jeudi 15 mars 2007

"Je me souviens." Et vous ?


Je me permets de poster ici cette chronique, parue dans La Rotonde, journal francophone de l'université d'Ottawa, auquel j'ai contribué l'an passé à l'occasion d'un échange universitaire. À noter que j'écris encore pour ce journal en tant que correspondant.

À la suite de ma chronique portant sur l’immigration en France (cf. « Le retour du maudit Français », édition du 5 mars dernier), je ne pouvais pas espérer une réponse plus caricaturale que celle qui m’a été donnée par Emma Servonnet (cf. édition du 12 mars).
À la lire, le racisme le plus haineux règnerait en France tandis que les Canadiens francophones, qui ne sauraient se compromettre avec ce pays « colonialiste » dont ils ont le malheur de partager la langue, seraient des parangons de tolérance et d’humanisme.
Pour tenter de donner du poids à leur argumentaire, ces Canadiens « francophones-francophobes », plus nombreux que je ne le pensais avant mon arrivée en août 2005, adoptent un discours obtus mais terriblement efficace :
« Nous avons le même lien avec la France que les Algériens ». Du moins en substance.
Autrement dit, « nous » sommes un peuple colonisé par les Français, il y a quelques siècles, mais qui, heureusement, est indépendant depuis. Indépendant ? Ce sont pourtant toujours les descendants des vainqueurs de 1760 qui sont aux commandes de votre pays. Et, à ce que je sache, les Britanniques n’ont guère de leçons à donner aux Français –ni à qui que ce soit d’ailleurs- en termes de colonialisme, ni même de racisme.
Seulement voilà : comme le disait le même Christian Dufour (l’auteur du « Défi français »), que je me plaisais à citer l’autre jour, les Québécois ont adopté les mœurs de leurs conquérants. La haine de la France fait-elle partie de ce legs britannique dont beaucoup de Québécois vantent les vertus ? Aux côtés de la common law et des œufs-bacon ?
Pour revenir à ce statut de « colonisés » -et non de colons- auxquels prétendent certains Canadiens français : je trouve cette affirmation particulièrement choquante pour les vraies victimes de la colonisation – colonisation que je n’ai d’ailleurs jamais défendue.
En effet, comment comparer le statut des Canadiens francophones et des Algériens au regard de la colonisation ?
Alors que les seconds ont été conquis et soumis par une puissance étrangère, les premiers sont venus peupler une terre qui n’était pas la leur. Ils l’ont fait au nom de la France.
Et c’est là que j’en viens à l’objet de mon raisonnement : celui de la filiation, à mon sens incontestable, entre la France et ses « enfants d’Amérique » dont parlait le général de Gaulle.
Filiation qu’illustre le mieux l’emblème national du Québec, qui fut celui de la France du temps de l’Ancien Régime : la fleur de lys. Filiation aussi dans la devise du Québec, que l’on retrouve sur les plaques minéralogiques des voitures. « Je me souviens. »
Et vous ? Serais-je tenté de dire. Pourquoi continuer à nier plus longtemps le lien historique qui existe entre la France et le Canada français ? Une telle posture, dans un contexte de fragilisation de la langue française partout où elle est parlée, est proprement suicidaire.
S’il faut qu’un premier pas soit franchi, je veux bien le faire : j’aime le Québec comme j’aime la France, en francophone fier de parler la langue qui fut, à l’époque même où le Canada passa sous la coupe de l’Angleterre, la langue des Lumières.
Et, fort heureusement, je sais aussi (preuve que je connais mieux le Canada que ce que prétendait Emma Servonnet) des Québécois qui aiment la France. L’un d’entre eux, d’ailleurs, que tous les lecteurs de La Rotonde connaissent, est Wassim Garzouzi, qui, « issu de l’immigration » comme on dit chez nous, n’en a pas moins adopté l’amour de son pays d’adoption, le Québec, ainsi que, naturellement, celui de la France.
Je dis « naturellement » car il me semble effectivement naturel que lorsque l’on fréquente des bibliothèques ou des librairies garnies d’ouvrages en provenance de France comme vous le faites dans le cadre de vos études, il est normal, sinon de vouer un culte à la « mère-patrie », du moins d’avoir pour elle une légitime affection. Affection que je renvoie en retour au Québec où j’aurai l’honneur de me trouver, du 29 mars au 15 avril prochain.

Roman Bernard

samedi 10 mars 2007

Assez de velléités !



Criticus - Le blog de Roman Bernard


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