notre être). Cela donne l'illusion de maîtriser quelque chose, à défaut de se maîtriser soi (la maîtrise de soi, « un homme, ça se contient » (4), c'est ce qui fait l'humanité de ces étranges animaux que nous sommes). La pensée, par nature, s'oppose à l'amour de soi (lequel n'est qu'instinct de persévérer dans son être, notre part d'animalité). Comme l'amour de soi (la sacralisation de l'homme) est le moteur de l'homme moderne, on peut dire qu'il n'est plus de pensée (et que nous ne faisons pas souvent l'homme de nos jours). Voilà, je ne vois pas bien comment nous pourrions inverser la tendance. Et c'est pourquoi j'affirmais (précisément, puisqu'on ne peut rien faire d'autre (5)), que l'Europe est morte. Elle est morte-vivante en tout cas. Elle ne subsiste que dans son nihilisme. Nous sommes les enfants de Dangeau, pour ceux qui connaissent cette admirable satire de Boileau. Mais nous ne le savons plus car l'idée même d'héritage nous répugne. Notre amour de nous-mêmes nous conduit à refuser d'être redevable de quoi que ce soit à de quelconques ancêtres, à un quelconque passé. D'où notre lâcheté (d'aucuns diront, de manière, à mon sens, restrictive, notre dhimmitude) actuelle.


  1. Sur ce point, lire aussi La crise de la culture, d'Hannah Arendt.
  2. Je ne me sens pas la capacité intellectuelle de retracer ici (ni ailleurs) une généalogie du scepticisme de l'époque moderne. Il se développe à la Renaissance (voir Pic de la Mirandole), il existe dans le nominalisme (Occam), voire il remonte peut-être à l'idéalisme platonicien.
  3. Nous ne sommes plus, en tant qu'hommes, des penseurs. Et nous nous déchargeons de cette faculté commune sur des professionnels, les « intellectuels ».
  4. « Un homme, ça se contient » ou « ça se retient », disait le maître d'école de Camus.
  5. Fatalement, si j'ose dire, puisque mes tentatives de penser se réduiront à n'être plus que l'expression d'une opinion face à de multiples autres, toutes égales.

mardi 18 mai 2010

Comment je suis devenu hippophage

Hippophagie : emploi de la viande de cheval dans l'alimentation humaine.

(Wiktionnaire)


Mes lecteurs se rappellent que, contrairement à Éric Timmermans qui proposait de boycotter la chaîne de fast-food Quick, dont huit restaurants sont passés au « halal », je suggérais au contraire de soutenir ses burgers à base de porc (ex : Quick'n Toast).

J'avais appelé cette politique la « Reconquicksta » : convaincre les dirigeants de Quick, en bouffant du porc, qu'ils n'ont aucun intérêt commercial à chausser des babouches.

Mais tout croisé ayant ses accès de faiblesse (certains ont bien failli piller Venise, avant d'aller mettre Constantinople à sac), j'ai fini par me lasser de cette stratégie.

D'ailleurs, je ne crois pas l'avoir commencée, n'allant jamais manger chez Quick.

Bref, j'ai compris, la sédentarisation parisienne et l'embonpoint subséquent aidant, qu'il fallait changer de méthode. Qu'il fallait « essayer autre chose ». J'ai donc décidé de manger autre chose que du porc, quitte à « reconquickster » plus tard.

J'étais en quête d'une idée, quand j'ai reçu le courriel qui suit, et qui a conduit à une correspondance édifiante. Il s'agit, au départ, de la lutte contre l'hippophagie, c'est-à-dire le fait de manger du cheval :

LUTTE CONTRE L'HIPPOPHAGIE

NON ! UN CHEVAL CA NE SE MANGE PAS !

Obtenez un autocollant gratuit en écrivant à :

AEC
Résidence La Pléiade
98, rue de Canteleu
59000 LILLE

Joindre une enveloppe timbrée pour le retour du courrier.


Merci aussi de visiter les sites :

http://aec89.site.voila.fr
http://www.dailymotion.com/apocalipsflo/video/xan6v_hippophagie
http://www.reseaulibre.net/rage/video3.html

REJOIGNEZ LE GROUPE SUR :

http://www.facebook.com:80/group.php?gid=63542203218

Faites passer le message à vos amis.

Amitiés.

AEC.


Curieux, bien qu'assez peu concerné (je ne mange pas de cheval, ni n'en fais), je réponds ceci :

Pourquoi ne pourrait-on pas manger du cheval ?

(Je précise que je n'en mange pas.)

J'attends des arguments, pas des sentiments.


La suite est à lire ci-dessous (attention, c'est du lourd, comme on dit) :

Mon correspondant : Le cheval, comme le chien et le chat est un animal de compagnie. On ne mange pas les animaux de compagnie. Comme on ne mange pas les chiens, ni les chats, il est très facile de comprendre que le cheval ne se mange pas.

Moi : Vous ne prouvez nullement en quoi l'on ne devrait pas avoir le droit de manger son chien ou son chat, ce qui se fait dans le sud de la Chine. Encore une fois : je ne mange pas de cheval, mais je ne vois aucune raison valable d'interdire aux autres de le faire. Pourquoi ne feriez-vous pas comme moi : laisser chacun bouffer ce qu'il veut, sans emmerder le monde ?

Mon correspondant : Non. Ce que font les sauvages chinois [sic] est ignoble et ce n'est sûrement pas un exemple à suivre.

Moi : En quoi est-ce ignoble ? C'est là que votre argumentation pèche cruellement...

Mon correspondant : Si vous n'avez aucun sens de la Civilisation, du Respect, du Comportement Ethique que l'Humain à [sic] le Devoir de prodiguer envers l'Environnement et les Animaux qui l'entourent, alors on ne peut rien faire pour vous. Faut dire que dans les contextes d'Immoralité et d'Inhumanité dans lesquels nous vivont [sic] actuellement, cela ne nous étonne guère......

Moi : Épargnez-moi vos sensibleries majusculées, je vous prie.

Vous n'avez toujours pas dit pourquoi manger du bœuf serait acceptable, et pas du cheval.

À moins que vous ne prôniez le végétarianisme ? Ça aurait au moins le mérite d'être cohérent, à défaut d'être convaincant.

Mon correspondant : Oui, effectivment [sic], le Végétarisme est absolument l'Avenir de l'Humanité. En attendant commençons déjà par respecter les Animaux de Compagnie.

Moi : Bon, prochain resto que je me fais, je choisis un endroit où je peux me taper un bon tartare de canasson, moi. Ça me permettra de fêter dignement le Galop 2 que j'ai obtenu à 12 ans.


Roman Bernard

lundi 3 mai 2010

Égypte : le Noël sanglant des coptes

1. La tuerie du 6 janvier

Le mercredi 6 janvier, jour de Noël pour les huit millions de coptes d’Égypte (10 % de la population égyptienne), comme pour la plupart des chrétiens orientaux, fut une journée sanglante, une journée de massacre. À la sortie de la messe de minuit, trois individus qui circulaient dans une voiture ont fait feu sur les fidèles qui sortaient de la principale église de Nagaa Hammadi, une ville de Haute-Égypte (province de Qena) située à une soixantaine de kilomètres de Louxor. Les agresseurs ont également fait feu sur un couvent et sur les bâtiments de l’évêché. Six chrétiens ont été tués, de même qu’un policier. On a dénombré, en outre, neuf blessés. Le lendemain, devant l’hôpital où avaient été déposés les corps des victimes, de violents affrontements ont opposé 2000 manifestants coptes à la police.


2. Un prétexte cousu de fil blanc

Le prétexte –apparemment cousu de fil blanc- invoqué pour expliquer cette tuerie se rapporte semble-t-il à des accusations de viol qui aurait été commis, en novembre 2009, sur une jeune musulmane de douze ans par un chrétien habitant près de Nagaa Hammadi. Le violeur présumé est actuellement en détention, dans l’attente d’un procès. Ces accusations, fondées ou non, avaient provoqué la colère des musulmans, et la ville avait connu cinq jours d’émeute au cours desquels des maisons, des magasins et des pharmacies appartenant à des coptes avaient été attaqués et incendiés. Par la suite, des menaces avaient été proférées contre la communauté copte dans les jours précédant la fête de Noël, ce qui avait poussé l’évêque copte de cette localité, Mgr Kirillos, à faire appel à des renforts de police qui, en définitive, se sont montrés bien peu efficaces. Mgr Kirillos n’a-t-il d’ailleurs pas eu à déplorer que la police n’ait pas agi préventivement pour neutraliser le principal agresseur, un certain Mohammed Ahmed Hussein, dont il a assuré, en outre, qu’il était connu des services de police mais qu’il bénéficiait de protections politiques ?


3. Les coptes d’Égypte : une minorité discriminée

La minorité copte d’Égypte a appris de longue date à ne pas se fier à la justice et à la police de l’Égypte musulmane. Ainsi fait-elle « grief à la justice de toutes les discriminations subies » (H. Tincq) et souligne-t-elle que « les précédentes agressions visant des chrétiens sont restées impunies ou [que] les agresseurs s’en sont sortis avec des peines légères » (H. Tincq). Après la tuerie de Nagaa Hammadi, Athanasios Henein, un prêtre desservant la communauté copte de Grèce, avait ainsi déclaré, lors d’une conférence à Vienne : « Nous nous sommes presque habitués à voir nos églises brûler, nos femmes être kidnappées et forcées à se convertir à l’islam, nos possessions être confisquées et les jeunes générations de coptes n’avoir pas les mêmes chances de formation ». Et de comparer dans la foulée la situation des coptes en Égypte à un « génocide culturel ». En effet, la communauté copte, essentiellement concentrée en Haute-Égypte (Minya, Assiout, Qena, Louxor), fait l’objet de discriminations et de vexations constantes de la part des autorités égyptiennes, notamment dans le cadre de l’accession à l’Université ou à des emplois publics. En outre, toute construction d’une nouvelle église se trouve, de fait, interdite. En 2005, un embryon de débat concernant la création d’un parti copte a tourné court, la loi égyptienne interdisant la création de partis à connotation religieuse…mesure qui avait initialement pour but d’endiguer la montée en puissance des Frères musulmans. Marginalisés sur le plan politique (lors des dernières élections législatives de 2005, seuls deux coptes figuraient sur la liste des 444 candidats du Parti national démocratique (PND) du président égyptien Hosni Moubarak), les coptes s’inquiètent légitimement de l’islamisation visible de la société égyptienne.

Éric Timmermans


Sources :

samedi 1 mai 2010

Quick halal : la laïcité a bel et bien son mot à dire

En complément à l'article d'Éric Timmermans, voici mon enquête :

La chaîne de fast-food Quick a imposé dans plusieurs de ses enseignes de la viande halal pour satisfaire sa clientèle musulmane, nombreuse dans les zones des restaurants concernés. Une affaire privée, qui ne regarde en rien les défenseurs de la laïcité ? Non.


La laïcité au secours du hamburger ? L’idée aurait pu paraître incongrue il n’y a pas si longtemps, si Quick n’avait pas décidé d’imposer de la viande halal dans certains de ses établissements. Désormais, dans huit Quick de France (Toulouse, Argenteuil, Garges-lès-Gonesse, Buchelay, Villeurbanne , deux à Marseille, et Roubaix), les clients, musulmans ou non, se voient servir de la viande halal de bœuf, ou de dinde en remplacement du porc dans deux des hamburgers (Quick’n Toast et Long Bacon). Pourquoi ne pas avoir proposé des deux, afin que chacun puisse trouver son plaisir ? Réponse: pour que la viande soit certifiée halal, il faut qu’elle ne soit pas à proximité de viande normale, qui pourrait « contaminer » la viande halal proposée.


Fait paradoxal, les restaurants n’ont pas banni la bière de leurs menus. Il faut dire que l’halalisation des restaurants en question est présentée par Quick comme un simple « test ».


Quick, entreprise « belge » propriété de l’État… français

A priori, rien de scandaleux à ce qu’une entreprise privée s’adapte aux demandes de sa clientèle. C’est l’argument de ceux, qu’on ne pouvait suspecter de tant de zèle capitaliste, qui pensent qu’il n’y a pas matière à polémique. Sauf que… Quick n’est pas une entreprise privée. Son capital est détenu à 94 % par la Caisse des dépôts et consignations, le bras financier de l’État français. Le fast-food « belge » est donc une entreprise publique française !


Naturellement, l’État ne contrôle pas Quick au sens où il contrôlait Renault lorsqu’il en était l’actionnaire principal. Le contrôle est ici indirect, par le biais de Qualium Investissement, filiale de la Caisse des dépôts et consignations. N’y a-t-il pas là toutefois mélange des genres ?


Après l’octroi, par les communes, de terrains publics pour la construction de mosquées, à des prix défiant toute concurrence, la puissance publique ne sort-elle pas de son rôle, et n’y a-t-il pas une atteinte, même indirecte, à la séparation des églises et de l’État (cf. loi de 1905) ?


Un financement indirect du culte musulman

Et quand l’on sait que les organismes de certification halal font payer leur contrôle aux abattoirs, avant de reverser leur recette à des organisations cultuelles, on comprend donc qu’indirectement, Quick finance le culte musulman en vendant de la viande halal à ses clients.


Selon la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, les associations islamiques « perçoivent une redevance au kilo de produit certifié halal... et collectent ainsi des fonds pour un montant non négligeable », avec un surcoût au kilo estimé entre 3 et 15 centimes d'euro, comme le rapportaient Les Échos. Certes, sur un menu, la différence sera minime, mais sur l’ensemble du marché halal, la manne pour les organisations islamiques est énorme : jusqu’à 45 millions d’euros, pour un marché de 300 000 tonnes.


Quick n’est pas le seul concerné : en France, de nombreuses pièces de viande seraient halal sans même que les consommateurs ne le sachent. Avec cette taxe de certification à la clef.


Interrogé par téléphone, le service consommateurs de Quick répond qu’il « ne communiquera pas » sur ce sujet délicat. Le consommateur soucieux de savoir où va son argent appréciera…


Un casher si bien caché

Que faire, alors ? Bouder les hamburgers de Quick, comme le proposent certains internautes ?


Alors même que la plupart des consommateurs achète déjà des barres chocolatées et des produits laitiers casher (qui sont en conformité avec la religion juive) sans même le savoir ?


Nos « cousins » québécois sont allés beaucoup plus loin dans cette voie : désormais, 75 % des produits alimentaires sont casher, sans même que les Québécois en soient vraiment informés.


Pourquoi, demandent donc certains internautes musulmans, le passage au halal de certains Quick choque-t-il, quand l’imposition du casher dans de nombreux produits de consommation courante ne déclenche aucun tollé ? Y aurait-il un traitement de faveur, comme ils le disent ?


Si l’halalisation de certains Quick choque, c’est en raison du fait que Quick est une « enseigne nationale », qui procède ainsi à une séparation des territoires en fonction des communautés qui s’y trouvent. C’est cela qui a fait réagir le maire de Roubaix, c’est cela qui doit faire réagir les défenseurs de la laïcité. Même s’il n’y a pas grand-chose d’autre à faire que de protester.


Roman Bernard

jeudi 29 avril 2010

Pearltrees et le « schéma actantiel » (2)

L'an dernier, j'avais démontré l'utilité de Pearltrees grâce au schéma actantiel. Dans mon article, je m'étais contenté d'une capture d'écran pour illustrer le résultat graphique du « perlage ». Voici ce que cela donne, maintenant que l'on peut en exporter le code HTML :



Ma conclusion de l'an dernier sur l'utilité potentielle de Pearltrees, elle, demeure inchangée :

L'utilité de Pearltrees, c'est qu'au lieu d'écrire une longue liste de liens à la fin de mon article, dont la plupart ne seront d'ailleurs jamais cliqués, je résume cette controverse en un dessin clair, qui réunit tous les actants en un endroit.

Acteurs et actes sont présentés de manière (chrono)logique, ce qui permet de donner un sens global à une controverse qui, jusqu'alors, était essentiellement bilatérale.

En outre, le player de Pearltrees permet de « lire » le récit que j'ai édité comme s'il s'agissait d'une série de diapositives. Celui-ci peut également être envoyé par courriel, reproduit grâce à un lien, ou simplement ajouté à un blog.

Les éditeurs inscrits sur Pearltrees peuvent également « bouturer » cette aborescence sur une branche plus générale de leur arbre. Puis en réagencer les perles à leur guise.

Pearltrees offre la possibilité nouvelle aux éditeurs de contenus sur le web de donner un sens à leur entreprise, et à leurs lecteurs de comprendre leur démarche.

L'innovation de Pearltrees est de faire des internautes, producteurs ou consommateurs, des acteurs éclairés du web, au lieu des taupes tâtonnantes qu'ils étaient quand ils se mouvaient sur les mailles de la Toile au hasard de leurs recherches sur Google.

vendredi 23 avril 2010

La finance islamique et l'imposition de la charia

1. L’Occident alléché par la finance islamique

Vous qui pensiez que tout ce qui touche à la charia, la « loi islamique », revêt forcément aux yeux des Occidentaux un aspect négatif, détrompez-vous : la finance islamique, qui, comme son nom le souligne, relève de règles éthiques et religieuses islamiques, semble avoir de beaux jours devant elle dans les pays d’Europe et d’Occident. De fait, ceux-ci, par l’odeur des pétrodollars alléchés, voient aujourd’hui dans la finance islamique un moyen de renflouer leurs caisses. Les chiffres d’ailleurs ne parlent-ils pas d’eux-mêmes : « 1000 milliards de dollars en 2010, c’est l’encours prévu par les économistes pour la finance islamique. Un chiffre en constante progression depuis de nombreuses années. De 2003 à 2007, il a engendré une hausse de 15 % » (Chaker Nouri). En France, le porte-parole de la cause de la finance islamique n’est autre que le ministre de l’Économie, Christine Lagarde. En 2009, à l’occasion d’un colloque, celle-ci a ainsi déclaré que pour « les banques qui souhaiteraient réaliser des opérations conformes aux dispositions de la charia, le territoire français est évidemment prêt à les accueillir… Considérez le territoire français comme une terre d’accueil. » Les enjeux de cette opération ? 120 milliards d’euros à l’horizon 2020 et rattraper ainsi la City londonienne qui se conduit en « terre d’accueil » pour la finance islamique depuis déjà une dizaine d’années.


2. Une finance islamique ?

Lorsqu’on parle de « finance islamique », certains s’interrogent encore : « Mais voyons, il ne peut exister de finance à proprement parler "islamique", la finance c’est la finance, point ! » Erreur. La finance islamique est conforme à la charia, la « loi islamique ». À la suite des récents – et futurs ? - désastres qui ont frappé la finance mondiale, certains tentent même de présenter la finance islamique comme une finance « éthique », du seul fait qu’elle interdit les intérêts, l’incertitude, la spéculation et qu’elle vise au partage des profits. C’est là, disons-le, une vision très idéalisée de la finance islamique. Ainsi, Charles Garreau (54 ans), un entrepreneur pourtant favorable à la finance islamique, a bien dû admettre que « contrairement à ce que l’on croit, ce n’est pas une finance éthique », mais d’ajouter aussitôt : « [L]e principe fondateur de la finance islamique, c’est le partage des risques. En clair, un investisseur qui investit dans une boîte prend autant de risque que le porteur du projet, contrairement au système classique. Vous contractez un prêt auprès de votre banquier afin de financer votre activité commerciale. Si votre boîte par la suite fait faillite, vous serez toujours redevable. Or, en théorie, votre banque est un partenaire pour le pire et le meilleur…surtout pour le meilleur en l’occurrence. » Et Xavier Ducros, un trader de 38 ans, de renchérir : « J’ai travaillé sur la finance islamique, où l’accession à la propriété est le fruit d’un partenariat entre la banque et le client. La banque achète le bien, le revend au client avec une plus-value. On détermine une durée de remboursement sur plusieurs années. Le client détiendra la pleine propriété uniquement lorsque la somme totale sera remboursée. Pendant ce temps, le bien sera en copropriété. » Et d’aucuns d’en conclure un peu vite que voilà un sujet issu de l’islam qui semble recueillir l’unanimité.


3. L’imposition de la charia par les pétrodollars ?

En effet, que pouvons-nous retenir principalement de cette finance islamique, sinon que ce qu’elle subventionne lui appartient en droit (islamique) jusqu’à ce que vous ayez totalement remboursé votre dette ? Quelles implications ces « règles du jeu » islamiques pourraient-elles avoir dans le contexte d’un endettement public que l’on sait généralisé et chronique dans les pays occidentaux ? Est-ce à dire qu’un État qui serait, par exemple, endetté envers des banques islamiques ne s’appartiendrait plus vraiment jusqu’à ce qu’il ait totalement remboursé sa dette ? Quel impact cet endettement, qu’au vu de l’état de nos finances publiques, l’on sait permanent et croissant, aura-t-il sur la politique de nos États ? Liés financièrement à la charia, les États d’Occident, endettés, ne devront-ils pas par la suite se plier à d’autres desiderata de la loi islamique ? Alors, unanimité en faveur de la finance islamique ? Certainement pas !


4. Le témoignage de Guy Millière

Ainsi, Guy Millière nous met-il opportunément en garde : l’islam militant, nous dit-il, qui inclut l’islam radical mais ne se limite pas à lui, loin s’en faut, se livre aujourd’hui à une offensive planétaire et « son instrument de prédilection, ces derniers temps, n’est pas le foulard ou la burqa dont on parle tant, n’est pas non plus la construction des minarets, mais bien la finance islamique » que les serviteurs d’une Europe qui pratique activement la soumission préventive, tentent de nous présenter, comme nous l’avons signalé, comme une « finance éthique ». « Les investissements, poursuit Monsieur Millière, faits dans le cadre de la finance islamique doivent être conformes à la charia : certaines activités et façons de se livrer à ses activités sont illicites (haram). Sont concernés non seulement les jeux de hasard et l’alcool, mais aussi la liberté de parole et la liberté religieuse. Critiquer l’islam est inconcevable, dit la charia. Placer toutes les religions sur un pied d’égalité est inconcevable aussi. Tous les investissements doivent être supervisés par un bureau de la charia : ce qui équivaut à réintroduire une surveillance des activités économiques par des religieux. » En clair, « vouloir attirer des capitaux en mettant le doigt dans les engrenages de la soumission à des valeurs et des modalités étrangères au capitalisme démocratique implique le risque de se trouver broyé entièrement par ces engrenages. »

Éric Timmermans


Sources :

dimanche 18 avril 2010

L'idéologie du métissage vue par un métis

Ci-dessous, un article de Gustave Ruben :

La France d'aujourd’hui. Son métissage, sa diversité, son multiculturalisme. Je suis l’un de ses métis. C'est donc contre moi-même que je réagis à l’idéologie politique du métissage, à ce qui me semble être sa dangerosité. Une manière de penser contre soi, comme nous l'a appris Cioran (1), afin de comprendre le fanatisme qui naît en sa propre maison.

L’idéal extrémiste aime se présenter à face d’ange. Il consiste à défendre d’affreuses perspectives qui, pour trop concorder à l’état d’esprit d’une époque, à son évolution souhaitée comme une mode, à sa crédulité et à son innocence, apparaissent merveilleuses à ceux qui les défendent. Mutation paradoxale d’une société devenant le diable qu’elle croit bannir.

Une idéologie à l'ambition dominante, celle du métissage, ou à l'inverse, de la diversité, prône un modèle biologique. Quoi de plus biologique, en effet, que les concepts de métissage ou de diversité raciale ?

Métissage et diversité comptent aujourd’hui une telle quantité de partisans aptes à défendre ce nouveau modèle biologique supérieur, quoiqu'ils se rendent assez peu compte de ce à quoi ils travaillent, que l’ivresse d'une telle lutte suffit à les convaincre.

C'est une habitude, les scientifiques, en-dessous de tout, s’empressent de prouver combien le métissage est scientifiquement meilleur (eugénisme) du fait de la diversité accrue du patrimoine génétique, comme ils accouraient jadis à démontrer scientifiquement que l’homme blanc, ou aryen, était supérieur, comme ils ont prouvé maintes fois, et scientifiquement, l’idéologie politique dominante, défendu maintes fois le modèle biologique supérieur que cette idéologie portait. Trait commun à ces deux modèles opposés, leurs promoteurs possèdent la croyance de ce que leur modèle génère une culture supérieure, aujourd'hui la société multiculturelle.

Tout cela est très sot. L’homme blanc, l’homme noir, l’homme métis, ne sont pas supérieurs par principe, ils le sont s’ils le prouvent, s’ils accomplissent des prouesses incontestables dans tous les domaines. Ce qui aura fait supérieur un tel homme, culturellement, économiquement, militairement ou même moralement, n’est pas sa race, mais sa détermination à concrétiser son ambition. La diversité ne peut être par principe supérieure, car rien ne lui confère un quelconque privilège ; et si tant est qu'elle connaît quelque succès, il est évident que les fanatiques du modèle s'empresseront d'y discerner sa justesse – car à leur jugement, le mérite n'appartient plus au travail, mais à l'union des gènes.

Dans une société qui se veut coupable envers des hommes et des femmes dont seuls les ancêtres furent des victimes de l’Histoire, l'homme moderne souhaite prouver que le métis est incontestablement supérieur, ce qui est sot, puisqu’il ne peut l’être que par la démonstration de cette supériorité supposée.

L'homme moderne a donc à cœur de prouver ce qu’il croit d’avance pouvoir prouver.

Conformément au modèle naissant, qui l'emportera probablement à terme, la réalité sensible ne sera bientôt plus tolérable que diverse, la réalité devra être « diversifiée » dans sa totalité pour enfin être compatible au nouveau modèle, conformité parfaite à l'inédite norme biologique. L'auto-conservation et la sélection sexuelle conduiront les individus à s'y plier pour être préservés.

Il me semble que toute esthétique raciale est en soi dangereuse, et à bien y réfléchir, cette esthétique du métissage ou de la diversité n'échappe pas à la règle. Le métissage ou la diversité ne sont en rien un danger (pas plus que le fait d'être blanc ou noir, ou de vivre entre Blancs et Noirs), mais monstrueuse est sa transformation en idéologie politique promettant une société qui se croit biologiquement et culturellement supérieure pour la seule raison de sa biologie ou de sa composition ethnique.

Toute défense politique de la diversité ou du métissage est d'ailleurs auto-contradictoire : elle implique le rejet d'une France trop peu diverse pour plaire.

1) Cioran, La tentation d'exister, Paris, Gallimard (coll. « Idées »), 1974, p. 11 : « L'esprit, aussi bien que le corps, fait les frais de la "vie intense". Maîtres dans l'art de penser contre soi, Nietzsche, Baudelaire et Dostoïevski nous ont appris à miser sur nos périls, à élargir la sphère de nos maux, à acquérir de l'existence par la division d'avec notre être. »

vendredi 16 avril 2010

Les Nouveaux Catholiques

Cet article m'a été proposé par Loïck, déjà auteur de deux tribunes (1,2) sur Criticus.

Les catholiques veulent-ils se suicider ? En refusant d'aller prêcher, en en restant au « témoignage » ou en se tenant au chaud dans leur milieu, n'ont-ils pas renoncé à leur vocation ? Comment se fait-il que lorsque le pape Benoît XVI est venu en France, en septembre 2008, il a pu remplir toute l'esplanade des Invalides de catholiques gais et actifs, et qu'on ne voit jamais ces mêmes personnes lorsqu'il y a des tensions en banlieue (pourquoi ne sortiraient-elles pas en force dans les rues pour dire « stop » ?), ou même simplement pour prêcher dans la ville ?

Les catholiques français, refusant tout prosélytisme, semblent se résigner à mourir sans même combattre. L'attitude purement défensive et geignarde n'est pas du véritable christianisme, mais un repli confortable et qui peut être soupçonné d'égoïsme spirituel. Le véritable catholicisme implique une volonté de conversion, de combat spirituel et même physique face aux agressions civilisationnelles, comme durent le faire les Croisés. C'est du moins ce que semblent dire les Nouveaux Catholiques, très peu nombreux mais qui voudraient ressusciter, sous la forme moderne, un Ordre prêcheur digne de ce nom.

Voici ma rencontre surprenante avec eux, l'été dernier :

Un soir de juillet 2009, j'arrive Gare Saint-Lazare et un étrange attroupement attire mon attention. Je m'approche, il y a là un petit groupe d'hommes et de filles habillés de façon bizarre, certains semblent comme des moines du temps passé, des vêtements médiévaux, seraient-ce des acteurs ? des troubadours venus d'un autre temps ? C'est bariolé, gai, très vivant. Ils sont jeunes, assez athlétiques, les filles semblent sportives, vives, enjouées et elles sont plutôt mignonnes, il y a une grande croix parmi eux. Ils distribuent des tracts, discutent avec les passants. Marrant tout ça!

- Qui êtes-vous ?, leur demandé-je.
- Les Nouveaux Catholiques, me répondent-ils.
- Vous ne seriez pas un peu scouts sur les bords ?
- Regardez-nous bien, on a l'air de scouts ? On n'a pas leurs uniformes, ni tout ce qui de près ou de loin fleure la ringardise provinciale et désuète. Nous sommes résolument futuristes, passionnés de sciences, de philosophie, intéressés par toutes les cultures, et assez implacables dans notre résolution. Nous voulons sauver le monde, pas seulement être gentils et prier.

Là, je m'esclaffe :

- Euh, l'Église, futuriste?
- Vous savez, de leur temps, tous les grands Docteurs étaient à la page, l'Église s'intéressait à la fine pointe de la philosophie ou des méthodes pédagogiques. L'Église doit utiliser les moyens les plus avancés pour faire passer le message, sans renier son âme.
- Et que faîtes-vous devant cette gare, en plein mois de juillet?
- À votre avis, que ferait aujourd'hui saint Dominique ? Ce que nous faisons nous-même ! Nous sommes venus discuter avec vous, de l'existence de Dieu, du sens de la vie, du devenir de notre société.
- Tiens, c'est intéressant. Et quel est votre but ?
- Vous convertir, puisque notre religion est la vraie et qu'elle permet le salut des âmes et celui de la société.
- Bizarre quand même ! Mais intéressant. Vous êtes formés ?
- Oui, bien sûr. Vous pouvez venir si vous voulez. Pendant l'année, nous pratiquons l'argumentation, nous étudions les arguments de nos principaux types de contradicteurs, les athées bien sûr, les sceptiques rigolards, les musulmans avec leurs propres dogmes et l'histoire de l'islam, et même le bouddhisme ; nous étudions les réponses et objections possibles à la philosophie chrétienne. Nous avons des cours sur l'économie, l'écologie, pour essayer d'imaginer la société future, et des réponses aux crises qui se pointent. L'Histoire des grandes réalisations de l'Occident et de la Chrétienté nous tient aussi à cœur.
- Oui, tout cela c'est de l'idéologie. En tant que chrétien, vous devriez plutôt aider les pauvres...

Il semble vaguement ironique :

- Ah oui, faire du social. Mais nous en faisons, ce qu'il faut. En attendant, le désert spirituel guette l'Europe, et nous en avons assez de n'être interrogés que sur les mœurs, l'homosexualité ou l'IVG. Nous portons une vision du monde, une réponse à la crise globale de civilisation, nous voulons montrer que l'Occident a une vocation, chrétienne, doit assumer fièrement son héritage passé et proposer un chemin futur. La mission de tout catholique cohérent est de montrer la supériorité de l'Occident judéo-chrétien, sa grandeur et sa beauté. Sinon, si c'est pour faire sans arrêt de la repentance et larmoyer, pourquoi rester catholique? Autant cesser de croire, devenir musulman ou athée... Non?
- Euh, l'Occident chrétien ! Vous y allez fort, là ! Et si des extrémistes de gauche veulent venir vous casser la gueule ?
- Ils sont les bienvenus pour discuter. S'ils veulent autre chose, nous n'avons pas pour coutume de tendre la joue gauche. Nous sommes aussi formés aux sports de combat, filles et garçons. Assez intensivement. Nous renouons avec la tradition des Moines Guerriers, que voulez-vous !
- Eh, l'Évangile commande d'aimer ses ennemis. Vous êtes bizarres, comme chrétiens, non ?
- L'Évangile me commande d'aimer mes ennemis personnels, ceux qui m'ont fait du tort. Par définition, les chevaliers contrecarraient les personnes qui venaient brutaliser la veuve et l'orphelin, ou empêcher un pèlerinage. Nous poursuivons leur tradition combattante.
- Alors j'ai compris ! Tout votre blabla cache mal la triste réalité : vous êtes d'extrême-droite. Des disciples de Monseigneur Lefebvre et compagnie!
- Mais non. Nous reconnaissons Vatican II, nous ne sommes pas racistes, et nous apprécions Israël. Vous voyez ces Noirs, ces Africains, ces Asiatiques, ces Maghrébins, avec nous. Nous sommes chrétiens, ce qui veut dire que nous sommes rebelles contre les idoles marchandes, les aliénations, le culte du fric, tant les fausses valeurs de « droite » que de « gauche ». Nous aimons la grandeur, la droiture, la bonté, et la force spirituelle.
- Euh quand même... L'Église, c'est ringard, non ? Face aux médias, aux amuseurs, que voulez-vous faire ? Face au ricanement, ce signe de supériorité désabusée de l'époque.
- L'époque se casse la gueule ; attendez que la crise s'aggrave, attendez qu'il y ait un climat de guerre civile. Vous verrez les gens rechercher le message et la force de l'Église et du Christ. Nous serons là.
- Voui, je doute que tout le monde se mette à la chasteté et aux messes, même rénovées avec des chanteurs à guitare.
- Nous méprisons les chanteurs à guitare. Nous faisons du chant grégorien, et ne négligeons pas des formes de musiques gothiques, des arrangements sobres à l'orgue avec des chœurs, bien sûr sans l'aspect noir, voire satanique du gothique. Nous sommes pour un art chrétien modernisé, puissant, viril, prenant.
- Eh bien, si j'avais su que des gens comme vous existaient ! Vous êtes nombreux ?
- On commence. Nous sommes très peu nombreux. Comme les Apôtres. Nous allons rechristianiser ce monde, et ce ne sera ni triste, ni ringard. De grandes choses nous attendent...

Le récit précédent est-il une rêverie, ou un souvenir du futur ? C'est à chaque chrétien de s'interroger aujourd'hui en conscience, et de se demander s'il n'est pas temps de se lever.

Loïck

vendredi 9 avril 2010

On n'imite pas la signature de Dieu

Réponse fort pertinente de Maxime Zjelinski aux catholiques à babouches (CAB)* :

Belles âmes. On se demande parfois de quoi certains catholiques se soucient le plus : de plaire à Dieu ou de leur reflet dans le miroir ? Eh oui, même l'envie d'être bon chrétien peut cacher le plus vulgaire narcissisme. Mais beaucoup sont trop humbles pour l'admettre et pour comprendre ce qu'eux-mêmes répètent aux autres si volontiers : que l'homme pèche, que sa ruse est infinie, que son intelligence l'égare.

En attendant de ressembler tout à fait au Christ, le chrétien n'est qu'un homme. Il ne faudrait pas l'oublier. Il n'en finira jamais avec l'éternelle question : « Que dois-je faire ? ». Bien sûr, on peut se cacher derrière les saintes écritures et raconter à qui veut bien l'entendre que la réponse s'y trouve, mais au risque d'en décevoir quelques-uns, je rappellerai que la Bible n'est pas une recette de cuisine et que même les préceptes les mieux développés ne nous dispenseront jamais d'avoir à faire des choix qui, à bien y regarder, n'engagent que nous-mêmes. Libre à chacun de se convaincre qu'il a raison parce que tel verset le dit. Personnellement, j'y vois une forme de malhonnêteté. On n'imite pas la signature de Dieu, que ce soit pour persécuter ou se laisser persécuter.


* Expression que j'emprunte à l'excellent XP, d'Ilys