dimanche 9 septembre 2007

Complices malgré eux

J'ai été sollicité récemment, en tant que blogueur "lyonnais" -alors que je suis sur Lyon moins d'un mois par an- pour participer au forum "Blogger's Club" de l'hebdomadaire Lyon Capitale, auquel j'ai contribué deux fois, sur un sujet qui n'est pourtant pas en tête de mes préoccupations : la prostitution.

La première intervention sur ce thème propice à toutes les polémiques était celle d'un partisan d'une prostitution réglementée, au nom de l'utilité sociale du "plus vieux métier du monde" et de la nécessaire dignité pour l'exercer.

Il en tirait la conclusion qu'il faudrait rouvrir les "maisons closes", comme cela a été envisagé récemment en France, proposition en partie fondée sur l'exemple de certains de nos voisins européens, telles l'Espagne ou l'Allemagne. Cette dernière avait d'ailleurs mis en place un réseau très rationnalisé de bordels -appelons les choses par leur nom- durant la Coupe du monde de football, l'an dernier. Les Allemands ont ainsi intégré la nécessité de canaliser la prostitution en lui donnant une place bien précise dans la société, dans laquelle l'hygiène, la sécurité et la dignité des prostituées comme des clients peuvent être strictement contrôlées.

Cette approche, évidemment pragmatique, qui considère comme acquis que la prostitution, malgré l'interdiction du proxénétisme et du racollage, est une donnée de la vie sociale, est à mon avis la plus sage, car la plus transparente, ce que j'ai d'ailleurs fait savoir sur ce même forum. L'encadrement de la prostitution, tout en considérant que celle-ci est un triste commerce, permet d'en limiter les excès, ainsi que de ne pas rejeter les prostituées, qui sont avant tout des victimes, en marge de la société, où elles dépendent de réseaux mafieux qui prospèrent sur le commerce du sexe.

La dernière réaction, en revanche, était celle d'une militante féministe, pour laquelle il faut abolir la prostitution en poursuivant les proxénètes -ce qui est déjà le cas- mais aussi les clients. Cette dame, Michèle Vianès, présidente de l'association Regards de Femmes, et qui confond allègrement prostitution des mineures et des majeures, avance l'idée fallacieuse selon laquelle la poursuite des clients serait le seul moyen de faire disparaître la prostitution et du même coup le proxénétisme, alors que c'est tout le contraire qui est vrai.

Pour le prouver, j'ai comparé l'interdiction de la prostitution avec la Prohibition (de l'alcool), dans les Etats-Unis des années 1920. Le puritanisme des élites politiques américaines, qui n'avaient pas envisagé que la demande d'alcool allait subsister malgré l'interdiction, avait alors conduit au quasi-monopole de la production clandestine d'alcool par la mafia, laquelle a pu accumuler grâce à cela des fortunes scandaleuses et ainsi gangrener davantage la société américaine.

Le proxénétisme constitue déjà une forme d'économie parallèle aujourd'hui, mais, évidemment, cela serait bien pire si la prostitution venait à être sanctionnée, non seulement du côté du "maquereau" mais aussi du client. Exemple supplémentaire de ce que la méconnaissance de l'être humain par certaines belles âmes peut amener aux pires alliances.

Les anti-prostitution sont donc, en dépit de leurs bons sentiments, les meilleurs complices des proxénètes. De la même manière que les pacifistes -de droite comme de gauche- des années 1930, qui comme Jean Giono préféraient être des Allemands vivants que des Français morts, furent malgré eux les meilleurs alliés d'Hitler. Alors que les "bellicistes", que l'on accusait de pousser à l'affrontement, auraient peut-être pu, s'ils avaient infléchi la politique d'armement de la France, préparer celle-ci à un conflit qui pouvait être gagné en 1938 mais plus en 1940.

C'est, après les honteux Accords de Munich, ce qui avait fait dire à Churchill, ce vrai pacifiste qui savait que la paix ne se gagne que les armes à la main : "Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre."

J'arrête là cette comparaison, que d'aucuns vont encore qualifier d'"amalgame" alors que la correspondance est parfaite. Je tiens juste à dire, en guise de conclusion, que lorsqu'un problème est structurel, il ne peut être résolu, ou du moins limité, qu'en le traitant à la racine. Les Munichois de l'anti-prostitution ne comprennent pas que la prositution, comme l'alcoolisme, la toxicomanie, le hooliganisme ou encore l'addiction aux jeux d'argent, est une maladie du corps social. On ne peut pas la faire disparaître en décrétant qu'elle n'existe pas. Il faut l'accepter, pour la circonscrire et la réduire. Sans cette exigence, une politique aurait un effet similaire à une épilation au rasoir : couper le duvet pour faire repousser un poil gros, dru et tenace. Métaphore répugnante, j'en conviens, mais qui illustre bien le mal dont il est question.

Roman Bernard



PS : quant au nécessaire encadrement des vices de notre société, je ne suis pas loin de penser la même chose que sur la prostitution au sujet de la consommation de cannabis, débat dans lequel je m'oppose aux personnes proches de mes idées politiques.

Le débat est à retrouver sur le site Internet de l'Institut national de la prostitution.

13 Commentaires:

am94 a dit…

Qq reflexions hatives du moment..
entre Michèle Vianès et les rationalités de bordels improvisés
dans l'evenementiel que preferez vous comme shéma de reponse, en est-ce un?
Regle t-on les pb (si pb il y a) de cette maniere, en a t-on vraiment envie?

qu'est-ce que la race humaine? lol pourriez-vous donnez ce comparatif sur votre billet?
Enfin je dis cela pour essayer d'aller au plus juste des choses.. et oui sinon d'accord sur
la bonne pensée du puritanisme (est-elle uniquem à vraiment puritaine? Ou est-ce le puritanisme qui la definit?)
oui evident pour le palliatif de 'miseres' sexuelles.. extrapolees aux miseres d'amour, déjà de communication.. au depend
du consumérisme.. de ces 2 antagonismes.. on sait quel critere l'emporte.. d'ailleurs les gouvernements le choisissent bien ou mal
l'etat de leur pays passant au second plan.

"Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre."
heresie il faut d'abord critiquer la démocratie et pas se defausser des responsabilites, savoir tout reprocher au citoyens, aux
habitants d'une nation, ce corps >(corporate-politique-institutions) dont Churchill faisait parti, son courage aurait p-e ete de recentrer son opinion aussi sur
ce sujet.

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"De la même manière que les pacifistes -de droite comme de gauche- des années 1930, qui comme Jean Giono préféraient être des Allemands vivants que des Français morts, furent malgré eux les meilleurs alliés d'Hitler. Alors que les "bellicistes", que l'on accusait de pousser à l'affrontement, auraient peut-être pu, s'ils avaient infléchi la politique d'armement de la France, préparer celle-ci à un conflit qui pouvait être gagné en 1938 mais plus en 1940.

C'est, après les honteux Accords de Munich, ce qui avait fait dire à Churchill, ce vrai pacifiste qui savait que la paix ne se gagne que les armes à la main : "Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre."

Interessante sociologie à exposer (car peu de gens savent, ou trop se taisent) il y a un nom sur le tabou.. mais je ne me souviens plus du terme de cette phenomelogie..
y aurait-il qq srces à communiquer à titre complementaire..?

"Je tiens juste à dire, en guise de conclusion, que lorsqu'un problème est structurel, il ne peut être résolu, ou du moins limité, qu'en le traitant à la racine. Les Munichois de l'anti-prostitution ne comprennent pas que la prositution, comme l'alcoolisme, la toxicomanie, le hooliganisme ou encore l'addiction aux jeux d'argent, est une maladie du corps social. On ne peut pas la faire disparaître en décrétant qu'elle n'existe pas. Il faut l'accepter, pour la circonscrire et la réduire. Sans cette exigence, une politique aurait un effet similaire à une épilation au rasoir : couper le duvet pour faire repousser un poil gros, dru et tenace."
je partage pleinement votre avis -,

am94 a dit…

Désolé(e) si je ne relis pas mes fautes.. merci de votre message sur mon blog.. (pendant que j'y suis je vais regarder le votre plus longtemps) A+

Fanette a dit…

Je suis pour la réouverture de ces maisons closes, comme vous l'avez souligné, plus il y a d'interdictions et plus il y a d'infractions à la loi.

Je ne vois pas pourquoi il faudrait poursuivre un homme qui va chercher un peu de réconfort physique et moral auprès d'une professionnelle, je ne comprends ces féministes d'un autre âge. Nous ne sommes pas pareils hommes et femmes nous ne fonctionnons pas sur le même schéma physique et physiologique, il serait peut être qu'on leur fasse des cours à ces bonnes femmes qui croient tout connaître des hommes !

Efecteivement, ceci permettrait non seulement de réglementer l'hygiène et l'âge de ces femmes, dans la clandestinité hélas,,il ya bien trop souvent des mineurs, des ados !

john.reed a dit…

J'allais ne pas laisser de message, ce qui est ma politique quand je suis d'accord avec un billet (enfin, à quelques détails près, je ne suis pas très fan de vos comparaisons) mais je me suis dit que c'eut été dommage de ne pas vous dire qu'il m'arrive d'être d'accord avec vous ;). Dont acte.

John_G a dit…

Comme John Reed, je te dirai que je suis d'accord avec ton post, intégralement.

Criticus a dit…

Oui, pour résumer, ce qui m'énerve le plus dans ce genre de posture, c'est son opposition au principe d'efficacité. Plutôt que de lutter contre un phénomène en en intégrant les données, on agit en fonction d'une représentation idéalisée du monde, qui interdit tout succès. C'est ce qui explique les comparaisons que j'ai faites.

le chafouin a dit…

Désolé, mais je ne comprends pas comment on peut légitimer le fait de vendre son corps. Surtout que c'est rarement par palisir qu'on en vient à ça. A mon sens, le rôle du politique, et de l'Etat, est justement de tenter de "moraliser" les rapports sociaux.
Dans cet esprit (mais je comprends qu'on ne le partage pas), instituer des maisons closes revient à accepter ce phénomène, à le rendre légal donc normal.
Mineure ou majeure, je suis désolé, mais je ne vois pas en quoi il est acceptable (je me répète, mais je martèle...) qu'on vende une relation sexuelle. On n'est pas du bétail, tout de même.
Et ne me dis pas, criticus, que je suis ainsi complice des proxénètes! La situation actuelle est hypocrite, pourquoi? Parce qu'on tolère de fait la prostitution, et qu'on combat le proxénétisme (avec bien peu de vigueur). La réponse devrait être d'interdire la prostitution tout court, plut^to que de vouloir la cacher dans des maisons pour que les gens qui habitent sur les "boulevards" aient meilleure conscience en rentrant chez eux. Mais ce n'est que mon avis.

Criticus a dit…

@ Le Chafouin : la question n'est pas vraiment de savoir si la prostitution, c'est bien -tu auras d'ailleurs noté mon avis à ce sujet- mais d'accepter le fait que, de toute façon, elle existe car il y aura toujours une demande... donc une offre. Dans ces conditions, il me semble préférable, en effet, d'encadrer et de canaliser ce mal social. Je ne te traite pas de "complice" des proxénètes, mais je pense que la prostitution, si elle était interdite, deviendrait autrement plus malsaine. Je suis pour les maisons closes car je suis contre le proxénétisme. Ce n'est pas idéal, mais déjà pas si mal que ça non plus. La politique doit partir des réalités, et non de ce qu'on aimerait qu'elles soient. Un peu sentencieux, mais tellement juste.

le chafouin a dit…

ça me semble un peu naïf comme raisonnement. Parce que tu crois que ces maisons closes seraient gérées par l'Etat? Non, par des proxénètes. Evidemment. Ce serait une occase de plus pour les mafieux de tous bords (après les casinos, les machines à sous et compagnie) de se refaire le beurre qu'ils ont un peu lâché sur ce terrain.
Et puis, je maintiens qu'à mon sens, l'Etat n'a pas à valider quelque chose d'immoral en l'organisant. L'organiser, c'est le reconnaître.
On peut peut-être s'intéresser, comme pour le cannabis, aux causes qui amènent une jeune femme à vendre son corps. Et surotut à un cleint à la désirer, même contre des euros. Ce n'est d'ailleurs pas bien glorieux de sa part. Et si on le punissait, lui? C'est quand même lui qui paie le prix de l'infraction.

Criticus a dit…

@ Le Chafouin : ces maisons closes pourraient être encadrées par l'Etat, qui veillerait -comme pour les casinos- à la fréquentabilité de leurs tenanciers.

Quant à pénaliser le client, je te demanderai juste de te mettre à la place d'un pauvre type qui n'a aucune chance d'avoir une relation sexuelle avec une femme. Tu veux faire quoi ? Le condamner au pucelage à perpétuité ? Et ainsi fabriquer un psychotique ? Si le client désespéré n'allait pas aux putes, pour parler grivoisement, ne penses-tu pas qu'il pourrait, par exemple, commettre un viol ?

Tu me qualifies de "naïf", mais là où je suis plus lucide, à mon sens, c'est que j'ai compris, après d'amères désillusions, que le vice est une donnée de la condition humaine. Tu ne le feras pas disparaître en "moralisant" la société. Tu trouves que l'Etat se salit en encadrant les jeux d'argent, les courses hippiques, et bientôt, peut-être, la prostitution et le cannabis ? Moi aussi. C'est ce qui s'appelle "mettre les mains dans le cambouis". Si tu rêves d'un Etat qui ne se compromet pas, fine. Mais cela amènera toujours, j'insiste, à repousser à la marge de la société ce que l'on ne veut pas trouver en son centre.

le chafouin a dit…

quelles que soient ses excuses, il paie une femme pour avoir une relation sexuele! ça se fait pas, c'est tout! A ce moment là, en enfermant evrard, tu le prives de son plaisir aussi? Faut-il encadrer la pédophilie pendant qu'on y est? La lutte contre cette perversité est aussi une moralisation de la société.

le chafouin a dit…

P.S : la société n'a pas à s'occuper du pucelage des gens. ELle n'en est pas responsable, tout d emême.

Criticus a dit…

Aux Pays-Bas, il existe un parti réclamant la légalisation de la pédophilie et cela me répugne au plus haut point, comme la plupart des signes de décadence de cette nation qui n'en est plus une : hôpitaux islamiques, emprunts sans intérêts pour les musulmans chez Rabobank, non-apprentissage du néerlandais par les immigrés au profit de l'anglais, etc.

La différence, ici, est qu'il s'agit d'enfants, pas de femmes majeures. Tu ne peux donc pas me faire un procès d'intention sur la pédophilie, ça n'a rien à voir.

Ensuite, d'accord, c'est mal d'aller aux putes. Mais dans la mesure où un pauvre type ira de toute façon, tu veux l'humilier une seconde fois en le pénalisant ?

J'insiste pour dire qu'en dépit de ses bonnes intentions, une pénalisation de la prostitution
aurait des effets désastreux.

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