Roman Bernard
Le blog politique de Roman Bernard


Rien n'indique que cette croisade morale nuise à leur popularité. Au contraire. Ils ne représentent sans doute pas toute la Pologne, mais, sauf surprise pendant la campagne électorale, il faudra s'habituer à vivre avec eux.
Cet amalgame fait par le "journal de référence" entre les Polonais et leurs gouvernants m'avait évidemment indigné.
Après la défaite de Jaroslaw Kaczynsky, le premier ministre, aux élections législatives de dimanche, le ton est tout à fait différent dans l'éditorial d'hier, titré "Alternance en Pologne". (amusant de voir que, d'un coup, la Pologne n'est plus "irritante" dès lors qu'elle vote comme les donneurs de leçons du Monde le souhaitent). Ce qui est également amusant, c'est que l'éditorial d'hier reprend dans des termes semblables celui du 8 septembre, pour dire précisément le contraire :
S'il fallait une preuve que les jumeaux Kaczynski, Lech, le président et Jaroslaw, le premier ministre, ne représentaient pas toute la Pologne, elle a été donnée par les élections législatives du dimanche 21 octobre. La politique réactionnaire, au sens propre du terme, qu'ils menaient depuis trois ans a été désavouée par une majorité de leurs concitoyens. [...] La Pologne ne ressemble donc pas à la caricature obscurantiste que le gouvernement sortant a donnée d'elle. Au contraire, la société et l'économie polonaises ont manifesté ces dernières années un dynamisme qui a permis l'éclosion d'une classe moyenne. Celle-ci se retrouve plus volontiers dans les thèses libérales de la Plate-forme civique de M. Tusk que dans les philippiques moralisatrices de Radio Maryja, la station catholique, suspecte même aux yeux du Vatican, qui soutenait les jumeaux.
Répétons : "les philippiques moralisatrices de Radio Maryja, la station catholique, suspecte même aux yeux du Vatican, qui soutenait les jumeaux."... si j'étais catholique, ce genre de remarque m'écoeurerait, surtout de la part d'un journal qui se veut toujours plein de prévenances à l'égard des autres religions. Pourquoi dire qu'une radio ayant effectivement soutenu des thèses homophobes et antisémites inacceptables est suspecte "même" aux yeux du Vatican ? Le Saint-Siège serait-il aussi le haut-lieu de l'antisémitisme et de l'homophobie ?
Mais revenons au sujet qui nous importe ici. La Pologne s'est dotée d'un gouvernement certes moins conservateur que celui de M. Kaczynski, mais néanmoins libéral, et la coalition que Tusk devra former pour disposer d'une majorité incluera un parti paysan, le PSL, dont les valeurs politiques sont fortement inspirées du catholicisme social. Si Le Monde se réjouit de cette victoire, c'est uniquement en raison du tournant pro-européen qu'elle implique pour la Pologne. Mais la Pologne reste la même et l'on ne construira rien de durable avec ce grand peuple en le méprisant.
Persistance des attaques contre l'Union démocratique du Centre (Suisse)
En même temps que les élections polonaises se déroulaient les élections suisses. "Populiste", "ultranationaliste", "xénophobe", le Monde a épuisé le champ lexical du terrorisme intellectuel pour décrire la nette victoire de l'UDC, ce parti de gouvernement dont je refusais récemment qu'on le compare au parti néo-nazi allemand (NPD), comme le faisait le quotidien "impartial" sous prétexte que ce dernier avait repris le concept du mouton blanc -boutant un mouton noir hors du territoire national- dans une campagne d'affichage.
Rappelons que dans le cas de l'UDC, il ne s'agissait d'exclure que les criminels étrangers (ce que la France faisait sous le gouvernement de "gauche plurielle" de Lionel Jospin) de Suisse, alors que dans celui du NPD, il s'agissait d'appliquer la préférence nationale à la politique sociale de l'Allemagne, ce qui n'a absolument rien à voir.
Mais il serait intéressant de savoir pourquoi la Suisse, seul refuge d'Europe durant nos guerres continentales, est devenue fermée à l'immigration depuis quelques décennies. Ne peut-on pas légitimement dire que l'immigrationnisme inconsidéré qui a caractérisé certains pays voisins de la Confédération helvétique a conduit cet isolat à vouloir se couper de son contexte ambiant ? Si l'on veut éviter que des partis vraiment xénophobes prennent le pouvoir en Europe, il serait peut-être bon de les priver d'arguments.
Il suffit d'observer ce qui se passe aux Pays-Bas, au Danemark, en Allemagne, en Autriche, et donc en Suisse pour s'en convaincre. J'en reviens, comme jeudi dernier, à la nécessité de tourner le dos en apparence aux principes humanistes pour mieux les défendre. Et donc limiter l'immigration pour permettre l'intégration et ainsi réellement lutter contre le racisme et la xénophobie. Le politiquement correct, manichéen et binaire, aura-t-il la subtilité de comprendre cela ? Pour l'y aider, je prendrais juste les deux exemples de Churchill et de Gaulle, qui appartenaient tous deux aux milieux conservateurs des années 30, et qui ont à l'évidence davantage lutté que leurs opposants "pacifistes" et "humanistes" au nazisme, quand le danger est venu.
Roman Bernard

Peut-être vais-je surprendre en écrivant que je suis attaché à l'unité de la Belgique, en dépit du fait que je considère la Wallonie comme une région française. Les médias français ont semblé découvrir, le 13 décembre 2006, la menace d'éclatement qui pèse depuis les années 1970 -au moins- sur l'État belge, menace concrétisée -de façon fictive, mais cela en dit long sur l'état d'esprit qui règne "outre-Quiévrain"- par le faux journal télévisé dans lequel la RTBF, francophone, annonçait l'indépendance de la Flandre.
Depuis, il ne se passe pas un mois sans que soit abordée la question belge, souci louable de la part des Français, qui ont pu réaliser que plus de la moitié des Belges ne risque pas de dire "une fois" -déjà que les Wallons et Bruxellois ne le font pas- pour la simple raison qu'elle est néerlandophone (en Flandre et de façon minoritaire -15%- à Bruxelles) ou germanophone (1% de la population belge, concentré dans les cantons d'Eupen, Saint-Vith et Malmedy, rattachés aux dépens de l'Allemagne en 1919 puis en 1945).
La France, qui a du mal avec la notion de langue, à tel point qu'elle se soucie peu du destin de la sienne, a ainsi pu comprendre que la présence de deux communautés linguistiques d'importance comparable, dans un même Etat, constitue un problème dès lors qu'il n'y a plus d'idéal national capable de la transcender : l'alliance des catholiques flamands et des libéraux wallons contre les Hollandais, majoritairement calvinistes, lors de la guerre d'indépendance de 1830, avait permis de mettre en sommeil ces dissensions qui, en temps de paix, ne devaient pas manquer de réapparaître au grand jour.
La Belgique n'a été assurée de son existence qu'après la Seconde guerre mondiale. Le mouvement pro-nazi collaborationniste qui rêvait de créer de grands Pays-Bas unissant tous les néerlandophones, de la Hollande à la Flandre, sous la tutelle de l'Allemagne a achevé de convaincre les Belges qu'ils devaient vivre ensemble. Mais dès lors qu'il n'y avait plus à recréer en permanence cette fragile construction nationale, celle-ci s'en trouvait, paradoxalement, menacée.
C'est ainsi qu'au tournant des années 1970 (fédéralisation de l'Etat belge), les forces centrifuges, anesthésiées pendant un siècle et demi en Belgique, ont repris, pour arriver à la situation actuelle. Avec, en plus, une Flandre revancharde, qui, après avoir été longtemps dominée, économiquement et culturellement par la Wallonie, est désormais rétive à tout compromis. Les nationalistes flamands ajoutent à leur intention de se séparer de l'État belge celle de vouloir réunir à la Flandre la région de Dunkerque et Hazebrouque.
Dans une Europe où tous les États-nations traversent une crise d'identité, il est facile de prévoir que la Belgique, pays assez artificiel, sera la première victime du processus de "dénationalisation" actuellement à l'oeuvre. Certains s'en réjouissent, au nom d'une "Europe des régions" qui prendrait davantage en compte la diversité culturelle de ses peuples. Je ne vois que des raisons de m'en inquiéter. Même si, en cas d'indépendance de la Flandre, la Wallonie, comme le souhaitent les "rattachistes", ne manquerait pas de demander son rattachement à la France, l'Hexagone pourrait être le premier à subir les effets de ce précédent.
Non pas à l'intérieur de son territoire, relativement homogène et remarquablement uni. Mais ses deux frontières avec l'Espagne, constituées par la Catalogne et le Pays basque, sont beaucoup plus fragiles, les deux régions autonomes espagnoles étant de plus en plus revendicatives. Si la Flandre parvient à se séparer de la Wallonie et de Bruxelles, comment pourra-t-on justifier que le Pays basque et la Catalogne n'obtiennent pas eux aussi leur indépendance ?
Un jeu de dominos risque de se produire à la marge de chaque Etat-nation d'Europe, où les régions frontalières, éloignées du centre, sont naturellement plus enclines à vouloir s'en séparer. Avec le risque d'une Europe morcelée en une multitude de petits territoires qui, en plus de devoir utiliser exclusivement l'anglais pour communiquer entre eux, seront incapables de parler d'une même voix au niveau international. De là à considérer que l'éclatement de la Belgique serait un premier pas vers la balkanisation de l'Europe, il y a surement un grand pas, que je n'hésite pas à franchir ici. Non que je tienne ce phénomène pour acquis, mais je m'étonne que les "grands" médias soient incapables, obsédés qu'ils sont par les conséquences à court terme des événements qui se déroulent sous leurs yeux, de tirer la sonnette d'alarme.
Roman Bernard
