vendredi 31 août 2007

Ivan Rioufol fait sa rentrée dans la mêlée

Chaque semaine, vous pourrez retrouver ici et sur Facebook une analyse personnelle du dernier "bloc-notes" d'Ivan Rioufol paru dans Le Figaro. Il ne s'agit pas de louer ni de dénigrer les propos du journaliste, mais de s'interroger sur leurs apports dans le débat politique français contemporain. J'ai déjà exprimé ici mon respect pour le courage intellectuel de M. Rioufol, bien que je n'approuve pas toutes ses prises de position. En croisant ses chroniques et les interprétations que j'en donne, je laisserai ainsi au lecteur la possibilité de se faire un avis différent de celui donné par la plupart des médias, qui voient dans cet homme un "réactionnaire", mot-valise désignant tous ceux qui désapprouvent la pensée dominante. J'espère que certains d'entre vous enrichiront mes réflexions de leurs commentaires, qu'ils soient élogieux ou critiques.

Depuis le 13 juillet dernier et le dernier "bloc-notes" paru, j'attendais avec un empressement certain l'analyse qu'Ivan Rioufol donnerait, à son tour, des "Cent jours" du président Sarkozy et du gouvernement Fillon. Il fallait s'attendre à ce que ce premier bilan provisoire diffère par son contenu des interprétations convenues qu'ont données les grands médias, défiantes à gauche, dithyrambiques à droite, mais jamais critiques, au sens noble du terme.

C'est ce que M. Rioufol a réussi à faire hier, même si ce bloc-notes de rentrée ne restera pas comme le plus remarquable qu'il ait écrit. Loin d'être dupe de la difficulté pour le nouveau gouvernement de faire avancer les réformes clés, difficulté sans doute aggravée par sa trop grande précaution à l'égard des syndicats, notamment sur la réforme du service minimum, Ivan Rioufol, avec un titre évocateur, Le crépuscule des sermonneurs, a tenu d'abord à reprendre l'un de ses thèmes de prédilection : l'incapacité d'une gauche discréditée par ses échecs à mobiliser l'opinion publique face aux prétendus dangers de la politique de M. Sarkozy.

Le procédé le plus efficace, pour étayer cette thèse, est de montrer ce que sont devenus ceux qui, il y a peu, criaient au loup à mesure que l'élection de Nicolas Sarkozy devenait plus probable. Michel Rocard acceptant une mission du gouvernement sur l'éducation, alors qu'il considérait récemment Nicolas Sarkozy comme un "danger public", est une illustration parmi d'autres de la restructuration du paysage politique imposée par la double défaite de la gauche en 2002 et 2007.

Ivan Rioufol poursuit ce raisonnement en convoquant un récent sondage paru dans Le Figaro, révélant que 71% des Français approuvent la politique du chef de l'Etat. Je ne suis pas un grand partisan de la "sondomanie" des médias et de la classe politique, qui constitue le plus sûr ennemi de réformes forcément impopulaires, mais il est vrai, comme le fait remarquer le journaliste, que cette forte cote de popularité, même parmi les électeurs de gauche, est restée étonnament intacte après les vacances du président aux Etats-Unis, pays qu'il est pourtant de bon ton de détester en France, aussi bien à droite qu'à gauche.

C'est assurément le signe d'une évolution des mentalités, que j'estime positive, même si le mauvais goût évident des vacances de M. Sarkozy (luxe, essence, frime) n'est pas forcément pour me plaire. Relevant l'indifférence des Français au tropisme américain du président, l'éditorialiste met donc le doigt sur un phénomène intéressant : la fin de l'américanophobie par laquelle la France condamnait son avenir et son existence.

Il est vrai qu'Ivan Rioufol, Senior Fellow à l'Atlantis Institute, est un partisan assumé de l'atlantisme, option géopolitique que je partage, ce qui sera l'objet d'un prochain billet. Avant de m'expliquer plus longuement, je dis juste ceci : la France et les Etats-Unis sont des pays occidentaux. Le Venezuela d'Hugo Chavez, non.

Rioufol poursuit par l'actualité française, plus précisément la pédophilie :

Entendre, dans le lointain, Marylise Lebranchu, ancien ministre (PS) de la Justice, dénoncer l'autre jour une "barbarie" dans l'annonce, par Sarkozy, que les pédophiles multirécidivistes ne bénéficieront plus de réduction de peine et devront se faire soigner, est un signe de la rupture en marche. La victoire du bon sens, cette bête noire de la pensée clonée, rend saugrenues les théories sur les coupables qui seraient les victimes.


Ce paragraphe n'a rien de révolutionnaire. Il est empreint de décence, d'éthique, d'humanité, soit le minimum que l'on est en droit d'attendre d'un journaliste. Quel chemin parcouru, donc, depuis Le juge et l'assassin (1976) de Bertrand Tavernier, où le cinéaste lyonnais prenait ouvertement et explicitement parti pour le pédophile et tueur Joseph Bouvier (Vacher dans la réalité), censé être une victime de la société française de la Troisième République, contre les juges ! Quel chemin parcouru aussi, depuis, un après ce film scandaleux, la tribune signée dans Le Monde par des intellectuels de gauche pour réclamer l'acquitement de trois pédophiles !

Ces indices, fugaces, infimes, parcellaires, sont autant de raisons d'espérer. Ils prouvent que le terme même de justice va cesser d'être une plaisanterie, lorsque les vraies victimes seront enfin protégées, soulagées, vengées (oui, il y a une part de réparation dans l'emprisonnement d'un criminel) par l'enfermement des vrais coupables. Il faudra juste, pour que cela se traduise par des avancées concrètes, que le nouveau gouvernement construise plus de prisons et donne plus de moyens financiers et humains à la Justice, ce qui ne pourra se faire qu'en coupant des crédits inutiles, par exemple ceux alloués à des festivals de "musique" ou des expositions d'"art" contemporain. Je n'évoque là que des pistes, qui sont à explorer.

Comme Rioufol, je passe sur les propos scandaleux de Fanny Ardant, faisant du fondateur des Brigades rouges, Renato Curcio, auteur de plusieurs homicides dans les années 1970, un "héros". L'actrice, coupable ici de légèreté autant que de bien-pensance, s'est excusée, pensant soudain à la souffrance des familles des victimes. Une souffrance qu'on avait tendance à oublier ces dernières décennies, lui préférant celle du pauvre assassin. L'eût-elle fait il y a encore dix ans ? Surtout, n'eût-elle pas été soutenue en haut lieu (suivez mon regard) ? Pas sûr. N'oublions pas l'ignominie de la défense de Battisti par Mitterrand et ses continuateurs, complaisance coupable que Ségolène Royal, qui n'a pas que des défauts, a eu le bon goût de ne pas réitérer.

Mais j'en viens à l'avant-dernier bloc capital du papier, introduit par la relance (désolé pour le jargon journalistique) "La baraka, ses limites" (au passage, le fait d'avoir remarqué l'utilisation récurrente de ce terme par le président, adepte de la formule "La baraka fait partie de la bonne gestion" témoigne d'un sens aigu du verbe chez Ivan Rioufol et votre serviteur). Je commençais à avoir peur, avant de lire ce long paragraphe, qu'Ivan Rioufol, méfiant comme moi envers le nouveau gouvernement en juillet, ne fasse preuve soudain d'une trop grande mansuétude à son égard. Il se serait d'ailleurs contredit, puisqu'avant ses vacances, il estimait déjà que le gouvernement avait reculé sur des réformes essentielles, comme celle de l'Université. J'ai été rassuré par la lecture des lignes suivantes :

[...] si Sarkozy ne craint pas de voler dans les plumes des maîtres censeurs, il évite souvent l'affrontement quand il est risqué. Certes, on ne réforme pas aisément un pays marqué par des décennies de socialisme, où le quart des salariés est fonctionnaire, 50 % des députés sont issus de la fonction publique et où le libéralisme reste un mot défendu. Mais Dominique de Villepin n'avait pas tort quand il remarquait, lundi, que le bilan attend les résultats.
Apprendre, cet été, que la secrétaire d'État à l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, plaît à Bruno Julliard, le président de [UNEF], fait douter de l'audace des réformes universitaires. Entendre le gouvernement renoncer, dans l'immédiat, à remplacer un fonctionnaire sur deux pour en reprendre deux sur trois avive la crainte d'une reculade. Elle se précise avec le renoncement à imposer à la SNCF, dans le cadre du service minimum, trois heures de transport le matin et trois heures le soir.
Or, la baraka qu'aime évoquer le président séducteur a ses limites. Le Conseil constitutionnel a rendu inapplicable la rétroactivité d'une défiscalisation des emprunts immobiliers. La croissance attendue ne décolle pas et rend aléatoire l'objectif de 2,25 % pour 2007. La crise boursière, née aux États-Unis, pourrait conduire à une augmentation du crédit. Jamais la France, grâce à Sarkozy, n'a été si proche des réformes qui pourraient la moderniser et la grandir. Il a l'opinion derrière lui. Le terrain est propice à la poursuite entêtée des vraies ruptures promises.


Que dire de plus, sinon que les bonnes intentions affichées par Sarkozy, approuvées par la grande majorité des Français, ne suffiront pas à régler les problèmes de la société française, et qu'il faudra bien, après avoir conquis l'opinion, lui déplaire en réalisant enfin les restructurations indispensables à l'avenir de la France en tant que nation ? Comme le dit implicitement Rioufol, le mandat à venir, à peine débuté mais déjà lourd de défis, fera apparaître le réel caractère de la rupture que l'on espère irrévocablement engagée. J'ai exprimé ces derniers temps mon impatience. La lecture de cet article m'a peut-être rendu plus sage. Mais les problèmes de la France, eux, n'ont pas changé. Puisse un Sarkozy en état de grâce ne pas l'oublier.

Roman Bernard

dimanche 26 août 2007

Guy Roux, travailler plus (vieux) pour craquer plus (tôt)



Autre raison d'associer actualités sportive et politique, avec l'Affaire Guy Roux. Pas seulement sa démission du poste d'entraîneur du Racing Club de Lens, mais l'Affaire depuis ses commencements, le 28 juin dernier, lorsque la commission juridique de la Ligue de football professionnel a déclaré l'ancien entraîneur de l'AJ Auxerre, 68 ans, trop vieux pour entraîner son nouveau club artésien.

A l'époque, Guy Roux s'était indigné de ce que l'on puisse se passer de son expérience sous prétexte de règlements qu'il estimait spécieux. Il est vrai que l'existence d'une limite d'âge (65 ans) pour exercer le métier d'entraîneur est absurde, vu le nombre d'entraîneurs âgés ayant mené des équipes à la victoire : Raymond Goethals, vainqueur de la Coupe d'Europe des clubs champions en 1993 avec Marseille, à l'âge de 71 ans, en est l'exemple le plus prestigieux.

Absurdes, les protestations de Guy Roux l'étaient tout autant : c'est lui qui avait défendu l'adoption de ce règlement. Une fois que celui-ci s'appliquait à lui-même, il a donc décidé de le contourner. Il a en cela bien été aidé par le gouvernement, trop content de pouvoir s'approprier ce monument du football français, qui n'a d'ailleurs jamais caché son appartenance à la droite... moi non plus, mais sans doute pas à celle-là : lors de la catastrophique (pour la France tenante du titre) Coupe du monde 2002 en Extrême-Orient, Guy Roux, qui commentait certains matches, s'était emporté contre cette jeunesse française qui, après avoir séché les cours pour manifester contre Le Pen, faisait à nouveau l'école buissonière pour regarder le Mondial. J'avais été assez choqué par ces propos, ayant moi-même manifesté -erreur de lycéen.

Quoiqu'il en soit, la récente Affaire Guy Roux a été l'occasion pour le gouvernement de trouver un prétexte pour défendre ses conceptions -que je partage- sur la nécessité, du fait de l'allongement de la vie, de repousser, quand cela est possible et souhaitable, le départ en retraite.

J'imagine que MMe Bachelot et Lagarde, ainsi que M. Sarkozy (sur l'hyperactivité médiatique du président, lire l'excellent billet d'Eric Dupin... preuve qu'on peut être, comme moi, de droite et en avoir déjà marre de Sarko), qui étaient tous montés au créneau, sont bien embarassés, à présent que Guy Roux a déclaré qu'il n'avait plus la grinta nécessaire pour continuer à exercer son métier. J'ai peur que la gauche et ses relais médiatiques ne s'emparent de cette affaire pour tenter de démontrer qu'à 68 ans, on est trop vieux pour travailler. Ce serait au moins aussi gonflé que les éructations du coach au bonnet.

La santé de ce dernier, en effet, n'est pas vraiment représentative de celle de la majorité des hommes de 68 ans : Guy Roux a subi en 2001 un double pontage coronarien, ce que l'intéressé a considéré comme l'explication principale à son incapacité à entraîner les Sang et Or.

La leçon de cette histoire, outre le fait que Guy Roux aurait encore une fois mieux fait de se taire, est que le départ à la retraite, s'il ne doit pas être fixé à une limite d'âge arbitraire, ne doit pas non plus être forcément postérieur à celle-ci.

Il doit être fait progressivement, avec des aménagements d'horaires et de pénibilité du travail pour certains métiers, et quand le salarié ne peut pas aller plus loin sans mettre ses vieux jours en danger. Cela demande sans doute nettement plus de souplesse et d'imagination que la société française ne semble en être capable.

Roman Bernard

vendredi 24 août 2007

Galles-France : tout pour le jeu

Quelques heures avant le dernier match de préparation au Mondial contre le Pays de Galles, au Millenium Stadium de Cardiff, et après deux victoires convaincantes face au XV de la Rose, je tiens ici à prendre un pari avec vous, lectrices et lecteurs : je pronostique la victoire finale de l'équipe de France dans la Coupe du monde, victoire qui sera due à son phénomène, Sébastien Chabal, aka "Caveman" (pour ce second pronostic, je m'avance peut-être un peu, mais je suis, comme beaucoup d'amateurs occasionnels de rugby, vivement impressionné par la force brute qui émane de cet homme).



Pour les matches amicaux, le contrat est rempli : je ne sais pas depuis combien de temps la France n'avait pas battu deux fois de suite l'Angleterre -d'ailleurs, est-ce déjà arrivé ? réponses de spécialistes bienvenues !-, mais le résultat est tout à fait probant. Contre les Gallois, il faudra donc, à présent, ajouter le jeu et la manière, afin d'aborder ce Mondial dans les meilleures conditions. Le XV de France a toutes les cartes en main pour le faire. L'entraîneur gallois le dit lui-même, en déclarant à l'AFP que « la France dispose d’une opportunité fantastique cette année dans la mesure où (la compétition) a lieu chez elle, cela ajouté au groupe talentueux qu’elle possède, plus la manière affichée à deux reprises contre l’Angleterre. Ils nous ont tous impressionnés. Ce n’est plus la même France. Si l’on regardait la France il y a quatre ans, on constaterait beaucoup plus de jeu, plus d’ambition, et ils n’auraient pas été si bien organisés qu’ils le sont désormais ».

Je ne dispose d'aucune expertise pour délivrer un pronostic de rugby : je n'y ai joué qu'un an, en universitaire, et mon mètre 86 ne me permettait pas de supporter les coups réguliers que je prenais au poste de pilier. Le souvenir seul de la mêlée, dont je ressortais toujours le dos meurtri, me fait d'ailleurs penser, malgré l'euphorie qui risque de s'emparer de nos compatriotes -et à laquelle je ne résisterai sans doute pas- au coup d'envoi contre les Pumas argentins, le 7 septembre, que j'ai bien fait de ne pas renouveler cette expérience.

Je n'en garde pas moins un grand respect pour les rugbymen, qui, au contraire de leurs homologues du ballon rond, supportent la douleur sans rechigner et attendent d'être vraiment blessés pour se faire porter pâles. Pour qu'un rugbyman soit absent du Mondial, il faut, comme Sylvain Marconnet, qu'il soit dans l'incapacité physique de jouer, et non pas, comme nombre de footballeurs, qu'il ressente une simple gêne à une jambe. Si vous trouvez que je suis de mauvaise foi, lisez L'Equipe les jours de matches de Ligue 1 et regardez les motifs de non-participation des joueurs. Le contraste entre les blessures de football et de rugby est saisissant.

Pour les lectrices et lecteurs qui seraient déçu(e)s de ce qu'un blog politique "s'abaisse" à parler de sport, j'évoquerai juste le cas de Bernard Laporte -inutile ici de proser sur le lien entre football et politique, cela mérite une thèse de doctorat, et les Jeux Olympiques de Pékin l'illustreront suffisamment-. Si le futur secrétaire d'Etat aux sports devait intégrer le gouvernement après une élimination au premier tour -peu probable, mais on ne sait jamais-, il subirait probablement le même sort que la plupart des membres de la "société civile" qui ont accédé à des responsabilités ministérielles : l'insignifiance politique.

En revanche, s'il entre en politique par une victoire mondiale, l'une des rares qui manquent à la France dans les sports collectifs, dans un sport, qui plus est, très populaire, il se pourrait qu'il joue un rôle de premier plan dans le ministère de Roselyne Bachelot -qui aura un léger déficit de crédibilité par rapport à son subalterne-, voire au-delà.

Cela devrait déplaire aux anti-Laporte -pour ma part, je le jugerai sur les résultats et non sur les paroles, vu que je ne comprends pas ce qu'il dit-, mais je suis convaincu que ce personnage assez énigmatique devrait occuper une place de choix dans le paysage politique français. Première réponse le 20 octobre prochain, au Stade de France (si les Bleus sont qualifiés en finale).

Roman Bernard



D'accord avec ce pronostic ? Ou pas ? Faites le vôtre en participant au sondage Criticus ! (encadré rouge sur la gauche)

dimanche 19 août 2007

Mais-ou-et-donc Ségolène ?

Cinq jours ont passé depuis le billet annonçant la mise au repos forcé de Criticus et déjà, le manque de blogging s'installe... l'occasion, en cette fin de vacances/début de rentrée, d'évoquer brièvement le cas Ségolène Royal.

Son ex-compagnon de premier secrétaire, jamais à court de critiques contre le gouvernement -on attend toujours ses propositions pour la France-, a effectué dès hier sa rentrée politique en fustigeant la politique de Nicolas Sarkozy, faite selon lui d'"effets d'annonce" et d'"incantations". La mauvaise foi du député de Corrèze devient difficilement soutenable lorsqu'il s'alarme de ce que les réformes fiscales votées au début de l'été risquent d'aggraver la dette publique, alors même que le gouvernement qu'il soutenait de 1997 à 2002 l'a creusée dans une conjoncture pourtant très favorable. François Hollande, aussi peu audacieux que systématiquement opposé à la politique réelle, n'a donc pas tiré de vraies leçons de l'échec du PS aux récentes élections.

Ségolène Royal, si, du moins si l'on en croit son entrevue accordée hier au Journal du Dimanche, qui semble se spécialiser dans l'hagiographie politique en titrant "La nouvelle Ségolène Royal".

Le récit fait par la journaliste, qui peine à éviter l'écueil du persiflage, nous présente donc une Ségolène Royal "définitivement délivrée de l'amertume [de la défaite à l'élection présidentielle, ndlr]", "requinquée", "ressourcée", "apaisée", déclarant que "Le temps n'est plus aux règlements de compte" et que le Parti socialiste doit proposer, à l'issue de son processus de refondation qui sera "forcément long", "une ligne moderniste, éclairée et rassembleuse".

Des propos étrangement semblables à ceux qui lui avaient permis de dynamiter le scrutin interne au PS pour la désignation du candidat socialiste à l'élection présidentielle l'an dernier, et qui ne diffèrent pas radicalement de ceux qu'elle a assénés -et dont on se remet difficilement- au cours de cette campagne présidentielle. Pourtant, Madame Royal l'affirme, elle veut tirer les leçons d'un échec qu'elle va finir par appeler par son nom avec un titre évocateur, Une étrange défaite, qui ornera la couverture d'un livre à paraître cet automne.

L'analogie avec L'étrange défaite de Marc Bloch est plutôt prétentieuse, voire douteuse, mais le principal enseignement de tout cela, c'est que Ségolène Royal, qui voit dans la reconnaissance de sa défaite une condition de sa conquête du premier secrétariat du Parti de la Rose -difficile période, d'ailleurs, pour ceux qui se réclament de cette fleur, avec la double défaite du XV anglais face aux Bleus-, est prête à toutes les concessions sur ce sujet, du moment qu'elle peut continuer à utiliser les mêmes formules creuses et éculées. Comme quoi, malgré le double traumatisme de 2002 et 2007, rien n'a vraiment changé rue de Solférino.

En témoigne la fin de cet article édifiant :

Elle s'emploiera à proposer des idées neuves. En phase avec l'évolution de la société, des idées qui constitueront progressivement un corpus idéologique, une ligne politique "moderniste, éclairée et rassembleuse". Pas question que se reproduise le flottement idéologique qui a prévalu pendant la campagne sur des questions aussi importantes que les 35 heures, le temps de travail, la sécurité, ou le besoin de protection des citoyens.
Convaincue que les nouveaux adhérents du PS gagnés en 2007 attendent autre chose que des vieux sujets mille fois ressassés, Ségolène Royal ne regrette pas le départ de ceux qui n'ont pas résisté aux sirènes de l'ouverture sarkozyste. "Au contraire, cela crée un appel d'air." Un appel d'air qu'elle a bien l'intention d'utiliser à son profit. Foi de Ségolène. "Lorsque j'étais à la Guadeloupe, tous ceux que je croisais m'appelaient 'la femme debout'. Comme au temps de la campagne. Rien ne m'a fait plus plaisir. Rien ne correspond plus à la réalité qui est la mienne aujourd'hui."


Pourquoi feindre une telle sérénité quant à son avenir politique, alors que l'ex-députée des Deux-Sèvres, qui n'est maintenant plus que présidente du Conseil régional de Poitou-Charentes, a probablement fait une erreur capitale en ne se présentant pas aux élections législatives ? Elle justifiait cette décision hasardeuse en se réfugiant derrière l'excuse du non-cumul des mandats. Que n'a-t-elle, de ce fait, renoncé à une région manifestement inutile pour gagner une réelle crédibilité pour gouverner ? Alors qu'au Palais Bourbon, à condition d'y être assidue, elle aurait pu tenter de participer au travail de l'opposition, dont elle aurait facilement pu prendre la tête lors des débats, bien qu'étant faible oratrice.

Si elle parvient à prendre la succession de François Hollande l'an prochain, elle sera condamnée au grand écart entre son exigu fief picto-charentais et Paris, sans y avoir une assise suffisante, laissant ainsi le champ libre au gouvernement. On risque ainsi d'avoir, pendant cinq ans, une opposition stérile, incapable de proposer la moindre alternative à la politique du gouvernement. La France ne marchera donc que sur une jambe, visiblement alourdie par l'atonie de son économie.

De tout cela, j'aurais aimé que les médias parlent davantage. Mais qu'attendre d'un système médiatique dont le fonctionnement repose sur l'amnésie systématique ? Il nous présente Ségolène Royal comme si la preuve de sa vacuité et de sa vanité politiques n'avait pas déjà été apportée par la campagne présidentielle. Encore quelques interviews comme celle du "JDD", et Madame Royal apparaîtra à une opinion publique hébétée par l'avalanche d'informations comme la solution à l'échec -probable, je le crains- du gouvernement Fillon. Avec les conséquences que l'on est en droit de redouter. Si Ségolène Royal affirme avoir changé, mon jugement sur l'archaïsme idéologique et doctrinaire de la gauche française, lui, reste intact.

Roman Bernard

lundi 13 août 2007

Congés d'été

Prochain billet sur Criticus dans trois semaines. Entre le retour en France pour l'un et le stage (précaire) pour l'autre, nous n'aurons ni le temps ni les moyens de poster d'ici-là !



Bonnes vacances (pour les chanceux), bon courage aux autres !

Timothé M.

vendredi 10 août 2007

Le nombril du Monde

Le Monde.fr demandait hier à ses lecteurs si, "depuis l'élection de Nicolas Sarkozy [à la présidence de la République], la France [leur] paraissait "trop" se rapprocher des Etats-Unis", "pas assez" ou "ni l'un, "ni l'autre".

C'est pour cette dernière option que j'ai voté, considérant que les États-Unis, nation faisant partie de la même civilisation que la nôtre, étaient des alliés naturels sous Jacques Chirac comme ils le sont, de façon plus assumée, sous Nicolas Sarkozy. Il n'y a donc pas de proximité excessive à déplorer, dans la mesure où l'on parle d'un pays ami.

A l'inverse, estimant que la France, comme toutes les autres nations européennes, doit ou devrait garder sa singularité par rapport à son grand cousin de l'Ouest pour le plus grand bien de la civlisation occidentale, je n'ai pas non plus considéré que la France n'était pas assez proche des Etats-Unis.

Je m'étonne juste que Le Monde pose cette question alors que Nicolas Sarkozy se trouve justement outre-Atlantique. Le quotidien de soir estime-t-il que le chef de l'Etat est déjà allé trop loin en passant ses vacances en Amérique et en y rencontrant le président Bush ? Cette posture antiaméricaine, observable dans de nombreux médias français, est désuète, surtout parce qu'elle est souvent le fait d'américanophiles qui s'ignorent.

Il serait judicieux qu'une attitude plus ouverte soit adoptée à l'égard des Etats-Unis, ce qui ne signifie pas justifier tous leurs agissements. Mais tout du moins, ne pas s'inquiéter en permanence de la proximité qu'il peut y avoir entre la France et les Etats-Unis. Nous sommes deux nations amies. Haïr l'Amérique comme le font nombre de nos concitoyens revient à se haïr soi-même.



Roman Bernard

jeudi 9 août 2007

Maîtres et possesseurs de la nature

Pourquoi titrer ce billet avec une citation de Descartes ? Oui, pourquoi, sinon pour exprimer mon sentiment devant la haine du progrès qui semble s'être emparée de nos contemporains ? Cette haine, on le sait, prend sa source à la fois dans les horreurs du XXe siècle, en partie permises par le progrès technologique -la bombe atomique en est l'exemple le plus spectaculaire-, et la menace que fait peser l'exploitation inconsidérée de la nature sur l'avenir des générations qui nous succèderont.

Cette aversion au progrès procède donc d'une méfiance tout à fait respectable devant la toute-puissance acquise par le genre humain depuis la Révolution industrielle.

Ce qui est moins respectable, en revanche, c'est l'opposition systématique à toute avancée technologique, observable dans les pays occidentaux qui, paradoxalement, sont les plus grands bénéficiaires du progrès scientifique et technologique. Bien que n'étant pas, au contraire du Kiwi Banquise tropicale, un fervent partisan des OGM -il s'agit quand même de transformer le génome d'une espèce, donc d'en faire une espèce mutante, ce qui doit nous inciter à la plus grande prudence-, j'ai été particulièrement choqué par les récents fauchages de champs de maïs transgénique, surtout par celui d'Ardèche perpétré mardi soir dernier. Ce qui m'a le plus scandalisé, c'est moins le fauchage en lui-même que le message infamant laissé par les vandales à l'agriculteur :

La terre n'appartient pas à l'homme.


Comme la plupart des personnes qui ont eu vent de cette affaire, j'ai appris à cette occasion que cette phrase était en fait la moitié d'une citation de Sitting Bull (Taureau assis), chef sioux qui commanda les armées sioue et cheyenne lors de la fameuse bataille de Little Big Horn, en 1876, au cours de laquelle le général Custer et ses 263 soldats périrent, dans ce qui constitua la seule victoire jamais remportée par les Indiens d'Amérique du Nord contre les "tuniques bleues".

Cette citation n'a sans doute pas été choisie au hasard : le génocide des Amérindiens, l'un des plus grands crimes de l'Histoire il est vrai, est souvent instrumentalisé par les écologistes pour exprimer leur nostalgie des tribus amérindiennes, censées avoir vécu en harmonie avec la nature, au contraire des "Yankees", qui l'auraient asservie. En réalité, l'historien, ethnologue et anthropologue lyonnais Philippe Jacquin, spécialiste des tribus d'Amérique du Nord, a prouvé que "L'Indien "écologiste" [était] une invention de l'homme blanc". Par la pratique du brûli de forêts et de prairies, les razzias de bisons ou, à partir de l'arrivée des Européens, le commerce des fourrures, les Amérindiens, certes dans une moins grande proportion que leurs vainqueurs, ont été des prédateurs de la nature.

Ce mythe des tribus amérindiennes écologistes véhiculé par certains Occidentaux relève, il faut bien le dire, d'une mythologie plus large, celle du "bon sauvage", sorte de racisme à l'envers qui forme l'un des trois piliers de l'"antiracisme" avec le dénigrement de la culture judéo-chrétienne occidentale et la haine du progrès.

Les écologistes occidentaux qui regrettent de n'avoir pas vécu dans un tipi sous les étoiles au lieu d'habiter dans une mansarde sous les tôles ne sont pas de doux rêveurs, contrairement à l'image édulcorée qu'en donnent les médias. Le concept à la base de leur vision du monde est l'écocentrisme, selon lequel l'homme n'est qu'un élément du monde et qu'il n'a donc aucun droit particulier sur ce dernier, pas même celui de le modeler pour lui permettre d'améliorer son existence. Le progrès est par conséquent interdit par une telle approche, mais, plus grave, l'homme n'a dans ce système de pensée pas plus de valeur qu'un animal ou même qu'un végétal. L'écocentrisme est résumé par la citation complète de Sitting Bull : "La terre n'appartient pas à l'homme, c'est l'homme qui appartient à la terre."

Etant l'égal de tout autre être vivant, quel peut être le but de l'homme sur cette planète, sinon de revenir avant la découverte du feu, qui lui avait permis de prendre peu à peu possession de la nature ? On peut trouver que je force le trait, et on aura sans doute raison. Mon but ici est de dénoncer une idéologie qui, n'étant pas appliquée dans les faits, n'a pas pu démontrer toute sa nocivité. Mais je tiens à alerter les quelques internautes qui auront la patience de lire cet article du fait que l'écocentrisme, qui n'est rien de plus qu'une haine de tout ce que l'esprit humain a conçu de grand -l'art, la science, l'architecture, etc.- représente une tentation pour nombre de nos contemporains, désemparés devant le vertige de la modernité. Je vais tenter, par certains exemples pertinents, d'illustrer mon propos :

En même temps que certains de nos compatriotes fauchent des champs de maïs transgénique au mépris de la loi, d'autres militent pour la réintroduction de l'ours dans les Pyrénées. La mort de l'ourse Franska, hier matin, a constitué une tragédie pour les "pro-ours". J'ai a priori une certaine sympathie pour ces gens. Commme beaucoup d'enfants de la génération "Club Dorothée", j'ai collectionné des images WWF pour sauver les pandas menacés de disparition. Ce premier acte citoyen m'avait sensibilisé à la disparition d'un autre ursidé, l'ours des Pyrénées, au beau pelage noisette. Le compte-à-rebours avait commencé : quand j'avais quatre ans, il n'y avait plus que 13 spécimens -les écologistes diraient "individus"-, puis, au début des années 1990, il n'y en avait plus aucun. Certes, c'est tragique, et les chasseurs qui voulaient "protéger le bétail" tout en revendant la fourrure étaient des imbéciles. Mais pendant que l'on s'affairait -et on s'affaire encore, artificiellement- à sauver l'ours des Pyrénées, les Pygmées se mouraient. A ma connaissance, aucun album d'images autocollantes n'a été imaginé à leur intention. Est-ce à dire que pour certains écologistes, la vie d'animaux a plus de valeur que celle des êtres humains? A les entendre, on pourrait parfois le croire. Il faut dire que cette préférence accordée aux animaux a son pendant beaufesque, avec tous ces Français retranchés derrière leurs pancartes "Attention : chien méchant".

Autre transcription de l'écocentrisme dans la vie courante, la mode végétarienne ou pire, végétalienne. On refuse de manger de la viande, voire tout produit animal, parce que l'on a dû mettre à mort un animal ou l'exploiter à des fins productives. Eh oui, l'homme, comme certains autres primates, est omnivore. Comble de malchance, au contraire des ruminants dont il a fait son péché mignon, il ne digère pas la cellulose. Pour se nourrir convenablement, il lui est donc recommandé de manger des animaux qui ont assimilé des végétaux à sa place. Bien sûr, à condition d'équilibrer ses apports en acides aminés (constitutifs des protéines), il peut se contenter de se nourrir de fruits, de légumes et de céréales. Mais dans la plupart des cas, un complément de protéine B-12 sera nécessaire, soit dans le lait de vache, soit, pour ceux que l'exploitation d'un autre mammifère répugne, dans des comprimés pharmaceutiques. La consommation d'oeuf, qui contient de l'albumine, est également conseillée à ceux, grands seigneurs, qui ne voudraient pas consommer de cadavres. Question : en quoi la mise à mort ou l'exploitation d'un animal sont-elles plus graves que celles d'un végétal ? Pas sûrs que les végétar(l)iens puissent y répondre.

L'opposition d'une bonne partie de l'opinion publique, bien au-delà de l'étroite communauté écologiste, à l'utilisation de rongeurs lors de tests scientifiques ou pharmaceutiques est également consternante. Grâce à ces tests, l'homme a été en mesure de trouver des remèdes à de nombreuses maladies. Difficile d'imaginer l'éradication de la rage ou de la variole, en attendant celle du sida, sans utiliser des souris, des rats et autres lapins dans l'élaboration de vaccins. Certes, ces animaux -nés de la main de l'homme- souffrent et meurent. Mais qu'y a-t-il de choquant à ce que l'espèce humaine cherche avant tout à assurer sa propre pérennité ?

Sujet brûlant, irradiant même, celui du nucléaire, dont les écologistes, Verts en tête, veulent "sortir", tout en voulant réduire les émissions de gaz à effet de serre et promouvoir à la fois une société libertaire -comme si l'écologie politique était possible sans contraintes- et l'ouverture totale -ou presque- des frontières, qui s'accompagne nécessairement d'une augmentation des transports, et donc de la pollution. Une incohérence assez adolescente, qui refuse d'intégrer le principe de réalité à l'élaboration d'une pensée vraiment écologiste. Sur ce sujet dont je ne suis pas spécialiste, je laisse la parole à mon ami GP, jeune ingénieur, sur son blog Nobium. Où l'on comprend, après tant de dénigrements véhiculés par nos médias complices, les bienfaits du nucléaire.

Je pourrais multiplier les exemples à l'envi, mais ma démonstration en perdrait de sa force. Je me contenterai donc de donner celui du rejet de la corrida et de ce qu'il révèle de la bien-pensance de ses auteurs. Ce sujet a déjà été évoqué avec acuité par un autre Kiwi, Seb de Ca réagit, qui voulait sans doute, inconsciemment, dire en défendant la corrida toute son admiration pour Toréador, maître-à-penser de la blogosphère et à plus forte raison de notre modeste réseau. Pourquoi, au fond, être opposé à la corrida ? On parle souvent de la souffrance de l'animal, mais en quoi un taureau de combat, bien nourri, vivant dans un champ et certes tué par l'épée, souffrirait-il davantage qu'une vache de batterie, vivant enfermée dans un box et nourrie jusqu'à il y a peu des restes recyclés de ses congénères, avant d'être tuée par un cylindre de métal projeté dans son cerveau ? C'est tout simplement que l'on n'accepte pas que l'homme, comme les autres êtres vivants se repaissant de chair, doit tuer, ce qui lui permet au passage d'assouvir sa pulsion de mort, qualifiée par Freud de thanatos. Les anti-corrida refusent de voir l'homme tel qu'il est.

D'une manière générale, les écocentristes n'acceptent pas de reconnaître que leur idéologie n'est, au fond, qu'un caprice d'Occidental, bourgeois et névrosé. Les paysans des Andes n'ont que faire de la nostalgie de l'araire par ceux qui croient les défendre. Si on donnait à chacun des agriculteurs quechuas un tracteur pour faciliter la culture du maïs et ainsi lui permettre de nourrir convenablement sa famille, il serait repu, et n'entendrait même plus les cris hystériques des détracteurs -jeu de mots facile, j'en conviens- de la mécanisation de l'agriculture.

J'arrête là ce tour d'horizon, en disant, comme Descartes mais avec certes moins de talent, que les hommes doivent se rendre maîtres et possesseurs de la nature, à condition bien sûr que cela se fasse avec le souci d'un développement durable, absent de l'exploitation forcenée de la forêt amazonienne. Vous souvenez-vous de mon ex-ami bobo parisien, qui refuse de m'adresser la parole depuis que j'ai voté pour Nicolas Sarkozy (bel exemple de tolérance de gauche) ? La rédaction du présent article me ramène en souvenir au dernier réveillon du Jour de l'An, passé dans son loft bohème des Lilas, où sa copine, vivrensembliste notoire, m'avait dit, devant ma défense passionnée de la civilisation occidentale, qu'elle préférerait vivre chez les Papous, vantant leur "harmonie avec la nature". Je lui ai fait remarquer que les Papous n'avaient jamais envoyé d'hommes dans l'espace, ce à quoi elle m'a rétorqué que cela ne "servait à rien". Pourtant, comme tout astre, la Terre est mortelle... il faudra un jour penser à la quitter. Oh, pas tout de suite, mais dans quelques milliards d'années, ce sera une nécessité. En attendant de trouver la fusée miraculeuse qui pourra envoyer toute l'Humanité à quelques dizaines d'années-lumière de la Planète bleue, il n'est peut-être pas inutile d'avoir foi dans la Raison et le Progrès.

Roman Bernard

lundi 6 août 2007

La France au bois dormant attend toujours son Prince Charmant

Je l'ai dit de manière allusive dans plusieurs billets depuis le second tour des élections législatives, je le dis à présent de manière claire, nette et précise : je me range parmi les premiers déçus du sarkozysme. Pour autant, je ne regrette toujours pas mes choix des 22 avril, 6 mai, 10 et 17 juin. Je rappelle à ceux qui m'assènent ici et là un "je vous l'avais bien dit" compassé que lors de la présidentielle, l'alternative à Nicolas Sarkozy s'appelait Ségolène Royal, et lors des législatives, celle à François Fillon s'appelait François Hollande !

Aucun regret donc, comme beaucoup de Français, j'ai voté pour les "moins pires". Ce qui ne signifie pas les meilleurs. On pourra me reprocher d'avoir été naïf. Je ne l'ai pourtant pas été, loin de là. J'ai toujours dit que Nicolas Sarkozy et l'UMP étaient pour moi des choix par défauts. J'aurais voulu un leader plus brillant, plus charismatique, plus polyglotte, plus cultivé, plus réfléchi, en un mot plus bonapartiste. Mais en vertu du principe selon lequel les grands hommes sont issus des grands peuples, je crois que le peuple français, vieux, usé et fatigué comme l'était son ancien président -dont on commence à mesurer l'ampleur du désastre- n'engendrera plus un homme de cette trempe. Faut-il, alors, compter sur l'Europe pour faire sortir de ses rangs celui -ou celle- qui saura sortir le Vieux Continent de son inéluctable déclin ? Si l'on entend par Europe les institutions qui sont censées en représenter la population, je crains une nouvelle déception à venir.

Pour avoir observé, dans le cadre de mes études, les rouages de l'Union européenne, j'ai pu constater que l'immobilisme français avait assurément son pendant européen. A cette différence près que ce dernier, en plus de l'arrogance qui caractérise le premier, démontre un dogmatisme et une prétention à la toute-puissance qui ne laissent rien présager de bon pour le futur de la construction européenne. Laquelle ne pourra pas régler les problèmes des nations qui l'animent et lui donnent son sens.

Il faut -j'allais écrire "et il suffit", mais ce n'est pas exact- que les Etats membres règlent leurs problèmes internes, qui sont très divers, même si l'on peut y déceler des défis communs, comme l'inertie démographique, l'échec de l'intégration, ou encore l'américanisation croissante des langues et des cultures d'Europe. La France n'est pas la seule nation européenne à aller mal. Faut-il s'en réjouir par pur chauvinisme -ou par délectation morose, dans laquelle nombre de nos compatriotes se complaisent- ou s'en inquiéter par crainte d'un déclin général de notre civilisation? Il y a en tout cas urgence, et les peuples européens ne feront pas l'économie de leur propre remise en question. Le peuple français en particulier, qui, avec Nicolas Sarkozy, n'a toujours pas trouvé l'homme de la situation. Je sais que je manque d'indulgence et de patience après seulement trois mois, mais lorsque je lis que le chef de l'Etat veut calmer le rythme des réformes pour gagner les municipales -scrutin mineur- l'an prochain, je vois la France retomber en plein dans les affres du chiraquisme : l'électoralisme au détriment de l'action politique.

Et pourtant, il va en falloir, de l'action, car comme l'a montré le quinquennat de Jacques Chirac, cinq ans, c'est court. Si Sarkozy compte également rester populaire pour gagner les européennes de 2009 et les régionales de 2010 afin de mieux préparer sa réélection en 2012, ses cinq ou dix ans à l'Elysée n'auront servi qu'à ajourner les réformes nécessaires, en rendant les électeurs encore plus défiants à l'égard de leurs représentants politiques. Sans compter que l'on risque, si le gouvernement échoue à réveiller la France de 26 ans de torpeur, de devoir subir un Parti socialiste qui refuse toujours de tirer les leçons de ses échecs à répétition.

J'espère me tromper en estimant, un peu hâtivement -mais toute intuition, même bonne, est hâtive- que Nicolas Sarkozy est condamné à l'échec, obsédé qu'il est par sa présence dans les médias, sa cote de popularité et les résultats à court terme.
Mais je ne vois rien, pour l'instant, qui pourrait me donner tort. La France au bois dormant attend toujours son Prince Charmant. 26 ans de coma, c'est déjà critique. 31, voire 36, cela pourrait bien être fatal.

Roman Bernard

jeudi 2 août 2007

La Poste, figure de proue d'une France à la dérive



Je connais La Poste, pour y avoir travaillé comme facteur en juillet et août 2005. Avant cette expérience, j'y ai effectué 17 missions d'intérim les samedis matin, comme facteur également. Le centre de distribution où je travaillais avait besoin d'intérimaires, étudiants de préférence -allez savoir pourquoi- pour remplacer les facteurs "grévistes"... traduisez ceux qui ne voulaient pas travailler le samedi.

Le fait de remplacer au pied levé les grévistes nous valait d'ailleurs d'être critiqués ouvertement par certains facteurs assidus... pour nombre d'entre eux, nous étions les "jaunes", traîtres censés menacer la survie de tout mouvement social.

Tous les lundis matin de cet été 2005, alors que je préparais péniblement ma tournée-je dois dire ici que le métier de facteur est difficile, contrairement aux idées reçues-, un délégué du personnel -CGT évidemment- venait infliger à tous les facteurs qui n'en avaient pas besoin ses slogans mille fois répétés sur les "conditions de travail déplorables imposées aux travailleurs par la direction"... en plus du samedi non travaillé, ce syndicaliste exigeait donc l'installation de machines à eau type "Châteaud'eau" dans le centre de distribution... alors qu'il y avait un restaurant du personnel où l'on disposait de verres et de carafes d'eau en libre-service.

Précision qui permet de relativiser les revendications syndicales contemporaines. Les leaders syndicaux, qui font sans cesse référence aux grandes conquêtes de 1936 oublient que le Front populaire, à l'époque, portait les aspirations d'une classe ouvrière vraiment exploitée : semaine de travail de six jours et de 48 heures, pas de congés payés, salaires dérisoires, etc. Depuis, la mécanisation et la tertiarisation qui en a découlé ont achevé d'exaucer les vœux de Léon Blum.

On pourra me rétorquer que le travail est parfois dur, voire aliénant, et ce en particulier dans la grande distribution, domaine d'activité tertiaire et moderne. Je le sais, j'ai pu mesurer l'inhumanité du travail d'employé de magasin à l'aune de l'usure de mes collègues d'Auchan lorsque j'y étais intérimaire à la mise en rayon. Mais justement, c'est dans les entreprises où les employés ont le plus de raisons de s'insurger -Auchan en est un exemple d'école- qu'ils le font le moins.

A l'inverse, c'est dans des secteurs protégés, publics notamment, que les salariés sont le mieux lotis et qu'ils se plaignent, paradoxalement, le plus. On ne peut que s'étonner que les cheminots, dont le travail s'est considérablement simplifié -doux euphémisme- depuis le passage du charbon et du diésel à l'électricité, fassent davantage grève que les salariés du télétravail ou de la restauration, par exemple.

On peut aussi s'alarmer que les employés de guichet de La Poste, qui, au contraire des facteurs, effectuent un métier facile à défaut d'être gratifiant, mettent une si mauvaise grâce à fournir le service pour lequel les Français sont contraints de payer, vu qu'il s'agit d'un monopole.

Je passe rapidement sur ma mésaventure de ce matin : revenu à Lyon pour mes deux jours de congé, je devais poster une lettre à une chaîne de télévision afin d'être rémunéré pour les deux "piges" que j'y ai faites. Arrivé au bureau de poste de mon quartier, je suis tombé nez-à-nez avec une porte grillagée : le bureau est fermé pour cause de vacances. Ce type de contretemps ne justifie pas à lui seul ce billet. Mais il m'a, ajouté à nombre d'autres déconvenues de ce genre, motivé à dire ici ce que je pense de La Poste.

Comme une grande majorité de Français, je suis attaché au service public.

Mais contrairement à la gauche béate, je sais aussi que le talent est une denrée rare. Et que le risque que représente le socialisme est d'abandonner la gestion de l'économie à des bureaucrates incompétents. Les incuries de La Poste -colis non distribués, retards de courrier, horaires d'ouverture des bureaux trop restreints- l'illustrent trop bien. Si je me suis converti au libéralisme, c'est parce que je prends acte de l'impasse dans laquelle nous enferme le fameux "modèle" français, dont plus aucun pays du monde ne s'inspire.

Comprenons-nous bien : libéraliser l'économie, cela ne veut pas dire faire de la France un pays sans service public. Il y a de la marge avant que notre pays ne devienne un "paradis fiscal".

En revanche, si l'on pouvait bénéficier des avantages d'une économie plus libérale, qui concernent la vie courante, comme faire ses courses tard le soir, effectuer ses démarches administratives le samedi, ou, pour les plus audacieux, fonder sa propre entreprise, je ne vois pas qui pourrait s'en offusquer. Du moment, bien sûr, que l'on conserve un service public de qualité.

Pour cela, rien de tel que le service minimum, qui garantira les deux droits constitutionnels que sont le droit de grève et le droit au travail. Et qui permettra, si le gouvernement ne recule pas comme il l'a fait sur la réforme de l'Université, qu'un service public affranchi du sectarisme syndicaliste puisse être offert à tous les Français. Les mentalités auront-elles assez évolué pour cela ?

Roman Bernard