Le président "joue avec le feu", selon Maryse Dumas (CGT). Il "attise les conflits", pour Jacques Voisin, président de la CFTC. Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force Ouvrière (FO), estime même que c'est "le mot de trop". Du côté du Parti socialiste, Julien Dray conseille à Nicolas Sarkozy de "prendre garde". Et d'ajouter : "Comme on dit dans les cours de récréation : 'Rira bien qui rira le dernier'". De sa rue de Solférino dont chacun sait qu'elle ne s'apparente jamais à une cour de récréation, Julien Dray aurait pu ajouter : "Il ne faut pas vendre les écailles du dinosaure syndicaliste avant qu'il ne se soit éteint de lui-même." Mais au parti de la (p)rose, on n'aime les calembours que lorsqu'ils sont destinés à la droite et à son chef abhorré.Car qu'a dit Nicolas Sarkozy, hier, au conseil national de l'UMP ? Comme le rapporte Libération, dans un article à charge intitulé "Sarkozy décrète la grève invisible et nargue les syndicats", le chef de l'Etat a déclaré que "la France change beaucoup plus vite et beaucoup plus profondément qu'on ne le voit. Pour preuve, désormais, quand il y a une grève en France, personne ne s'en aperçoit." Cela valait bien un concert d'indignations. Oui, vraiment, il y a bel et bien lieu de s'indigner des propos du président de la République, mais peut-être pas exactement pour les mêmes raisons que celles invoquées par la gauche syndicale et politicienne.
Car affirmer que personne ne s'aperçoit des grèves en France dénote, au mieux, une déconnexion totale du locataire de l'Elysée d'avec la réalité de la vie quotidienne des usagers des transports publics, par exemple. Au pire, le président se satisfait d'un léger tarissement des conflits sociaux au profit d'une attitude plus réformiste adoptée par les leaders syndicaux. Alors que ce réformisme timide des syndicats est surtout dû à leur difficulté de plus en plus grande à mobiliser les salariés autour de revendications, dont, en étant de bonne foi, on ne voit guère le bien-fondé.
Rappelons que, depuis l'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, les syndicats ont trouvé le moyen de s'opposer au service minimum, alors que le bon sens voulait que cette réforme fût enfin prise.
Lors des grèves d'automne contre la réforme des régimes spéciaux, contre laquelle on ne voit pas non plus quels arguments recevables pouvaient bien être avancés, le service minimum n'était certes pas encore en vigueur. Mais outre le fait que la preuve de la pleine applicabilité du service minimum n'a pas encore été apportée par les faits depuis, ces grèves de l'an dernier ne sont pas assez loin pour que Nicolas Sarkozy puisse se contenter de cette très relative accalmie des rapports sociaux.
Comme s'en réjouissait tristement Eric Dupin récemment, les syndicats n'ont pas dit leur dernier mot. Cette vindicte est ridicule, nous l'avons dit, parce que les centrales syndicales peinent désormais à fédérer leurs troupes. Mais aussi parce que l'on ne voit pas bien au nom de quoi des syndicats illégitimes, qui pèsent au mieux 8% du salariat, seraient en droit et en mesure d'imposer leur vision archaïque de la société et de l'économie à un gouvernement dont on peut tout contester sauf sa légitimité. Enfin, parce que cette vision archaïque, justement, pénalise la France dans la compétition internationale. On en avait eu un exemple éclatant avec l'obstination des syndicats à faire grève lors de la venue du Comité international olympique, en 2004, pour visiter les installations parisiennes en vue de la sélection de la ville qui devait accueillir les Jeux Olympiques de 2012. Le spectre de la grève générale avait, à cette occasion, été agité par le comité de soutien à la candidature de Londres.
Ce n'était certes pas le problème des syndicalistes, dont le solipsisme les fait se moquer de l'avenir de la France alors qu'ils sont incapables de penser hors du cadre hexagonal. Solipsisme propre à la majeure partie de la gauche d'ailleurs. Nicolas Sarkozy, lui, devrait davantage se préoccuper de ce que ces syndicats obsolètes tirent la France vers le bas. Il a la légitimité - et un mandat clair donné par les citoyens l'an dernier - pour engager un vrai bras de fer avec les syndicats, et leur imposer des réformes dont tout esprit sensé sait qu'elles sont indispensables. Et ce même si cela doit soulever un nouveau concert d'indignations à gauche. Il faut dire, à cet égard, que selon une vieille tradition française qui remonte au moins à la Révolution, la démocratie n'est jamais mieux flétrie que par ceux qui s'en réclament.
Roman Bernard

Criticus est membre du Réseau LHC.



32 Commentaires:
Je reste sans voix devant la manière absolument remarquable tu réfutes les arguments de tes adversaires :
"(…) autour de revendications, dont, en étant de bonne foi, on ne voit guère le bien-fondé."
"(…) alors que le bon sens voulait que cette réforme fût enfin prise"
"(…) on ne voit pas non plus quels arguments recevables pouvaient bien être avancés"
"(…) des réformes dont tout esprit sensé sait qu'elles sont indispensables"
Que peut-on répondre après une telle démonstration ?
Je me considère comme un esprit sensé et je n’ai toujours pas vu quelles sont ces réformes tellement indispensables. Je compte sur toi pour m’affranchir.
RST
Sinon pour les syndicats en France, tu verrais plutôt quelque chose comme ça :
http://www.rue89.com/2008/07/07/au-qatar-visages-des-soutiers-de-la-croissance
RST, certains des passages que tu cites sont surlignés en bleu par un lien hypertexte, qui renvoie à chaque fois à un billet dans lequel j'apporte mes explications.
Les grèves sont souvent l'occasion pour moi de discussions virulentes avec mes amis de la fonction publique que tu as pu connaitre sur ton blog et celui de Mathieu. Je trouve anormal que le citoyen lambda souffre pour que certains puisse se battre pour leur pomme.
Toutefois, remettre en question le droit de grève, c'est remettre en cause un part importante de notre démocratie; se féliciter que la grève passe inaperçu grâce à une réforme de notre bon vieux président, c'est se positionner contre le droit de grève.
Si la grève n'a plus d'effets pervers, ou en est l'intérêt?
Penses-tu qu'il faille laisser les mains libres au gouvernement?
Je pense que la grève est la preuve que notre démocratie est en bonne santé.
Pour faire le lien entre deux sujets à la mode, la gréve et le "service public" de l' audiovisuel, un article assez hallucinant du "Point" :
http://www.lepoint.fr/actualites-economie/france-3-la-machine-infernale/916/0/257729
Erick
J'ai lu votre billet d'aujourd'hui, et ceux qui y sont accolés via hypertexte, je n'y vois, comme rst me semble-t-il, que les certitudes d'un homme, et pas la moindre ébauche de tentative de réflexion sur elles...
Vous qui semblez prôner l'égalité totale entre tous les salariés (au regard des retraites en tout cas), quel avis exprimez-vous sur l'Allocation pour frais d'emploi de 7650 euros dont bénéficient les journalistes (pour explication, cette somme est à déduire de leur revenu imposable et s'ajoute à celles pour frais réels et frais réintégrés) ? Surtout en considérant la diminution manifeste (du moins pour le lectorat/public télévisuel) du travail d'investigation, remplacé par une copie/colle des dépêches AFP ?
C'est Yvan Roufiol qui te remplace pendant ton absence en allemagne ou quoi ??? :-)
Je trouve aussi cet article manichéen. D'accord, les syndicats ne sont pas toujours super clairvoyants, modernes et tout ... mais on ne peut pas non plus dire par principe que leurs positions sont archaïques et que les réformes du gouvernement son nécessaires, notamment "à la compétititivité de la france dans la mondialisation"
Je défendrais toujours le gouvernement (n"importe lequel d'ailleurs contre les syndicats enseignants) mais par contre sur les retraites, je suis désolé, mais tant qu'on aura pas mis en place de nouvelles ressources les retraites des actifs d'aujourd'hui ne seront pas assurés. La réforme des 41 ans c'est juste une régression du niveau des pensions pour les futurs retraités.
Sur ce genre de sujets, les syndicats sont légitimes à gueuler.
Les syndicats archaïques ?
Pas représentatif je veux bien mais achaïques… écoute quelques interviews de Jean-Claude Mailly, cet homme propose des solutions qui n'ont rien de stupides ni archaïques. Le gouvernement actuel se contrefiche tout simplement du dialogue social.
Petite interview par exemple : http://www.dailymotion.com/video/x5hm8y_jeanclaude-mailly-france-inter_news
De toute façon t'as le droit de faire un billet d'opinion pure quand tu en as envie.
Sur la grève comme signe de bonne santé démocratique, je trouve le raccourci un peu facile. Que le droit de grève existe et qu'il soit pratiquement actionnable, fort bien ; mais que la grève constitue le début, le milieu et la fin de toute tentative de dialogue social, je ne suis pas certain que ce soit une excellente chose !
Une réforme unilatérale peut elle être appelée dialogue social
Oui, c'est juste un dialogue très vertical :)
Le billet de Criticus étant très "vertical"(si je comprend le sens que tu lui a donné), je réponds assez directement.
Mon avis sur la grève en France est en fait très partagé depuis mes séjours à l'étranger.
Manuel, il faut tout de même arrêter un peu avec ces expressions creuses :"dialogue social". Le social à toutes les sauces commence à me tanner le poil. ça veut dire quoi "dialogue social" ? ça veut dire que le gouvernement élu devrait ouvrir un grand forum de discussion avec tous les partenaires sociaux avant de prendre la moindre décision ? Si c'est ça, alors je suis content qu'on se passe du dialogue social, qui serait alors une comédie et un simulacre de "démocratie" à outrance. Le gouvernement est là pour décider.
Si tu veux du vrai dialogue "social", il faut redonner une liberté d'action aux acteurs individuels pour qu'ils négocient entre eux, et discutent. Sinon, c'est toujours le même cinéma : celui qui gueule et qui a un pouvoir de nuisance obtient ce qu'il veut des pouvoirs publics intéressés avant tout par leur réelection.
à bientôt, merci Criticus d'avoir souligné les réactions hallucinantes des syndicats et des gauchistes...."le mot de trop", je rêve. Parce qu'en plus de devoir écouter des dinosaures qui ne représentent plus personne, il faudrait encore utiliser les mots qu'ils veulent, et quand ils le veulent ????? allons, un peu de sérieux.
lomig, les membres du gouvernement ne sont pas élus mais nommés par décrets présidentiels contresignés par le premier ministre....
Ensuite, selon les règles de la 5e république, le gouvernement (ua sens stricto sensu) n'est pas là pour décider (c'est le rôle du pouvoir législatif, donc du parlement) mais pour arbitrer et faire respecter les lois (j'accorde la conduite de la politique étrangère, bien que ce domaine soit souvent réservé au Président), le pouvoir exécutif ne "décide" pas, il obéit.
Ces précisions d'ordre constitutionnel apportées, je trouve votre mode de réflexion, qui consiste à dénigrer ceux qui ne pensent pas comme vous (dinosaures, gauchistes, xénophiles (c'est de vous aussi non ?) ) singulièrement obtus, pensez-vous réellement qu'on puisse progresser quand on refuse même d'entendre les arguments contraires aux siens ?
Enfin, je suppose que sous un gouvernement "de gauchistes" vous garderiez la même attitude qui consiste à respecter scrupuleusement le résultat des urnes, sans jamais exprimer de désaccord ou essayer de faire pression contre ceci ou cela, n'est-ce-pas ? ;)
Considérer que les grèves passent inaperçues, c'est effectivement une grave erreur... dans la mesure où elles continuent bien de pourrir la vie des gens ordinaires. Une association d'usagers s'est, je crois, élevée contre cette affirmation.
D'où mon propos : le service minimum n'existe pas, alors que c'est une nécessité. Le droit de grève est constitutionnel, mais il s'exerce bien dans le cadre des lois qui le réglementent. Et si certains services sont publics, c'est bien parce qu'ils sont d'une nécessité telle qu'ils doivent être assurés sans faillir. Or c'est bien sur ce pouvoir de nuisance incroyable que certaines catégories de salariés ont réussi se construire des situations que la France ne peut plus se permettre.
Le service minimum est un impératif immédiat pour débloquer la France, et pour commencer, soulager la population qui est la victime des interruptions de services publics.
LOmiG, je demande une chose, c'est de lire les posts avant de m'alpaguer sur une terme que j'ai pu employer, en l'occurence " dialogue social".
Si tu avais lu avec intérêt nos discussions du jour, tu aurais vu que je répondais au post de "Rubin".
Merci pour l'avenir.
Sinon j'ai l'impression que tu ne sais pas ce qu'est le dialogue social, qui pourrait éviter les affrontement grévistes si les syndicats n'avaient pas une si mauvaise réputation et qu'une majorité d'employés soient syndiqués.
Un dialogue en amont d'une décision entre deux parties puissantes éviterait beaucoup de problèmes.
Car dire amen à tout ce que fait Mr Sarkozy, non! Surtout que j'ai un énorme doute sur sa véritable volonté d'améliorer la vie du citoyen français. Et à vous lire, je pense être dans le vrai.
LOmig a dit "il faut redonner une liberté d'action aux acteurs individuels pour qu'ils négocient entre eux"
C'est quoi d'après toi, un "acteur individuel" ?
Encore une fois dans quel monde de bisounours vivez vous toi et tes copains du "réseau LHC" ?
Être jeune n'excuse pas tout.
Tu as déjà bossé ? Tu crois que dans une entreprise on peut se pointer tranquille, "individuellement" face à son patron et "négocier" ?
Tu as déjà entendu parler de rapports de force ?
Même les patrons ont des syndicats, j'imagine que ce n'est pas pour amuser la galerie !!!
Tu crois que la fin du travail des enfants, les congés payés, la sécu, j'en passe et des meilleures ont été obtenus comment ? Par la "négociation des acteurs individuels entre eux" ?
Tu es vraiment un comique dans ton genre. A mon avis, j'ai tout faux. En fait tu fais dans le second degré ?
Allez camarade, ouvre les yeux et vois le monde tel qu'il est !
@ Tous : après le récent billet sur la présidence française, c'est la deuxième fois qu'un débat multilatéral a lieu entre commentateurs. Et c'est la première fois qu'il s'est déroulé sans moi, ce dont je vous félicite. C'est encourageant. Comme je rentre tout juste d'Allemagne et que j'ai rayé la carrosserie de la voiture, je serai bref mais je tâcherai de répondre à chacun d'entre vous.
@ Manuel : oui, j'ai remarqué que vous aviez un positionnement plus "centriste" que vos amis. Je me réjouis de voir que vous condamnez les effets négatifs des grèves. Instaurer le service minimum remet-il en cause le droit de grève ? D'abord, comme le rappelle Xerbias, la loi sur le service minimum a rempli un vide juridique : la Constitution stipule que le droit de grève doit être encadré par la loi; c'est ce que fait la loi sur le service minimum. J'ajoute que, dans le cas des fonctionnaires, la grève, si elle perturbe le service public, est doublement scandaleuse : les contribuables ne reçoivent pas le service pour lequel ils paient des impôts et les grévistes ne risquent pas de perdre leur emploi. Le service minimum permet de régler ce problème, et c'est tant mieux.
@ Erick : merci pour le lien
@ Fabrice : les avantages fiscaux dont jouissent les journalistes me choquent tout autant que vous, et ce pour les mêmes raisons. La presse est une corporation fermée, dans laquelle je ne suis pas rentré. Pour moi, c'est stages gratuits, piges sous-payées, etc. Je n'ai donc aucune indulgence pour les journalistes en poste qui, eux, profitent du système. Ils ont d'ailleurs, au plan syndical, un comportement très similaire à ceux d'autres corporations plus connues...
@ Malakine : Rioufol, plume de Criticus ? Ce serait un honneur ! Il a déjà ignoré une demande d'interview, alors écrire ici... Sur les 41 ans, je n'en ai pas parlé car, sans être, loin s'en faut, un expert de ces questions, je suis comme toi partagé quant à l'utilité de cette mesure. Par contre, j'ai gardé en travers de la gorge les grèves et manifs anti-service minimum et anti-réforme des régimes spéciaux. Alors, les voir menacer parce que Sarkozy a fait une boutade... ça m'a fait sortir de mes gonds. D'où un ton assez rioufolien en effet.
@ Bob : j'avais cru comprendre par ses interventions médiatiques que Mailly est plutôt responsable et réformiste. Mais là, cette histoire du "mot de trop"... comme si c'était une provocation de se réjouir de la perte d'importance des grèves.
@ Rubin : merci d'avoir rappelé l'utilité première des blogs : exprimer des opinions. Apparemment, ça fait plus réagir. Donc, pourquoi m'en priver ?
@ Lomig : oui, le gouvernement est là pour décider, et non pour négocier. On l'avait un peu oublié depuis Raffarin et sa fameuse "gouvernance".Raffarin, un affront au peuple français.
@ Xerbias : ce qui m'"indigne", dans les oppositions au service minimum, c'est l'impression que me donnent les syndicats de fonctionnaires de considérer le service public comme leur bien propre. Comme si ils nous octroyaient le fonctionnement des services. Alors qu'ils doivent travailler pour que les contribuables puissent bénéficier du service pour lequel ils ont payé. Mieux que le service minimum, ce devrait être droit de grève interdit dans la fonction publique, comme au bon vieux temps. Et c'est un fils de fonctionnaires qui vous dit ça...
@ RST : je préfère quand tu parles de De Gaulle, là, on peut s'entendre ! ;-) Plus sérieusement, ce que tu dis à Lomig est vrai, mais pour le privé. Dans le public, la sécurité de l'emploi - et donc de la retraite -, et le fait d'assumer une mission de service public - et donc posséder un pouvoir de chantage - rend les revendications syndicales insupportables. Mais qu'en plus, ils osent, eux les illégitimes, eux les conservateurs, se montrer menaçants ! C'en était trop.
Criticus, vous qui villipendez l'action des syndicats de la fonction publiques (illégitimes, conservateurs, pourtant la CGT compte plus d'adhérents que l'UMP ou le PS, et le conservatisme anti-syndical date du 19e siècle, relisez Germinal peut être ?), pourquoi ne parlez vous pas en même termes des taxis et de leurs opérations escargots, des pêcheurs et du blocus des ports, ou encore les médecins libéraux qui réclament sans-cesse une augmentation de leurs honoraires, ou bien encore ne dénoncez-vous pas les chantages à la délocalisation exercés par certains patrons peu scrupuleux ?
1. "les médecins libéraux qui réclament sans-cesse une augmentation de leurs honoraires" -- y'a rien qui vous choque dans cette phrase ?
2. "les chantages à la délocalisation exercés par certains patrons peu scrupuleux" -- oui, changez vite la loi ou sinon j'essaierai de rendre mon entreprise rentable !
Ouh la je suis en forme moi aujourd'hui !
Bonjour Roman,
Après une semaine passée hors de la "blogosphère", et bien qu'ayant encore peu de temps à moi aujourd'hui, je tiens à te féliciter pour cet article.
Non seulement les syndicats français n'ont pas dit leur dernier mot, et non seulement ils sont encore parfaitement capables de porter préjudice, comme à leur accoutumée, à l'économie et donc à ceux qu'ils prétendent défendre, mais le Président a, en plus du tort de ne pas sembler s'en rendre compte, celui de la provocation. Il donne des armes à ses détracteurs et c'est encore une faute de communication.
Décidément, si les réformes qu'il porte, même s'il ne les mène pas assez loin, sont aussi sensées qu'indispensables, la méthode employée est calamiteuse.
Il s'agit bien d'un "mot de trop". Ce n'est pas le premier. Ce n'est sans doute malheureusement pas le dernier...
A bientôt.
Rubin, veuillez pardonner mes écrits matinaux, la machine n'était pas encore totalement lancée...
1 )Que ma phrase soit mal tournée oui, mais nierez-vous le lobbying constant des médecins libéraux concernant les hausse du forfait (aujourd'hui à 20 euros pour un généraliste de secteur 1, 25 pour un spécialiste) ? La Sécu fixe l'honoraire "général", les dépassements d'honoraire sont eux à convenir entre médecin et patient, donc oui, même un libéral peut faire du lobbying pour augmenter ses honoraires. Ce qui me choque, moi, c'est de considérer la médecine comme une marchandise devant être "rentable", à chacun ses valeurs...
2) Oh oui, vite, changeons la loi, comme pour les cadres, diminuons les vacances et passons à une dérégulation totale des horaires de travail, sinon ma pauvre entreprise va mourir, bon certes j'ai les moyens financiers de délocaliser un outil de production, certes je touche des aides publiques diverses et variées, mais que diantre, une progression inférieure à 15% me rend trop peu rentable !!
Vous êtes en forme oui, mais de quoi ? là réside la question...
Fabrice, rien contre vous dans mes commentaires.
Simplement :
1. C'est quand même rigolo qu'un médecin "libéral" doive "réclamer" une augmentation de leurs honoraires. Vous ne trouvez pas ?
2. On peut difficilement se plaindre de ce que la France devient difficile à vivre avec ses taxis, ses pêcheurs, ses routiers, ses médecins, etc., et en vouloir à ceux qui essaient d'en retirer leurs billes.
Au fait, je vous remercie chaleureusement de vous préoccuper de mon état de forme.
Rubin,
Ce qui me choque ce n'est pas que la sécu fixe les honoraires des médecins (c'est malheureusement le seul mécanisme garantissant un simili d'égalité devant les soins, même s'il est facile d'en trouver les points faibles) , mais que certains d'entre eux aient la mémoire courte au point d'en oublier une ligne du serment qu'ils ont prêté "Je donnerai mes soins à l'indigent et à quiconque me le demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain", je suis peut être un incorrigible rêveur (criticus avait raison, en m'associant à Manuel, de voir en moi un disciple de John Lenon) mais je vois en la médecine un peu plus qu'un métier lucratif...
Vous prêchez un convaincu, en effet les libéraux qui crient à l'inefficacité du service public tout en s'insurgeant contre ses grèves qui paralysent le pays (soit ils sont inefficaces et les grèves sont sans impact soit ils sont efficaces et la critique première devient stupide) me font doucement pouffer, pour ma part je suis totalement pour l'expression du droit de grève, dusse-t-elle provoquer quelques désagréments dans mon quotidien (n'ayant jamais pris la peine de passer le permis je suis tributaire des transports publics), je considère ce droit comme une vraie possibilité de rééquilibrer le dialogue patronat/salariés, donc j'estime avoir le droit de critiquer l'attitude d'une partie de ce patronat qui, profitant de l'égalité républicaine encaisse les aides publiques mais la refuse dès lors qu'il le peut, faisant un chantage à la délocalisation pour éviter les hausses de salaires, ou faire accepter des heures sup' non payées.
En parlant d'acceptation "partielle" de l'égalité républicaine, je suis curieux d'avoir l'avis de libéraux sur la demande de prince Jean de faire subventionner par l'état un aménagement de voirie bénéficiant exclusivement aux neuilléens ? A mon sens, Neuilly, en refusant d'appliquer la loi SRU, refuse de participer à la solidarité nationale, et pourtant elle vient en demander les fruits quand cela devient intéressant, peut être ais-je un raisonnement biaisé, si oui je serai heureux d'entendre un contre argumentaire.
Enfin Rubin, j'espérais que vous me répondriez "en forme d'avocat", c'eût été un bon moyen de me renvoyer dans mes pénates.... :)
Vous répondre en forme d'avocat ? Sur un blog ? Que ce serait prétentieux ! Vous en connaissez qui font ça, vous ? ;-)
@ Fabrice : désolé si je ne suis pas exhaustif dans mon billet. Je ne vais pas écrire des posts "Histoire de l'Univers du big-bang à nos jours", ce ne serait pas très bon pour le débat. Plus sérieusement, je suis d'accord avec vous sur les chantages d'autres corporations, mais en bon jacobin-napoléonien, je ne suis pas un fan du nivellement par le bas. Autrement dit : ce n'est pas parce que le corporatisme dans son ensemble asphyxie la société française que je ne peux pas mettre le projecteur sur quelques aspects de ce phénomène de temps en temps. L'irresponsabilité des uns ne justifie pas celle des autres...
@ René : je suis d'accord avec toi, mais pour moi, la provoc', c'est surtout à l'égard de ceux qui subissent le chantage des syndicats. Que les fossiles marxistes soient indignés, peu me chaut, on ne devrait même pas les écouter et faire appliquer strictement le service minimum. Par contre, la boutade de Sarkozy me paraît illustrer assez bien son indifférence à l'égard des difficultés de la vie des Français.
Criticus,
Je note juste que vos attaques sont souvent ciblées sur des catégories de population réputées être de gauche, c'est tout... je sais que les gauchistes sont d'affreux idéologues alors que les libéraux sont pragmatiques, je regarde moi aussi le JT de Jean Pierre Pernault ;)
Ah ben tiens, je ne le regarde pas, moi, le JT de Pernault ! ;-)
Je cible mes attaques contre les grèves dans le service public, car celles-ci, je le répète, sont scandaleuses : les usagers-contribuables ont été contraints de payer pour un service qu'ils ne reçoivent pas, et les fonctionnaires ne prennent pas les mêmes risques que les salariés du privé. C'est bien pour cela que je suis favorable au service minimum, et que je m'étonne qu'on puisse y être opposé. Après, que les fonctionnaires sont de gauche, notamment les enseignants, je suis bien placé pour le savoir : j'ai grandi dans ce milieu. J'ai dû attendre d'avoir 13 ans pour fréquenter des enfants dont les parents étaient de droite. Je m'étonne aussi, par ailleurs, que les fonctionnaires soient de gauche, vu que la gauche est aujourd'hui, à l'exception des chevénementistes, hostile à l'idée de nation, et que la notion de service public est précisément l'application - excessive selon moi - du principe de nation à la vie sociale. Encore, sans doute, une des "exceptions françaises"...
Au risque de vous surprendre les fonctionnaires ne sont pas "de gauche", comme dans toute entreprise française on y retrouve tous les courants politiques représentés, la différenciation se fait beaucoup plus par CSP ou par tranche d'âge qu'autre chose.
Les enseignants ont voté à 40% Sarkozy aux présidentielles, la police ne saurait être taxée de repère de gauchistes, pas plus que les impôts, j'ai du mal à imaginer aussi que les préfectures, sous gouvernement de droite depuis 6 ans, soient particulièrement noyautées par la LCR...
Peut-être la territoriale alors ? finalement pas tant que ça, la "vague bleue" de 2001 a grandement réduit les "bastions de gauche", la poudre aux yeux des dernières municipale ne doit pas laisser penser que la majorité des villes sont dirigées par la gauche, la population sénatoriale prouve bien que l'ancrage local est encore très fortement marqué à droite.
Vous assénez que la gauche est hostile à l'idée de Nation, en avez-vous des preuves concrètes ? A ce que j'entends, c'est plutôt la droite qui n'a de cesse de remettre le concept en question, en autorisant l'enseignement de dialectes régionaux dans les écoles publiques (je n'ai rien contre le breton mais la langue de la nation est le français, si un élève veut étudier le breton qu'il le prenne en LV1 au collège, particulariser l'enseignement "national" sous couvert d'identité régionale n'est rien d'autre qu'une négation du principe de nation), en adaptant le déploiement des services publics selon les amitiés partisanes (carte militaire, judiciaire, redécoupages électoraux à venir).
Pour revenir au droit de grève des fonctionnaires, vous commettez deux erreurs dans votre dernier post :
- "les usagers-contribuables ont été contraints de payer pour un service qu'ils ne reçoivent pas" : les journées de grèves n'étant pas payées, les usagers-contribuables n'ont pas payé le service du jour chômé, que le gouvernement "oublie" de rembourser et préfère affecter les ressources non-utilisées à d'autres projets n'est pas de la responsabilité des syndicats mais de celle des députés (et par pitié ne me parlez pas de la compensation accordée au titre du service minimum d'accueil à l'école, le salaire d'un enseignant n'est pas le même que celui d'un agent administratif territorial, encore une fois TF1 a oublié de préciser que l'Etat gardait une bonne partie des économies des jours de grève sans dire ce qu'il allait faire avec).
- "les fonctionnaires ne prennent pas les mêmes risques que les salariés du privé" : je suppose que vous faites là référence autant au statut qu'à la force de protection syndicale ? Concernant le statut, je peux vous garantir qu'il n'est pas bien difficile de pousser un fonctionnaire titulaire vers la porte, les couloirs des DRH regorgent de ces gentils "contrôleurs de gestion" aux techniques de management si humaines qu'elle provoquent dépressions et démissions en moins de 3 mois. Pour la force de protection syndicale, au risque de paraître sectaire, c'est uniquement de la responsabilité des salariés du privés de n'avoir aucun syndicat assez puissant pour leur garantir l'exercice de leurs droits constitutionnels sur leur temps de travail; l'unité c'est la force, même avec 3 millions de sans-emplois si tous les salariés se syndiquaient je suis sûr que le patronat serait bien contraint d'accepter que leurs ouailles puissent revendiquer sans pouvoir exercer de chantage à la carrière ou au licenciement contre eux. L'égalité par le bas non merçi, à ce jeu là tout le monde (ou presque) est perdant...
Si je suis globalement de ton avis Fabrice, dire que la pression sur un fonctionnaire titulaire faisant grève est comparable à celle exercée sur un employé du privé dans les même conditions, je ne pense pas non.
Droit de grève, oui, c'est un moyen d'expression démocratique indispensable.
Maintenant je souhaiterais que les syndicats soient plus puissants dans le privé, plus représentatifs, qu'ils aient une force de discussion avant la grève.
Car quoi qu'on en dise, les grève servent avant tout ceux qui la font.
Et les employés du privé ne font quasiment jamais grève.
Je suis tout à fait d'accord sur le fait que la grève ne devrait pas intervenir avant les négociations, beaucoup de choses sont à revoir dans l'habitude d'action des syndicats français (le mien en tête), le clientélisme allié au corporatisme me font hurler à chaque réunion syndicale, mais il faut avouer que gouvernement comme patronat sont depuis une bonne vingtaine d'années rentrés dans un rapport de force avec les représentants des salariés, et que ce rapport de force à couteaux tirés flingue d'entrée la possibilité de négociations préalables, non ?
Et je ne m'étendrai pas sur le dernier coup d'éclat du gouvernement, qui s'assied carrément sur les accords qu'il a passé avec les syndicats (salariés et patronaux d'ailleurs râlent pareil), on ne peut s'attendre à autre chose qu'à une escalade du rapport de force si les négociations ne sont pas faites de manière sincère "fool me once shame on you, fool me twice shame on me".
Maintenant, les grèves dans le privé sont rares et peu suivies à cause du risque de licenciement ou de blocage de carrière, le seul moyen d'y couper serait une forte présence syndicale pour faire contrepoids, quand à faire grève pour soi uniquement, si je ne nie pas avoir aussi joué du rapport de force d'une manière égoïste, il existe cependant un sens du service public qui pousse les gens vers la FP, et c'est cette volonté d'être utile à tous de la même façon qui m'a poussé dans la rue en d'autres occasions, tout n'est pas blanc ou noir.
@ Fabrice : où ai-je dit que la droite défend mieux la nation que la gauche ? La nation est une valeur minoritaire aujourd'hui en France, chez les "chevènementistes" à gauche, les "bonapartistes" à droite, et, dans un sens totalement dévoyé, à l'extrême-droite. Ca pèse un tiers de l'électorat au mieux. Et je suis tout à fait d'accord avec vous sur les langues régionales.
En revanche, sur le fait que les fonctionnaires ne sont pas payés quand ils font grève... encore heureux ! Il ne manquerait plus qu'ils soient payés pour ne pas travailler. Cela n'empêche pas que l'Etat, comme vous le rappelez bien, a perçu un impôt correspondant à un service, et qu'il doit donc le satisfaire. Sans le service minimum, je ne vois pas comment il peut le faire.
@ Manuel : je vais vous surprendre, mais je suis également pour des syndicats forts, à l'allemande. Cela permettrait 1) d'avoir des syndicats légitimes, représentatifs; 2) d'avoir des syndicats réformistes car exprimant l'intérêt général des salariés, qui sont modérés; 3) que le patronat et le gouvernement aient un véritable interlocuteur. Ségolène Royal avait proposé, pendant la campagne, le syndicalisme obligatoire, et c'est l'une de ses deux seules bonnes idées avec le soutien à l'indépendance du Québec. Curieusement, ce sont ces deux idées qui ont été le plus vite enterrées par les "éléphants"...
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