Moins de deux ans après la sécession du Monténégro, dernier reliquat de son ancienne hégémonie sur l'ex-Yougoslavie, sécession qui ne se justifiait ni pour des raisons linguistiques, ni pour des raisons religieuses, la Serbie va donc selon toute évidence devoir se résoudre demain à la perte du Kosovo, berceau présumé de son histoire. Que les séparatistes kosovars proclament l'indépendance de cette province paraît logique, après les conflits meurtriers de 1999, qui interdisent tout retour en arrière, et vraisemblablement toute coexistence pacifique entre Albanais musulmans et Serbes orthodoxes à l'avenir. Que les grandes diplomaties occidentales s'empressent, avant même l'indépendance, de reconnaître le nouvel État, condition de son appartenance à la communauté internationale, me semble en revanche moins justifié. D'autant que ce soutien spontané aux séparatistes kosovars force la main à la Serbie qui, en quête de respectabilisation sur la scène internationale, n'est pas en mesure de vraiment protester face au dépeçage des restes de son empire. La récente élection présidentielle serbe l'a d'ailleurs confirmé -de justesse-, les Serbes veulent intégrer l'Union européenne, grande avocate de la cause nationale kosovare, alors que ses États-membres ont été incapables de prendre la mesure de la guerre qui s'est déroulée à leurs portes en 1999, forcés de faire appel, comme à chaque fois qu'un conflit majeur éclate sur le continent, aux Américains. Il est vrai que lorsque deux États seulement contribuent de manière significative à la défense européenne, il est difficile de réagir de façon coordonnée et efficace à l'urgence. Pour l'Union européenne, il n'est d'ailleurs pas interdit, à cet égard, d'interpréter ce soutien franc et massif aux séparatistes kosovars comme le moyen de se soulager d'une mauvaise conscience certaine à leur endroit. Tout cela au prix d'un nouvel abaissement de la Serbie, qui, après avoir perdu toutes les anciennes républiques yougoslaves fédérées, voit maintenant lui échapper une partie d'elle-même.
Il n'est pas question ici d'excuser les crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis dans le passé par l'armée serbe, sur ordre de Belgrade, contre les Croates, les Bosniaques et les Kosovars. Après avoir longtemps été complaisante à l'égard de la Serbie, naguère perçue comme le garant de l'unité nationale yougoslave, la communauté internationale, devant l'horreur des massacres perpétrés par les Serbes, a pratiqué la politique de la punition, démarche inaugurée par le Traité de Versailles envers l'Allemagne à l'issue de la Première Guerre mondiale, avec le succès que l'on sait. La dureté des Serbes dans les guerres d'indépendance peut d'ailleurs être vue comme une conséquence symétrique de cette politique de punition. Refusant de toucher au découpage territorial de l'ancienne République fédérale socialiste de Yougoslavie, on a interdit, de fait, le rattachement à la Serbie des minorités serbes de Bosnie et de Croatie, qui constituent aujourd'hui des enclaves linguistiques et religieuses, frontalières de la Serbie. C'est en partie l'impossibilité de rattacher ces enclaves qui a conduit aux conflits armés. Alors, s'il ne fallait pas remodeler les frontières internes de l'ex-Yougoslavie, pourquoi le fait-on pour le Kosovo, province serbe ?
Parce que dans le cas du Kosovo, un séparatisme ethnico-religieux, occulté au XXe siècle par le caractère athée et a-national du régime yougoslave, a débouché sur une véritable fracture territoriale à l'occasion de l'éclatement de la Yougoslavie, qui a signé le retour des identités nationales et religieuses en Europe. Le Kosovo, province autrefois serbophone et orthodoxe, est devenue albanophone et musulmane au XXe siècle, sous l'effet d'une forte immigration en provenance d'Albanie et du plus grand dynamisme démographique de ces Albanais musulmans une fois installés au Kosovo.
En consentant à ce que l'immigration récente d'une population, différant de la population d'accueil par la religion, la langue et la culture, conduise à la sécession de territoires où cette population immigrée est devenue majoritaire, les diplomaties occidentales valident le processus de séparatisme ethnico-religieux susmentionné, et créent ainsi un dangereux précédent en Europe. Il n'est pas irréaliste de penser, du fait de la forte poussée migratoire et démographique des musulmans d'Europe, que le cas kosovar risque de faire des émules dans d'autres pays, notamment lorsque les populations musulmanes sont concentrées, ce qui est le cas en France, au Royaume-Uni, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Belgique, et bientôt en Italie et en Espagne.
L'histoire est riche de tels phénomènes : avant le Kosovo, il y a eu le Pakistan, et demain il y aura peut-être la partie tamoule du Sri Lanka, le Sud musulman de la Thaïlande, le Nigéria déchiré entre provinces musulmanes et chrétiennes, et, pourquoi pas, l'Afrique du Sud éclatée, quand la figure fédératrice de Nelson Mandela ne sera plus là pour unir Noirs et Blancs, guère réconciliés depuis la fin de l'Apartheid.
La Serbie, avec laquelle la communauté internationale avait été trop complaisante au début des années 1990, est ainsi devenue le bouc émissaire de la mauvaise conscience européenne. Tout cela pour qu'une logique diabolique de séparatisme ethnico-religieux se mette en place, sans savoir où elle mènera le Continent vieillissant, dont la population ne maintient son niveau que grâce à l'immigration, que, du reste, elle n'arrive pas à intégrer, quel que soit, d'ailleurs, le modèle d'intégration en cause.
Pour parer au procès en néo-conservatisme que l'on me fait ici et là, je précise comme l'a également fait le social-démocrate Cratyle que je ne suis pas d'accord avec Samuel P. Huntington, idéologue majeur des néo-conservateurs, qui prophétisait en 1993 un trop binaire « choc des civilisations ». L'exemple de la Tunisie, qui concilie islam et relations fructueuses et paisibles avec l'Occident, notamment avec la France, prouve que la situation est plus complexe. Je ne suis pas plus d'accord avec Huntington lorsqu'il établit une séparation civilisationnelle entre la Chrétienté occidentale (catholique ou protestante) et le monde slave orthodoxe. Si ces deux ensembles ont une existence propre -le soutien de Moscou à Belgrade le prouve bien-, il n'y a pas de césure entre eux. L'héritage chrétien commun réunit davantage l'Est et l'Ouest que la Guerre froide, qui n'était pas civilisationnelle mais idéologique, ne les avait séparés.
Dès lors, un Occidental ne peut que s'inquiéter que l'abaissement voulu d'une Serbie jadis hégémonique et agressive serve à promouvoir la naissance d'une nouvelle enclave musulmane en Europe. Si la guerre de 1999 a effectivement interdit la vie commune des Albanais musulmans et des Serbes orthodoxes -qui vont devoir s'exiler en Serbie- au Kosovo, ce précédent doit rendre l'Europe vigilante face aux prochaines enclaves musulmanes qui risquent de s'y former. Les dirigeants européens sauront-ils contrer cette menace ?
Tant que la natalité sera, par la contraception et surtout l'avortement de masse, réfrénée, et l'immigration vue comme le seul moyen de suppléer à la dénatalité en Europe, la logique fatale décrite plus haut ne pourra que s'accentuer dangereusement.
Roman Bernard

À lire, le billet d'Ivan Rioufol sur son blog, « Kosovo indépendant : l'échec de l'Europe ».



16 Commentaires:
Bonne réthorique, Roman. Mais associer le cas des Albanais du Kosovo à l'émergence d'une autre enclave musulmane comme tu le fais à plusieurs reprises au cours de ton billet, c'est exagérer.
Ce n'est pas pour des raisons religieuses que le Kosovo déclare son indépendance. Demander au Kosovo de demeurer au sein d'une Serbie qui est encore relativement nationaliste, et qui peine encore à accepter son passé récent. C'est demander une cohabitation douloureuse qui n'avantagera aucun des deux parties. Ce sont deux groupes qui n'ont plus rien en commun. Accepter l'indépendance, c'est accepter une sécession qui s'est déjà faite de facto, et pas pour des raisons religieuses, mais suite au conflit des années 1990.
Le gouvernement Kosovar et celui de la Serbie invitent d'ailleurs les Serbes qui y sont présentement à demeurer au Kosovo. Bien que je ne dis pas ça pour dénigrer les tensions interethniques au Kosovo.
Là où il y a problème, c'est que cette indépendance n'a pas été faite suite à un référendum, comme ça a été le cas en Macédoine en 1991 et, plus récemment, au Monténégro. Mais c'est somme toute mineur, un référendum aurait passé de toute façon.
Mais les Balkans ne sont certainement pas la source de divisions religieuses, comme tu le laisses entendre. Cette division a été surfaite. L'islam qu'on y retrouve est beaucoup plus pacifique et modéré que ce qu'on peut trouver en Europe, et les autorités religieuses n'y ont joué aucun rôle, si ce n'est peut-être, en Bosnie, celui d'aider la population à pardonner à l'autre groupe.
Pas que je ne partage pas ton malaise face à la montée d'un islam radical, un mouvement qu'on voit un peu partout à travers le monde d'ailleurs, mais celui-ci n'est pas lié aux politiques multiculturelles de l'Europe - ou véhiculées en Amérique du Nord d'ailleurs.
-Fp
Le facteur religieux n'est peut-être pas prépondérant, mais il est le catalyseur du séparatisme kosovar. La religion, quelle qu'elle soit, est un facteur d'endogamie, donc de repli communautaire. La religion, comme dans d'autres guerres d'indépendance, a servi de complément au nationalisme. Les persécutions religieuses, des deux côtés, l'ont bien prouvé. Quant à l'indépendance, elle est logique. Mais elle est une illustration inquiétante de ce séparatisme ethnico-religieux qui, effectivement, m'effraie. Quant au multiculturalisme, il n'est pas la seule cause de la montée de l'islam radical, évidemment. Mais il lui facilite considérablement la tâche.
Surtout que si c'est lme berceau de la serbie, on se demande pourquoi on ne comprendrait pas qu les serbes veuillent rester possesseurs de ces terres. Je trouve le précédent inquiétant, car il signifie que la terre appartieet à celui qui l'habite. En d'autres termes, il suffirait par exemple que des allemands colonisent l'alsace pour qu'un jour, ils se déclarent indépendants de la France...
Quid, d'ailleurs, des serbes du Kosovo?
Au fond, l'UE me para^t bien naïve, car elle soutient des types au nom d'un soi-disant "génocide" qui est contesté (notamment par régis debray). La réalité est plus complexes, et les kosovars n'ont pas été exempts en tueries. Età la limite, les serbes du kosovo sont-ils responsables des actes de feu-Milosevic? Vraiment, le droit-de-l'hommisme nous perdra.
Je pense que la réaction anti-droits-de-l'hommisme, incarnée aujourd'hui par Finkielkraut, Rioufol, Zemmour et demain par Chafouin, Criticus ( ;-) ) finira pas avoir le dernier mot. C'est la logique même ! Mais en attendant, l'immigration de masse et le multiculturalisme qui empêche son assimilation sont en train de faire changer la nature de la population et donc la culture de l'Europe.
Avec un processus de séparatisme ethnico-religieux qui va faire exploser les nations européennes -et donc l'Europe- si rien n'est fait rapidement. Mais la réaction est en train de gagner (Suisse, Danemark, Pays-Bas, Allemagne, France), malgré l'inconscience des "élites" européennes, qui regardent leur propre perte avec délectation.
Il faut stopper l'immigration musulmane, imposer le modèle assimilationniste, et très vite !
Ce qui est consternant, dans cette affaire, c'est que l'Europe prend le parti d'une victime supposée, alors que les massacres et les persécutions ont eu lieu des deux côtés. On fait payer Milosevic aux Serbes (surtout à ceux du Kosovo), alors que depuis dix ans, les vraies victimes, ce sont eux, qui se voient dépecés avec la bénédiction de l'"Europe" et de la communauté internationale !
Effectivement, la terre n'appartient pas à celui qui l'habite mais à la collectivité qui en a la charge. Une notion de bon sens aux antipodes de l'angélisme européiste. Mais patience...
Samuel Huntington n'est pas à proprement parler un néo-con.
Et je n'ai pas à proprement parler dit qu'il l'était... ;-) J'ai dit qu'il était leur idéologue, ce qui est vrai.
Mais quel imbecile ce Roman !
N'importe quoi, je n'ai jamais des conneries pareilles. Allez faites vos courses, ça va vous faire du bien, ça prends de l'air. Je n'ai même pas envie de commenter une seule ligne de votre texte. On sait pas par où commencer. Bonne chance aux autres.
Apprends à écrire avant d'insulter...
Ah bon ! Vous aimez bien Finkielkraut, Roman ? Eh bien moi aussi. Mais allez voir ce qu'il pense de l'indépendance et de votre cher Milosevitch. Finkielkraut a été vice/président du Comité Kosovo, en France. Pas trop deçu, Roman ? Il fallait y penser. C'est pourquoi je vous dis que vous racontez tout et n'importe quoi. Votre texte est pitoyable. Vous feriez bien de jouer au Play Station, c'est plus divertissant. J'ai bien écrit cette fois-ci, n'est-ce pas ? Soyez pas trop dur, je voudrais une bonne note.
0/20... kelkeuh preaubleymes d'aurtheaugraf. Et pas le courage de signer...
Est-ce que vous avez lu le roman "Comment écrire sans qu'on sache quoi écrire" ? C'est un bon Roman, roman. Sur ce, je vous laisse patauger... schllap-schllup... plouf ! Aië !!
Le 16 février, la veille de la seconde déclaration d'indépendance du Kosovo, dans le quotidien “Večernji list” de Zagreb, le Président de la Croatie Stipe Mesić, avocat et dernier Président légal de l’ex-Yougoslavie, rappelait que le Kosovo avait des Droits souverains dans l’ancienne fédération yougoslave :
(… La) constitution de 1974 énonce que… dans une province autonome socialiste, “les travailleurs et les citoyens, les peuples et les nationalités exercent leurs droits souverains“.
… La Yougoslavie se composait de républiques et de provinces, de sorte que les provinces étaient des éléments constitutifs de la fédération.
… les provinces étaient incluses dans la Serbie, ce qui veut dire qu’elles étaient, outre leurs liens constitutifs avec la fédération, liées à l’une de ses unités fédérées. … c’est volontairement que les républiques et provinces s’étaient unies dans la Yougoslavie, ce dont découle clairement la conslusion comme quoi on ne pouvait pas les retenir contre leur gré dans le cadre de ces états. Dans le cas des provinces, cela se rapporte auss bien au cadre de l’entité fédérée (la Serbie) qu’à celui de la fédération (yougoslave).
Et enfin… les citoyens, c’est-à-dire les peuples et les nationalités, ” exercent leurs droits souverains” dans les provinces. Là-dessus aucun commentaire n’est nécessaire.
Quand on prend en compte tout cela, nous devons arriver à la conclusion incontestable que le problème du Kosovo est unique –un problème sui generis.
Ce qui veut dire que sa solution n’est pas, et ne peut pas être, un précédent pour une démarche ultérieure dans aucun des problèmes qui ne pourraient que paraître semblables où que ce soit dans le monde.
Bref, pour être clair jusqu’au bout : la solution du problème kosovar ne préjuge en aucune manière de la solution d’aucun autre problème, et ne peut pas non plus fournir d’exemple à une telle solution.
Il s’agit d’un problème unique qui procède du statut unique dont le Kosovo, en tant que province autonome, jouissait au sein de la fédération yougoslave.
Et cette fédération-là s’est défaite. La nature d’élément constitutif qui lui était liée a disparu, mais cela ne veut pas dire qu’il serait automatiquement tombé dans la République actuelle de Serbie pour la seule raison que la province du Kosovo faisait aussi, jadis, partie de la république de Serbie dans la Yougoslavie fédérale.
C’est justement parce que l’élément qui liait le Kosovo à l’ancienne fédération est tombé, et qu’il ne restait que l’élément qui le liait à la Serbie, que la nécessité s’imposait aussi de déterminer pour le Kosovo un statut différent et définitif.
… il est impossible de revenir à la situation antérieure, je pense ici à la situation qui régnait avant que Milošević supprime tous les éléments d’autonomie, et ensuite tente de chasser les Albanais du Kosovo.
… nous sommes également conscients des aspirations légitimes des Albanais au Kosovo. Nous ne voulons ni ne pouvons refuser aux autres le Droit d’autodétermination que nous avons réclamé pour nous-mêmes, et que nous avons dû défendre les armes à la main lors du processus de dissolution de la fédération yougoslave, quand on a tenté par la force de nous empêcher d’exercer les Droits que nous possédions sur la base de la Constitution de 1974, alors que la Communauté internationale ne voulait pas, et n’a pas su, reconnaître le problème ni prendre –comme on aurait alors dû le faire– les décisions appropriées.
C’est pourquoi je souligne maintenant, aujourd’hui, que personne n’a le Droit de commettre à nouveau les mêmes erreurs et omissions qui ont déjà été commis une fois.
http://www.predsjednik.hr/defa.....1&sid=
Pourquoi présumé berceau de son histoire ? c'est son berceau pardonné moi l'expréssion
Pour en savoir plus les réels enjeux liés à l'indépendance du kosovo :
www.kosovojesrbija.fr
Merci pour ton billet sur la serbie
Rarement c 'est simplement ecrit comme tu fais d'habitude çà frise la démagogie la soi-disant verité orienté contre les serbes, t'as de la chance que des kosovars ou albanais ultra racistes ne viennent donner des commentaires tu verrais comment ça pue le mépris le dégoût et le cerveau atteint par la folie.
@ Slobodan
« t'as de la chance que des kosovars ou albanais ultra racistes ne viennent donner des commentaires tu verrais comment ça pue le mépris le dégoût et le cerveau atteint par la folie. »
Si, Slobodan, il y en a un qui est venu commenter ce billet, mais n'a pas osé laisser de nom. Il s'appelle donc « Anonyme ». Je t'invite à lire ses commentaires,et les réponses que je lui donne.
Enregistrer un commentaire