Avant d'aborder ce vaste sujet, je dois dire que j'ai voté "oui" au référendum sur le Traité constitutionnel en 2005, mais me réjouis aujourd'hui que le "non" l'ait emporté. Non pas que cette Constitution m'ait semblé d'une quelconque manière abolir les Etats-nations, comme le redoutaient ou feignaient de le redouter des souverainistes plus tatillons que moi. Les commissaires européens, qui concentrent l'essentiel des pouvoirs, doivent en effet leur fonction même aux Etats-membres.
Mais l'adoption de la Constitution aurait poussé nos dirigeants européens, bruxellois ou non, à poursuivre dans la même voie, technocratique plutôt que démocratique, qu'ils avaient suivie depuis le passage, in extremis, du Traité de Maastricht au référendum de 1992. Je faisais à cet égard partie des blogueurs, ces derniers mois, qui s'indignaient logiquement qu'un traité si proche du projet de Constitution initial puisse être adopté par voie parlementaire alors que le peuple constitutionnellement souverain en avait massivement rejeté la première version.
Je dois toutefois exprimer ma réserve sur l'amalgame qui est couramment fait entre les "non" français et néerlandais de 2005 d'une part, et le "non" irlandais de 2008 d'autre part. La France et les Pays-Bas, pays signataires du Traité de Rome en 1957, me semblent, moralement sinon juridiquement, plus en droit de bloquer la construction européenne que l'Eire, plus tard venue (1973) et qui a bénéficié d'importants subsides européens pour assurer son rattrapage de développement. En l'espèce, on peut à bon droit parler d'ingratitude pour qualifier l'attitude irlandaise et Koz a raison de dire que sans l'Europe, le Tigre celtique ne serait que de papier. Moins lyrique, j'estime pour ma part que les Irlandais n'ont pas eu la "reconnaissance du ventre" que l'on était plus qu'en droit d'attendre d'eux.
Cela étant dit, et puisque c'est en réaction à ce que j'ai pu lire chez des blogueurs aussi divers que Koz, Malakine, le Chafouin et Ivan Rioufol que j'ai décidé d'écrire ce billet, j'ai le sentiment, dont ils voudront bien m'excuser, que tous ont raté l'enjeu essentiel, qui est à mon sens l'inadaptation de la construction européenne aux enjeux du monde contemporain. Sur les quatre blogueurs précités, seul Koz, qui a si je ne me trompe pas démarré son blog au lendemain du référendum raté, est un "ouiiste" convaincu, dans la lignée des "pères fondateurs", qui étaient des démocrates chrétiens. Des trois autres blogueurs, le Chafouin est un "noniste" qui considère, à raison du reste, que l'Europe est oublieuse de ses peuples. Une vision partagée par Malakine, dans un registre politique tout à fait différent. Seul Ivan Rioufol, dans La Fracture identitaire, va plus loin que cette critique légitime, qu'il partage : il prône, comme votre serviteur, comme Edouard Balladur aussi, la création d'une Union occidentale entre l'Europe et les pays issus de la colonisation européenne passée, britannique dans le cas des Etats-Unis et de certains pays du Commonwealth, française dans celui du Québec.
Je l'ai déjà dit, je suis loin de partager toutes les thèses énoncées par Huntington dans The Clash of Civilizations, où je n'ai pourtant pas trouvé en le lisant l'esprit guerrier que certains croient courageux de dénoncer. La distinction entre Occident et monde slave orthodoxe me paraît par exemple très largement surfaite. Pour moi, l'Occident, qui se définit surtout par son double héritage gréco-latin et judéo-chrétien, va de Vancouver à Vladivostock, et de Reykjavik à Melilla. Et ce même si la Russie de Vladimir Poutine tient pour des raisons culturelles, économiques mais surtout géostratégiques tout à fait compréhensibles à marquer sa singularité par rapport au reste du monde occidental dominé par le rival états-unien.
Il me semble néanmoins que les tenants du "choc des civilisations" avancent une idée intéressante, et que l'observation du développement de Shanghai m'a également inspirée : le choc, le clash, résulte de la réaction des civilisations, qui ont leur identité propre, à leur occidentalisation, qu'elles perçoivent comme une menace.
Cette réaction est particulièrement vive dans le monde arabo-musulman, qui, Amérique latine exceptée, est l'une des civilisations les plus en voie d'occidentalisation.
La Turquie, qui fait selon Huntington partie des "torn countries", pays tiraillés entre deux influences (avec le Japon, la Russie et le Mexique), voit son rapprochement des standards européens en vue de son adhésion à l'Union européenne coïncider avec une défiance, voire une hostilité croissante à l'égard de l'Occident, notamment dans les milieux islamistes turcs. Un processus qui fait douter de l'opportunité, sinon de la légitimité, de cette adhésion future de la Turquie.
L'occidentalisation du monde, corollaire de la mondialisation qui s'est brutalement accélérée depuis la fin de la Guerre froide, est ainsi porteuse de défis, de dangers, qui devraient conduire le monde occidental à s'unir, pas seulement, du reste, pour vaincre un ennemi pour l'heure imaginaire, mais aussi pour se préserver de la dilution dans une culture globalisée. Le refus du multiculturalisme, dont ce blog a fait l'un de ses divers chevaux de bataille, s'inscrit ainsi dans cette logique. Je n'oublie pas que j'ai, ici-même, fait peu de cas de la culture anglo-saxonne, notamment lorsque j'ai défendu, à de nombreuses reprises, la cause de la Francophonie. Mais c'est justement parce que la construction européenne telle qu'elle est menée aujourd'hui est le cheval de Troie de l'américanisation des cultures européennes que j'estime qu'une Union plus large, plus lâche, qui laisserait aux Etats leurs identités nationales mais assurerait la pérennité de leur héritage commun, est préférable à l'Union européenne, vouée à mon sens à l'échec.
Même Nicolas Sarkozy, auquel est pourtant fait un récurrent et épuisant procès en atlantisme, semble ne pas avoir compris cet enjeu, avec cette "Union pour la Méditerranée" dont on ne voit ni l'identité originelle, ni l'utilité future.
Roman Bernard

A lire aussi, l'article de René Foulon, membre du Réseau LHC.



24 Commentaires:
L'utilité de l'Union pour la méditerrannée n'est pas si difficile à trouver : il s'agit bien du partenariat privilégié à proposer aux pays non Européens (Turquie, Maroc au premier lieu) qui veulent intégrer l'Union Européenne. Elle est justement pensée pour créer cette coopération qui devrait éviter le choc des civilisations que nous promettent ceux qui en font une menace censée inciter l'adhésion de ces pays (cf Chirac, Rocard, The Economist).
J'ai du mal à comprendre d'abord part le souhait d'une Union occidentale (qui incluerait les Etats Unis), et en même temps le regret de l'américanisation des cultures européenne. Les deux sentiments me paraissent contradictoires. Et d'ailleurs, quelle américanisation ?
S'il y a bien un bloc occidental, en quoi les cultures européennes sont-elles différentes de celle américaine ? Je ne peux le comprendre que si le terme "américanisation" prend un sens fort, mais qui serait alors exagéré. Les identités nationales ne sont pas menacées, cette crainte existe, mais je ne vois pas grand chose qui l'étaye, tout du moins en Europe.
En outre, l'occidental croît à tord qu'avec la diffusion de ses produits et de son mode de vie, sa culture s'implémente dans d'autres régions que la sienne. C'est trompeur : malgré les apparences, la culture, au sens des façons de penser, reste ferme dans chaque peuple.
J'avoue ne pas me souvenir parfaitement de tout ce qu'écrit Huntington dans son ouvrage, mais "le choc comme réaction face à l'occidentalisation", ce n'est pas vraiment ce que j'ai retenu comme idée principale du livre. Il me semblait que c'était plus subtil, en lien avec mon paragraphe précédent. Je crois que c'était davantage "le choc comme conséquence de l'occidentalisation des valeurs désirée par l'occident, mais en réalité ineffective". Ce que je veux dire c'est qu'il n'y a pas "leur" occidentalisation. J'espère être compréhensible.
Une Union plus large et plus lâche serait surtout une union sans pouvoir. Pas besoin de ça pour que chacun assure la pérennité de son héritage, autant réclamer immédiatement la dissolution de l'Union Européenne.
Ce n'est pas mon parti. Je pense que l'Union Européenne doit au contraire être limitée géographiquement, et dotée d'une forte cohésion. J'analyse la situation actuelle comme la conséquence d'un manque de démocratie et de politique. C'est la raison pour laquelle je suis en faveur d'une union fédérale.
Enfin, sur l'indignation du mode de ratification du Traité de Lisbonne, la façon de faire utilisée avait été largement mise en avant par la majorité française actuelle lors des dernières campagnes présidentielles et législatives. D'où un mandat pour le faire. Et même si je ne vais pas relancer tous les anciens débats, j'ai du mal à me réjouir de la victoire du non, quand je vois l'état actuel de l'Union Européenne. Cela doit en effet moins faire de peine lorsque l'on ne se soucie pas de sa disparition.
@criticus
SI l'on suit la définition proposée par xerbias je suis également favorable à cette unin méditerranénenne qui n'est qu'une façon comme une autre d'institutionnaliser des rapports déjà existant.
Sur l'union atlantique, je suis en désaccord car je pense que la nation doit subsister en tant que cadre adapté à l'homme. Si l'on suit ce que tu dis, on va se retoruver, comme dans 1984, avec des vastes ensembles géogrpahiques qui se font la guerre et qui oppriment l'individu.
@Xerbias :
Tu écris "Ce n'est pas mon parti. Je pense que l'Union Européenne doit au contraire être limitée géographiquement, et dotée d'une forte cohésion. J'analyse la situation actuelle comme la conséquence d'un manque de démocratie et de politique. C'est la raison pour laquelle je suis en faveur d'une union fédérale"
Et là, je te dis... Dans mes bras! La fédération est en effet sûrement la seule forme susceptible de concilier efficacité et respect des nations...
@ Xerbias & Chafouin : Sur l'Union pour la Méditerranée ex-méditerranéenne, si c'est la seule utilité que vous lui trouvez, alors je vous rappelle opportunément qu'il y a déjà eu le partenariat Euromed ou Processus de Barcelone qui a largement fait la preuve de son échec. Mais bon...
Ensuite, vous trouvez qu'il y a contradiction entre mon occidentalisme et ma défense des identités nationales européennes. Peut-être l'ai-je mal expliquée, mais ma position est ici fort cohérente. La construction européenne actuelle, en favorisant le tout-anglais, est certainement plus américanisante pour l'Europe que ne le serait une vaste entité panoccidentale, qui respecterait les nations (et là, Chafouin, je m'étonne que tu me reproches de vouloir abolir les nations, moi qui reviens régulièrement sur leur nécessité).
L'Europe telle qu'elle se construit va devenir un ensemble anglophone si l'on n'y prend pas garde. Soit l'on considère que l'on veut sauver les nations européennes, ce qui est mon cas, et on refuse cette Europe-là. Soit l'on se moque du fait qu'on leur impose l'anglais comme langue vernaculaire, et alors, pourquoi ne pas nous rapprocher des Etats-Unis ? Ce serait plus cohérent.
Xerbias, je vous trouve assez naïf sur l'intégrité des civilisations. Le fait qu'un modèle occidental et plus précisément américain soit imposé de part le monde a nécessairement un impact sur leur identité culturelle. On peut s'en réjouir, mais j'y vois une source de danger potentiel. Je vous confirme que Huntington a bien comme idée-force cette réaction des civilisations extra-occidentales à leur occidentalisation, plus que superficielle comme j'ai pu m'en apercevoir, certes dans une certaine mesure, à Shanghai.
Par ailleurs, quand je parle de la préservation d'un héritage commun, je dis bien commun à toutes les nations occidentales. L'isolement des nations que désirent certains souverainistes n'y suffirait pas.
Cela ne veut pas dire qu'il faille construire une Europe fédérale pour autant (Chafouin, ce que tu désires n'est pas un Etat fédéral européen mais, comme moi du reste, une confédération d'Etats-nations... soyons précis sur ce que nous entendons par "fédéralisme"). Une Fédération européenne devrait bien se trouver une langue commune, qui serait nécessairement l'anglais vu les rapports de forces européens et mondiaux actuels. C'est-à-dire la négation même de ce qu'est l'Europe, qui est avant tout forte de son exceptionnelle diversité linguistique et culturelle. J'affirme donc qu'est authentiquement européen celui qui s'oppose à un projet fédéral qui angliciserait un peu plus encore le Vieux Continent. Et qu'est anti-européen, ou tout simplement crédule, celui qui croit que l'Europe survivra en devant un Etat fédéral anglophone. Ne négligeons pas l'aspect linguistique, qui est l'une des questions clés de l'avenir de l'Europe et de ses nations.
Bonjour Roman,
Voilà un sujet qui me tient à coeur, et nous avons déjà eu l'occasion d'en discuter. Je crois d'ailleurs me souvenir que vous m'aviez dit un jour que "ma vision de l'Europe était cohérente". On ne devrait donc pas avoir trop de difficulté à tomber d'accord sur l'essentiel.
Je considère moi aussi que la construction européenne actuelle n'est pas la bonne, et que la seule solution viable et efficace serait la voie fédérale, qui à la fois préserve la "personalité" culturelle des états membres, et qui unit leurs capacités à défendre leurs intérêts face au reste du monde.
Et c'est là où je suis en désaccord flagrant avec l'idée d'une Union Occidentale qui incluerait les USA. Leurs intérêts et les nôtres divergent sur bien des points, en économie comme en géostratégie. De plus, leur propension "naturelle", et en tous cas avérée à ce jour, à la colonisation culturelle nous garantirait à plus ou moins long terme la disparition de nos particularités. Ils n'ont déjà pas besoin d'une Union politique pour déjà être à l'oeuvre dans ce domaine...
Pour ce qui est de l'Union pour la Méditerrannée, elle me semble un bon moyen d'éviter, si faire se peut, de laisser entrer dans l'Union Européenne des pays qui n'ont rien à y faire et qui poseraient problème à coup sûr, comme la Turquie par exemple.
A bientôt.
@ Criticus
Nos messages se sont croisés...
Vous avez raison : quand je parle d'une Europe fédérale, je ne parle évidemment pas d'un état fédéral intégré et qui supposerait une uniformisation. En effet, c'est bien le modèle confédéral qui est ma vision de choses, multiculturel et multilingue. Et respectueux des identités des Etats-Nations.
Pour le reste, je ne vois rien à modifier dans mon précédent commentaire.
Bonjour René,
Notre désaccord tient sans doute à peu de choses. En fait, je ne vois dans la construction européenne telle qu'elle se fait depuis les années 1970 qu'une volonté d'effacement des nations derrière une Europe post-nationale, mais curieusement unie par la langue de la nation américaine. Une Union occidentale, ou atlantique, pourrait difficilement faire pire en termes d'uniformisation linguistique et culturelle. Et je persiste à dire que nous avons une identité commune avec les Etats-Unis, menacée par les chemins divergents que sont en train de prendre les deux pôles majeurs du monde occidental. Un divorce qu'il me semble urgent d'éviter. Cette vision est tout à fait compatible avec la construction d'une Confédération européenne d'Etats-Nations. Evidemment, pour que cette Union occidentale soit équilibrée, il faudrait que les Etats-Unis et l'Europe soient sur un pied d'égalité. Disant cela, je pense être plus européen que bien des technocrates bruxellois...
Criticus, je n'ai absolument aucune idée de ce que vous concevez par le terme "fédéralisme". Mais je vais donner mes propres définitions pour être clair sur ce dont on parle. La différence entre confédération et fédération se fait sur le niveau où se trouve le pouvoir et la légitimité. La confédération est l'union des gouvernements des différents pays, tirant chacun la légitimité de leurs peuples. Dans notre cas, vouloir une confédération européenne, c'est vouloir donner tout le pouvoir au Conseil Européen. C'est ce qui s'est passé auparavant, et c'est encore dans une certaine mesure le cas actuellement. Je ne suis pas sûr en outre que le système soit transparent, et donc cela me semble très limite démocratiquement parlant. Et en terme d'efficacité, c'est loin d'être optimal également.
La fédération donne le pouvoir à une instance au dessus des gouvernements, tirant sa légitimité des peuples d'Europe directement. Elle ne suppose en rien la négation des nations, seulement le partage de la souveraineté dans les domaines où l'échelon supranational se révèle être le plus pertinent. L'histoire de la langue unique est également un pur fantasme. La Commission Européenne joue actuellement ce rôle de pouvoir européen, mais sans en avoir la légitimité. C'est le problème actuel. D'où la nécessité du fédéralisme : avoir des vrais partis politiques européens, des vrais enjeux transparents, une démocratie légitimant les prises de décisions au niveau européen.
Sur Huntington, n'ayant pas son livre sous la main, je ne vais pas me lancer dans l'explication de texte et la contestation frontale. Je redoute néanmoins le contre-sens dans votre analyse.
@ Xerbias : sur Huntington pour commencer, le texte est en version électronique sur mon ordinateur à Strasbourg et je suis à Lyon pour l'instant. Il ne me sera pas facile de retrouver le passage, mais je suis absolument certain de ce que j'avance. Enfin.
Nous sommes bien d'accord sur ce que nous entendons par "fédération" et "confédération". Si la légitimité du pouvoir politique vient des citoyens européens pris ensemble et non par nation, il y a bien négation des nations, sur un strict plan politique. Sur le plan linguistique, vous pouvez dire que la peur de la langue unique (l'anglais) est un pur fantasme, mais dans les faits, c'est déjà ce qui se passe au niveau de la Commission européenne et se passerait si, comme vous le souhaitez, émergeaient de "vrais partis politiques européens". Il existe déjà des groupes parlementaires à Strasbourg comme vous le savez, et je puis témoigner du règne de l'anglais. Je ne vois donc pas en quoi, si ces partis européens émergeaient, le multilinguisme serait subitement remis à l'honneur alors qu'il est bafoué à Bruxelles et Strasbourg, dans deux villes, faut-il vous le rappeler, francophones.
@ Criticus
Je crois que c'est là où le bât blesse : quand vous dites "Evidemment, pour que cette Union occidentale soit équilibrée, il faudrait que les Etats-Unis et l'Europe soient sur un pied d'égalité."
Avant que l'égalité soit réelle entre les rives de l'Atlantique, et compte tenu des rapports de force actuels, c'est bien le plus fort des deux (les Etats Unis) qui aura mis l'autre (l'Europe) à son diapason. Et c'est ce que je tiens à éviter, tout autant que vous d'ailleurs. Et pas seulement du point de vue linguistique...
A bientôt.
@René : vous avez raison, c'est d'ailleurs pour cela que l'Eurocratie bruxelloise serait bien inspirée de ne pas copier tout ce qui a échoué aux Etats-Unis et sur lesquels les Américains reviennent, comme le communautarisme, l'affirmative action, etc. En fait, j'insiste et vous savez que je ne vous mets pas dans cette catégorie, ceux qui, comme disait de Gaulle, sautent comme des cabris en disant "L'Europe !" sont sans doute infiniment plus atlantistes que moi, dans les actes sinon dans le discours...
"Si la légitimité du pouvoir politique vient des citoyens européens pris ensemble et non par nation, il y a bien négation des nations, sur un strict plan politique. "
Mais absolument pas, et je ne vois rien qui permette de dire cela. Nulle négation de la nation, mais bien complémentarité. Qui irait dire, de nos jours en tout cas, que les conseils régionaux nient la nation française ? Pour élire le conseil régional de Bretagne, seuls les Bretons votent, et les enjeux ne concernent que l'échelon régional. Selon votre vision, ce système nierait la nation, car elle se verrait retirer de ses champs de compétences les affaires strictement bretonnes.
En considérant cela, je commence néanmoins à entrevoir la cohérence de votre pensée. Ce sont les arguments invoqués par les anti-européens tels que Pasqua ou Chevènement, qui eux aussi souhaitent une confédération sans pouvoir, craignent les Etats-Unis et pronent le jacobinisme. Après tout, c'est une opinion respectable, mais c'est juste que je ne m'attendais pas vraiment à y faire face en entamant cette conversation.
Et pendant que j'y suis, je reprends sur l'américanisation. Que je ne vois toujours pas. L'Europe, ensemble anglophone ? Les langues nationales restent solidement ancrées dans chaque pays européen, j'espère que l'on est au moins d'accord sur ça, à moins de constater que nous vivons dans des dimensions parrallèles.
Si l'anglais est bien l'une des langues de travail des institutions européennes, je ne confonds pas celles-ci avec l'ensemble de l'Europe. L'anglais est la langue maternelle des Britanniques, des Irlandais et des Maltais, ce n'est pas une preuve de l'influence qu'a les Etats-Unis sur ces peuples.
Quant à l'américanisation des autres civilisations, elle est tout autant introuvable. Huntington, dans un autre de ses livres, évoque une remise en cause des valeurs américaines aux Etats-Unis par l'hispanisation, entre autres. Plutôt paradoxal, non ?
Le Japon vit à la mode occidentale depuis l'occupation américaine, et pourtant, depuis 60 ans, le Japon n'a jamais cessé de penser de façon japonaise, parlant très mal anglais, ayant adapté la démocratie à ses propres moeurs et même conçu un capitalisme si différent de celui américain qu'il fut considéré comme supérieur (et menaçant pour les Etats-Unis) à une époque. En Chine, au Japon, comme dans le reste du monde, le vernis occidental (et pas forcément américain d'ailleurs) ne remet pas en cause les fondements culturels et les valeurs.
Et si l'on veut un machin confédéral, sans pouvoir, vaguement occidental (dans un sens très très large), et où personne ne risque d'être influencé par l'autre, cela existe déjà : ça s'appelle le G8.
criticus, la belgique est un état fédéral et on n'y a pas imposé de langue commune... Je ne crois pas non plus que les identités y aient été bafouées, loin de là...
Xerbias me semble avoir raison sur la définition des deux mots.
Nou sommes actuellement dans une europe confédérale (quoi qu'en réalité, il s'agisse d'un objet institutionnel non identifié...), et moi, ce que je voudrais, c'est un Etat clairement fédéral, avec des autonomies pour les nations. C'est le seul systèmle qui permette à l'Union d'être puissante etlégitime d'un côté, et respectueuse des nations del'autre.
A mon avis, criticus, tu confonds le cadre juridique dans lequel on mène un politique, et cette politique. A la limite, la question de la langue n'a rien à voir avec la façon dont travaillent les institutions entre elles. Au fond, si le français recule, c'est parce que les français ont déserté les institutions européennes...
@ Xerbias : vous avez vu juste en comparant ma pensée à celle de Jean-Pierre Chevènement. Comme je penche plutôt à droite, vous auriez pu dire Nicolas Dupont-Aignan... mais ni Pasqua ni Villiers. Je suis un authentique modéré, dans les idées au moins.
Je suis aussi un jacobin, et suis contre l'existence des conseils régionaux. Je l'ai déjà écrit ici d'ailleurs ( http://criticusleblog.blogspot.com/2008/01/supprimons-les-plutt-que-les.html ). Connaissant assez bien l'Alsace, je peux vous dire qu'avant 1982, les Alsaciens, malgré la petite rivalité "67-68" entre Bas et Haut-Rhinois, se sont toujours considérés comme Alsaciens avant tout, peut-être même plus que comme Français. Et ce même si, officiellement, l'Alsace n'existait pas et que la République ne reconnaissait que deux départements rhénans. A quoi a donc servi le conseil régional, sinon à satisfaire les instincts autonomistes de certains régionalistes plutôt identitaires ?
Connaissant très bien Lyon, je peux également vous dire que personne ne s'y considère comme "rhône-alpin". Et c'est pareil dans tout Rhône-Alpes. A part substituer une identité post-nationale illusoire à la réelle identité nationale, je ne vois donc pas à quoi cela a servi.
Ces deux cas extrêmes montrent bien l'inanité des conseils régionaux, qui ont compliqué le mille-feuille institutionnel, alourdi la fiscalité, déresponsabilisé les pouvoirs publics. Tout cela pour fragmenter un peu plus une nation que l'on sait déjà très fragile à la base.
Oui, les particularismes régionaux sont dangereux pour la nation française, qui ne repose au départ que sur une volonté politique.
Oui, à l'opposé, une pure Fédération européenne signerait la mort des nations d'Europe. Et ne me dites pas que l'anglais ne s'imposerait pas comme c'est le souhait avéré et avoué des dirigeants européens actuels.
Vous invoquez abondamment le fameux principe de subsidiarité, mais l'Europe se mêle aujourd'hui de domaines qui ne devraient pas relever de sa compétence. Qui nous dit qu'il n'y aura pas demain une éducation "européenne", avec le primat de la langue anglaise ?
Vous dites que les langues nationales sont solidement ancrées. C'est vrai pour les nations "latines", qui font de la résistance. Les Scandinaves, les Néerlandais, les Finlandais, n'ont pas cette même ténacité. En Europe du Nord, les études supérieures se font en anglais. Ne me dites pas que cela n'a pas d'incidence sur les langues et les cultures de ces pays. Je préfère, pour ce qui me concerne, être un francophone isolé qu'un anglophone entouré.
Je passe rapidement sur votre refus de voir l'américanisation de l'Europe en énonçant l'idée éculée à l'extrême de l'anglais comme seule langue des Britanniques, des Irlandais et des Maltais (pour ces derniers, c'est le maltais la langue maternelle, en passant).
S'il n'y avait pas américanisation de l'Europe, pourquoi diable utiliserions-nous comme langue commune l'anglais qui, en Europe, n'est parlé que par des peuples périphériques et minoritaires ?
Par contre, je ne vous laisserai pas dire que je suis "anti-européen". Au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, l'Europe est antérieure au Traité de Rome. Même la conduite d'une politique européenne, inaugurée avec le funeste (pour la France) Congrès de Vienne a existé avant. Et, que je sache, l'Europe n'était pas moins puissante, bien au contraire, à l'époque où elle était divisée en nations rivales. Ce que je nie simplement, c'est l'existence d'une civilisation européenne. Du moins depuis que l'Europe a colonisé d'autres continents. Depuis 1492, il n'y a plus de civilisation européenne rattachée à un espace géographique mais une civilisation occidentale à vocation mondiale. D'où la cohérence de mon idée d'Union occidentale, qui ne vient pas de nulle part, vous en conviendrez.
Quant à l'occidentalisation des autres civilisations, il est comique que vous ayez pris l'exemple du Japon, où des chirurgiens esthétiques proposent de "débrider" les yeux, pour qu'ils aient, comme dans les jeux vidéos et les mangas, la même rotondité que ceux des Occidentaux.
Les contre-exemples que vous convoquez (réticence à parler anglais, persistance du mode de pensée nippon, adaptation de la démocratie et du capitalisme) me semblent plutôt illustrer le "retour du refoulé" d'une identité partiellement reniée à partir de l'ère Meiji. De la même manière que le succès du chiisme en Iran peut s'expliquer par la résurgence d'une identité persane, ensevelie sous la conquête arabe.
Si votre rêve d'un Etat fédéral européen, anglophone (allez assister à une session du Parlement européen à Strasbourg, et vous verrez les problèmes que pose le multilinguisme, et l'usage dominant de l'anglais qui en ressort) se réalisait, il faudrait s'attendre à de pareils "retours du refoulé". D'ailleurs, cela a déjà commencé avec les "non" français, néerlandais et irlandais.
@ Le Chafouin : rectification : la Belgique était un Etat unitaire officiellement francophone jusqu'à la fédéralisation, qui reconnaissait enfin la majorité néerlandophone.
Depuis, on ne peut pas parler d'Etat fédéral, mais plutôt de confédération. Aujourd'hui, c'est clairement la Région flamande, plus peuplée, qui dirige ce qu'il reste d'Etat belge. L'exemple me paraît donc assez peu pertinent.
Tu es fédéraliste avec autonomie pour les nations, tu es donc confédéraliste. Le système actuel est, lui, mi confédéraliste, mi intergouvernemental. Moi aussi, mon cher, j'ai été fédéraliste, et traitais de "Gaulois" ceux qui ont voté "non", en 2005. Mon expérience canadienne a changé ma vision sur ces questions et m'a surtout fait prendre conscience de notre identité commune avec les Nord-Américains. Depuis, je suis occidentaliste, ou atlantiste, mais dans un sens, comme Xerbias l'a remarqué, radicalement différent de celui prôné par les néo-conservateurs français, qui, d'ailleurs, sont tous européistes.
Je te poserai juste la même question qu'à Xerbias : en quoi l'Europe unie du XXIe siècle sera-t-elle plus puissante que celle du XIXe, désunie mais triomphante ?
Ensuite, sur le recul du français, tu sais que, comme Quatremer et toi, je suis indigné par le désintérêt des dirigeants français pour la Francophonie. Cela ne veut pas dire pour autant que le triomphe du tout-anglais soit réversible. L'anglais s'est imposé en Europe, sous l'effet, ce que Xerbias ne veut pas voir, de l'hégémonie culturelle américaine.
Votre rêve, que j'ai partagé par le passé,d'une Europe unie va donc se réaliser, sous l'égide d'une culture que vous jugez étrangère, ce que je ne fais pas. Je déplore simplement l'appauvrissement culturel qui va en ressortir.
"Je te poserai juste la même question qu'à Xerbias : en quoi l'Europe unie du XXIe siècle sera-t-elle plus puissante que celle du XIXe, désunie mais triomphante ?"
d'abord, ne fais pas de moi un eurobéat, tu sais bien que ce n'ets pas le cas. Ensuite, ta question n'a pas de sens puisque de toutes façons, l'europe a cessé d'être un point central du monde depuis les deux guerres mondiales.
Et encore plus depuis que l'économie a été érigée en reine des sciences et comme dieu pour les peuples.
L'union européenne est plut^to un moyen d'éviter d'être encore plus bas...
Nous sommes d'accord. Sauf qu'on ne construira pas une puissance, si relative soit-elle, en détruisant la richesse de l'Europe : la diversité nationale. En fait, je suis devenu anti-européiste car à part quelques personnalités comme Lamassoure, je ne vois guère d'Européens cohérents parmi nos "élites"...
Chaleureuse invitation à passer voir - et plus si affinités - mon petit forum (http://renaissance.forumactif.com/index.forum) que je tâche de relancer après l'avoir négligé notamment au profit de mon blog (www.europepuissance.blogspot.com).Cordialement. :D
Alceste... est-ce une référence cachée au petit Nicolas ? ;-)
Puisque le terme anti-européen ne vous convient pas, je vais donc tenter d'utiliser l'euphémisme eurosceptique pour vous qualifier, j'espère qu'il vous siéra.
Vous êtes donc eurosceptique, je suis partisan de la construction européenne, je pense qu'il s'agit là de deux façons de pensée respectables, ayant chacune leur cohérence. Je ne vais pas essayer de vous convaincre de changer fondamentalement de point de vue, de la même manière qu'il est peu probable que je change d'avis suite à cette discussion, c'est comme essayer de faire passer quelqu'un de gauche à droite, ou l'inverse. En fait, je suis surtout surpris de voir relevant de cette pensée politique ayant voté oui en 2005. J'imagine que ça fait équilibre avec les fédéralistes qui ont voté non par déception.
De la même manière, je vous remercie de m'avoir répondu avec des arguments, mais je crains fortement que dans cette conversation sur les influences culturelles soit vaine, car en fin de compte en filigrane il restera que je mettrai en cause votre peur irrationnelle et paranoïaque de l'Amérique alors que vous me reprocherez mon aveuglement béat et ma naïveté. Je pense que nous voulons tous les deux nous éviter ça.
Mais avant de publier ce commentaire, je vais répondre à la question posée : "en quoi l'Europe unie du XXIe siècle sera-t-elle plus puissante que celle du XIXe, désunie mais triomphante ?"
Eh bien outre que les pays Européens ne peuvent aujourd'hui plus croire être les seuls au monde comme au XIXème siècle, je tiens quand même à rappeler que cette Europe désunie et triomphante du XIXème siècle a été si désunie et si triomphante que cela a abouti directement à ce que les pays la composant triomphent les uns sur les autres au siècle suivant par la grâce de la désunion, quitte à s'étriper par millions. Au sortir de tout ça, plus personne n'y était triomphant... L'Europe unie du XXIème siècle ne triomphera peut être pas davantage que celle désunie du XIXème siècle, mais certainement mieux.
"Eurosceptique" ne me sied pas non plus, car il est trop privatif : il me manquerait selon vous votre européisme, alors que je vis bien sans et que je propose quelque chose, au contraire des Pasqua auxquels vous m'avez assimilé un peu hâtivement. En outre, je refuse qu'on associe de façon exclusive la construction européenne telle qu'elle se fait et l'Europe qui, je le répète, n'a pas eu besoin du Traité de Rome pour exister, pas plus que l'Alsace n'a eu besoin de la loi Deferre pour préserver son identité. Je ne suis pas moins européen que vous, croyez-le bien.
Vous dites que ma peur de l'Amérique est paranoïaque et irrationnelle. C'est une expérience dont je parle souvent ici, j'ai vécu, étudié et travaillé en Ontario et au Québec, et je vois l'effet que le rouleau compresseur et niveleur de la culture populaire anglo-saxonne provoque sur la culture canadienne-française, notamment sur le plan linguistique. C'était effectivement apeurant, mais nullement paranoïaque et irrationnel. J'y suis allé au lendemain du référendum raté, et mes opinions ont profondément changé, notamment par rapport à la France, à l'Europe, à l'Amérique. Sur cette dernière, étant atlantiste ou occidentaliste, je veux bien me faire comprendre : je suis le contraire d'un anti-américain. Je n'en veux pas aux Etats-Unis de voir mes compatriotes fouler leur langue au pied pour lui substituer un sabire anglicisé qui doit prendre de pitié les Anglo-Saxons de passage en France. Je suis un militant convaincu de la Francophonie, ce qui ne veut pas dire que je sois fermé à la culture anglo-saxonne. La preuve, j'ai étudié en anglais.
Si l'Europe s'américanise, notamment en matière linguistique, ce n'est pas de la "faute" des Américains mais de la responsabilité des Européens, qui refusent, au nom d'une idéologie post-nationale qui fait curieusement le jeu des intérêts américains en Europe, de perpétuer leur culture et parfois leur langue. Je tiens, sans doute en vain, à vous alerter sur le risque que la construction européenne, si elle continue à se faire contre les nations, fait peser sur la pérennité des cultures nationales d'Europe. Cela n'enlève rien à l'intérêt de ce débat, bien sûr.
Cela faisait longtemps que j'attendais un tel débat, car je savais que bien qu'ayant voté oui en 2005, tu étais passé depuis de l'autre côté de la barrière, si l'on peut dire. N'ayant pas eu l'occasion d'en discuter plus tôt, j'étais curieux de connaitre tes arguments d'autant que nous partageons sensiblement les mêmes idées comme tu le sais! Et pourtant...Je suis en ce qui me concerne un européen convaincu, et cela passe pour moi par la même vision que celle de Xerbias : une Europe fédérale, faite d'Etats-régions si l'on peut dire.
Une telle Europe, pour moi, consiterait à "monter d'un cran" institutionnel; les régions deviendraient pour ainsi dire des départements européens, les Etats des régions européennes, et il y aurait un Super-état européen chapeautant le tout.
Les régions européennes, autrement dit les Etats comme la France, conserveraients certaines prérogatives, en fonction des nécessités de la construction européenne : outre la gestion locale comme pour les régions françaises actuelles, cela pourrait inclure certains points de politique sociale ou autre.
Bref, dans mon imaginaire, il s'agirait en gros des Etats-Unis d'Europe.
Les particularismes ne disparaitraient pas, pas plus que l'identité culturelle propre à chaque nation. Les régions françaises, bien qu'étant françaises ont gardé un certain folklore, une culture qui leur est propre.
Et encore cela n'est-il pas trop marqué, ce dont je me réjouis pour la cohésion de la France, du fait du jacobinisme et du travail d'unification en une seule et même nation effectué par nos ancêtres.
Concernant l'idée d'une alliance occidentale : je suis tout à fait d'accord avec toi que nous partageons un grand nombre de valeurs et de points communs avec des pays dispersés un peu partout dans le monde, à commencer par les Etats-Unis, pour qui j'ai non seulement du respect et de la sympathie, mais aussi pour certains points de l'admiration.
Mais ne nous y trompons pas; si d'un point de vue civilisationnel je t'accorde que nous partageons les mêmes intérêts, sur le plan politique ce n'est pas du tout le cas. Les Etats-Unis le savent parfaitement bien, eux qui sont opposés, en tout cas en ce qui concerne la droite néo-conservatrice, à l'émergence d'une entité politique européenne intégrée. Opposition qui à mon sens montre bien que si il y a une éventuelle américanisation des Etats européens, ce n'est en tout cas pas par le biais de l'Union Européenne, bien au contraire.
Qu'il y ait une certaine américanisation des pays européens, je te l'accorde, mais les pays européens qui y succombent le plus sont d'ailleurs les plus eurosceptiques, ou en tout cas opposées à une Europe politique : Royaume-Uni, Irlande, Danemark, Rep. Tcheque,... Et je ne pense pas que cela provienne de la construction européenne.
Ces pays pesant de tout leur poids pour que l'Europe ne se mêle pas d'autre chose que d'économie pure et dure, la potentielle américanisation ne se fait donc pas au niveau de la culture, mais sur des points somme toute peut-être plutôt positif (libre concurrence,...).
La seule menace des quelques chevaux de Troie au sein de l'UE en est manifestement une pour moi mais pas pour toi : c'est qu'ils empêchent la construction européenne d'aller plus avant. Ce qui me fait me demander si la fameuse solution d'une Europe à deux vitesses ne serait peut-être pas préférable, laissant de côté les pays qui ne veulent pas d'une Europe fédérale...
Au fait, je ne comprends pas trop en quoi ton idée d'une union occidentale diffère, disons, de l'OTAN ? A moins qu'il s'agisse d'une OTAN à visée plus politique, mais alors c'est tout bonnement non seulement irréaliste mais en plus non souhaitabe.
Maintenant, un autre problème que tu soulèves, et qui diffère quelque peu de "l'américanisation" à proprement parler : l'usage de la langue anglaise comme lingua franca de l'Europe. C'est un problème réel, je te l'accorde, d'autant qu'elle peut effectivement jouer les chevaux de Troie au niveau culturel.
Mais plusieurs constatations :
- l'usage de l'anglais n'est pas propre à l'union européenne; il est encore plus présent dans le monde des affaires et dans le monde scientifique, symbole d'une domination des Etats-Unis dans ces secteurs. Pour y remédier, la solution n'est pas (que) culturelle, c'est avant tout de reprendre la main-mise sur ces domaines, ce qui était encore le cas au XVIIIème siècle et un peu moins au XIXème. Et cela passe par l'Union Européenne, surtout en considérant que le nombre d'acteurs a augmenté depuis (Inde, Chine, Brésil...)
- il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain; ce n'est pas parce que l'on parle anglais entre
fonctionnaires bruxellois qu'il faut renoncer à l'Europe politique. Déjà parce que les populations elles
continuent de parler leur langue, et ensuite parce qu'il nous appartient d'imposer le respect de nos langues dans le processus. Mais il est clair qu'il ne faut pas se leurrer, un certain nombre de langues vont "disparaitre"; je ne pense pas que cela soit le cas du français.
En tout cas il faut être aussi efficace que les anglo-saxons dans la promotion de notre langue; la défense et la promotion de la francophonie doivent être beaucoup plus vigoureuses et se saisir de la construction européenne comme une opportunité historique, notemment vis-à-vis des pays d'Europe de l'Est dont il faut freiner et inverser la "défrancisation".
- il faut également être pragmatique : tout échange international implique de communiquer; on peut le déplorer, mais l'anglais est à ce jour l'outil le plus efficace pour ce faire. Europe ou pas Europe, la mondialisation nous impose d'utiliser l'anglais. L'absence d'une Union politique ne nous en protégera pas, bien au contraire.
Quoiqu'il en soit, construire l'Europe ne signifie pas tourner le dos à nos alliés ou dédaigner des alliances; je me félicite d'ailleurs que la France réintègre le commandement de l'OTAN.
Quant à l'Union méditerrannéene, elle doit pouvoir permettre de remplir le rôle que les Etats-Unis et le Royaume-Uni veulent voir l'UE jouer : construire un espace de paix et de stabilité dans des régions fragiles, en accueillant des partenaires précieux comme le Maroc, la Turquie,etc. Partenaires qui, soit dit en passant, signeraient la mort de l'UE politique si jamais ils venaient à être acceptés comme membres.
@ Elyas : http://criticusleblog.blogspot.com/2008/06/union-europenne-ou-union-occidentale-le.html
Je suis bien d'accord avec vous. Ma position sur la construction européenne est celle défendue par le Génèral De Gaulle et Michel Debré : "la supranationalité, c'est le protectorat américain".
Plus généralement, toute la construction européenne actuelle est mal orientée depuis Giscard et a été formalisée par l'Acte Unique, Maastricht et Shenghen. Ces 3 dispositfs en eux-même sont valables mais ils s'inscrivent dans une construction sans sens rélle.
Le problème fondamental de la construction européenne est que nous vonlons faire une intégration avec des pays qui ne veulent que l'élargissement et qui se satisfont du protectorat américain à commencer par les allemands. A ce sujet, je vous conseille le livre de Robert kagan "La puissance et la faiblesse" qui explique très pourquoi les européens se satisfont du protectorat américain, enfin les gouvernants européens...
J'ai déjà lu à propos de ce livre mais ne l'ai pas lu. Pour l'instant, j'ai déjà le Gouguenheim à lire...
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