mardi 30 octobre 2007

République des blogs à Paris

Court billet pour informer ceux qui seront présents à la République des blogs de Paris, demain soir à 19 heures au café "Le pavillon Baltard", 9 rue de la Coquillière, dans le premier arrondissement, que je serai ravi de les rencontrer. Pour les autres qui auraient la possibilité de venir, je vous invite fortement à le faire, l'entrée étant libre. Pour ceux, enfin, qui ne pourraient pas faire le déplacement, mon prochain billet ici-même sera un compte-rendu (avec photos si tout va bien) personnel.

Roman Bernard

dimanche 28 octobre 2007

Vous reprendrez bien un peu d'autruche ?

La vocation de ce blog n'est pas, au départ, la critique radicale des médias -dont Acrimed, Arrêts sur Images et consorts se chargent infiniment mieux que tout blogueur, même si j'estime qu'il serait bon que la gauche n'ait pas le monopole de la critique- mais plutôt celle de l'actualité politique française. Toutefois, vous aurez peut-être remarqué que Le Monde fait l'objet régulièrement ici de billets critiques, car il ne se passe pas un jour sans que l'un des articles du quotidien du soir ne me fasse réagir. Contrairement à Libération, dont l'identité de gauche est revendiquée, Le Monde prétend à l'impartialité. Je ne peux donc être que courroucé lorsque, sous couvert d'"objectivité", le "journal de référence" laisse percer à grand renfort de mauvaise foi son idéologie anti-décliniste. Idéologie qui transcende les clivages politiques, son maître-à-nier n'étant autre que le journaliste centriste Alain Duhamel.

Hier, deux articles conjoints tentaient de faire croire au lecteur que, d'une part, "Les Français sont inquiets, mais pas si mal lotis" et que, tenez-vous bien, "L'exceptionnelle natalité française est portée par la politique familiale". Le premier article, qui était le principal, s'inscrivait dans la catégorie "Les faits" et le second, qui complétait le premier, était selon Le Monde un "Éclairage".

Commençons par le premier article, au titre incontestable : les Français ne sont effectivement pas si mal lotis. Cela dit, les "déclinologues" ou "déclinistes", catégorie de la population à laquelle, pour répondre à un lecteur qui me qualifiait ainsi récemment, je suis encore trop jeune pour appartenir, parlent notamment du déclin de la France en termes d'influence internationale, déclin qui me semble indéniable, et qui n'a rien à voir avec le fait que oui, on vit assez bien en France.

Le journaliste du Monde, Rémi Barroux, s'appuie sur un document du Centre d'analyse stratégique (CAS) recoupant différents indicateurs sociaux sur les pays européens, dont la conclusion est que la France est dans la moyenne européenne.

Soit. Mais par la suite, le journaliste fait dire à l'un des responsables du CAS que "La France va bien, mieux que ce que certains "déclinologues" veulent laisser croire, qui parlent de dépôt de bilan". Quel est le rapport ? Lorsque l'on s'alarme, avec raison, du déclin de la France, on ne se préoccupe pas de sa douceur de vivre mais bien de sa perte d'influence évidente dans le monde, qui ne semble pas préoccuper outre mesure la grande majorité des journalistes français. L'ensemble de l'article ne nie le déclin de la France qu'à l'aune du relatif égalitarisme de la société française. Cette démarche est d'une habilité et d'une subtilité byzantines, car avec des faits incontestables, elle discrédite les "déclinologistes" sans pour autant les démentir. Malhonnêteté intellectuelle, quand tu nous tiens...

Mais c'est dans le second article que Le Monde dérape. La journaliste Anne Chemin parle en effet, dès le titre, de "L'exceptionnelle natalité française". Exceptionnelle par rapport à qui ? À l''Allemagne, l'Italie, l'Espagne, l'Europe de l'Est, dont la population va décroître de façon catastrophique dans les décennies à venir ? L'indice synthétique de fécondité, qui mesure le nombre moyen d'enfants qu'une femme aurait au cours de sa vie procréative (15-49 ans) si la tendance restait la même que lors de l'année considérée, est de 2 en France, soit moins que le seuil de renouvellement des générations, qui est de 2,1. Bien sûr, par rapport aux autres pays européens, qui ne dépassent pas 1,4 comme la journaliste le rappelle, cela peut paraître exceptionnel. Mais même en France, l'accroissement de la population est dû à l'immigration. Et à l'échelle européenne, le Vieillissant continent, pour éviter le dépeuplement auquel n'échappera pas, par exemple, le Japon, va être obligé de laisser venir massivement les excédents de population en provenance des pays du Tiers-Monde.

Avec une question assez légitime : que sera l'Europe dans 25, 50, 100 ans, si sa seule vocation est d'accueillir les populations que le Tiers-Monde ne peut plus faire vivre ? En plus d'être spectatrice de l'histoire, ce à quoi elle semble consentir, l'Europe aura en outre du mal à transmettre sa culture, sa civilisation aux nouveaux arrivants, dans la mesure où ceux qui en sont dépositaires sont moins féconds que leurs hôtes, légaux ou non. J'attends l'objection : l'enquête démographique publiée en janvier dernier, montrait, en effet, que les Françaises étaient aussi fécondes que les étrangères. Ce que l'enquête ne disait pas en revanche, dans un pays qui refuse les statistiques ethniques -et philosophiquement sinon en pratique, je pense qu'il a raison-, c'est que ces Françaises sont pour une très large part issues de l'immigration. Ca y est, je sens venir l'accusation de xénophobie, voire de racisme.

Mais soyons clairs : le droit du sol, qui est généreux et que nous devons conserver, ne suffit pas à intégrer. Il faut également que, dans les médias, à l'école, et dans nos politiques, l'assimilation à la culture française, à la civilisation occidentale, soit une condition de l'intégration.

Vous l'avez compris, je suis un adversaire résolu du "multiculturalisme" -nom politiquement correct donné au communautarisme-, dont on voit en ce moment les ravages aux Pays-Bas et dont les Québécois commencent à vouloir revenir, eux qui ont été trop permissifs par le passé. Je ne vois pas la justice ni la tolérance qu'il y a à vouloir cantonner un immigré dans sa culture d'origine. N'est-il pas plus juste de l'assimiler à sa culture d'accueil pour lui donner les mêmes chances qu'aux autres ? Oui, il devra se "déraciner", mais cela ne l'empêchera pas -ou plutôt : cela lui permettra- d'apporter ce supplément à son pays d'accueil, qui en a en effet besoin.

Pour autant, une politique d'assimilation ne suffira pas à régler le danger que l'immigration de masse représente pour l'Europe, car son acceptation repose nécessairement sur une faible importance numérique des nouveaux arrivants. Impossible d'exiger d'une minorité nombreuse de s'assimiler alors qu'elle peut vivre dans son pays d'accueil d'une manière semblable à ce qu'elle pouvait faire avant.

Il ne faut pas non plus négliger l'aspect religieux. La France, pays laïque, conserve des racines chrétiennes, catholiques, qui constituent avec l'héritage gréco-latin et la continuité de l'État à travers les siècles l'un des trois piliers de sa culture.

L'islam, qui est le bienvenu en France à condition que ses fidèles se conforment aux lois de la République -ce qui est le cas pour la très grande majorité d'entre eux-, n'a pas pour autant vocation à dépasser en nombre d'adeptes le christianisme, sans quoi l'édifice français, et européen au-delà, ne pourrait que vaciller sur ses bases. Or, aujourd'hui, les catholiques pratiquants -célébrant chaque messe dominicale- ne sont guère plus nombreux que les musulmans en France. Outre une politique nataliste ambitieuse, qui devra nécessairement heurter l'antinatalisme des élites françaises, la diversification de l'immigration est donc également nécessaire pour que la France n'entre pas dans une dualité christianisme/islam -avec la neutralité coupable des athées et agnostiques dont je suis- qui ne pourrait que déboucher, d'une part, sur des conflits ethnico-religieux, et d'autre part sur une radicalisation des catholiques français, qui se sentiraient -à raison- menacés.

Si l'on veut vraiment que la France et l'Europe restent des terres de tolérance et de paix, il faut, j'espère avoir été convaincant, tout à la fois restreindre et diversifier l'immigration ainsi que stimuler la natalité par une politique ambitieuse. Pour ce faire, il faut d'abord pouvoir dire tout ce que je viens d'écrire sans être taxé d'"ethnocentrisme", ce qui prendra du temps -les mentalités évoluent moins vite que les idées- et également que les élites, notamment médiatiques, prennent conscience de cette double nécessité. Apparemment, Le Monde n'en est pas encore là. Espérons qu'il y viendra avant que des drames plus graves que ceux d'Amsterdam ne l'y contraignent, car alors, il sera sans doute trop tard.

Roman Bernard



Réaction assez critique chez le Kiwi Frednetick.

samedi 27 octobre 2007

Votre jeunesse ou la jeunesse de France racontée par l'un des siens

Aucun blog -du moins d'après l'outil de recherche spécifique de Google- n'a encore fait de fiche de lecture du livre Votre jeunesse, de Loïc Lorent, que j'évoquais brièvement dans mon billet du 15 octobre dernier. Plus de quatre mois après sa sortie et près de deux mois après l'avoir lu, je me vois donc contraint d'ouvrir la voie sur Criticus.

Mon attention avait été attirée, le 29 août dernier, par un article de la rubrique "Bibliothèque des essais" du Figaro, intitulé L'idéologie en kit de la jeunesse. Le journaliste, Paul-François Paoli, invitait rapidement à la lecture de cette chronique de l'occupation de l'Université de Toulouse-Le Mirail durant la crise du CPE, en 2006. Il n'en fallait pas plus pour m'inciter à acheter le livre, puisque n'étant pas en France à cette époque, je connaissais mal l'épisode du blocage des facs. J'étais en outre intéressé par le point de vue d'un étudiant qui, à un an près, a le même âge que moi. Vue depuis l'étranger, l'opposition d'une bonne partie de la jeunesse de France à une réformette qui n'allait pas changer grand-chose, en bien ou en mal, à la situation de l'emploi des jeunes, me semblait être le sursaut désespéré d'une génération en mal d'idéaux. La démarche critique d'un étudiant ne pouvait donc que m'intéresser, puisqu'elle fait cruellement défaut aujourd'hui.

Loïc Lorent, doctorant en histoire contemporaine, a tenu un journal du blocage de cette université réputée à gauche. Mais assez rapidement, le récit au vitriol de l'occupation, des manifestations, des assemblées générales, etc. est le prétexte d'une critique globale de la jeunesse française. Il serait impossible de faire un inventaire exhaustif des éléments qui, selon l'auteur, plaident pour une dégénérescence de la jeunesse de France. En faire une synthèse serait également périlleux, tant le style pamphlétaire de l'ouvrage, la dénonciation sans concessions qui le caractérisent empêchent de trouver une réelle cohérence dans son raisonnement.

J'avoue avoir été tout à la fois frappé, charmé, touché, interpellé, écoeuré, amusé, agacé par l'outrance et en même temps la puissance du propos. Les innombrables fautes d'orthographe, de grammaire, de conjugaison, qui devraient disparaître une fois que Loïc Lorent aura trouvé un meilleur éditeur -cela ne l'empêche cependant pas de faire attention, surtout pour un futur enseignant-chercheur-, tendent à faire oublier l'érudition, l'amour du verbe, l'humour qui sont constamment déployés dans son livre.

Le message de Loïc Lorent n'en est pas moins clair, si on l'étudie à l'aune de l'impasse de l'Université française. L'opposition des syndicats étudiants, qui en dépit de leur illégitimité s'arrogent le droit de parler au nom de tous les étudiants -on pourrait, en ce moment, remplacer "étudiants" par "salariés"- à la sélection, à la compétition, en un mot à la méritocratie, est, et cela relève de mon interprétation personnelle, le meilleur moyen de faire triompher l'"élitisme" que ces leaders d'opinion manichéens et sectaires croient combattre.

C'est d'ailleurs sur ce point que l'auteur, invité le 21 juin dernier de Radio Campus Paris a le plus insisté, pour expliquer son livre au présentateur qui, manifestement, ne l'avait pas lu. Loïc Lorent, qui craint peut-être de s'être fait des ennemis avec ce brûlot -notamment le président de son université, dont la description est d'une délicieuse ironie-, a ainsi martelé l'aspect le plus consensuel de son livre.

Dommage que l'auteur ait ainsi, malgré lui, cédé au chantage du politiquement correct. Car son livre, dont je vous invite pour finir à lire la conclusion, est une bombe. Tout jeune français qui saura le découvrir en sortira profondément bouleversé. Jugez-en vous-même :

Le monde a tourné pendant que la France s'enfonçait une fois de plus dans ces passions d'adolescent attardé. Ce n'est pas toute votre jeunesse, mais c'est assurément son état d'esprit. Et ceux qui viennent aujourd'hui piailler en regrettant son excessive sensiblerie, sa méconnaissance des réalités, ceux qui avancent, avec raison, que l'on ne fait pas de politique avec de bons sentiments devraient être un peu plus prudents et avouer leurs fautes. Ce sont souvent les mêmes qui ont pendant trente ou quarante ans conforté toute une génération dans son inculture. Aujourd'hui ils découvrent que le nivellement par le bas ne donne pas les glorieux résultats espérés. À bâtir sur le néant, sur la haine des valeurs constitutives de la culture occidentale, que croyaient-ils récolter si ce n'est une jeunesse nihiliste ou, au contraire, éperdument pacifiste, neurasthénique, et dont le seul "désir d'avenir" est de finir fonctionnaire ! Du reste, tant que les Sollers, les Plenel et les professeurs en touche-pipi domineront la pensée de toute leur mortifère arrogance bourgeoise, dire non au nouvel Infâme nécessitera un courage bien rare sous ces latitudes. Avouez, il reste un peu de poudre et la guerre est à venir.

Les Français ont les enfants qu'ils méritent.
Ne pleurez pas en les voyant se faire "dépouiller" place des Invalides. Ne soupirez pas en les entendant parler "comme ça pas'ke c'est trop un truc de ouf, tu vois". Ne soyez pas troublés en apprenant que les trois-quarts d'entre eux, quand on leur pose la question, disent qu'en cas d'agression du territoire national, ils ne défendraient pas leur pays. Ne vous lamentez pas quand ils hurlent vouloir un emploi à vie, un salaire à vie, un contrat à vie sans trop travailler "parce que le travail, c'est pas bon pour la santé". Ne pleurez pas car ils vous ressemblent et parce que s'ils vous détestent tant c'est que vous leur avez bien appris la haine de soi, la haine de ce que vous êtes : des spectateurs de l'Histoire, comme ce pays que vous détruisez depuis des décennies. Les fils dégénérés de vos idées jetables et faciles qui reviennent vous hanter alors que vous ne pensez qu'à vos retraites, vos RTT, vos plans d'épargne logement. Ne vous étonnez pas de les voir déterrer vos passions juvéniles cent fois invalidées par les faits. Ils vous imitent, vous qui les avez couvés comme les princes et princesses d'un monde merveilleux qui n'a jamais existé que dans la naïveté de vos rêves. Après vous être mentis, vous les avez trompés. À présent, vous cueillez les fruits pourris de votre stupide ambition égalitariste. Peuple de singes démocrates qui fait défiler ses enfants avec des bonnets phrygiens sur la tête tous les 14 juillet. Qu'elle est belle votre France où les mots "mérite", "effort", "patrie", n'ont plus le droit d'être prononcés.

Vous avez peur du FASCISME ? Vous avez vraiment peur du FASCISME ? Encore faudrait-il que vous n'ayez pas vidé tous les mots de leur substance. Le fascisme qui vous horrifie n'existe plus, exceptés quelques risibles groupuscules à croix celtiques et mouvements compulsifs du bras droit. Le seul fascisme contemporain, celui des kamikazes qui se font sauter dans des métros et des tours, celui qui a grandi chez vous, est allé dans vos écoles, a flirté avec vos filles, ce fascisme que vous ne voulez pas voir va vous avaler tout cru. Il avalera vos enfants qui, le canon d'une kalashnikov sur le front, murmureront encore "mais pourquoi ?" Que leur répondrez-vous ?

L'AG est un miroir, le miroir d'une France qui n'a plus rien à donner au monde si ce n'est le spectacle toujours prodigieux de sa vacuité, de sa décadence. Français, puisque la liberté vous est si pénible, soyez rassurés, vos enfants sont mûrs pour l'esclavage.




Votre jeunesse, aux éditions Jean-Paul Bayol, 179 pages, 16,90 euros.

À lire aussi, les fiches de lecture du Figaro, de Marianne, de la Lettre de l'Étudiant et de Famille chrétienne.

Roman Bernard

vendredi 26 octobre 2007

Cent billets, sans complexes

Ceci est le 100e billet publié sur Criticus. Créé en mars dernier mais vraiment actif depuis la mi-avril, soit quelques jours avant le premier tour de l'élection présidentielle, Criticus avait au départ une rédaction bicéphale, qui est devenue, de facto comme disent les pédants, unique à partir du mois de juin. Ce processus réversible a été l'occasion, évidemment, d'un recentrage sur ma personne, mais aussi d'une évolution idéologique parfois déconcertante. Au départ, Criticus se voulait clairement libéral et conservateur, fermement opposé à Ségolène Royal et tièdement partisan de Nicolas Sarkozy. À présent, le positionnement de Criticus est plus complexe. Les habitués diront, bien sûr, que c'est un blog de droite, ou au moins de centre-droit, mais certainement pas de gauche. Ils auront raison. Le sondage que j'avais publié ici, il y a quelque temps, demandait aux lecteurs à quel "pôle" de la droite Criticus appartenait, jugeant peu probable qu'ils pussent le considérer comme un blog de gauche. Résultat : 14 votes, dont 9 voix pour le centre-droit, 4 pour la droite et 1 pour l'extrême-droite. Ce résultat était assez conforme (sauf pour le vote "extrême-droite"...) à mes attentes, et a été repris par Lomig dans son interview. Si je devais me définir politiquement, je dirais cependant que je ne m'insère que par défaut dans le clivage gauche-droite (à droite, donc), et cela pour trois raisons :

La première, celle que tous ceux qui refusent de se positionner par peur de déplaire avancent, est d'abord que le clivage gauche-droite, tel qu'il existe en France, me semble éculé, suranné. Si certains sont en accord souvent avec l'une, souvent avec l'autre, tantôt avec les deux à la fois, je suis, en ce qui me concerne, fréquemment en désaccord avec l'une comme avec l'autre. L'esprit partisan ne pourrait de toute façon pas seoir à un blog qui se nomme "Criticus", donc qui valorise la critique, mère de toutes les innovations, à condition d'être portée par des convictions.

Mes convictions semblent parfois contradictoires : être partisan de la Francophonie tout en étant atlantiste, libéral tout en étant attaché à la notion de service public, conservateur tout en étant, pour ce qui me concerne, assez libertaire, patriote et humaniste, etc. On peut y voir au mieux un manque de courage flirtant avec le bien-pensisme, au pire de la schizophrénie. En fait, j'ai voulu prouver que toutes ces contradictions apparentes n'en sont pas. Qu'il faut savoir aller à l'encontre des schémas communément admis : par exemple, prôner la restriction de l'immigration ne veut pas dire, au contraire, être xénophobe. Vouloir la sélection à l'entrée de l'Université ne signifie pas être élitiste, bien au contraire là encore. Être fier d'être français n'est pas non plus synonyme de crispation identitaire. J'aime la France de la même manière que j'aimerais l'Italie si j'étais italien. Et je suis content de pouvoir aimer l'Italie de mon point de vue français. Cette approche me semble beaucoup plus enrichissante que le "citoyen-du-mondisme" ambiant, basé sur le relativisme culturel et qui, au nom de la diversité des cultures, tend à les réduire à une culture de masse vaguement anglo-saxonne. Si Criticus peut se donner une modeste mission, c'est de tenter, comme d'autres blogs, de démontrer que les sectarismes du passé sont les entraves de demain. Et que, au-delà de la vaine recherche du consensus mou dont la campagne de François Bayrou fut archétypique, il peut exister un rassemblement collectif, supérieur à tous les intérêts particuliers. Vous l'aurez compris, s'il faut donner une "famille" idéologique à Criticus, c'est bien le bonapartisme, mouvement qui relie dans une continuité Napoléon Ier, Napoléon III, le général Boulanger (dont un essai de réhabilitation sera publié ici prochainement) et le général de Gaulle.

La troisième raison pour laquelle je ne me sens jamais à l'aise lorsque je dois me définir -ou que l'on me définit- comme un jeune homme de droite -même s'il est difficile de faire autrement- est que je suis un enfant de la gauche, par ma famille, par mon éducation, et dans une certaine mesure par mes aspirations. Ma "conversion" partielle à la droite a été favorisée par ma pratique soutenue (champion de France et en équipe de France cadets, avec, entre autres, le co-fondateur de Criticus), à l'adolescence, de l'aviron, milieu très conservateur -pour ne pas dire franchement réactionnaire. C'est là que j'ai rencontré mes meilleurs amis. Cette expérience m'a montré que, contrairement à ce que les fréquentations post-soixante-huitardes de mes parents m'avaient inculqué, la droite, ce n'était pas les méchants, ni la gauche les gentils. Chose banale à dire aujourd'hui, mais qui l'était moins durant les années Mitterrand. L'échec indéniable de ce dernier a sans doute potentialisé mon ras-le-bol de la gauche française, mais l'expérience décisive, à partir de laquelle j'ai cessé de me définir comme un "bonapartiste de gauche" -ce qui n'a pas beaucoup de sens- est assez récente : elle remonte à mon séjour canadien, justement. J'y suis arrivé à l'été 2005, peu après l'échec du référendum constitutionnel, pour lequel j'avais voté "oui" sans être mécontent que le "non" l'emporte. J'ai constaté en Amérique du Nord que le libéralisme économique, que je tenais en haute suspicion avant cela, était le moins mauvais des systèmes. Voilà un peu pour mes convictions.

À présent, pour revenir à Criticus, mes deux plus grandes satisfactions depuis sa création sont de disposer d'un lien entrant sur Rue 89, qui contribue à entre 30 et 50% des visites selon les indicateurs statistiques dont je dispose, et surtout, bien sûr, d'avoir été parrainé par l'excellent -mais un poil trop idéaliste- Chafouin, pour entrer dans Kiwis, le Cercle des blogueurs disparus, réseau de blogueurs politiques qui a donné sa vitesse de croisière à ce blog. Ne la ralentissons pas et sachons terminer ce billet.

Je vous laisse toutefois avec une photo -de votre serviteur, tout blogueur est narcissique- assez amusante, parce qu'elle est scannée à partir de mon passeport et que l'on y voit le sigle "RF" avec les deux couleurs de la République, bleu et rouge (dans la synthèse soustractive des couleurs, le blanc n'en est pas une). Bonne lecture future et n'hésitez pas à enrichir ce blog de vos commentaires avisés !



Roman Bernard

jeudi 25 octobre 2007

L'affaire de la lettre de Guy Môquet expliquée à nos cousins d'Amérique

En avant-première sur Criticus, voici la chronique qui paraîtra lundi prochain dans La Rotonde, le journal francophone de l'Université d'Ottawa.

Laissons Guy Môquet reposer en paix

Je n’imaginais pas que la controverse suscitée par la lecture de la lettre de Guy Môquet dans les lycées de France allait trouver un écho au Canada. La demande, de la part de La Rotonde, journal étudiant auquel j’ai beaucoup contribué durant mon année en échange à l’Université d’Ottawa, de rédiger une chronique expliquant, de mon point de vue, cette controverse aux Canadiens francophones m’a agréablement surpris. Voici, donc, mes quelques réflexions que j’estime de nature à faire connaître outre-Atlantique le problème dont il est question. Rappelons d’abord les faits.

Guy Môquet a été fusillé par les nazis le 22 octobre 1941 près de Châteaubriant, en représaille à l’exécution à Nantes, deux jours plus tôt, de Karl Hotz, commandant des troupes allemandes d'occupation de la Loire-Inférieure. Il était emprisonné depuis 1940 en raison de ses activités de propagande communiste.

Celle-ci avait été interdite en France dès 1939, lorsque la signature du pacte de non-agression entre l’Allemagne nazie et l’Union soviétique avait conduit la direction du Parti communiste français à refuser de soutenir la France dans son effort de guerre contre Hitler. Cette alliance de fait entre le nazisme et le communisme n’a toutefois pas rendu les collaborationnistes de Vichy, une fois parvenus au pouvoir sur les décombres d’une France meurtrie par la défaite, plus cléments à l’égard des communistes. La “Révolution nationale” initiée par le maréchal Pétain se définissait avant tout par un anticommunisme farouche.

En 1941, le ministre de l’Intérieur de l’État français, Pierre Pucheu, a ainsi vu dans les communistes détenus à Chateaubriant une bonne monnaie d’échange pour les nazis. D’un côté, ceux-ci pouvaient exécuter sommairement un grand nombre de Français “pour l’exemple”, et du côté vichyssois, cela permettait de frapper durement les communistes français, qui étaient entrés en résistance à la faveur de l’agression de l’URSS par Hitler, quelques mois plus tôt.

Parmi les 27 fusillés se trouvait donc un gamin de 17 ans, qui, à la veille de sa mort, a écrit cette lettre que Nicolas Sarkozy a tenu à faire lire dans tous les lycées de France. Pourquoi cette commémoration, en 2007 ? Lors de sa prise de fonction, Sarkozy a déclaré : « Un jeune homme de dix-sept ans qui donne sa vie à la France, c'est un exemple non pas du passé mais pour l'avenir [...] ».

Détournement de sens

Petit problème : Guy Môquet ne s’est pas battu pour sa patrie mais pour son parti. Et à la veille de sa mort, c’est tout naturellement à sa famille que ses derniers mots ont été adressés, et non à une quelconque allégorie de la France. On peut donc légitimement se demander pourquoi Nicolas Sarkozy a détourné le sens de cette tragédie : s’agit-il de donner un nouvel élan à une nation démoralisée par trente-cinq ans d’une crise profonde ?

Mais alors, ne convient-il pas de rappeler au passage que Guy Môquet a été condamné avec la complicité des autorités françaises de Vichy ? Quelle réconciliation nationale peut aboutir de cette enième évocation de ce qu’a été la responsabilité de l’État français durant la guerre ?

J’avoue également ne pas bien comprendre en quoi le battage qui est fait autour de cette lettre va sensibiliser les lycéens au devoir de mémoire, eux qui ne connaissent que très mal l’histoire de la Seconde guerre mondiale, pour ne pas dire l’histoire tout court.

Il serait peut-être plus judicieux d’exposer les faits dans leur globalité, plutôt que de les résumer à une figure, certes emblématique, de ce qu’a été la violence de l’occupation allemande de la France.

La lecture généralisée de cette lettre, au surplus, me paraît assez perverse en ce qu’elle tente de communiquer par l’émotion un événement historique, qui par nature doit être étudié avec la froideur et le détachement de l’historien.

Le ridicule a de toute façon été atteint depuis longtemps lors du match d’ouverture de la Coupe du monde de rugby, perdu par la France contre l’Argentine : Bernard Laporte avait en effet infligé à ses joueurs ce que son président d’ami a choisi d’asséner aux lycéens. On a vu la chance que cette cérémonie a portée au XV de France. Pour éviter que cette mauvaise fortune ne se propage aux lycéens, je serais donc d’avis d’arrêter tout de suite les frais et de ne pas renouveler l’expérience du 22 octobre. De grâce, laissons Guy Môquet reposer en paix.

Roman Bernard

mardi 23 octobre 2007

Pas si "réacs" que ça, les Polonais (et les Suisses) !

Comme au lendemain de l'élection présidentielle où, après avoir ouvertement appelé à voter pour Ségolène Royal, elle avait exhorté les Français à "Changer", l'équipe éditoriale du Monde a une nouvelle fois retourné sa veste, de façon trop grossière toutefois pour que cela échappe à la sagacité de votre serviteur. Le 8 septembre dernier, le quotidien du soir titrait son éditorial "Irritante Pologne" en réaction au refus des frères Kaczynsky de célébrer la journée européenne contre la peine de mort, le 10 octobre.

Les raisons invoquées par les jumeaux n'étaient pas les bonnes, mais ils avaient, à mon sens, raison de s'opposer à l'une de ces journées moralisantes qui surchargent absurdement le calendrier. Dans cet éditorial d'une rare violence, Le Monde en venait à prédire une victoire des Kaczynsky, estimant implicitement que le peuple polonais, foncièrement réactionnaire, ne méritait pas mieux que la pâle caricature de la Pologne que donnent les maîtres de Varsovie depuis trois ans, notamment dans cet extrait conclusif :

Rien n'indique que cette croisade morale nuise à leur popularité. Au contraire. Ils ne représentent sans doute pas toute la Pologne, mais, sauf surprise pendant la campagne électorale, il faudra s'habituer à vivre avec eux.


Cet amalgame fait par le "journal de référence" entre les Polonais et leurs gouvernants m'avait évidemment indigné.

Après la défaite de Jaroslaw Kaczynsky, le premier ministre, aux élections législatives de dimanche, le ton est tout à fait différent dans l'éditorial d'hier, titré "Alternance en Pologne". (amusant de voir que, d'un coup, la Pologne n'est plus "irritante" dès lors qu'elle vote comme les donneurs de leçons du Monde le souhaitent). Ce qui est également amusant, c'est que l'éditorial d'hier reprend dans des termes semblables celui du 8 septembre, pour dire précisément le contraire :

S'il fallait une preuve que les jumeaux Kaczynski, Lech, le président et Jaroslaw, le premier ministre, ne représentaient pas toute la Pologne, elle a été donnée par les élections législatives du dimanche 21 octobre. La politique réactionnaire, au sens propre du terme, qu'ils menaient depuis trois ans a été désavouée par une majorité de leurs concitoyens. [...] La Pologne ne ressemble donc pas à la caricature obscurantiste que le gouvernement sortant a donnée d'elle. Au contraire, la société et l'économie polonaises ont manifesté ces dernières années un dynamisme qui a permis l'éclosion d'une classe moyenne. Celle-ci se retrouve plus volontiers dans les thèses libérales de la Plate-forme civique de M. Tusk que dans les philippiques moralisatrices de Radio Maryja, la station catholique, suspecte même aux yeux du Vatican, qui soutenait les jumeaux.


Répétons : "les philippiques moralisatrices de Radio Maryja, la station catholique, suspecte même aux yeux du Vatican, qui soutenait les jumeaux."... si j'étais catholique, ce genre de remarque m'écoeurerait, surtout de la part d'un journal qui se veut toujours plein de prévenances à l'égard des autres religions. Pourquoi dire qu'une radio ayant effectivement soutenu des thèses homophobes et antisémites inacceptables est suspecte "même" aux yeux du Vatican ? Le Saint-Siège serait-il aussi le haut-lieu de l'antisémitisme et de l'homophobie ?

Mais revenons au sujet qui nous importe ici. La Pologne s'est dotée d'un gouvernement certes moins conservateur que celui de M. Kaczynski, mais néanmoins libéral, et la coalition que Tusk devra former pour disposer d'une majorité incluera un parti paysan, le PSL, dont les valeurs politiques sont fortement inspirées du catholicisme social. Si Le Monde se réjouit de cette victoire, c'est uniquement en raison du tournant pro-européen qu'elle implique pour la Pologne. Mais la Pologne reste la même et l'on ne construira rien de durable avec ce grand peuple en le méprisant.

Persistance des attaques contre l'Union démocratique du Centre (Suisse)

En même temps que les élections polonaises se déroulaient les élections suisses. "Populiste", "ultranationaliste", "xénophobe", le Monde a épuisé le champ lexical du terrorisme intellectuel pour décrire la nette victoire de l'UDC, ce parti de gouvernement dont je refusais récemment qu'on le compare au parti néo-nazi allemand (NPD), comme le faisait le quotidien "impartial" sous prétexte que ce dernier avait repris le concept du mouton blanc -boutant un mouton noir hors du territoire national- dans une campagne d'affichage.

Rappelons que dans le cas de l'UDC, il ne s'agissait d'exclure que les criminels étrangers (ce que la France faisait sous le gouvernement de "gauche plurielle" de Lionel Jospin) de Suisse, alors que dans celui du NPD, il s'agissait d'appliquer la préférence nationale à la politique sociale de l'Allemagne, ce qui n'a absolument rien à voir.

Mais il serait intéressant de savoir pourquoi la Suisse, seul refuge d'Europe durant nos guerres continentales, est devenue fermée à l'immigration depuis quelques décennies. Ne peut-on pas légitimement dire que l'immigrationnisme inconsidéré qui a caractérisé certains pays voisins de la Confédération helvétique a conduit cet isolat à vouloir se couper de son contexte ambiant ? Si l'on veut éviter que des partis vraiment xénophobes prennent le pouvoir en Europe, il serait peut-être bon de les priver d'arguments.

Il suffit d'observer ce qui se passe aux Pays-Bas, au Danemark, en Allemagne, en Autriche, et donc en Suisse pour s'en convaincre. J'en reviens, comme jeudi dernier, à la nécessité de tourner le dos en apparence aux principes humanistes pour mieux les défendre. Et donc limiter l'immigration pour permettre l'intégration et ainsi réellement lutter contre le racisme et la xénophobie. Le politiquement correct, manichéen et binaire, aura-t-il la subtilité de comprendre cela ? Pour l'y aider, je prendrais juste les deux exemples de Churchill et de Gaulle, qui appartenaient tous deux aux milieux conservateurs des années 30, et qui ont à l'évidence davantage lutté que leurs opposants "pacifistes" et "humanistes" au nazisme, quand le danger est venu.

Roman Bernard

lundi 22 octobre 2007

Sport et illusion de puissance

La France du sport a vécu un été et un début d'automne pour le moins difficiles. Après un tournoi de Wimbledon plutôt réussi par les joueurs français (Richard Gasquet en demi-finale, Marion Bartoli en finale), les défaites se sont accumulées. Élimination en Fed Cup contre l'Italie, Tour de France catastrophique -mais propre- des équipes françaises, championnats du monde d'athlétisme désastreux, zéro pointé à l'US Open, sortie sans gloire dans l'Eurobasket, deuxième défaite en un an contre l'Écosse en football, qui compromet les chances de qualifications des Bleus pour l'Euro 2008, déboires de l'Olympique lyonnais en Ligue des champions, et à présent le rugby, où seule la victoire en quarts de finale contre les All Blacks réhausse quelque peu le mauvais tournoi du XV de France, battu deux fois par les Pumas argentins, et à nouveau éliminé en demi-finales par le XV de la Rose.

Bien qu'étant, comme vous pouvez le voir, assez amateur de sport, je me réjouis, non pas de cette succession de défaites, mais de ce qu'au moins, les Français n'auront plus d'excuses pour ne pas voir l'état de la France en face. En 1998, quand le triomphe des Barthez, Blanc, Desailly, Deschamps, Djorkaeff, Lizarazu, Petit, Thuram, Zidane, etc. avait fait parler d'une France "black-blanc-beur" -sans essayer d'imaginer comment, un jour, ces trois composantes de la population française pourraient se métisser pour n'en former plus qu'une-, l'euphorie, voire l'ivresse qui s'était emparée du peuple français durant l'été et au-delà, si elle témoignait de la vivacité et de l'étendue du sentiment national en France, n'en a pas moins occulté aux Français la crise profonde, sérieuse et multiforme que traverse leur pays depuis trente ans au moins.

Crise qui se manifeste à la fois par l'impasse de l'action politique, le décalage entre le discours des médias et les aspirations de l'opinion publique, le déclin de l'institution scolaire, la perte d'influence de la France dans le monde, l'échec du modèle d'intégration français, la brutale désindustrialisation de la France, les menaces qui pèsent sur la survie de la langue française, la relative stérilité de la littérature et du cinéma français -sans parler de l'art contemporain-, la fuite à l'étranger des cerveaux et des talents, l'opposition farouche des syndicats et d'une bonne partie de la gauche à la modernité, le chômage de masse des jeunes, etc.

J'arrête là cet inventaire, car continuer cette énumération relèverait de la délectation morose... mais cette liste -non-exhaustive- regroupe des problèmes bien réels qui ne pourront donc pas être occultés à nouveau par une victoire française.

Le sport semble d'ailleurs être le lieu de l'illusion de puissance par excellence. L'Italie, "the real sick man of Europe" (le vrai homme malade de l'Europe, en référence à l'Empire ottoman qui était qualifié ainsi par les diplomates européens au XIXe siècle) selon The Economist, avait beau jeu, durant l'été 2006, de célébrer la victoire contre sa "soeur latine" qu'elle aime et déteste à la fois, aux chants de "Si, Campioni del mondo !. Sa situation est encore pire que celle de la France, puisqu'à tous les problèmes évoqués plus haut, il faut ajouter celui de l'inertie démographique, qui n'est pas franchement le signe de la vitalité d'un pays.

De la même manière, l'Afrique du Sud, championne du monde surprise d'un Mondial aux favoris (Australie et Nouvelle-Zélande) défaillants, ne pourra pas, comme en 1995 où Nelson Mandela avait pu remettre, à Johannesburg, le trophée Ellis à son équipe, oublier que le sport n'est pas tout : la séparation ethnique initiée par l'apartheid est loin d'y avoir disparu, et de toute façon, le pays, majoritairement noir, ne saurait se reconnaître tout à fait dans un sport encore dominé par les élites blanches. Si le sport peut avoir quelques effets positifs sur le moral d'un peuple, il ne saurait, c'est une évidence, se substituer aux réformes nécessaires qui, elles, se situent sur le seul terrain politique. Maintenant que la France du sport est tout à fait vaincue, il ne reste donc plus, à présent, qu'à voir enfin les choses en face.

Roman Bernard

vendredi 19 octobre 2007

Ensemble tout devenait impossible

Premier échec du volontarisme sarkozyen : après avoir "tout essayé" pour sauver son couple du divorce qui le guettait depuis au moins deux ans, selon son ex-épouse, "ce n'était plus possible". Cécilia Ciganer-Albéniz a une nouvelle fois accordé un entretien exclusif à l'Est républicain pour se confier, pratique qui relève plus de la psychanalyse que du journalisme.

Le quotidien nancéien, dont la crédibilité journalistique mérite d'être questionnée depuis qu'il a annoncé hâtivement, dans son édition du 23 septembre 2006, qu'Oussamah Ben Laden était mort, sur la foi d'une note de la DGSE -le leader d'Al-Qaida s'est pourtant exprimé par vidéo depuis-, avait déjà permis à l'ex-première dame de France de s'expliquer sur son implication dans la libération des infirmières bulgares et du médecin palestinien en Libye, dans son édition du 4 septembre dernier.

L'article en question était déjà d'une complaisance difficilement soutenable, avec en titre une citation qui n'avait rien à envier aux pires déclarations de la campagne présidentielle de Ségolène Royal : "On ne m'empêchera jamais d'essayer de soulager la misère du monde, dans quelque pays que ce soit". Le journal lorrain estimait, sans avoir de preuves, que Cécilia avait "largement contribué" à cette libération. L'intéressée justifiait la magnanimité de son geste en clamant que "toute (sa) vie, (elle avait) aidé les gens qui souffrent".

Cette fois-ci, L'Est républicain estime que Cécilia décrit avec "beaucoup de pudeur" son divorce. Un divorce qui n'aurait, selon elle, aucun lien avec la politique, pas même la date qui a été choisie pour l'annoncer. Ce qui est étonnant, quand on rapproche les deux interviews, c'est que c'est justement en tant que "first lady", comme disent les médias (pourquoi cette anglolâtrie quand l'équivalent français est évident ?), qu'elle a pu jouer un rôle, dont je doute qu'on mesure un jour l'importance, dans le dossier libyen.

La question que l'on est en droit de se poser est donc : si le couple Sarkozy allait mal depuis plus de deux ans, à tel point qu'il s'était déjà séparé, pourquoi avoir associé à un dossier aussi sensible et périlleux que la libération des infirmières bulgares une personne qui, selon toute évidence, allait divorcer du président de la République et du même coup quitter la vie politique ?

Je m'étais déjà inquiété, comme l'a fait par la suite Le Chafouin, de la troublante appropriation du pouvoir que cette affaire avait fait apparaître. À présent, à la lumière de ce divorce à peine moins prévisible que la séparation de François Hollande et de Ségolène Royal, je suis enclin à penser que Cécilia a saisi le drame tripolitain comme le moyen de réussir sa sortie. Un caprice de diva qui va dans le sens d'une "peoplisation" croissante de notre vie politique. Plus que la coïncidence avec la grève arrière-gardiste des syndicats, c'est surtout cette nullité du débat public en France qui ne laisse pas de me préoccuper.

Roman Bernard

jeudi 18 octobre 2007

Si même Le Monde le dit...

S'il y a bien une chose qui n'a jamais été écrite ici et ne le sera jamais, c'est que les blogs constituent une alternative crédible aux médias traditionnels. Ceux-ci, outre le fait qu'ils sont les seuls à fournir une information de qualité, reprise, analysée et commentée, voire critiquée, par la blogosphère, donnent le ton en abordant dans leurs pages "opinions" des sujets de fond que les blogueurs, souvent à la pointe de l'information, oublient de traiter, préférant l'écume à la vague.

Je n'avais encore jamais parlé du conflit israélo-palestinien sur Criticus, en grande partie parce que j'estime mes connaissances sur la question trop superficielles pour avoir la prétention d'écrire un billet. Mais l'une des chroniques du Monde d'aujourd'hui me donne le prétexte de réagir, positivement, à la thèse de son auteur, Michel Bôle-Richard : "L'État palestinien improbable".

Improbable, doux euphémisme pour qualifier deux territoires disjoints, séparés par un État ennemi, au sein duquel l'hypothèse d'un couloir reliant la Cisjordanie et la bande de Gaza relève de la science-fiction, dans son versant pessimiste.

La création d'un État palestinien serait impossible parce qu'elle donnerait nécessairement lieu à de nouveaux conflits qui toucheraient au lien entre les deux territoires : déplacements de personnes, transports d'eau, d'énergie, de marchandises, communications, etc. L'idée d'un État binational n'est pas non plus envisageable : du fait des différences de dynamisme démographique des Palestiniens et des Israéliens, il serait illusoire de vouloir faire cohabiter deux peuples antagonistes, l'un pauvre et fécond, l'autre riche et vieillissant. Le second, menacé, n'aurait pas d'autre choix que de se radicaliser, tandis que le premier verrait l'occasion de prendre sa "revanche des berceaux" (et donc des urnes).

La question qui mérite ici d'être posée est : pourquoi la bande de Gaza ne serait-elle pas rattachée à l'Egypte et la Cisjordanie au royaume de Jordanie ? Qu'est-ce qui est le plus important : la survie du peuple palestinien ou celle du projet d'État palestinien ? Et le second n'est-il pas le contraire de la première ? Quel intérêt aurait un retour aux frontières de 1967, réclamé par la communauté internationale, dans la mesure où le problème évoqué subsisterait (et s'ajouterait celui des colonies juives) ?

Il est louable de compatir à la douleur du peuple palestinien -ce qui ne veut pas dire, comme c'est trop souvent le cas dans la France antisioniste, oublier celle du peuple israélien- mais ce souci d'épargner les souffrances des Palestiniens pourrait trouver son débouché dans la solution d'une séparation des deux Palestine au profit de l'Egypte et de la Jordanie. Toute autre politique risque de faire perdurer le martyre des Palestiniens, tout en poussant Israël à se crisper davantage qu'il ne l'est déjà.

Les traits majeurs de l'identité palestinienne, vu depuis l'Occident du moins, sont l'arabité et l'islamité, qu'elle a en partage avec l'Égypte et la Jordanie. Une telle séparation serait-elle forcément tragique, si les Égyptiens et les Jordaniens acceptent d'accueillir leurs "cousins" palestiniens ?

Le cas du Pakistan, coupé en deux entre 1947 (indépendance à l'égard de l'Angleterre) et la sécession du Pakistan oriental (Bangladesh) en 1974, a prouvé le bien-fondé de ce type de solution lorsque deux territoires d'un même État sont séparés par un État hostile. Bien sûr, la situation n'est pas totalement analogue dans le cas pakistanais, mais la scission de 1974, soutenue par l'Inde, a permis de pacifier substantiellement la région.

Comme les déplacements de population entre la Grèce et la Turquie, au début des années 1920, avaient permis de régler le différend gréco-turc. Sauf, bien sûr, à Chypre, où deux États fantoches, dont l'un n'est même pas reconnu par l'ONU en raison de la présence de troupes turques, se disputent la souveraineté de l'île.

L'Europe, jamais à court d'idées généreuses et chimériques, rêve de la création d'un État chypriote unifié, dans lequel on forcerait des Grecs et des Turcs à vivre artificiellement ensemble alors que seuls des transferts massifs de population avaient permis, en séparant les deux peuples, de mettre fin aux conflits.

Là encore, pourquoi un État chypriote absurde et pas un partage de l'île entre la Grèce et la Turquie ? Même question pour le Kosovo, dont l'indépendance, au détriment du bouc émissaire de l'Europe, la Serbie, pourrait intervenir prochainement. Pourquoi pas un transfert de population pour faire émerger deux territoires, l'un, musulman et albanophone, qui serait rattaché à l'Albanie, et l'autre, chrétien orthodoxe et serbophone, qui serait rattaché à la Serbie ? On pourrait poursuivre le raisonnement pour la minorité magyare de Roumanie, le couloir flamand qui coupe Bruxelles de la Wallonie, ou encore la Moldavie, qu'on pourrait séparer entre la Transnistrie, qui serait rattachée à l'Ukraine, et le reste du pays, qui irait naturellement renforcer la Roumanie. Ce ne sont là que des pistes de réflexion, sur lesquelles je vous invite à réagir. L'essentiel est de considérer, dans ces cas de figure, qu'en géopolitique, la bonne volonté n'est pas une excuse, et qu'il faut parfois tourner le dos en apparence à des principes humanistes pour mieux les défendre.

Il peut être préférable de séparer deux peuples que de les forcer à vivre ensemble. L'exemple de la Tchécoslovaquie le prouve bien. Qui, à Prague ou à Bratislava, se plaint de la scission d'un État qui devenait invivable ? Qui, toujours en Europe centrale, se plaint aujourd'hui du rapatriement forcé des Allemands des Sudètes, de Silésie, de Prusse orientale, etc. qui a définitivement réglé le problème allemand ? Qui enfin, à part les Serbes -mais on peut les comprendre- se plaint de l'éclatement de la Yougoslavie ? L'identité nationale repose avant tout sur la langue et la religion. Il serait judicieux que nos gouvernants, qui rêvent de créer de toutes pièces une "civilisation européenne" qui n'existe pas (l'Europe n'est qu'un sous-ensemble de l'Occident), ne l'oublient pas. On pourra m'objecter que ce billet entre en contradiction avec celui défendant l'unité de la Belgique. La différence, dans le cas belge, est que l'indépendance de la Flandre risquerait de provoquer des conflits dans toute l'Europe, en exacerbant les revendications séparatistes des régionalistes. Alors que, dans les autres cas, les solutions avancées pourraient peut-être en éviter.

Roman Bernard

mardi 16 octobre 2007

Quid de la construction de nouvelles prisons ?

Bertrand Cantat est donc libre, après avoir passé quatre ans en prison. Quatre ans. Comparées à la perte d'une vie, ces quatre petites années semblent bien dérisoires. Mais ses défenseurs, qu'il s'agisse de son avocat ou de certains de ses fans qui rêvent de voir "Noir Désir" se reformer, arguent que cela est parfaitement conforme à la loi. Soit. Que la libération conditionnelle étant proposée à tous les détenus ayant prouvé qu'ils s'étaient amendés au cours de leur peine, il n'y a pas de raisons particulières pour qu'une célébrité soit en-dessous des lois. Et que la peine de huit ans prononcée par le tribunal lituanien n'était pas particulièrement clémente, des faits similaires étant jugés de la même façon en France lorsqu'il s'agit d'illustes inconnus. D'accord. Cela prouve, dans ce cas précis, que selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de Cour ne vous rendent pas blanc ou noir, pour reprendre négativement la formule de La Fontaine. On ne peut que s'en réjouir.

Mais ne peut-on pas s'indigner qu'un homme ayant roué de coups une femme et l'ayant laissée pour morte n'ait été condamné qu'à huit ans seulement de prison ? Et que la libération conditionnelle soit sytématiquement proposée aux auteurs de pareils crimes ? Alors que, dans le même temps, un faux-monnayeur sera condamné à une peine de réclusion à perpétuité ? Ne doit-on donc pas prévoir, pour éviter ce type d'incohérence -on doit protéger plus les personnes que les biens, et non l'inverse-, adapter la peine à la gravité réelle du crime, et n'accorder de libération anticipée que dans des cas exceptionnels de rémission, j'ose dire de rédemption?

Mais voilà que lorsqu'on se contente de dire ces choses simples, on nous objecte que, d'abord, la peine ne remplacera jamais la victime. Ce n'est pas une raison pour épargner le criminel. Que la prison n'est en rien dissuasive, pas plus que ne l'est la peine capitale dans les pays où elle est encore en vigueur. Toujours pas une raison pour que le criminel ne répare pas sa peine par une privation de liberté.

Que la peine ne rendra pas le détenu meilleur, et qu'en raison des conditions de détention, il risque fort d'être sujet à la récidive à sa sortie de prison. Et que, de surcroît, si l'on ne libérait pas de façon anticipée les détenus, les prisons seraient encore plus surpeuplées qu'elles ne le sont aujourd'hui, au point de devenir de véritables poudrières. Mais que ne propose-t-on, en conséquence, de construire de nouvelles prisons, où les détenus pourraient vivre dans des conditions d'hygiène, de décence et de dignité acceptables ? Des prisons qui pourraient être construites par les détenus actuels, car si la prison peut servir à quelque chose, c'est aussi à prouver par le travail que le détenu peut avoir une utilité sociale.

Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. On m'a objecté, récemment, que le budget de l'État est suffisamment obéré comme cela. Et c'est pourquoi ce même État doit définir ses priorités. À savoir que tout crime doit être réparé, ce qui est le but premier de la Justice. Que pour que celle-ci soit crédible, il faut que les peines, sauf exceptions , soient purgées dans leur intégralité. Quelle est la valeur d'un jugement lorsqu'il est amputé de moitié ? En quoi la société est-elle protégée des criminels lorsque ceux-ci peuvent se retrouver dans la nature après des durées de détention dérisoires ? La construction de prisons, seule capable d'enfermer tous ceux qui doivent l'être, doit devenir une priorité du gouvernement, et donc du budget. De tout cela, j'aurais aimé que l'on parle davantage. Ce qui n'a pas été fait une seule fois lors de l'émission Mots croisés d'Yves Calvi (par ailleurs l'un des meilleurs intervieweurs actuels avec Nicolas Demorand), hier sur France 2. C'est dommage.

Roman Bernard

lundi 15 octobre 2007

La France est une nation de comédiens...

... c'est ce qu'écrivait Proudhon dans ses carnets après l'échec de la Révolution de 1848. L'énonciateur du célèbre "la propriété, c'est le vol" voulait ainsi exprimer son dépit devant le fait que les révolutionnaires français, soucieux de "refaire" 1789 et 1830, avaient davantage joué la Révolution qu'ils ne l'avaient faite. C'est ainsi que la France s'était couverte de clubs, de sociétés et de banquets où les protagonistes campaient les rôles de leurs glorieux aînés : Sieyès, Mirabeau, Marat, Danton, Desmoulins, Robespierre, Saint-Just, Carnot, etc. Un ridicule bien rendu par Frédéric Moreau, le héros de L'Éducation sentimentale, qui assiste incrédule aux réunions révolutionnaires où l'on propose purement et simplement d'abolir le malheur. Pour ceux que ces évocations lointaines n'émeuvent pas, les fameuses "AG", durant la crise du CPE l'an dernier, ont donné lieu au même triste spectacle, avec des syndicalistes étudiants désireux de faire la Révolution "ici, maintenant". Le doctorant en histoire toulousain Loïc Lorent, qui n'a certes pas la même plume que Flaubert mais peut-être son ironie, a bien décrit cette mascarade dans son savoureux pamphlet, Votre Jeunesse (éd. Jean-Paul Bayol).

De façon inattendue, ces souvenirs de lecture croisés ont ressurgi à la faveur de l'élimination de la France en demi-finales de la Coupe du monde de rugby par l'Angleterre. Quel rapport ? Le lien que j'ai fait entre les deux, samedi soir, tient à cette culture de l'esbrouffe qui constitue l'un des traits majeurs de notre identité nationale, que l'on accepte cette identité ou non. Après un an de matraquage médiatique et publicitaire, avec comme idée-force le fait que le ballon ovale était le seul "sport-co" qui manquait au palmarès du sport tricolore, le XV au coq est sorti piteusement, à domicile, alors qu'il avait réussi l'exploit d'éliminer le "Brésil du rugby" néo-zélandais, une semaine plus tôt. Pour être honnête, j'avais parié sur une victoire finale des Bleus ici-même, à la veille du dernier match de préparation contre le Pays de Galles, fin août.

J'ai donc malgré moi cédé au cocorico ambiant en faisant le résultat avant même que le Mondial n'ait commencé. J'aurais dû méditer, comme nombre de Français, cette phrase de l'entraîneur de lacrosse dans American Pie, film qui m'avait beaucoup fait rire à sa sortie en 1999 (j'avais 16 ans), qui traduite en français donnait : "on n'a conclu que quand on a conclu". Ce sain adage se vérifie donc en sport comme en amour... et en politique. Bernard Laporte, qui s'apprête à entrer au gouvernement -quelle idée de l'avoir nommé avant le résultat final !-, pourra peut-être le rappeler opportunément à son président d'ami (ou son ami de président) : il ne suffit pas de dire toujours et partout que l'on réforme, il faut aussi transcrire cette volonté affichée dans les faits. Il est louable, de la part de Nicolas Sarkozy, de vouloir réconcilier la politique avec la culture du résultat, après un quart de siècle d'immobilisme résigné. Mais tant que les fruits des réformes annoncées n'auront pas été récoltés, il me semble qu'une légitime prudence s'impose.

On en saura un peu plus jeudi prochain, où les syndicats des entreprises publiques s'opposeront à la réforme des régimes spéciaux, comme ils l'avaient fait -avec succès- en 1995. Si le chef de l'État ne cède pas et qu'il réussit à mettre enfin les syndicats au pas, il se pourrait qu'à l'impatience se substituent les encouragements.

Gore à l'imposture

J'en oublierais presque d'évoquer le bouffonesque prix Nobel de la Paix attribué à Al Gore et au GIEC vendredi dernier. Alors que le jury avait logiquement récompensé les lauréats des autres disciplines, notamment en chimie avec l'Allemand Gerhardt Ertl (pour ses travaux ayant permis des applications industrielles dans les pots catalytiques et les fertilisants, domaines d'avenir), il a choisi de faire un pied-de-nez à George W. Bush en couronnant son adversaire de 2000. L'ancien vice-président de Bill Clinton avait d'ailleurs fait de son film "contre" le réchauffement climatique une machine de guerre lancée à l'assaut du locataire actuel de la Maison Blanche. En dehors de ces basses considérations politiciennes, on ne voit pas trop ce qui a pu motiver ce choix écoeurant. Al Gore ne propose en rien une voie pour lutter contre le réchauffement climatique et en dépit de la psychose régnant dans les médias, il y a des problèmes autrement plus urgents à régler, en Irak, au Darfour, en Palestine, au Liban, en Afghanistan... certes, la paix avance peu dans ces contrées, mais il eût été plus judicieux de lui donner un coup de pouce en récompensant une ONG plutôt que de célébrer ce symbole de la bonne conscience occidentale : un politicien qui ne connaît rien aux sciences et qui glose à des fins électoralistes sur un phénomène dont on ne mesure pas encore les effets. Je ne suis pas sûr qu'Alfred Nobel, industriel épris de progrès, ait créé ces prix pour faire triompher l'irrationnalité eschatologique de quelques "fin-du-mondistes" apeurés.

Roman Bernard

mardi 9 octobre 2007

L'intervieweur interviewé

Après avoir interviewé un certain nombre de blogueurs politiques, souvent des Kiwis, dont Criticus, Lomig d'Expression Libre répond aujourd'hui aux mêmes questions que celles qu'il avait posées aux blogueurs.

Peux-tu faire un historique rapide de ton blog ?

Mon blog a tout juste un an...au début, un peu fourre-tout (photos de ma fille, musiques, politique, philosophie). Et puis rapidement deux thématiques sont resorties : l'une portant sur ce que j'apprenais en bloguant (sur WordPress, les plug-ins, la manière d'écrire, d'organiser son blog) et qui se trouve sur la racine "historique" du blog : BLOmiG ; l'autre portant sur la politique et les réflexions que peuvent m'inspirer l'actualité, qui a été portée par l'élection présidentielle (moment intense de blogging!), et que j'ai déplacé à la rentrée sur Expression Libre.

Pourquoi blogues-tu ?

J'ai commencé à écrire ce blog parce que j'aime écrire, et qu'une tentative ratée m'a fait comprendre que je n'étais pas fait pour devenir romancier, ou philosophe ! Le format court, et potentiellement irrégulier du blog me plait. J'aime par-dessus tout l'aspect "dialogue" par le biais des commentaires. Ecrire sans interaction ne m'intéresse pas.

Comment te positionnerais-tu sur l'échiquier politique ?

Je me sens assez libéral, et j'ai une conscience forte que la politique doit être pensée et pratiquée pour améliorer le sort des plus démunis, en maximisant les libertés individuelles. Je suis surtout dans le camp des pragmatiques, et pour une action politique responsable, qui cherche la justice et l'efficacité. Les étiquettes droite et gauche me semblent vides de sens.

Quel est ton avis sur les réformes mises en œuvre par Sarkozy et le gouvernement Fillon ?

Dans la lignée de ce qui était annoncé. Donc plutôt bon ! Même si j'ai tendance, des fois, à trouver qu'ils reculent sur pas mal de sujets, et en ressentir une certaine impatience. On verra ce que ça donne. Il y a déjà une rupture profonde, je trouve, sur le plan de la discussion : beaucoup de tabous sont tombés, et la démocratie tourne à nouveau. C'est quand on ne parle plus des problèmes que les choses vont mal : là, on en parle. Ce n'est pas toujours du débat de fond, ni respectueux, mais enfin on parle des problèmes : nombre de fonctionnaires, immigration, régimes spéciaux, etc.

Quel est ton avis sur les pistes à suivre pour réformer le PS ?

Le PS doit procéder à sa clarification idéologique : dehors les communistes, révolutionnaires, anti-capitalistes, anti-libéraux, anti-mondialisation. C'est la seule manière de redevenir un parti qui propose des choses justes et fortes, susceptibles de toucher le plus grand nombre. Ce que la droite a fait avec Le Pen, le PS doit le faire avec Besancenot. Le PS doit devenir plus libéral, plus pragmatique, plus responsable. A l'image de Bockel, ou de Kouchner, par exemple.

Quel est ton point de vue sur l'islam ? Penses-tu qu'il représente un danger pour la démocratie ?

Point de vue plutôt libéral. A savoir que je respecte la liberté de foi, et de pensée de tout le monde, y compris celle des musulmans. Et je respecte également la liberté des femmes que l'on force à se voiler. Je pense que, pour surtout éviter d'être soupconné de racisme ou d'islamophobie, on a un peu trop toléré de comportements insupportables. Notre société est basée sur le pluralisme et la tolérance : soyons donc intolérants avec ceux qui veulent des règles du jeu ne respectant pas cela. A nouveau, une clarification idéologique est urgente au sein de l'islam de France (c'est encore plus critique dans le monde) : peut-on interpréter le coran ? Le coran est-il au-dessus des lois de la république ? La réponse à ces questions est simple pour un musulman modéré. Celui qui fuit la réponse n'est pas modéré.

jeudi 4 octobre 2007

Revenons à nos moutons

Au début du mois dernier, la Suisse a été le théâtre d'une polémique portant sur une affiche de propagande de l'Union démocratique du Centre (UDC), parti libéral-conservateur.

Cette affiche représente trois moutons blancs, dont l'un, apparemment impatient, boute un mouton noir hors du territoire helvétique. Cette affiche visait à promouvoir l'exclusion des criminels étrangers de Suisse. Cela avait déclenché la colère des associations "antiracistes" ainsi que de l'ONU, par la voix de Doudou Diène, rapporteur contre le racisme du Conseil des droits de l'homme, qui estimait que l'affiche était de nature à "susciter la haine raciale et religieuse" (est-ce un crime de haïr les criminels ?).

Si la forme est douteuse -n'oublions pas, cependant, que l'expression de "mouton noir" n'a rien à voir avec la couleur de peau- le fond, lui, est parfaitement recevable : un État a tout à fait le droit d'expulser les criminels étrangers présents sur son territoire. La France a choisi, sous un gouvernement de droite, d'arrêter cette pratique, c'était son choix. En revanche, je ne m'alarme pas de ce que certains de nos voisins envisagent de le faire. Ce qui me gêne davantage, c'est la reprise de l'affiche par le parti néo-nazi allemand (NPD).

Ce dernier a en effet imité le concept du mouton blanc -jovial, cette fois-ci- expulsant un mouton noir, avec un slogan évocateur : "Sozial geht nur National !" ("Social ne peut rimer qu'avec national !"), insinuant que les étrangers présents en Allemagne, criminels ou non -ce qui change tout-, ne doivent plus bénéficier de la politique sociale de l'Allemagne.

Les dirigeants du parti modéré suisse se sont évidemment indignés de cette récupération, estimant qu'ils n'avaient "aucun lien avec l'extrême-droite allemande" et que leur affiche avait "tout simplement été détournée".

Mais cela ne suffit pas au Temps et au Monde, qui rappellent sur un ton faussement neutre -grâce au détachement permis, croient-ils, par le recopiage de dépâches AFP- que les campagnes de l'UDC ont déjà inspiré Jörg Haider en Autriche et Jean-Marie Le Pen en France. Cela rend-il le parti helvète coupable pour autant ? Nietzsche n'est pas responsable du nazisme, pas plus que Marx ne l'est du goulag.

L'article du Monde se termine par cette phrase condamnatrice : "Mais beaucoup de responsables politiques suisses se réfugient derrière la nécessité de protéger la "liberté d'expression" pour "laisser les électeurs trancher"".

On ne se "réfugie" pas derrière la liberté d'expression, on la défend. L'affiche de l'UDC, au contraire de celle du NPD, ne tombe en rien sous le coup des nécessaires restrictions à la liberté d'expression dans les cas de racisme ou de xénophobie. Et quant à "laisser les électeurs trancher", je ne vois pas non plus ce qu'il y aurait de détestable à ce que les électeurs suisses décident si, oui ou non, il faut expulser les criminels présents dans leur pays. C'est ce qu'on appelle la démocratie.

Roman Bernard

mardi 2 octobre 2007

L'unité de la Belgique, pour éviter la balkanisation de l'Europe



Peut-être vais-je surprendre en écrivant que je suis attaché à l'unité de la Belgique, en dépit du fait que je considère la Wallonie comme une région française. Les médias français ont semblé découvrir, le 13 décembre 2006, la menace d'éclatement qui pèse depuis les années 1970 -au moins- sur l'État belge, menace concrétisée -de façon fictive, mais cela en dit long sur l'état d'esprit qui règne "outre-Quiévrain"- par le faux journal télévisé dans lequel la RTBF, francophone, annonçait l'indépendance de la Flandre.

Depuis, il ne se passe pas un mois sans que soit abordée la question belge, souci louable de la part des Français, qui ont pu réaliser que plus de la moitié des Belges ne risque pas de dire "une fois" -déjà que les Wallons et Bruxellois ne le font pas- pour la simple raison qu'elle est néerlandophone (en Flandre et de façon minoritaire -15%- à Bruxelles) ou germanophone (1% de la population belge, concentré dans les cantons d'Eupen, Saint-Vith et Malmedy, rattachés aux dépens de l'Allemagne en 1919 puis en 1945).

La France, qui a du mal avec la notion de langue, à tel point qu'elle se soucie peu du destin de la sienne, a ainsi pu comprendre que la présence de deux communautés linguistiques d'importance comparable, dans un même Etat, constitue un problème dès lors qu'il n'y a plus d'idéal national capable de la transcender : l'alliance des catholiques flamands et des libéraux wallons contre les Hollandais, majoritairement calvinistes, lors de la guerre d'indépendance de 1830, avait permis de mettre en sommeil ces dissensions qui, en temps de paix, ne devaient pas manquer de réapparaître au grand jour.

La Belgique n'a été assurée de son existence qu'après la Seconde guerre mondiale. Le mouvement pro-nazi collaborationniste qui rêvait de créer de grands Pays-Bas unissant tous les néerlandophones, de la Hollande à la Flandre, sous la tutelle de l'Allemagne a achevé de convaincre les Belges qu'ils devaient vivre ensemble. Mais dès lors qu'il n'y avait plus à recréer en permanence cette fragile construction nationale, celle-ci s'en trouvait, paradoxalement, menacée.

C'est ainsi qu'au tournant des années 1970 (fédéralisation de l'Etat belge), les forces centrifuges, anesthésiées pendant un siècle et demi en Belgique, ont repris, pour arriver à la situation actuelle. Avec, en plus, une Flandre revancharde, qui, après avoir été longtemps dominée, économiquement et culturellement par la Wallonie, est désormais rétive à tout compromis. Les nationalistes flamands ajoutent à leur intention de se séparer de l'État belge celle de vouloir réunir à la Flandre la région de Dunkerque et Hazebrouque.

Dans une Europe où tous les États-nations traversent une crise d'identité, il est facile de prévoir que la Belgique, pays assez artificiel, sera la première victime du processus de "dénationalisation" actuellement à l'oeuvre. Certains s'en réjouissent, au nom d'une "Europe des régions" qui prendrait davantage en compte la diversité culturelle de ses peuples. Je ne vois que des raisons de m'en inquiéter. Même si, en cas d'indépendance de la Flandre, la Wallonie, comme le souhaitent les "rattachistes", ne manquerait pas de demander son rattachement à la France, l'Hexagone pourrait être le premier à subir les effets de ce précédent.

Non pas à l'intérieur de son territoire, relativement homogène et remarquablement uni. Mais ses deux frontières avec l'Espagne, constituées par la Catalogne et le Pays basque, sont beaucoup plus fragiles, les deux régions autonomes espagnoles étant de plus en plus revendicatives. Si la Flandre parvient à se séparer de la Wallonie et de Bruxelles, comment pourra-t-on justifier que le Pays basque et la Catalogne n'obtiennent pas eux aussi leur indépendance ?

Un jeu de dominos risque de se produire à la marge de chaque Etat-nation d'Europe, où les régions frontalières, éloignées du centre, sont naturellement plus enclines à vouloir s'en séparer. Avec le risque d'une Europe morcelée en une multitude de petits territoires qui, en plus de devoir utiliser exclusivement l'anglais pour communiquer entre eux, seront incapables de parler d'une même voix au niveau international. De là à considérer que l'éclatement de la Belgique serait un premier pas vers la balkanisation de l'Europe, il y a surement un grand pas, que je n'hésite pas à franchir ici. Non que je tienne ce phénomène pour acquis, mais je m'étonne que les "grands" médias soient incapables, obsédés qu'ils sont par les conséquences à court terme des événements qui se déroulent sous leurs yeux, de tirer la sonnette d'alarme.

Roman Bernard