Cela faisait longtemps que j'attendais un tel débat, car je savais que bien qu'ayant voté oui en 2005, tu étais passé depuis de l'autre côté de la barrière, si l'on peut dire. N'ayant pas eu l'occasion d'en discuter plus tôt, j'étais curieux de connaitre tes arguments d'autant que nous partageons sensiblement les mêmes idées comme tu le sais ! Et pourtant... Je suis en ce qui me concerne un Européen convaincu, et cela passe pour moi par la même vision que celle de Xerbias : une Europe fédérale, faite d'Etats-régions si l'on peut dire.
Une telle Europe, pour moi, consisterait à "monter d'un cran" institutionnel; les régions deviendraient pour ainsi dire des départements européens, les Etats des régions européennes, et il y aurait un Super-Etat européen chapeautant le tout.
Les régions européennes, autrement dit les Etats comme la France, conserveraient certaines prérogatives, en fonction des nécessités de la construction européenne : outre la gestion locale comme pour les régions françaises actuelles, cela pourrait inclure certains points de politique sociale ou autre.
Bref, dans mon imaginaire, il s'agirait en gros des Etats-Unis d'Europe.
Les particularismes ne disparaitraient pas, pas plus que l'identité culturelle propre à chaque nation. Les régions françaises, bien qu'étant françaises, ont gardé un certain folklore, une culture qui leur est propre.
Et encore cela n'est-il pas trop marqué, ce dont je me réjouis pour la cohésion de la France, du fait du jacobinisme et du travail d'unification en une seule et même nation effectué par nos ancêtres.
Concernant l'idée d'une alliance occidentale : je suis tout à fait d'accord avec toi que nous partageons un grand nombre de valeurs et de points communs avec des pays dispersés un peu partout dans le monde, à commencer par les Etats-Unis, pour qui j'ai non seulement du respect et de la sympathie, mais aussi pour certains points de l'admiration.
Mais ne nous y trompons pas; si d'un point de vue civilisationnel je t'accorde que nous partageons les mêmes intérêts, sur le plan politique ce n'est pas du tout le cas. Les Etats-Unis le savent parfaitement bien, eux qui sont opposés, en tout cas en ce qui concerne la droite néo-conservatrice, à l'émergence d'une entité politique européenne intégrée. Opposition qui à mon sens montre bien que si il y a une éventuelle américanisation des Etats européens, ce n'est en tout cas pas par le biais de l'Union Européenne, bien au contraire.
Qu'il y ait une certaine américanisation des pays européens, je te l'accorde, mais les pays européens qui y succombent le plus sont d'ailleurs les plus eurosceptiques, ou en tout cas opposés à une Europe politique : Royaume-Uni, Irlande, Danemark, Rep. Tcheque,... Et je ne pense pas que cela provienne de la construction européenne.
Ces pays pesant de tout leur poids pour que l'Europe ne se mêle pas d'autre chose que d'économie pure et dure, la potentielle américanisation ne se fait donc pas au niveau de la culture, mais sur des points somme toute peut-être plutôt positifs (libre concurrence,...).
La seule menace des quelques chevaux de Troie au sein de l'UE en est manifestement une pour moi mais pas pour toi : c'est qu'ils empêchent la construction européenne d'aller plus avant. Ce qui me fait me demander si la fameuse solution d'une Europe à deux vitesses ne serait peut-être pas préférable, laissant de côté les pays qui ne veulent pas d'une Europe fédérale...
Au fait, je ne comprends pas trop en quoi ton idée d'une union occidentale diffère, disons, de l'OTAN ? A moins qu'il s'agisse d'une OTAN à visée plus politique, mais alors c'est tout bonnement non seulement irréaliste mais en plus non souhaitable.
Maintenant, un autre problème que tu soulèves, et qui diffère quelque peu de "l'américanisation" à proprement parler : l'usage de la langue anglaise comme lingua franca de l'Europe. C'est un problème réel, je te l'accorde, d'autant qu'elle peut effectivement jouer les chevaux de Troie au niveau culturel.
Mais plusieurs constatations :
- l'usage de l'anglais n'est pas propre à l'Union européenne; il est encore plus présent dans le monde des affaires et dans le monde scientifique, symbole d'une domination des Etats-Unis dans ces secteurs. Pour y remédier, la solution n'est pas (que) culturelle, c'est avant tout de reprendre la mainmise sur ces domaines, ce qui était encore le cas au XVIIIème siècle et un peu moins au XIXème. Et cela passe par l'Union Européenne, surtout en considérant que le nombre d'acteurs a augmenté depuis (Inde, Chine, Brésil...)
- il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain; ce n'est pas parce que l'on parle anglais entre fonctionnaires bruxellois qu'il faut renoncer à l'Europe politique. Déjà parce que les populations, elles, continuent de parler leur langue, et ensuite parce qu'il nous appartient d'imposer le respect de nos langues dans le processus. Mais il est clair qu'il ne faut pas se leurrer, un certain nombre de langues vont "disparaitre"; je ne pense pas que cela soit le cas du français.
En tout cas il faut être aussi efficace que les Anglo-Saxons dans la promotion de notre langue; la défense et la promotion de la francophonie doivent être beaucoup plus vigoureuses et se saisir de la construction européenne comme une opportunité historique, notamment vis-à-vis des pays d'Europe de l'Est dont il faut freiner et inverser la "défrancisation".
- il faut également être pragmatique : tout échange international implique de communiquer; on peut le déplorer, mais l'anglais est à ce jour l'outil le plus efficace pour ce faire. Europe ou pas Europe, la mondialisation nous impose d'utiliser l'anglais. L'absence d'une Union politique ne nous en protégera pas, bien au contraire.
Quoiqu'il en soit, construire l'Europe ne signifie pas tourner le dos à nos alliés ou dédaigner des alliances; je me félicite d'ailleurs que la France réintègre le commandement de l'OTAN.
Quant à l'Union méditerranéenne, elle doit pouvoir permettre de remplir le rôle que les Etats-Unis et le Royaume-Uni veulent voir l'UE jouer : construire un espace de paix et de stabilité dans des régions fragiles, en accueillant des partenaires précieux comme le Maroc, la Turquie,etc. Partenaires qui, soit dit en passant, signeraient la mort de l'UE politique si jamais ils venaient à être acceptés comme membres.
Voici ma réponse :
Mon cher Elyas, même si tu n'as comme je le sais aucun lien de parenté avec Norbert, je te remercie pour ton brillant commentaire qui, sur certains points, m'accule "dans les cordes", pour utiliser une formule propre au monde de la boxe.
Comme tu as présenté de manière énumérative tes arguments, il me sera aisé de leur répliquer, en m'efforçant d'être tout à fait cohérent, clair et précis. Je ne répondrai que sur les points de désaccord, moins nombreux que les concordances.
Tu as raison de dire, concernant l'"américanisation" de l'Europe dont je te remercie de reconnaître la réalité, que les pays les plus américanisés sont justement les plus eurosceptiques. Que leur euroscepticisme fait justement les affaires des néo-conservateurs américains, qui rêvent d'un Vieux Continent divisé et donc soumis à l'hégémonie des Etats-Unis. Si je prône une Union occidentale, c'est que j'estime que l'Union européenne et l'unilatéralisme américain sont en train de provoquer un divorce irréversible entre les deux pôles de l'Occident. Et qu'il est urgent de garder les deux rives de l'Atlantique liées, au vu de leur héritage commun qui est bien plus profond que les différences nationales entre les pays occidentaux, indépendamment, du reste, de leur appartenance à l'Europe ou à l'Amérique du Nord. Là où il y a donc cohérence dans mon propos, c'est que j'estime que, pour garder l'unité du monde occidental qui me semble être la priorité majeure, il importe qu'une structure paritaire associant les Etats-Unis d'Amérique et la Confédération des Nations européennes que j'appelle de mes voeux voie le jour, en prenant en compte les domaines clés de la politique occidentale qu'il faut bâtir : c'est déjà le cas pour la défense avec l'OTAN, mais il y aurait aussi l'immigration, l'énergie, la justice... pourquoi ne pas pareillement imaginer une co-diplomatie occidentale ?
Le pôle européen de cette Union occidentale serait donc confédéral, et non fédéral. Puisque, comme Xerbias, tu invoques, mais sans le nommer, le principe de subsidiarité, je considère que celui-ci nous impose, pour des domaines importants quoique non régaliens comme l'éducation et la recherche, de laisser les nations gérer elles-mêmes ces questions, ce qui ne serait guère possible dans une structure fédérale européenne. Celle-ci risquerait d'imposer l'anglais comme langue d'éducation et de recherche prioritaire en Europe, et c'en serait fini, je le crains, de la diversité linguistique et culturelle, la première richesse du Vieux Continent.
Notre différence de perception à cet égard tient peut-être, je le répète, à mes deux séjours québéco-ontariens qui m'ont fait prendre conscience de la nécessité qu'il y a, sinon à cloisonner, du moins à préserver l'intégrité de chaque culture, sans quoi la plus forte finit toujours par se substituer graduellement à la plus faible.
D'où la préservation des nations dans l'édifice que j'imagine. Les nations, mais non les régions, car si la diversité linguistique et culturelle est la richesse de l'Europe, une trop grande diversité favoriserait paradoxalement l'usage d'une langue vernaculaire, comme c'est le cas en Belgique ou en Suisse où l'anglais est de plus en plus utilisé entre communautés linguistiques. Fernand Braudel, dans L'Identité de la France, a bien prouvé que l'imposition du français, de l'édit de Villers-Cotterêts en 1539 jusqu'à la Troisième République, avait été facilitée par l'extrême diversité des patois et dialectes locaux et régionaux. Leur relative disparition n'ayant pas, comme tu le notes bien, empêché la persistance des identités régionales comme j'ai pu le constater en Alsace, il faut faire un choix entre la défense des langues nationales, dont tu rappelles que certaines, même magnifiques comme l'italien, sont menacées, et les langues régionales, qui n'ont pas apporté grand-chose au patrimoine culturel européen. Pour moi, le choix est déjà tout fait.
Enfin, sur l'usage de l'anglais en général, je ne le rejette pas, au contraire, pour autant qu'il ne vienne pas s'immiscer au sein même des nations européennes. Cela dépendra surtout de la volonté des Européens de défendre leurs langues nationales respectives. A cet égard, il est confondant de voir que les seuls peuples vraiment impliqués dans la promotion de la Francophonie soient les Québécois et les Africains.
Au fond, le problème, bien illustré par l'ingratitude irlandaise, vient peut-être de l'incapacité des Occidentaux, enkystés dans l'égotisme et le consumérisme, à voir plus loin que leur petite personne. A cet égard, que l'on parle de Nation, de Francophonie, d'Europe ou d'Occident, il faudra de toute façon qu'évoluent les mentalités pour que de nouveaux projets communs soient possibles entre des peuples partageant des valeurs communes. Un défi a priori impossible, mais dont on aimerait au moins qu'on puisse en discuter ailleurs que sur les seuls blogs...
Roman Bernard



10 Commentaires:
ça faisait longtemps que je n'étais pas venu sur ce blog dont je ne partage pas forcément toutes les idées mais qui est fort intéressant.
Ce billet étant riche, je vais rebondir sur deux points
-je ne suis pas d'accord avec l'équation euroscepticisme dans un pays égal généralement pro-américanisme, meme si les cas de la pologne ou de l'angleterre peuvent le faire croire.La france par exemple cumule un peu des deux ces temps-ci par exemple
-je pense que les langues régionales ont parfois eu un apport à l'exemple du catalan ou de l'occitan.Il est vrai que ce n'est pas le cas pour toutes.en l'espéce par contre un vernaculaire me semblerait une bonne chose pour l'UE (enfin ça existe ça s'appelle l'anglais).
-L'union occidentale est à mon avis un concept dangereux.Il y a beaucoup de points entre un démocrate marocain ou israelien et un démocrate européen et américain (on prend le mot démocrate dans le sens large, pas dans le sens partisan du terme bien sur).L'union occidentale c'est les diviser artificiellement...
www.romainblachier.fr
pardon en fait ça fait 3 points
Je dois être bête, roman, mais je n'ai toujours pas compris pourquoi tu liais le problème de la langue à celui de l'union européenne et à celui d'une éventuelle union occidentale.
Si le monde anglo-saxon domine actuellement le monde, il le dominera encore plus s'il existait une union occidentale, dans laquelle des pays comme le canada, le RU, les USA, l'Australie, pèseraient bien plus que l'Allemagne, l'espagne, l'italie ou la France, qui seraient divisées linguistiquement. Je rappelle d'ailleurs à ce propos que la défense de langue come l'allemand ou l'italien doit aussi faire partie de nos préoccupations.
Bref, si l'on s'inscrit dans ton raisonnement, une UE forte a bien plus de chances que ton UO d'assurer une réelle diversité du monde.
Tu oses écrire "pourquoi ne pas pareillement imaginer une co-diplomatie occidentale ?" et à cet égard je te dis que tu cours à la folie. Tu vois ce qu'elle donne, la diplomatie US dans le monde? Désolé, je ne tiens pas à ce que nous soyions mêlés à ça.
Etre ami avec les Etats-Unis, oui, allié, pourquoi pas selon les circonstances, mais élaborer une union politique... Vraiment, ça va clairement cotnre nos intérêts. La diplomatie française est en berne, mais ses intérêts stratégiques vis à vis de l'afrique, de la russie, du moyen orient, ne sonbt pas du totu les mêmes que ceux des USA.
Essayons déjà de parler d'une seule voix en Europe, ce qui est déjà difficile. Et après, on verra!
Je suis en accord avec l'essentiel du discours delyas, même si je vois une europe fédérale laissant plus d'autonomies au nations justement sur la base du principe de subsidiarité.
P.S il n'y a pas moyen de faire en sorte que blogger nosu reconnaisse plutôt que de taper à chaque fois notre nom?
@ Romain: Sur tes 3 points :
1) Tu as raison, je pense que la France hésite entre deux options sous Sarkozy, d'où l'incohérence apparente - et peut-être avérée, je ne suis pas diplomate pour juger - de sa politique étrangère.
2) Oui, il existe déjà une langue vernaculaire pour l'UE avec l'anglais, et je ne suis pas irréaliste au point de vouloir lui substituer le français, l'allemand, le latin, l'esperanto ou le volapük. Plus sérieusement, si l'on veut que l'anglais ne soit pas davantage que la langue des échanges entre nations européennes, il faut d'abord défendre celles-ci. Et, comme le dit bien Le Chafouin, l'italien, l'allemand, le français, qui, à l'image de quelques grandes langues régionales au niveau de la France, ont une importance au niveau de l'Europe... au contraire de certaines autres langues appelées, peu ou prou, à disparaître dans un avenir proche. Avoir l'anglais comme langue d'échanges ne signifie donc pas d'oublier les autres... surtout que, pour nous Français, l'apprentissage des langues de nos voisins italien et espagnol est plus aisé que celui de l'anglais.
3) Bien sûr qu'il y a des démocrates dans toutes les civilisations, et que nous avons des valeurs communes à défendre. Cependant, contrairement peut-être à toi, je pense que la démocratie libérale est une création purement occidentale. La défendre passe donc nécessairement, à mon sens, par une défense de l'héritage culturel de l'Occident. Et sa greffe dans d'autres civilisations pose nécessairement problème puisqu'elle implique une occidentalisation partielle des moeurs politiques. Ce qui ne veut pas dire, comme le pensent à tort certains relativistes, qu'il ne faille pas la promouvoir de par le monde. Là-dessus, je suis d'accord.
@ Le Chafouion : si tu me lis bien, je ne rejette pas la construction européenne, je la veux juste confédérale pour préserver les identités nationales, constitutives de l'identité européenne. Quant à l'Union occidentale, elle permettrait de peser, paradoxalement, sur la politique américaine. En fait, ceux qui risquent le moins d'accepter l'Union occidentale, curieusement, sont les néo-conservateurs américains. Je te rappelle que l'Europe est de richesse équivalente mais de population bien supérieure aux Etats-Unis. Pourquoi, dans une structure purement paritaire, le Vieux Continent pèserait-il moins que le Nouveau ? La co-diplomatie que j'espère serait non seulement le moyen de défendre les intérêts communs à tous les pays occidentaux, elle serait aussi de mise à infléchir la diplomatie américaine dans un sens plus favorable aux intérêts occidentaux, donc européens. Pour qu'une telle idée, pour l'heure - mais pour l'heure seulement, à mon avis - marginale aux Etats-Unis et en Europe, s'impose, il faut que les deux rives de l'Atlantique Nord prennent conscience de leur identité commune, et donc de la communauté de leurs intérêts. Et, je le répète, cette prise de conscience risque d'être, étonnamment, plus facile en Europe qu'aux Etats-Unis... puissent les événements qui, j'en suis certain, nous l'imposeront à l'avenir, ne pas être trop violents et brutaux.
PS : par rapport à Blogger, Chafouin (et non "Chafouion" ;-) ), je crois que si tu n'as pas de compte Google authentifié, il te demandera ton nom à chaque fois. Pourquoi ne pas te créer une adresse Gmail liée à Pensées d'outre-politique et à ton pseudo ?
@criticus
Oui, en fait c'était un peu ce que je pensais : nous ne nous plaçons pas tout à fait dans la même échelle de temps. Ou en tout cas c'est ma volonté de rester pragmatique qui me fait penser cela.
En effet, l'idée d'une Union Occidentale, bien que souhaitable, n'est à mon avis envisageable que pour un horizon lointain. Elle nécessitera pour cela d'être passé par une première phase "d'homogénéisation" à l'échelle européenne. Je sais que le mot a du te faire bondir, mais j'entends par là une mise au diapason des différents états européens afin de réduire nos divergences et ainsi parler d'une seule voix, conscients de la communauté d'intérêt qui nous lie. Alors seulement pourrons-nous justement nous adresser en réels égaux des Etats-Unis.
Tant que certains pays européens cèderont unilatéralement aux exigences américaines pendant que d'autres essaient de négocier, qui pour lui-même, qui pour le groupe, il ne sera pas possible de peser dans la balance d'une telle union.
Et puis pour comprendre notre communauté de valeur et de civilisation, il aura le faire à plus petite échelle, avec des états encore plus semblables (car les européens ont quand même une mentalité bien à eux).
Donc pour moi une Europe fédérale est une condition sine qua non d'une Union occidentale que je trouve souhaitable également.
Mais cette dernière me semble lointaine; elle me fait d'ailleurs penser à l'organisation mondiale que Orwell décris dans 1984, avec des ETats-continents, sous formes de blocs. Espérons bien sûr que la comparaison s'arrêterait là ;)
@romain blachier
Je ne suis pas vraiment d'accord avec ton premier point. Les pays qui sont eurosceptiques sont généralement fort pro-américains. Je ne sais pas si l'inverse est vrai (les pro-américains sont euro-sceptiques), mais ce n'est pas impossible . Après tout dépend de ce qu'on appelle pro-américain; je le suis, mais jusqu'à un certain point, qui ne m'empêche pas d'étre résolument pro-européen.
La seule vraie alternative à une relation forte avec les autres nations européennes, c'est un atlantisme marqué; ou sinon c'est l'insignifiance politique, pour ne pas dire économique. Tous les Etats européens ont compris que seuls ils ne comptaient plus. Simplement la solution apparait différente aux yeux des uns et des autres : les eurosceptiques ne croient pas que l'Union Européenne soit une solution viable et préfèrent donc miser directement sur des partenariats bilatéraux avec les Etats-Unis (République Tchèque, ou à titre personnel Berlusconi probablement), ou alors cela ne correspond tout simplement pas à leur mentalité plus libérale (Irlande manifestement), voire les deux (Grande-Bretagne).
Quand à un certain nombre de pays comme la France, ou encore les Pays-Bas, je pense que la réalité est encore plus cruelle. Ils ne sont pas eurosceptiques, en tout cas pas au sens où l'entendent des pays comme le Danemark ou la Grande-Bretagne, et ne se ressentent pas comme tels! Là est le paradoxe : les arguments des "nonistes" comme ils se nomment eux-même, sont qu'ils se battent contre la construction européenne actuelle car trop libérale et pas assez sociale...Autrement dit ils veulent plus d'Europe, ou pas d'Europe du tout.
Ce qui me rend dingue c'est que pour moi ils se (nous) tirent une balle dans le pied ce faisant... C'est comme si quelqu'un avec la jambe cassée demandait à ce qu'on le laisse marcher tout de suite ou qu'on lui ampute la jambe, plutôt que d'avoir à subir un plâtre...Une jambe dans le plâtre c'est mieux que pas de jambe, et c'est surtout dans la perspective d'un "mieux", même si éloigné et/ou à délai incertain...Mais ce n'est que mon avis...
@ Elyas : sur Orwell et 1984, tu as la même crainte que le Chafouin quand je parle d'Union occidentale. Que nenni ! C'est justement l'Union européenne telle qu'elle se construit, "sans histoire ni géographie, sans passé, sans avenir, sans dessein ni destin" comme le disait Jacques Julliard, un homme de gauche, qui est un projet d'essence totalitaire. L'Union occidentale ne serait pas basée sur des critères strictement géographiques mais civilisationnels. Elle seule serait à même d'éviter ce projet totalitaire de la création effrayante d'un "homme nouveau"...
Non, en fait je n'ai pas du tout cette crainte, c'est juste que c'est cette image qui m'est venue en tête. Mais l'analogie s'arrêtait là. ;)
D'autant que de nombreux autres auteurs d'anticipation ont décrit un monde sous forme de blocs (surtout quand les romans ont été écrits pendant la Guerre Froide, où il semblait que c'était vers ce modèle qu'on se dirigeait à brève échéance).
Il faut sortir de la Guerre froide, Elyas... ;-)
Enregistrer un commentaire