Bien que le comportement de M. Devedjian soit peu justifiable sur la forme, je trouve étonnant que l'on fasse tant de cas d'une conversation privée. Il est également surprenant que l'on feigne de s'offusquer des insultes qui peuvent être proférées entre responsables politiques, alors que chacun sait qu'elles sont monnaie courante.
Roman Bernard
jeudi 28 juin 2007
Dailymotion : quand Internet abolit la sphère privée
La France doit-elle s'inspirer de Tony Blair?

Au lendemain d'une passation de pouvoir savamment préparée depuis près d'un an -et plus ou moins imposée par le Parti travailliste-, l'heure est au bilan outre-Manche.
Si le nouveau Premier ministre britannique, Gordon Brown, n'a eu que quelques mètres à parcourir pour aller du 11, Downing Street, au 10 de la même rue, après dix ans passés dans l'ombre de Tony Blair à l'Echiquier, sa prise de fonction sera plus qu'une simple formalité. Il sera difficile, pour celui que l'on a considéré comme le meilleur ministre des Finances d'Europe -et qui a été l'artisan du succès économique de la Grande-Bretagne-, de faire oublier un homme que même l'opposition conservatrice n'a pas jugé bon de critiquer.
On aimerait voir un tel consensus national autour d'un homme d'Etat en France, mais il est vrai que ni François Mitterrand, ni Jacques Chirac n'auront mérité de tels hommages, tant la situation relative de la France par rapport à son voisin insulaire s'est dégradée depuis le début des années 1980. Alors que la France avait relativement bien supporté les deux chocs pétroliers de 1973 et 1979, le Royaume-Uni était, avant l'arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher, ruiné par l'échec des politiques travaillistes, au point d'être menacé d'une mise sous tutelle par le FMI.
On oublie souvent, dans l'Hexagone, que si la politique de Valéry Giscard d'Estaing et de Raymond Barre, dans le même temps, n'a pas rencontré le succès escompté, c'est surtout en raison de la crise économique mondiale, qui touchait alors plus durement que la France ses partenaires économiques, comme la Grande-Bretagne.
Les années 1979-1981 ont constitué un tournant de l'histoire comparée des deux pays. Les Britanniques ont choisi de donner aux conservateurs les moyens de mener une politique économique libérale, certes dure, mais qui a eu le mérite de remettre le pays sur les rails. Cette évolution des mentalités s'inscrivait dans un contexte plus large, avec les élections de Ronald Reagan à la présidence des Etats-Unis en 1980 ou l'accession de Helmut Kohl à la chancellerie de l'Allemagne de l'Ouest en 1982.
La France est alors allée à contre-courant de ses partenaires, en élisant, avec une majorité relativement courte (un peu plus d'un million de voix), un président socialiste, dont le programme économique s'opposait radicalement à celui de son prédécesseur et adversaire. Cette politique, d'inspiration keynésienne, reposait surtout sur la dépense publique. On a vu l'insuccès de cette expérimentation, avec des balances budgétaire et commerciale déficitaires, une inflation forte et un chômage de masse, dont les effets démoralisants sur la société française se font encore sentir aujourd'hui. On peut toujours, par goût du regret, se demander ce qu'il serait advenu de la France si le million de voix qui séparait François Mitterrand de Valéry Giscard d'Estaing s'était plutôt porté sur ce dernier.
Toujours est-il que depuis, ni la gauche ni la droite n'ont trouvé de remède à la crise que la politique désastreuse du gouvernement Mauroy a provoquée.
Ce type d'interrogation ne s'est pas posé en Grande-Bretagne, où Tony Blair, pour faire revenir les travaillistes au pouvoir, a dû moderniser le Labour en le convertissant à l'économie de marché. Il a simplement continué la politique menée par Margaret Thatcher puis par John Major, comme semble le déplorer Pascal Riché, rédacteur en chef de Rue 89.
Et le Royaume-Uni, après avoir comblé son retard sur son rival continental sous Thatcher et Major, l'a dépassé sous Tony Blair: au début des années 2000, le PIB du Royaume-Uni est devenu supérieur à celui de la France. Cela a occasionné une prise de conscience en France que n'avaient permise ni le succès économique de l'Allemagne voisine, ni celui du Japon lointain.
Tous les acteurs et observateurs politiques français se demandent aujourd'hui si la France doit s'inspirer de Tony Blair pour entrer dans la modernité, malgré les mises en garde de personnalités telles que l'écrivain Percy Kemp ou de l'historien britannique spécialiste de la France, Theodore Zeldin.
Le but n'est pas ici d'apporter une réponse arrêtée à cette question, même si nous ne pouvons que prendre acte de la réussite britannique et de l'échec français.
Pour nuancer toutefois, il faut enfoncer une porte ouverte en rappelant que la France n'est pas la Grande-Bretagne : si elle veut se moderniser, pour retrouver la place qui lui revient dans le monde contemporain, il est important qu'elle n'importe pas de l'étranger des recettes ayant montré leurs limites autant que leurs attraits.
Ce qui, dans le cas français, est en question, c'est moins la réussite ou l'échec de notre vieux rival, mais plutôt les conclusions que la classe politique française en tire.
A gauche, la sympathie ou l'antipathie pour l'ex-Premier ministre britannique recouvre exactement la ligne de fracture que la campagne référendaire de 2005 a révélée, entre d'une part les tenants d'une sociale-démocratie ayant intégré les contraintes d'une économie libérale, et d'autre part la nébuleuse des antilibéraux. Tous oublient que si Tony Blair a été incontestablement un libéral -mais comment pouvait-il en être autrement après la Dame de Fer?- il a aussi créé beaucoup d'emplois publics, instauré un salaire minimum et investi massivement dans les services publics. En refusant de voir les deux facettes du blairisme, libérale et sociale, les socialistes français s'interdisent de penser une politique économique de gauche qui concilierait les avantages de l'économie de marché et ceux de la solidarité.
A droite, la victoire de 2002, confirmée en 2007, donne assez de poids à certains pour dire que la France doit s'inspirer des réformes économiques de Tony Blair, qu'ils ne voient, là encore, que comme un libéral. Mais c'est méconnaître les spécificités des économies britannique et française que de dire qu'il suffirait de suivre une politique économique blairiste pour que la France renoue avec la croissance. Pour que cela fonctionne, il faudrait d'abord que la société française se remette en mouvement, ce qui est moins affaire de politique économique que d'évolution des mentalités. Tant que les richesses disponibles ne seront pas réinvesties directement dans l'appareil productif, toute politique libérale sera vouée à l'échec en France, puisqu'elle ne fera que conforter l'économie de rente et de spéculation qui prévaut aujourd'hui. Je ne doute pas que le nouveau gouvernement soit animé de bonnes intentions. Mais il ne pourra que guider la politique économique de la France, qui sera avant tout le fait des Français. Espérons que ceux-ci comprendront leur temps et les évolutions qui s'imposent à eux.
Roman Bernard
mercredi 27 juin 2007
Secret défense d'éléphant

Observant quotidiennement les "dessins du jour" du Monde.fr, je suis tombé ce matin sur "Scoop", du dessinateur Aurel, paru hier dans la version papier. On y voit deux hommes devisant à une terrasse de café. L'un annonce à l'autre que François Hollande et Ségolène Royal se sont séparés, lequel, surpris, répond que François Mitterrand aurait une fille cachée, ce qui provoque l'étonnement du premier.
Je n'avais pas tenu à commenter l'annonce officielle de la séparation de la candidate malheureuse du PS à l'élection présidentielle d'avec le premier secrétaire du même PS, mais cette caricature, particulièrement drôle et juste, me permet de revenir sur ce sujet, un peu plus d'une semaine après la défaite des socialistes aux élections législatives, à l'issue desquelles cette séparation a été rendue officielle.
J'ai trouvé particulièrement hypocrite, de la part des principaux intéressés mais aussi des médias, le traitement accordé à cette "nouvelle" qui n'avait de secret pour personne. Tandis que les journalistes, au cours de cette soirée électorale, ont présenté la séparation en question comme un scoop par eux découvert, Ségolène Royal a profité du regain d'attention des mêmes médias à sa personne -alors qu'elle n'était pas candidate aux législatives- pour évincer son ex-compagnon du leadership du PS en affirmant qu'elle lui avait "demandé de quitter le domicile"...et donc en disant implicitement qu'ayant rompu de son propre chef avec François Hollande, elle lui demandait en outre d'abandonner la direction du Parti après le domicile conjugual.
Cette manoeuvre, grossière mais efficace, est à la mesure du cynisme déployé par la présidente du Conseil régional de Poitou-Charentes durant la campagne présidentielle, elle qui a tenu à donner l'image d'une femme épanouie dans son couple...peut-être pour mieux se démarquer de son concurrent, Nicolas Sarkozy, dont les déboires conjugaux ont été rendus publics l'année dernière lorsque son épouse Cécilia a été photographiée par Paris-Match, au bras de son amant.
Le même cynisme, d'ailleurs, qui a prévalu lorsque Ségolène Royal, après avoir vanté les mérites de son Pacte présidentiel pendant toute la campagne, a reconnu qu'elle n'avait jamais cru à celui-ci...une erreur tactique qui pourrait -espérons-le- renforcer ceux qui, après avoir soutenu du bout des lèvres la candidate à l'élection présidentielle, s'opposent à présent à la candidate déclarée au premier secrétariat du PS.
Laurent Fabius, dauphin déshérité du mitterrandisme, dont nous disions récemment qu'il avait été étrangement "revigoré par la campagne législative", va tenter de mettre à profit son succès dans la bataille contre la TVA sociale : il a confié aujourd'hui au Monde que Ségolène Royal avait présenté un "triple déficit" de "présidentialité", de "crédibilité" et de "collégialité" dans la campagne pour l'élection présidentielle.
Un casus belli qui augure d'une lutte âpre et disputée pour la course à la "chefferie" -petit clin d'oeil au Québec- du Parti socialiste l'an prochain. Une lutte que le PS ne pourra esquiver s'il veut être en mesure, à l'issue d'un réel débat de fond, de jouer son rôle de parti d'opposition et de se rénover en vue des échéances de 2012.
Roman Bernard

Crédit photo : © Marie-Lan Nguyen / Wikimedia Commons
lundi 25 juin 2007
Criticus rejoint Kiwis, le Cercle des blogueurs disparus

L'équipe éditoriale de Criticus tient tout d'abord à remercier Le Chafouin, rédacteur du blog Pensées d'outre-politique, qui a "parrainé" notre blog pour rejoindre une expérience à la fois originale et excitante : le lancement de l'alliance -ou réseau- de blogs Kiwis, le Cercle des blogueurs disparus.
Cette initiative a été rendue possible grâce à Pensées d'outre-politique et aux six autres fondateurs -que nous tenons également à remercier-, qui sont Seb de Ca réagit, Nico du Bistrot politique, Frednetick, Pierre Catalan, Politoblog, et enfin le Toréador.
Pour les blogueurs désireux de rejoindre Kiwis, le Cercle des blogueurs disparus, voici la charte dont le respect est indispensable pour pouvoir adhérer:
Voici les 7 principes qui caractérisent les membres du Cercle :
Principe n°1 - Originalité des analyses et des points de vue.
Principe n°2 - Esprit critique et prise de recul.
Il ne s'agit pas pour autant d'un esprit DE critique systématique, mais d'une capacité à prendre du recul et à rester honnête intellectuellement, y compris vis à vis du parti ou du mouvement qui défend nos idées.
Principe n°3 - Qualité de la rédaction & du style.
Principe n°4 - Humour & pertinence.
Nous n'ambitionnons pas de devenir les maîtres à penser de la blogosphère.
Principe n°5 - Indépendance éditoriale :
ce n'est pas la rue de Solferino ou la rue de la Boetie qui dicte la mise en page...
Principe n°6 - Intérêt pour la politique, qui peut aller d'ailleurs jusqu'à l'engagement, sans pour autant annihiler le principe n°1
Principe n°7 - Tolérance des points de vue et refus des extrêmes :
Kiwis est pluraliste mais l'appartenance au cercle ne signifie pas que chacun endosse les opinions et les positions des autres. Les commentaires sont libres et non modérés. Le réseau est définitivement fermé aux blogs intolérants, qu'ils soient d'extrême droite ou d'extrême gauche.
Roman Bernard
vendredi 22 juin 2007
Une conception très particulière de la démocratie
Le nouveau président de la République a traditionnellement engagé une consultation des grands partis politiques avant le prochain Conseil européen à Bruxelles. Le chef de l'Etat a cependant transgressé une autre tradition, mise en place par ses deux prédécesseurs, en recevant le leader de l'extrême-droite. Ni François Mitterrand ni Jacques Chirac n'avaient jugé bon de le traiter comme un représentant politique normal -lui laissant ainsi l'occasion de se placer dans une posture de victime qui explique certainement une partie non négligeable des voix qui se sont portées sur son nom il y a cinq ans. Jacques Chirac avait même refusé de débattre avec Jean-Marie Le Pen durant l'entre-deux tours de l'élection présidentielle, en 2002. Un aveu d'échec pour l'ancien président qui, bien qu'ayant remporté haut la main le second tour qui a suivi, ne s'estimait surement pas de taille à rivaliser d'éloquence avec le président du Front national.
Cette fois-ci, le Parti socialiste s'est étonné que "pour la première fois, le leader de l'extrême droite soit reçu avant un sommet européen par le président de la République", faisant allusion à l'hostilité de Le Pen à la construction européenne.
Le même type d'argument a été repris, et amplifié, par les Verts, qui ont déploré que Nicolas Sarkozy reçoive "le chef d'un parti notoirement antieuropéen, nationaliste, aux valeurs qui sont aux antipodes de celles des droits fondamentaux".
Ces déclarations rejoignent les voix qui, au lendemain du choc de 2002, s'élevaient pour que soit dissous le Front national ou bien pour que toute la classe politique se mobilise afin que Jean-Marie Le Pen n'obtienne pas les 500 signatures nécessaires pour se présenter à l'élection présidentielle. Il y en a donc qui ne comprendront jamais.
C'est justement parce que Jean-Marie Le Pen a été ostracisé durant les années 1980 et 1990 qu'il a pu instrumentaliser les problèmes de la société française et s'opposer ainsi à ce qu'il appelle le "système", ou l'"établissement". A partir du moment où, dans une perspective de récupération des voix du Front national, Nicolas Sarkozy a accepté de dialoguer avec Jean-Marie Le Pen -notamment lors de l'émission "100 minutes pour convaincre" de France 2, en 2002 et 2003- l'extrême-droite, en rentrant dans le rang, a perdu ce monopole de la contestation et de l'insolence qui la caractérisait. Cette stratégie a été payante puisque en dépit d'une situation générale de la société française qui ne s'est gère améliorée, le FN a perdu une grande part de son électorat au profit de l'UMP - et il convient ici de s'en féliciter.
La preuve est donc faite que, plutôt que de refuser de dialoguer -et donc de combattre- des formations antidémocratiques, cela au nom d'une conception très particulière de la démocratie, il est préférable de les accepter comme faisant partie du paysage politique français -et mieux les réduire. Il serait temps que la gauche, et notamment le Parti socialiste, retienne cette leçon, et tente, de son côté, de ramener à la République les voix qui se sont portées sur l'extrême-gauche, dont les idées ne sont guère moins dangereuses que celles du Front national.
Roman Bernard
dimanche 17 juin 2007
Deux bonnes nouvelles toutefois...
Voilà matière à réflexion pour le nouveau président, élu -faut-il le rappeler- sur les thèmes de l'action et de la rupture.
Roman Bernard
La gauche à qui perd gagne
D'abord parce que la droite disposait déjà d'une majorité pléthorique à l'Assemblée nationale, il est vraie élue dans le contexte très particulier de 2002. Il était difficile, pour une droite qui ne pèse qu'un peu plus de la moitié de l'électorat, de franchir le seuil des 400 sièges qui faisait redouter à certains un danger pour la démocratie. Criticus n'a bien sûr jamais cru à ce danger. Mais en regardant le résultat dans son ensemble, je dois dire qu'il est appréciable que le Palais Bourbon comporte en son sein une opposition importante, ne serait-ce que parce que cela obligera la majorité à trouver une ligne politique claire et cohérente pour pouvoir mener les réformes nécessaires à leur terme. Pour ce faire, il est préférable que la contestation s'opère au Parlement plutôt que dans la rue. Le Parti socialiste ne pourra donc pas prétexter un trop petit nombre de députés s'il peine à jouer son véritable rôle de pôle d'opposition, qu'il n'a que très mal assumé au cours de la dernière législature. Les socialistes ont toujours été contre les projets et propositions de loi de la majorité, tentant d'empêcher certains d'entre eux en déposant des dizaines de milliers d'amendement. Parallèlement, le Parti socialiste devait proposer un modèle de société alternatif à celui porté par la droite.
Il n'en a rien été. Pourquoi, avec un nombre de sièges supérieur à celui obtenu en 2002, et avec un score honorable à l'élection présidentielle, les socialistes opéreraient enfin leur modernisation alors qu'ils n'en ont pas eu le courage ni la volonté lors des cinq dernières années? La remise en question ne semble en effet pas au goût du jour. Après le refus de Ségolène Royal de parler de "défaite" pour qualifier son échec face à Nicolas Sarkozy, et le triomphalisme affiché ce soir par les cadres du PS, on voit mal comment le parti de la rue Solférino pourrait enfin se remettre en cause pour voir la vérité en face : il a perdu, la droite a gagné.
La droite a gagné, mais ce succès relatif doit l'alerter sur l'état de l'opinion publique : si le discours de changement et de rupture tenu par les deux finalistes de l'élection présidentielle a enfin trouvé un écho dans la société française, les réformes nécessaires pour convertir ce discours en résultats seront difficiles à faire accepter. En témoigne le rôle non négligeable qu'a joué la polémique sur la "TVA sociale" dans la dernière ligne droite de cette campagne législative.
La marge de manoeuvre du prochain gouvernement -qui devra donc se trouver un nouveau ministre de l'Écologie- sera donc particulièrement étroite, mais c'est aussi un gage de réussite puisque les mesures qui seront adoptées au cours de la prochaine législature résulteront d'un réel débat public et auront donc une légitimité incontestable. En donnant un coup de pouce au Parti socialiste, les électeurs ont donc voulu en faire un pôle d'opposition crédible au gouvernement. L'an prochain, la course à la succession de François Hollande, qui devrait opposer son ex-compagne capitalisant ses 17 millions de voix de l'élection présidentielle, un Dominique Strauss-Kahn miraculé et un Laurent Fabius revigoré par la campagne législative, pour un remake de l'investiture, donnera la réponse à la question que tous les observateurs du monde politique, exceptés les principaux intéressés, se posent : les socialistes français sauront-ils enfin ressembler à leurs homologues européens?
Pour Criticus, il n'y a pas de doute : seul DSK pourra permettre cette mue sociale-démocrate que la succession des défaites rend inévitable.
Roman Bernard
jeudi 14 juin 2007
Justice: le Nouvel Obs invente les "peines plafond"
J'ai été à nouveau attentif au sondage du jour. Cette fois, il avait pour objet les "peines plancher", qui visent à instaurer une peine incompressible pour les multirécidivistes. La loi qui devrait bientôt voir le jour, très décriée, est pourtant relativement clémente à l'égard des délinquants : seuls les récidives concernant un même délit donneront lieu à l'exécution d'une peine plancher.
Cette pratique est largement répandue dans les faits : pour un même délit, un tribunal correctionnel jugera toujours plus sévèrement un récidiviste qu'un "novice".
On ne voit d'ailleurs pas en quoi l'on pourrait s'alarmer de cette règle de bon sens.
Mais la gauche, murée dans un contrisme systématique, y voit, là encore, un danger.
Malgré l'humour des cyber-rédacteurs du "Nouvel Obs", l'intitulé de la question posée aux internautes ne laisse guère de place au doute quant à l'hostilité du seul hebdomadaire de gauche sérieux à la transcription dans le droit d'un principe relevant du sens commun: les trois options, cette fois, sont: "Je suis pour", "Je suis contre", ou "Et pourquoi pas des peines plafond?". La partialité de cette question n'a toutefois pu empêcher que la justice prévale: à l'heure où j'écris ces lignes, une majorité absolue (55,39%) de votants se prononce favorablement pour l'instauration des peines plancher. Cette caution de gauche nous permet de dire que Criticus voit cette réforme judiciaire d'un très bon oeil. Pour être plus exact, j'ajouterai que je me demande pourquoi il a fallu attendre 2007 pour que cette réforme soit faite. Tout simplement, je ne vois pas comment on peut à la fois affirmer un désir de justice et refuser que les abonnés des tribunaux soient punis pour la fréquence de leurs délits, en plus de l'être pour la gravité de ceux-ci.
Roman Bernard
mercredi 13 juin 2007
La "vague bleue"
Oui, si l'on en croit nombre de zélés chroniqueurs, qui s'évertuent à parler de "vague" -ou de tout autre métaphore marine- bleue pour qualifier la majorité confortable dont devrait disposer après dimanche le gouvernement de François Fillon.
Les éditorialistes de droite y voient le moyen de saluer la "rupture" qu'impliquerait cette victoire, tandis que leurs homologues de gauche tentent désespérément de sauver les meubles en nous mettant en garde contre les "dangers" d'une majorité "écrasante".
Deux malaises transparaissent cependant des analyses des uns et des autres, sur des sujets sur lesquels, pourtant, il devrait y avoir consensus. À droite, on feint d'oublier que le même argument -après cinq années d'opposition il est vrai-, à savoir le besoin d'une forte majorité pour conduire les réformes dont la France a besoin, avait été avancé par Jacques Chirac en 2002. Cinq ans après, avec une seule réforme -celle des retraites- à mettre à l'actif du chef de l'État sortant, on est en droit de douter de la validité de l'argument. La "vague bleue" a déjà déferlé sur l'Assemblée nationale à la suite du scrutin législatif précédent. Les analystes de droite devraient donc être très prudents avant de célébrer cette victoire de leurs idées: une majorité pléthorique ne garantit en rien l'efficacité des réformes.
Tout dépendra, dans un système institutionnel "présidentialisé" par la simultanéité des élections présidentielle et législatives, de l'action du gouvernement, et que la majorité parlementaire dispose de 51, 66, 80 ou 90% des sièges n'y changera rien.
La mauvaise foi est aussi grande à gauche, lorsqu'est avancée l'idée, par Laurent Joffrin notamment, de la nécessité d'un "aggiornamento" social-démocrate du Parti socialiste, sur lequel tout -et souvent n'importe quoi- a été dit d'ailleurs.
Ce besoin subit de changer le "logiciel" du PS, lorsqu'il est affirmé par ceux qui, dans le Parti ou dans ses relais médiatiques et intellectuels, en avaient la charge, a des relents d'hypocrisie certains: la gauche avait cinq ans pour le faire. N'étant pas aux affaires, les socialistes avaient tout à loisir de mettre à la retraite des cadres manifestement fatigués -Laurent Fabius, Henri Emmanuelli, voire Lionel Jospin.
Le Parti socialiste avait aussi le temps de repenser sa ligne idéologique et trouver un accord entre ses membres sur le rôle de l'État, l'identité nationale, l'économie de marché, la décentralisation, l'immigration, la sécurité, l'écologie...et l'Europe.
Là où la gauche a peut-être perdu ces élections "imperdables" -du fait de l'inaction et de l'impuissance de Jacques Chirac-, c'est peut-être dans la cacophonie qui a régné lors de la campagne référendaire de 2005. Alors que le Parti, par un procédé démocratique remarquable, avait accepté à une majorité là aussi "écrasante" le texte du Traité établissant une Constitution pour l'Europe, le premier secrétaire a été incapable d'empêcher les "nonistes" de faire campagne. Il leur a tout juste interdit de se prévaloir de l'étiquette du Parti...une arme de dissuasion bien dérisoire.
La victoire du "non", au lieu de relancer, deux ans avant les élections, le processus de "social-démocratisation" sans cesse repoussé, a bien au contraire conduit l'appareil du PS à ajourner la question de ses alliances: plutôt que de s'engager clairement dans la voie vers une alliance avec le centre, les "éléphants", toujours incapables de tourner défintivement la page du mitterrandisme, ont préféré lorgner à l'extrême-gauche, oubliant qu'au contraire du Parti communiste de Georges Marchais dans les années 1980, la gauche de la gauche est aujourd'hui divisée et affaiblie.
Voilà comment, avec cinq ans pour retrouver une stratégie de conquête du pouvoir, la gauche a dilapidé ses chances de victoire et laissé le champ libre à Nicolas Sarkozy.
Espérons pour la démocratie française que ces cinq nouvelles années passées dans l'opposition aideront le PS à prendre défintivement le train de la modernité.
Pour ce faire, il serait judicieux que les essayistes prennent du recul sur les événements et voient enfin que le problème de la gauche française vient de loin.
Mon hypothèse est que la victoire surprise de Lionel Jospin après la dissolution absurde de 1997 a installé au pouvoir une gauche inapte au gouvernement puisque sortant tout juste du double septennat mitterrandien. Après douze ans de Chirac et au moins cinq ans de Sarkozy, le Parti socialiste n'aura plus d'excuses en 2012.
Roman Bernard
mardi 12 juin 2007
"Ensemble tout devient possible : c'est communiste !"
Nous n'affichons plus ici que le lien d'origine, la vidéo ayant été supprimée sur Dailymotion.
Timothé M.
dimanche 10 juin 2007
Pour ne jamais oublier
Pour garder une trace de la candidature du "poète" -comme il se définit lui-même dans sa profession de foi-, j'ai préféré ne pas mettre le bulletin dans l'urne et le scanner pour l'afficher ici. Un bulletin qui devrait valoir de l'or d'ici quelques années.

Roman Bernard
mardi 5 juin 2007
La natalité est notre seul espoir
La lecture rapide -il ne faut pas non plus abuser des bonnes choses- de "Libé" m'a fait tomber aujourd'hui, tout à fait par hasard, sur cet article proprement effrayant. Je vais rendre tout de suite justice au journal de la rue Béranger: il s'agit d'une interview, qui n'engage donc que son interviewée.
L'interviewée en question est Corinne Maier, dont le premier succès "littéraire", Bonjour paresse, aurait mérité un autre billet, si ce livre n'avait pas été publié il y a trois ans déjà. Cette fois, c'est avec un titre savoureusement franglisé No kid que l'auteure défend son antinatalisme. (Au passage...aucun auteur anglo-saxon n'aurait titré "No kid".)
Pour elle, il ne peut y avoir de libération effective de la femme que si celle-ci renonce à faire des enfants.
L'enfant est décrit dans son ouvrage comme "un empêcheur de jouir".
Et l'auteure ne veut rien entendre à l'envie que suscitent les Françaises chez leurs homologues européennes, moins fécondes:
La dénatalité est notre seul espoir. Restons unis, sceptiques, et, si possible, sans descendance.
Après ce petit tour de chauffe, il est temps pour moi d'entrer sur le ring: j'ai été horrifié par la haine de la vie qui transpire dans les propos de cette nihiliste.
Ayant tous été les produits d'une grossesse -désirée ou non-, je considère qu'il devrait y avoir un consensus pour dire que l'on ne doit pas décider de briser la chaîne qui relie nos ancêtres à nos potentiels descendants.
Apparemment, tout le monde n'est pas de cet avis dans notre pays qui, aux dires des journalistes "anti-déclinistes", connaît pourtant un spectaculaire "baby-boom".
En vérité, un indice de fécondité autour de deux enfants par femme, en dessous du seuil de renouvellement des générations, n'a rien de bien enthousiasmant...les chiffres calamiteux de l'Allemagne, de l'Italie et de l'Espagne sont au contraire une source d'effroi légitime.
Pourquoi s'effrayer de cette dénatalité des sociétés occidentales que le lobby antinataliste appelle de ses voeux? Il y a d'innombrables raisons de s'en inquiéter, mais je m'attarderai ici sur les conséquences économiques, sociales, politiques et culturelles de cette insidieuse érosion de la démographie des pays occidentaux.
Le problème le plus évident, et donc le plus communément admis, est d'ordre économique: si la population de nos sociétés continue à vieillir faute d'atteindre ce fameux "2,1" (enfants par femme) qui permet le renouvellement des générations, la pression qui pèsera sur les actifs deviendra rapidement insurmontable, puisqu'il y aura moins de cotisants pour plus de retraités, et donc une décroissance automatique des économies de tous les pays industrialisés (le Japon connaît le même problème). La solution est connue, il faut pour cela, compte tenu -second facteur de vieillissement de la population- des progrès hygiéniques et sanitaires qui ont permis -et c'est tant mieux- l'augmentation de l'espérance de vie et la meilleure santé à un âge plus avancé, "travailler plus pour cotiser plus". (l'expression est de moi)
Pas sûr que cela convienne aux hédonistes onfrayistes dont semble faire partie Corinne Maier, mais au moins, le remède est connu, simple et efficace. Que la France ne suit-elle pas, en la matière, ses partenaires européens, souvent socio-démocrates, qui ont choisi d'allonger la durée de cotisation pour régler le problème!
L'atonie de la démographie des nations occidentales fait ensuite courir un risque d'éclatement de la société, entre ceux qui travailleront pour faire vivre l'ensemble de la population, et ceux qui travailleront pour s'occuper des inactifs: enfants -s'il en reste- et retraités. Ce cas de figure inquiétant ne manque pas de me rappeler la proposition de Ségolène Royal, durant le débat d'entre-deux tours qu'elle "domina", de faire raccompagner à leur domicile les femmes fonctionnaires. Une société polarisée à ce point ne pourrait que basculer dans l'affrontement.
Le vieillissement de la population représente aussi un danger au niveau politique: il va mécaniquement rendre les opinions publiques des pays occidentaux plus conservatrices, et donc moins enclines à accepter les réformes rendues nécessaires par le ralentissement économique expliqué plus haut.
Deux remèdes à l'ensemble des problèmes évoqués jusqu'ici sont proposés aujourd'hui.
Le premier, qui consiste à recourir massivement à une immigration de travail ou d'adoption, fait courir un risque d'ordre culturel, disons même civilisationnel. En renonçant à exister par lui-même -car c'est bien de cela dont il s'agit- et en pillant de manière néocoloniale la population des pays du Tiers-Monde, l'Occident risquerait de vivre une crise identitaire quasi-insurmontable: jusqu'à présent, le renouvellement de la population et donc de la culture occidentale se faisait grâce à des apports continus, mais modérés, de populations, qui s'assimilaient à leur société d'accueil, tout en l'enrichissant par certains éléments de leur culture d'origine.
Ce principe a surtout fonctionné en France, terre traditionnelle d'immigration et carrefour de l'Europe occidentale, qui a réussi à métisser dans un mélange tout à fait original les cultures celtique, latine et germanique, pour le plus grand bonheur de notre pays.
L'immigration de masse qui prévaut aujourd'hui avec la multiplication des conflits dans les pays en voie de développement et l'ouverture des frontières menace cet équilibre et le double bienfait qui caractérisait l'immigration jusqu'à présent: renouvellement et ouverture sur le monde.
Désormais, c'est bien plutôt la fermeture sur soi des communautés et donc des conflits interethniques qui risquent de frapper nos sociétés incapables, de surcroît, de proposer un modèle séduisant aux populations qu'elles accueillent. Ces populations, perçues comme un simple supplétif, ne pourront pas s'intégrer à nos sociétés, pour la simple et bonne raison qu'elles ne s'y sentiront pas accueillies.
Il y a un second remède, en apparence moins généreux, mais qui est à mon sens le seul à pouvoir assurer une coexistence pacifique des peuples. Faire de Brice Hortefeux un parangon d'humanisme est moins absurde qu'il n'y paraît: son slogan "moins d'immigrés, plus d'intégrés", dur à première vue, est particulièrement bien trouvé.
Avec le même principe que pour la sélection à l'entrée de l'Université, il implique que l'immigration choisie est le meilleur moyen de donner une chance aux populations immigrées, puisqu'au lieu de les mettre en concurrence entre elles ou, pire, de les cantonner au chômage, on leur donnera une réelle chance de réussite, tandis que ceux qui n'auront pas été choisis pourront, dans le cadre d'une politique de codéveloppement ambitieuse, continuer à vivre dignement dans leur pays. Pour couper l'herbe sous le pied de ceux qui jugent la politique d'immigration choisie "raciste", je rappelle que le Canada, peu suspect de racisme, la pratique sans que cela choque qui que ce soit -gauche y compris-. Le Canada applique même une pratique indicible en France: la préférence nationale. Je suis opposé à ce principe, qui m'empêchait de travailler hors du campus lorsque j'y étudiais, mais je me permets juste de rappeler que le débat sur l'immigration est très différent hors de l'Hexagone.
J'ajouterai un second volet, à mon avis indispensable pour éviter les dangers mentionnés précédemment: la relance de la natalité en Occident, par une politique audacieuse de développement des places en crêches -encore insuffisantes-, d'aménagement de la durée hebdomadaire de travail -encore trop rigide- ou encore d'augmentation des allocations familiales -au détriment d'aides inutiles sur lesquelles nous reviendrons-. Est-ce un programme de gauche? Peut-être, si l'on considère, ce dont je ne suis pas convaincu, que Ségolène Royal est une authentique femme de gauche.
Peu importent, pour régler un problème aussi sérieux et aussi urgent, les clivages politiques: la natalité est notre seul espoir.
Roman Bernard
lundi 4 juin 2007
Université : l'égalité par la sélection
Réfutant les idées reçues sur le caractère inégalitaire de la sélection, il démontre qu'il ne peut y avoir de réussite collective, pour les étudiants, s'il n'y a pas, au préalable, une valorisation des diplômes par un nombre limité de places dans les filières qui mènent à leur obtention.
Car combien de temps cette hypocrisie va-t-elle durer?
Combien de temps les syndicats étudiants vont-ils s'opposer à l'établissement d'une sélection, alors que cette mesure serait justement le moyen, en restreignant le nombre de diplômés dans des filières saturées et pour lesquelles les débouchés sont faibles, de permettre à ceux qui auront, par leur travail et leur mérite, réussi les concours d'entrée, de s'insérer sans problème sur le marché du travail?
L'effet le plus pervers du statu quo est que ce sont les plus favorisés par la naissance qui réussiront à l'issue d'un cursus universitaire classique, puisqu'à diplôme égal, leurs réseaux et le soutien financier dont ils bénéficient les aideront à s'insérer plus tôt, et plus haut, dans le marché du travail.
Ayant ainsi pris acte de l'échec de l'égalitarisme à l'Université, il serait judicieux, pour le nouveau gouvernement, de briser un nouveau tabou en affirmant la nécessité d'instaurer une sélection des étudiants, cela justement pour revenir à l'idéal de méritocratie dont le système éducatif français a été jusqu'ici porteur.
Plutôt que de continuer à priviliégier le nivellement par le bas, qui se résume à l'échec pour l'ensemble, il est impératif que s'impose dans les esprits l'idée d'un nivellement par le haut, où tout le monde ne réussit pas, certes, mais où ceux qui ont prouvé qu'ils avaient les capacités de réussir soient à même de le faire.
Suivre un chemin inverse reviendrait à ajourner le problème de la fuite des talents, problème sans précédent qui depuis une dizaine d'années vide l'Hexagone de certains de ses éléments les plus brillants. Ce à quoi l'on est en train d'assister, c'est à une nouvelle Révocation de l'Édit de Nantes, à cette différence près, cependant, que cette fois, ce n'est pas par intransigeance mais par laxisme que la France laisse partir ses cerveaux. Un laxisme auquel il est possible, souhaitable, et urgent, de mettre fin.
Roman Bernard
Cousines Royal: on choisit ses amis, mais pas sa famille
Je ne vois pas, en effet, l'intérêt qu'il y a à insister sur le fait que cette candidate aux élections législatives est une cousine de Madame Royal. Si le but de cette évocation est d'accréditer l'idée selon laquelle Ségolène Royal serait, culturellement, une femme de droite, je le récuse: bien que l'on puisse légitimement considérer que l'entourage familial proche de la présidente de Poitou-Charentes, conservateur et catholique, a joué un rôle dans l'éducation politique de l'ex-candidate socialiste, on ne peut pas pour autant en déduire que l'appartenance de l'une de ses cousines au FN soit un élément d'information pertinent. Pourquoi, alors, tous les journaux ont-ils fait référence à la parenté des deux femmes dans leurs titres mêmes?
Sans doute pour faire lire ces articles, ce qui est un procédé contestable: il eût été préférable de titrer: "Une candidate FN s'enchaîne à un pied de vigne" avant de dire, dans le corps de l'article, que cette candidate se trouve être la cousine de Madame Royal. Je ne tire donc aucune conclusion de cette coïncidence plutôt triviale.
On peut toutefois remarquer un goût commun pour le dolorisme chez les deux cousines: entre Anne-Christine la frontiste qui s'engage à traîner un cep de vigne à son pied, "s'il le faut pendant cinq ans" si elle venait à être élue, et Ségolène la socialiste qui évoquait sa volonté "chevillée au corps" de donner aux fils et aux filles de France ce qu'elle avait voulu pour ses enfants, il semble y avoir une coïncidence triviale aussi, sans doute, mais assurément troublante.
Roman Bernard
samedi 2 juin 2007
Violences anti-G8: les émeutiers d'ATTAC?

Que ceux qui s'imaginent encore que le mouvement "altermondialiste" est unanimement pacifique, humaniste et tolérant se détrompent en lisant, au choix, les articles publiés sur les sites du Monde, de Libération ou du Figaro, qui font suite aux violents affrontements ayant eu lieu en marge du "contre-sommet" du G8, à Rostock, dans le nord-est de l'Allemagne, alors que le sommet des huit chefs d'État et de gouvernement se déroule, lui, à Heiligendamm, petite station balnéaire de la mer Baltique.
150 policiers ont été blessés, dont 25 grièvement, par une cinquantaine d'émeutiers "autonomes". Autonomes, c'est-à-dire n'appartenant pas à l'une des grandes organisations internationales qui sont censées veiller à ce que le mouvement ne dérape pas.
Que l'on soit opposé au libéralisme et que l'on veuille le crier à la face du monde, c'est un droit que nul ici ne conteste. En revanche, accuser systématiquement les forces de l'ordre d'être à l'origine des violences et faire preuve d'une réelle complaisance à l'égard des vrais coupables me semble particulièrement inacceptable de la part de ces soi-disant défenseurs de la cause des peuples.
Si telle était vraiment leur volonté, ce n'est pas dans une ville industrielle d'un pays riche qu'ils iraient manifester mais dans les pays où le capitalisme sauvage -contre lequel lutte précisément une organisation comme la Banque mondiale, honnie par les "antilibéraux"- fait effectivement des ravages.
L'impression que me donnent ces incidents récurrents est plutôt celle d'une fascination pour la violence et la destruction, qui réunit dans la même bêtise certains supporters de football d'extrême-droite et d'autres "anticapitalistes".
Peut-être, d'ailleurs, faudra-t-il venir, contre de tels débordements, aux mêmes remèdes que ceux qui ont été utilisés pour mettre fin au hooliganisme: les militants altermondialistes les plus violents ne devraient pas pouvoir se rendre à ces contre-sommets. Il faudrait, pour cela que les responsables d'ATTAC ou de Greenpeace fassent la même chose que les dirigeants des clubs de supporters anglais: le ménage.
Roman Bernard
On croit rêver (fin)...
L'affaire est cependant en cours, puisque la femme exclue du bar a porté plainte devant la Commission des droits de la personne. Il n'est pas à exclure que, dans la lignée des décisions prises précédemment par les autorités canadiennes, et dont nous allons parler, le bar en question n'ait gain de cause.
Une telle pratique, si elle a été condamnée médiatiquement au Québec, révèle que le séparatisme identitaire représente bien un danger de cloisonnement des sociétés occidentales, avec les conséquences effrayantes que l'on est en droit de redouter.
D'autant plus que l'animatrice de radio à l'origine de la médiatisation de l'événement s'est indignée au nom des droits des femmes, injustement interdites d'entrée, et non, plus généralement, au nom d'idéaux que nous qualifions désuètement de républicains en France. Rappelons que le Québec et le Canada font tristement figures d'exemples en matière de communautarisme.
La notion d'accomodement raisonnable y a été définie pour justifier le non-respect des règles communes par certaines minorités en raison d'une "discrimination" que celles-ci impliqueraient.
Par exemple, un jeune sikh a obtenu le droit de porter son kirpan à l'école, le port de ce poignard étant considéré par la Cour suprême du Canada comme consubstantiel à l'identité de l'enfant.
Il n'a pas été envisagé à un seul moment de faire accepter l'idée à ses parents qu'il était tout à fait possible de vivre sa foi tout en renonçant à certaines pratiques qui relèvent moins du culte que du rite, c'est-à-dire de ses aspects les plus factices.
Autre exemple, plus absurde encore, celui de l'acceptation par la ville de Montréal de doter l'arrondissement d'Outremont, où réside une importante communauté juive, d'un érouv, sorte de clôture symbolique de la cité autorisant les juifs à réaliser à l'intérieur de ses limites des activités normalement proscrites le jour du chabbat, comme celle de porter. Les plaignants avaient en effet fait valoir que l'installation de cet érouv permettrait aux mères de pouvoir promener leurs enfants. Et donc, tous les habitants d'Outremont se trouvent symboliquement engrillagés pour complaire aux caprices de certains de leurs concitoyens.
On peut également évoquer le cas de cette salle de sports d'un YMCA qui, en 2006, avait fait givrer ses vitres afin de ne pas choquer les élèves d'une école orthodoxe juive voisine, qui ne supportaient pas de voir des femmes en tenue de sport.
Enfin, l'affaire de la cabane à sucre -restaurant dans lequel sont servis des mets québécois traditionnels- de Mont-Saint-Grégoire, où un groupe de clients a dû interrompre une fête pour permettre à d'autres clients, musulmans, de prier, a commencé à faire évoluer les consciences dans la Belle Province...un peu tard.
Pourquoi ce catalogue de problèmes propres au Québec? Si ce n'est pour souligner que l'amitié franco-québécoise que j'appelle de mes voeux risque d'être très difficile...
Tout simplement parce que ces faits inquiétants ont trouvé un écho en France, avec le refus de doter l'église Jean-XXIII de Sartrouville, dans les Yvelines, d'une cloche pour ne pas "provoquer" la population musulmane. Il est intéressant de noter que ces "accomodements raisonnables" n'existent que pour les minorités. Pour la majorité de la population, c'est plutôt d'"incommodements raisonnables" dont il faudrait parler.
C'est une vision de plus en plus réductrice et donc perverse de la laïcité qui est en train de se propager en Occident, la France faisant figure à cet égard de dernier bastion, tandis que l'Europe du Nord et le Canada semblent déjà perdus.
Cette conception affirme que toutes les expressions religieuses doivent être tolérées, sans considération du fait que certaines d'entre elles peuvent se faire au détriment d'autres, créant ce danger de compartimentement, d'isolement et donc de violence potentielle qui va peser sur nos sociétés dans les années à venir.
Un second danger réside dans ce que ce recul de la laïcité républicaine, qui se fait au détriment de la majorité de la population, risque fort d'accréditer de plus en plus les thèses rétrogrades et racistes du Front national, si rien n'est fait.
Pour éviter cela, je suis favorable à ce que l'on s'en tienne à une vision à la fois intégrale et généreuse de la laïcité, qui veut que lorsque l'on entre dans la spère publique, on se défausse de ses signes distinctifs, non pas pour se couler dans un quelconque "moule", mais parce qu'il n'y a pas de vivre-ensemble possible s'il n'y a pas au préalable de modèle le régissant. Le but ultime de cette conception de la laïcité n'est pas de "stigmatiser" les minorités, comme on l'entend ici ou là de la part des "droits de l'hommistes", mais bien d'éviter de les enfermer dans une identité à laquelle certains voudraient sans doute associer l'identité française.
Voilà un chantier qui me semble plus urgent que la déduction des intérêts d'emprunt.
Roman Bernard
On croit rêver (suite)...
Un internaute, Sexus Empiricus, apparemment habitué des forums, avait répondu -assez habilement- à mes commentaires en s'étonnant que l'on puisse être scandalisé par une manifestation promouvant l'homosexualité certes, mais ouverte à tous, déniant ainsi le caractère communautariste de l'opération.
Je n'avais malheureusement que des protestations de principe -en général peu efficaces- à opposer, m'indignant simplement du séparatisme sexuel qu'impliquait ce championnat.
Peu de temps après, j'ai découvert avec stupéfaction cette dépêche Associated Press, reproduite par le site Temps Réel du Nouvel Obs:
Un bar gay australien autorisé à refuser l'entrée aux hétérosexuels, femmes et lesbiennes
J'avais donc la preuve que quelque chose de particulièrement malsain et pervers était en train de se tramer dans nos sociétés occidentales.
Devant le risque évident de repli sur soi, de peur de l'autre, et donc de violence que cette dérive identitaire représente, je ne peux que persister à écrire ce que j'avais écrit lorsqu'il ne s'agissait "que" de ce championnat gay et lesbien:
Il est plus que temps de faire comprendre la nécessité qu'il y a, pour chaque communauté, à s'adapter aux valeurs que porte la société à laquelle elle est censée participer, plutôt que de laisser progressivement l'intérêt général s'effacer devant le chantage des groupes de pression.
Et pour montrer que mon point de vue est celui d'un homme tolérant et ouvert:
Le but pour moi n'est pas d'imposer un modèle unique, uniforme et éternel à tous les individus qui composent la société, mais de faire reposer leur vie commune sur le principe indiscutable de non-discrimination, fût-elle "positive". Désolé de devoir rappeler cette évidence.
Roman Bernard
vendredi 1 juin 2007
Un remède contre Acrimed

Pour nos lecteurs qui ont la chance de ne pas connaître encore Acrimed, voici une courte présentation, extraite du site, qui annonce tout de suite la couleur -politique s'entend-:
Action-CRItique-MEDias [Acrimed]. Née du mouvement social de 1995, dans la foulée de l’Appel à la solidarité avec les grévistes, notre association, pour remplir les fonctions d’un observatoire des médias s’est constituée, depuis sa création en 1996, comme une association-carrefour. Elle réunit des journalistes et salariés des médias, des chercheurs et universitaires, des acteurs du mouvement social et des "usagers" des médias. Elle cherche à mettre en commun savoirs professionnels, savoirs théoriques et savoirs militants au service d’une critique indépendante, radicale et intransigeante.
On apprend donc que ces éminents critiques, investis d'on ne sait quelle légitimité, entendent, grâce à la conjonction des compétences des journalistes, des chercheurs, des "acteurs du mouvement social" -ceux qui préconisent "l'appropriation populaire des médias", sans doute sur le même modèle que dans le Venezuela de leur ami Hugo Chavez- et des "usagers" -pas les lecteurs du Figaro ou du Point apparemment!-, défendre leurs concitoyens -de gauche surtout- contre les dérives inhérentes aux médias français.
Jusqu'ici, encore, si on fait abstraction de la volonté affichée de mettre en commun les "savoirs militants au service d’une critique indépendante, radicale et intransigeante", rien de bien choquant, après tout, nous avons nous-mêmes critiqué les médias, écrits notamment, au moment de la campagne présidentielle.
Mais c'est en explorant le site que l'on est assez rapidement frappé d'effroi devant la vaste entreprise de désinformation à laquelle se livre l'équipe d'Acrimed, qui ne s'applique apparemment pas ses propres leçons -pontifiantes- de déontologie journalistique.
Les moralisateurs veulent nous faire croire que les médias, fussent-ils publics, sont tous de fervents défenseurs de l'idéologie libérale, et ils prennent comme exemple la campagne référendaire de 2005, fustigeant tant la "droite réactionnaire" que la "gauche bien-pensante", toutes deux partisanes du "oui". Ils oublient -ou feignent d'oublier- que si les cadres de la gauche française (et leurs relais dans les médias) ont soutenu le projet de Constitution européenne, c'était moins en raison de son caractère libéral que de son caractère supranational, comme le rappelle aujourd'hui Ivan Rioufol dans son Bloc-Notes.
Ce seul exemple suffit à prouver que la mauvaise foi -ou l'aveuglement- de ces "éclaireurs" les conduit aux pires mensonges pour justifier leur démarche qui, si elle n'est pas blâmable sur le principe, l'est en tout cas dans son déroulement.
Il serait impossible de faire la liste exhaustive de toutes les contrevérités assénées, mais celle-ci est de taille: la prise de contrôle de Libération par Édouard de Rothschild constituerait une menace pour la diversité de l'information.
Pourtant, les journalistes de "Libé" semblent s'être fort bien accommodés de la tutelle de cet odieux capitaliste, puisque la campagne leur a permis de donner libre cours à toutes leurs outrances anti-sarkoziennes. Procédé classique, quand on veut dénoncer un danger que l'on incarne, on en attribue la paternité aux autres. Le pire, c'est que ça marche.
À chaque fois qu'une dérive des médias est dénoncée, qui monte au créneau? Acrimed!
Ces chantres de la liberté d'expression, très tolérants à l'endroit des casseurs lorsque surviennent des émeutes, sont en revanche d'une implacable sévérité lorsqu'un média est soupçonné de promouvoir le libéralisme, de défendre l'État d'Israël ou de critiquer l'altermondialisme. La preuve avec cet article dans lequel Acrimed défend la fermeture par Hugo Chavez, toujours lui, de la seule chaîne d'opposition vénézuélienne. Henri Maler y dénonce un "concert de désinformation à la française".
Le pire vient de ce qu'à force de conspuer tout et n'importe quoi -sauf lui-même- le serpent Acrimed en vient à se mordre bêtement la queue: Philippe Val est l'objet -ou plutôt la cible- d'un article d'une rare violence sur le site, dénonçant entre autres la surexposition dans les médias du directeur de Charlie Hebdo. Mais s'il s'y surexpose, c'est bien qu'il peut y propager des idées conformes aux dogmes professés par Acrimed, non?
Roman Bernard


