Mise à jour, mardi 24 mars 2009 : j'ai repassé le test, ayant changé d'avis sur l'interdiction des drogues, non plus seulement douces, mais également dures, dont je pense qu'elle est néfaste, engraissant les narco-trafiquants en tout genre.Le résultat est proche : j'étais un conservateur de droite modérée, très proche des centristes et des libéraux, je suis maintenant un libéral, très proche des centristes et de la droite conservatrice. Les deux, en définitive, me conviennent très bien.
Jeudi 27 novembre 2008 : Sujet plus léger aujourd'hui, avec la participation à une « chaîne » entre blogueurs politiques.
Lomig avait fait passer à tous les membres du Réseau LHC un questionnaire établissant le positionnement politique de chacun. Il ressortait de ce questionnaire que je suis un conservateur de droite modérée, très proche des centristes et des libéraux, ce qui convient assez bien à l'idée que je me fais de mon positionnement politique aujourd'hui. Aujourd'hui seulement, car j'ai successivement été communiste, socialiste, chevènementiste, puis bonapartiste (ou gaulliste), avant d'arriver, depuis mon retour du Canada en 2006, à une improbable synthèse entre mon idéalisme républicain originel, mon réalisme occidentaliste médité et mon utilitarisme libéral logique, qui atteste davantage de mon refus de la classification que de l'inverse.
Néanmoins, comme ce questionnaire est loin d'être satisfaisant, Rubin Sfadj propose une série de questions ouvertes, auxquelles je vais répondre ici.
1. Quel thème généralement peu évoqué, ou selon vous traité avec légèreté, aimeriez-vous voir occuper une place plus importante dans la vie intellectuelle, politique et médiatique ?
Je ne surprendrais personne, au vu de la place que je lui ai accordée ici, en disant que ce thème est la francophonie, entendue autant au sens de défense de la langue française que de participation de la France à une aire culturelle francophone.
Le dernier Sommet de la Francophonie à Québec a montré deux choses : l'indifférence de la classe politique française à l'égard de la francophonie, avec un Nicolas Sarkozy écourtant sa visite pour se rendre à Washington auprès d'un George W. Bush finissant, et la même indifférence des médias, qui n'en ont que marginalement rendu compte.
Cette indifférence est du moins le sort le plus favorable fait par le monde politico-médiatique français à la francophonie. Dans le pire des cas, celui-ci se livre à des attaques en règle contre cette cause universaliste et civilisationnelle.
Bernard Kouchner affirmant que l'avenir de la francophonie, c'est l'anglais (!), Valérie Pécresse proposant que les professeurs étrangers, quand bien même ne seraient-ils pas anglophones, enseignent en anglais dans les universités françaises, médias français faisant une gloire nationale du succès mondial de Daft Punk, dont les paroles samplées sont en anglais, stupéfaction des mêmes médias face à l'indignation de certains, dont votre serviteur, lorsque Sébastien Tellier a représenté la France à l'Eurovision en chantant en anglais, ou publication dans la presse d'un manifeste de quarante-quatre écrivains, dont le prix Nobel de littérature Le Clézio, pour signer « l'acte de décès de la francophonie », décrite comme « le dernier avatar du colonialisme » (sic)... Cette dernière remarque est d'autant plus absurde que la francophonie est une création du libérateur du Sénégal, Léopold Sédar Senghor.
La défense du français - mais aussi de l'italien, de l'allemand, de l'espagnol (en Espagne) - est plus qu'un combat pour la diversité linguistique. Elle est aussi une lutte pour l'universalisme, qui est le trait majeur de la civilisation occidentale, authentique civilisation-monde et par là même civilisation suprême. Or, l'Occident est aujourd'hui confronté à deux périls antagonistes : la dissolution dans un « village global » fantasmé, sous l'effet des flux migratoires massifs et du multiculturalisme ; l'unification sous hégémonie anglo-saxonne, qui le préserverait de la destruction mais le priverait également de sa plus grande richesse. Aussi étroite qu'elle puisse être, je veux croire qu'il existe une voie permettant de concilier singularité et universalisme, cohésion et diversité.
Dans la doctrine que je cherche à édifier, la francophonie, l'occidentalisme et le libéralisme seront les trois piliers sur lesquels devra reposer la politique à mener.
2. Inversement, quel sujet fétiche des médias, "nouveaux" et/ou "anciens", trouvez-vous futile ou superficiel au point de ne mériter qu'une faible part de l'attention qu'on lui porte ?
Les « discriminations », assurément. Bien que m'étant réjoui de l'élection de Barack Obama à la présidence des États-Unis, je craignais que la « French Obamania », dont le triste Éric Dupin s'est fait le porte-parole autoproclamé, ne conduise à des revendications pour que le «Yes we can ! » trouve enfin son équivalent en langue française.
Je veux dire par là que j'ai craint que certains groupes de pression confisquant la représentation des minorités dans la société civile ne réclamassent un Obama français.
On peut rétorquer, d'abord, que Barack Obama n'a pas été élu en raison, ni même en dépit de sa couleur de peau, mais bien sans considération d'elle.
Mais surtout, que la situation des Afro-Américains aux États-Unis, réduits en esclavage pendant deux siècles et soumis à la ségrégation jusqu'aux années 1960, est absolument incomparable avec celle de l'essentiel des immigrés en France.
Les seuls descendants d'esclaves, en France, sont les Antillais, Guyanais et Réunionnais, mais aussi, et ce sont les plus nombreux, les Français d'ascendance européenne. Le rédacteur de ces lignes est très certainement le descendant - entre autres - d'esclaves gallo-romains et de serfs français médiévaux. Et pourtant, il ne revendique pas - pour l'instant - la présidence de la République. À l'inverse, les enfants d'immigrés d'origines maghrébine, subsaharienne et asiatique sont tous des descendants de salariés.
Mais le plus scandaleux n'est pas là : il vient du fait que certains déduisent de la faible représentation des minorités « visibles », de la « diversité » dans les hautes sphères de la société la preuve des « discriminations », voire du racisme français.
Ils oublient que les immigrés des dernières décennies sont pour l'essentiel venus occuper des emplois d'ouvriers, puis des tâches subalternes dans les services. Or, tous les enfants d'ouvriers et d'employés sont empêchés dans leur ascension sociale, les « Blancs » comme les autres. Sauf que ces « petits Blancs », ces « Rednecks », sont par nature invisibles dans la société française, sauf lorsqu'ils votent pour le Front national, ce dont ils sont d'autant plus méprisés par la gauche bourgeoise. Pour cette dernière, il est permis de penser que l'égalitarisme qu'elle a promu à l'école fut le cadeau empoisonné pour se débarrasser des classes populaires.
À partir du moment où il n'y a plus de sélection, où tous les diplômes se valent, il est d'autant plus aisé de réussir que l'on a de l'argent, des biens et des relations.
Ainsi, si les « jeunes » des banlieues doivent incendier quelque chose, c'est à mon sens davantage du côté de la rue de Solférino ou de la place du Colonel-Fabien que de celui de la voiture de leurs voisins, qui sont aussi victimes de la gauche bourgeoise.
Les tenants de la promotion de la « diversité » oublient également que le seul moyen pour les immigrés et leurs enfants de s'élever dans la société française est l'assimilation à la culture française, qui passe par l'école ainsi que par les mariages mixtes. C'est quand le métissage des sangs aura été réalisé par le mariage que l'intégration aura réussi. Flatter les racines des immigrés et de leurs enfants, les encourager à cultiver leur biculturalité, ne les aidera jamais à gravir les échelons de la société. Cela risque davantage de résulter en une crispation identitaire, dont pourraient profiter certains leaders religieux fondamentalistes.
Pour contrer ce péril dont nous percevons confusément l'imminence et la gravité, il nous faut retrouver foi en un homme universel, post-racial et post-religieux. La traque de discriminations interprétées comme raciales alors qu'elles sont sociales, par les promoteurs d'un « antiracisme » dévoyé, va précisément dans le sens inverse.
3. Quelle pratique d'ordre public ou privé, largement autorisée par la loi, vous semble nocive au point de devoir faire l'objet d'une interdiction ou d'une réglementation sévères sans plus tarder ?
Au risque de me répéter, je dirais, connaissant bien le sujet, que les aides publiques accordées à la presse écrite me scandalisent au plus haut point, d'autant plus lorsqu'il s'agit de journaux notoirement anti-français comme Le Monde, Libération ou le Nouvel Observateur. Ces 280 millions d'euros spoliés au contribuable chaque année servent à maintenir sous perfusion des entreprises qui ont perdu leurs clients, leurs lecteurs. Tout cela au nom d'un « pluralisme » qui a été décidé arbitrairement par l'État en pleine Libération. Pourquoi devrais-je payer pour le « journal » L'Humanité, alors que celui-ci a négocié sa reparution dans la France occupée par les nazis pendant le Pacte germano-soviétique, et surtout que les idées communistes sont historiquement disqualifiées depuis Soljenitsyne, Solidarnosc et Tchernobyl ? La liquidation du communisme, qui tarde en France, serait facilitée si l'État cessait d'empêcher l'organe de presse du PCF de mourir de sa belle mort.
4. Inversement à nouveau, quelle interdiction ou contrainte apposée à un comportement privé ou public vous apparaît si injustifiée qu'elle devrait être levée aussi vite que possible ?
Je reproduis ici ce que j'avais dit lors d'une interview que je publierai bientôt :
Je suis contre toute forme de loi « mémorielle », de la loi Gayssot à celle sur le génocide arménien, en passant par la loi Taubira sur l'esclavage qui avait menacé l'historien Olivier Petré-Grenouilleau - lequel avait opportunément rappelé que les Européens n'étaient pas les seuls à avoir pratiqué la traité négrière - ou encore celle sur le rôle positif de la présence française outre-mer. [...] Ce n'est pas au législateur d'écrire l'histoire, c'est aux historiens de valider ou d'invalider une analyse historique. De telles lois sont dangereuses, car écrites selon les préoccupations du moment, dont la périlleuse volonté de satisfaire telle ou telle communauté, comme la loi sur le génocide arménien le prouve bien. Non seulement restreignent-elles la liberté de l'historien, mais elles ouvrent pour ainsi dire la « boîte de Pandore » de la concurrence victimaire et de la surenchère mémorielle. À l'évidence, notre pays n'a pas besoin de cela. Il nécessite, sans rien céder de la vérité historique, un projet de société qui mette en son cœur ce que j'appelle l'universalisme français, qui traite les hommes indépendamment de leur sexe, leur origine ethnique ou leur religion.
5. Enfin, quel événement contemporain a, selon vous, le plus façonné ou modifié vos opinions politiques ?
Ce n'est pas un événement, mais plutôt la conjonction d'événements qui, liés ou non, expliquent l'inversion totale de mon positionnement politique en quelques années.
Il y a d'abord eu, bien sûr, les attentats du 11 septembre 2001, qui donnaient raison à Huntington contre Fukuyama. L'accession de Jean-Marie Le Pen au second tour de l'élection présidentielle le 21 avril de l'année suivante, qui prouvait à la fois la crise de la démocratie représentative en France et le désarroi de certaines catégories de la population. Les attentats de Madrid en 2004 et de Londres en 2005, qui montraient que l'Europe n'était pas à l'abri du totalitarisme islamique. Le rejet du référendum sur le Traité constitutionnel européen en mai 2005, qui attestait de la défiance d'une grande majorité de la population envers les élites politiques et médiatiques françaises. Les émeutes des banlieues françaises à l'automne de la même année, qui signaient l'échec du modèle d'intégration français, non sur le principe mais en pratique. Les absurdes grèves anti-CPE l'année suivante, qui faisaient apparaître au grand jour la dégénérescence de la jeunesse française, comme l'a décrit avec brio l'historien d'un an mon cadet Loïc Lorent, dans son pamphlet Votre jeunesse. Enfin, l'incroyable prétention d'une personnalité aussi manifestement incompétente que Ségolène Royal à briguer la magistrature suprême.
À mon tour de « taguer » cinq blogueurs : je choisis les LHC Lolik, René Foulon et Xerbias, ainsi que Cratyle et Malakine.
Roman Bernard

Criticus est membre du Réseau LHC.


très content de découvrir tes réponses personnelles, et passionnantes, à cette décidemment très bonne chaîne....!
RépondreSupprimerC'est ce qu'il y a de bien avec ces chaines : on est surpris d'y découvrir des réponses très variées, à partir des mêmes questions.
Je t'y retrouve pleinement. Et ta réponse à la première question, sa conclusion plutôt, appelle des questions : c'est quoi l'occidentalisme (je commence à voir ce que tu entends par là, mais j'aimerais que tu formalises pour l'idiot que je suis...) ?
Tout à fait d'accord sur beaucoup des sujets abordés (francophonie, "diversité", lois mémorielles, ...) mais j'aurais juste à redire sur deux points : pourquoi les français "de france" (je veux dire de métropole mais je déteste ce terme) oublient-ils souvent qu'il n'y a pas que les Antilles dans l'outre-mer. Je rappelle juste que l'esclavage a été pratiqué à la Réunion aussi. Et aussi faut-il vraiment rappeler que Sarkozy a fait de nombreuses bourdes pendant la campagne ? Royal n'a jamais occupé de grands ministères, les bourdes la décrédibilisaient d'autant plus alors qu'on considérait que par son parcours Sarko avait déjà fait "ses preuves". On savait depuis des années qu'il serait candidat, il n'a pas eu à convaincre qu'il était présidentiable.
RépondreSupprimerCette chaîne est décidément passionnante. Et ce billet d’autant plus qu’il permet de naviguer vers d’anciens de tes billets qui me font regretter de ne pas avoir été parmi tes lecteurs et commentateurs plus tôt !
RépondreSupprimerJe suis assez surprise par ta sélection des événements qui ont le plus façonné tes opinions. Mais c’est toujours très instructif de prendre conscience de l’importance des générations. Mais j’imagine qu’en tant qu’étudiant en histoire, tu es très sensibilisé à cela.
Sinon, tout à fait en accord avec toi sur les lois mémorielles. Peut-être encore plus sur ce que tu dis des discriminations.
L’élément social discriminant est si peu traité (et en cela je suis comme toi très en colère de cette captation de la parole, de la pensée, par la gauche puis par des associations, avec le plus parfait mépris pour la réalité) que c’est une vraie bouffée d’oxygène de lire tes propos.
Une petite remarque. Lara a raison de te rappeler que l’on trouve des descendants d’esclaves parmi les réunionnais. D’un autre côté, même si c’est un peu expéditif, je pense que tu n’as pas complètement tort de réduire cet état de fait aux Antilles. La Réunion étant finalement un cas assez particulier. Et je me dis, peut-être assez « Criticusien » ;)
Ouh là, c'est du lourd ;-)
RépondreSupprimerTu as pris ton temps, et tu as bien fait, vu la richesse de ta réponse.
1. Le passage sur la francophonie ne m'étonne pas une seconde, puisque nous en avons longuement discuté ensemble lundi dernier. Tu connais mon point de vue là-dessus.
2. Sur les discriminations, je te comprends tout-à-fait, même si je considère qu'il existe en France des discriminations à combattre. Le fait que ce combat soit extrêmement mal mené et qu'il vise les mauvaises cibles n'affecte pas ce diagnostique.
3. Les aides publiques, je suis d'accord. Mais pas qu'à la presse ! Bon, le Monde, Libé et le Nouvel Obs "anti-français", tu y vas un peu fort ;-)
4. Les lois mémorielles, rien à dire. D'accord.
Je viens de lire l'article sur la "littérature-monde", et je suis extrêmement surpris par la lecture que tu sembles en faire... Il s'agit, me semble-t-il, de remplacer une francophonie centrée sur elle-même par une francophonie ouverte au monde. N'est-on pas dans l'universalisme que tu appelles de tes vœux ?
RépondreSupprimer@ Lomig : l'occidentalisme, c'est la volonté de réunir tous les peuples héritiers de Jérusalem, d'Athènes et de Rome (Rome en tant qu'empire et religion universels). Ça rejoint donc mes nombreux billets sur l'Union occidentale.
RépondreSupprimer@ Lara : tu as raison, j'ai involontairement oublié la Réunion, ainsi que la Guyane. J'aurais pu parler de Maurice aussi, car les habitants y sont francophones et amenés là par la France. Je vais tâcher de corriger cette grossière erreur, merci de m'avoir averti.
Quant à Sarkozy : j'ai voté pour lui afin d'éviter Royal et Bayrou... mais effectivement, il n'a jamais, ni Place Beauvau où il n'a jamais fait reculer l'insécurité, ni à Bercy où il n'a rien fait tout court, prouvé qu'il avait l'étoffe d'un homme d'État. La nullité de son action à l'Élysée le prouve de façon assez éclatante.
@ Cilia : « Je suis assez surprise par ta sélection des événements qui ont le plus façonné tes opinions. Mais c’est toujours très instructif de prendre conscience de l’importance des générations. »
Quels ont été les tiens du coup ?
@ Rubin :
1) je connais ton point de vue ; d'autres défenseurs de la francophonie, assez intégristes, me diraient d'ailleurs que je suis plus proche du tien que du leur, notamment avec l'occidentalisme...
2) « je considère qu'il existe en France des discriminations à combattre. Le fait que ce combat soit extrêmement mal mené et qu'il vise les mauvaises cibles n'affecte pas ce diagnostique. »
Eh bien, nous sommes d'accord ! Mais je maintiens que l'élément social est déterminant. Et que l'État-«Providence» bloque paradoxalement l'ascenseur social.
3) « Les aides publiques, je suis d'accord. Mais pas qu'à la presse ! »
J'ai parlé de la presse car je connais le sujet, mais on pourrait en effet en citer bien d'autres...
« Bon, le Monde, Libé et le Nouvel Obs "anti-français", tu y vas un peu fort ;-) »
Oui, mais il faut y aller un peu fort pour faire changer les choses.
4) C'est marrant, parce qu'à gauche, à droite, au centre, chez les libéraux, etc. je ne rencontre que des gens qui sont contre les lois mémorielles. Alors, même si la volonté populaire n'est pas tout et que je n'en connais qu'un infime fragment, je me demande pourquoi nos « élites » continuent à les faire. À part céder au communautarisme ambiant, alors que les gens n'ont rien demandé...
PS : oui, la première lecture que j'ai faite du manifeste était celle d'une francophonie vivante, ouverte sur le monde, universelle, et, pour être sincère, j'avais apprécié au départ cette tribune. Mais je n'ai pas supporté cette allusion au « colonialisme » supposé de la francophonie, alors que ce sont les Africains, Maghrébins, Québécois, Belges et Suisses qui la font vivre, et non les Français qui s'en foutent ! Le problème, c'est que ces auteurs veulent enterrer la francophonie en lui faisant dire le strict contraire de qu'elle dit...
Criticus,
RépondreSupprimerHmmm…je vais être très attentive aux rectifications que tu apporterais à ton billet. La Réunion n’est pas Maurice, et les Mascareignes ne sont pas les Antilles ni la Guyane. Ne froisse pas ton lectorat créole cher Roman ;))
Pour ce qui est de ‘mes événements’, dans le désordre, la chute du mur de Berlin (une émotion diamétralement opposée à celle du 11 septembre évidemment, mais en fait un choc bien plus grand, bien plus bouleversant), les britanniques qui rendent Hong Kong (comme ça, par respect d’un contrat), et le choix de Mandela du pardon en Afrique du Sud (je ne comprends pas qu’on en parle si peu en France avec notre passif colonial, mais de fait, c’est pour moi absolument extraordinaire).
Et…en lisant tes réponses à Rubin, je ne comprends pas ce que tu veux dire par ‘l'État-«Providence» bloque paradoxalement l'ascenseur social’. En tout cas, en matière de discrimination, ce n’est pas l’état providence qui est à blâmer mais la mentalité de nos élites. C’est tout de même différent.
Le même problème se retrouve sur la question des lois mémorielles et finalement de nombreux sujets. Le bon sens populaire semble ne guère irriguer le cerveaux des élites…
Je réponds volontiers à ces questions, mais je me permets de le faire ici.
RépondreSupprimer1- J'estime que l'actualité des institutions européennes est loin d'être assez couverte par les médias, en regard des répercussions qu'elle a. Trop souvent ce qu'on entend c'est "telle profession s'emporte contre la nouvelle loi qui fait ceci, cette loi est là car c'est l'Europe qui l'a voulu". On peut demander plus de transparence, mais encore faudrait-il commencer par regarder. Si cela pouvait rendre plus célèbre les députés européens pour ce qu'ils font, ce serait pas plus mal.
2- Spontanément je n'ai pas de grand sujet trop couvert par les médias en vue, par contre une des choses qui m'énerve ce sont les classements gagnants/perdants de la semaine qu'on trouve dans les hebdomadaires. Je me demande vraiment qui peut être intéressé par de telles inconséquences...
3- Je considère qu'il faudrait remettre en cause la possibilité de faire grève dans les services publics. S'ils sont publics, c'est bien parce qu'ils sont tellement vitaux pour la société qu'on ne peut pas se permettre qu'ils soient interrompus.
4- Je ne crois pas que ce soit très urgent, mais je suis favorable à la possibilité pour les homosexuels de se marier civilement s'ils le souhaitent. En fait je n'arrive pas à trouver d'arguments contre.
5- Les grèves de décembre 1995 m'ont pronfondément marqué. Je me suis rendu compte à cette occasion de ce qu'il se passait en France, pourquoi on était dans une telle situation.
Sujet 1: Qu'attends tu de la Francophonie, et de la langue Française en générale. Tu l'imagines véhicule d'une idée, d'un esthétisme, d'un seniment patriotique. C'est une valeur à laquelle je suis peu attaché. Après tout est-ce un véritable symbole, ou alors un des nombreux archaisme que tu combats.
RépondreSupprimerSujet 2: Je trouve qu'il est extrêmement difficile de comparer les US, et la France. Autant pour des raisons historiques, comme l'esclavage ou la ségrégation, que l'extrême communautarisme qui réside aux US, et en UK. Après tout si la chambre des réprésentant compte autant de minorité, c'est que les circonscription sont taillées pour se limiter aux communautés géographique. Au final, c'est bien le modèle d'intégration français, qui limite le communautarisme, et qui empêche de voter pour des lobbys communautaires.
Par ailleurs, je pense que l'on a tous intérêt vivre avec nos différences de culture. Le terme assimilation me fait te poser des questions. Qu'attends tu à voir assimiler? Les lois de la république (Ok très bien), les symboles de la république (mouais), des pseudos valeurs judéo-chrétiennes (bof...bof), toutes nos tares; alcoolémie, rébellion... Bref ton assimiler veut-il dire que l'on doit oublier tout le reste, et certains héritages que l'on doit au contraire plutôt communiquer que garder pour soi. Il faut savoir garder mesure, et éviter les extrémismes dans un sens comme dans l'autre.
Sujet 3: Ta vision de la démocratie me fait penser que tu ne dois pas avoir totalement digérer tes années communistes. Pourquoi ces subventions à des journaux anti-Français (Qu'est ce que cela veut dire????)serait encore plus choquante? Il serait moins choquant que le pouvoir en place chouchoute les journaux qui vont dans son sens?
Sujet 4: Les lois mémorielles n'ont effectivement aucun sens. Mais c'est une conception normale pour un étudiant en histoire j'imagine.
Sujet 5 : Les grèves anti-CPE. Outre le fait que ce sont des décérébrés qui manifestent, je pense que les dispositions de cette loi ne trouvent pas leurs places dans le code du travail (2 ans de période d'embauche!!!) En preuve, le CNE totalement abandonné.
Aaarghh… J’en étais sûre. Non LES réunionnais ne sont pas descendants d’esclaves. Des réunionnais à la limite, mais pas de généralisation s’il te plaît.
RépondreSupprimer@ Cilia : « je ne comprends pas ce que tu veux dire par ‘l'État-«Providence» bloque paradoxalement l'ascenseur social’ »
RépondreSupprimerJe répète ce que j'ai déjà dit à Mathieu L ( http://lespriviliegiesparlent.blogspot.com/2008/11/un-tranger-expuls-21-000-pour-la.html ) :
L'État-«Providence» ne réduit que marginalement les inégalités sociales - puisqu'il en crée de nouvelles vus les privilèges qu'ont ceux qui savent mieux comment profiter de la redistribution sociale -, tout en pénalisant le travail, l'épargne, l'innovation.
J'ajoute, et cela rejoint le sujet de la dénatalité, que j'ai une réserve philosophique à l'égard de l'État-«Providence» : il déresponsabilise les gens et donc diminue leur instinct de survie.
@ Xerbias : merci pour vos réponses, j'y « reréponds » :
1) Pour la première fois sur l'Europe, entièrement d'accord. J'ai habité deux ans à Strasbourg, et la presse locale - sans parler de la presse nationale - ne rendait jamais compte des sessions parlementaires. Dans l'esprit de nombre de journalistes, la différence entre le Parlement européen et le Conseil de l'Europe lui aussi sis à Strasbourg n'est pas claire. Quant au traitement de l'actualité de la Commission européenne, il est tout simplement défaillant. Et vous avez raison de dire que cette sous-attention à l'actualité européenne est d'autant plus dommageable que les décisions européennes sont très importantes.
3) Entièrement d'accord, mais c'est moins surprenant cette fois.
Je répète ce que j'ai dit au même Mathieu L, qui défendait la grève (http://lespriviliegiesparlent.blogspot.com/2008/11/la-grve-est-elle-si-dmode.html) :
Le caractère constitutionnel du droit de grêve et de la continuité du service public oblige à reconsidérer le droit de grêve des seuls fonctionnaires. Si l'on respecte en effet le deuxième principe constitutionnel sur lequel les fonctionnaires grévistes s'asseyent, il faut bien qu'un service minimum soit imposé dans la fonction publique.
4) J'y suis pour ma part totalement opposé, car le droit au mariage ouvrirait la voie à la reconnaissance légale de l'homoparentalité. Je suis radicalement contre l'adoption par les couples homosexuels, non pas que je craigne pour l'enfant, mais parce que je pense que la société doit associer la famille au couple hétérosexuel. C'est en fait moins une affaire sociale que culturelle.
5) Je n'avais que douze ans en 1995, et je ne saisissais pas forcément les enjeux de cette grève générale. Je constate à présent qu'elle a créé un fâcheux précédent : la réforme est désormais quasi-impossible, car on craint d'aller au « clash » avec les syndicats. Je crois pourtant qu'il sera difficile de réformer ce pays sans les affronter un jour...
@ Anonyme :
Sujet 1 : « un des nombreux archaisme que tu combats »
C'est l'un des arguments opposés à la francophonie, que je n'ai pas repris ici pour ne pas lui donner trop d'importance : la francophonie serait d'arrière-garde. Je crois au contraire que la lutte pour la diversité linguistique, condition de l'universalisme, est consubstantielle d'une certaine vision de la modernité. Je me bats moins pour garder ma langue chez moi - cela, c'est le moyen - que pour une humanité plurielle - c'est la fin. En cela, comme je le disais à Rubin, ma défense de la francophonie est assez différente de celle de nombreux nationalistes, qui masquent leur anti-américanisme assez primaire derrière cette défense de la langue française.
Sujet 2 : « Au final, c'est bien le modèle d'intégration français, qui limite le communautarisme, et qui empêche de voter pour des lobbys communautaires. »
Oui. Mais ce modèle est-il effectif ? Et existe-t-il encore ? Je pense qu'il est le seul valable sur le principe. Mais en pratique, je pense qu'il a été abandonné...
Sujet 3 : attention, ne pas confondre France et État français.
La presse peut - et doit, c'est son rôle de contre-pouvoir -, critiquer l'État, le gouvernement en place. Cela n'est pas anti-français mais tout simplement démocratique.
Le Monde, Libé et le Nouvel Obs sont en revanche anti-français, lorsqu'ils accusent, sans preuve, le peuple français d'être raciste, la France d'être « moisie », etc. Dès lors, il est scandaleux qu'ils touchent de l'argent - et ce sont eux qui en touchent le plus - de la part de ces Français qu'ils détestent tant.
Je suis opposé à toute forme de subvention publique à la presse.
Mais je la trouve d'autant plus scandaleuse à des journaux pareils.
Sujet 4 : oui, cela joue un rôle.
Sujet 5 : j'étais personnellement opposé au CPE en tant que jeune, puisqu'il n'y avait pas de raison que cette période d'essai ne concerne que les jeunes. J'ai eu la chance de ne pas être en France au moment de ces absurdes blocages de facs ainsi que, à la fin de l'année précédente, les émeutes en banlieue qui m'ont scandalisé.
C'étaient en effet des dégénérés qui ont bloqué les facs : le problème est qu'ils sont sinon majoritaires, du moins les plus influents dans ma génération.
@ Cilia : à ce moment, pas de généralisation pour les Antillais non plus. De toute façon, les seuls à n'avoir jamais été esclaves en France sont les descendants d'immigrés récents. Les mêmes qui demandent à ce que la France suive l'exemple Obama.
RépondreSupprimerJe re répond moi aussi à un certain nombre de commentaires déposés ici et là.
RépondreSupprimerLe modèle d'intégration Français bien qu'il soit très tendance de le jeter aux orties existe encore. Il suffit de se déplacer aux US et en UK pour s'en rendre compte. Alors bien sûr, il a un défaut majeur, c'est de favoriser l'immobilisme sociale des minorités. Elle ne peuvent pas se faire entendre hors des lobby communautaire qui ne se développe pas en France (l'exemple du CRAN qui a 50 ans de retard sur ce qui est fait aux US). D'un point de vue personnel, limiter le communautarisme est une bonne chose.
Concernant ton idée de la presse anti-française je la rejette totalement. La critique, surtout de la situation en France est salutaire. Après tout il n'est pas nécessaire d'apporter des preuves lorsque l'on décrit un sentiment. Savoir résister aux remarque de manque de patriotisme (au final, c'est bien cela anti-français!) est une qualité rare!
le droit de grève des fonctionnaires, ainsi que de tout autre statut, ne doit pas être balayé par cette idée de service minimum et de continuité du service public. Après tout, a-t-on besoin d'un service minimum autre que celui de l'armée?
Ex: L'accueil des enfants dans les écoles => Depuis quand l'école est une garderie permettant au parent de se décharger de leurs enfants pour aller bosser?
Le mariage homosexuel et clairement une honte pour notre république. Ne sommes nous pas tous égaux? Nous devrions dépasser nos clivages philosophique, religieux pour admettre enfin que ce n'est pas un risque pour la société ou les enfants. Regardons un peu en arrière sur ce qui était fait contre les mariages mixtes à une époque pourtant récente? Nous pouvons et nous devons progresser sur ce sujet.
Concernant ta réponse sur la francophonie, je reste que peu convaincu. Actuellement, il s'agit d'une politique qui a fait, et qui fait du tord à des générations d'élèves, d'étudiants, et d'employés. De mon point de vue, la forme du langage importe peu, tant que le message est transmis. De plus je réprouve l'habitude français de sacraliser la langue, de l'empêcher d'évoluer, et jouer un rôle d'intégration. On peut ne pas apprécier la langue anglaise, mais il s'agit d'un formidable outil d'intégration. Après tout pour ce comprendre il vaut mieux parler la même langue (et pourtant j'en parle 5 différentes couramment!!!)
Concernant le CPE, et bien que tu sois étudiant, as-tu déjà commencer un boulot de carrière. c'est à dire plus que de simples grandes vacances, ou des piges. Un supérieur n'a pas besoin de 2 ans pour évaluer ta capacité de travail. Si l'on veut rendre le CDI plus flexible, tant mieux, mais que l'on supprime le CDD qui est totalement ridicule et qui est crée un véritable clivage social.
Je suis d'accord avec Rubin, tes réponses sont très fournies et vraiment bien développées concernant des sujets de sociétés très importants.
RépondreSupprimerIl y a de nombreuses choses à dire dans ton sillage, et même si je me sens en phase avec toi sur l'ensemble des sujets que tu traites ici, j'aimerais apporter un point de vue qui qq fois diffère légèrement du tien. Mais je le ferais demain car il est assez tard et je rame un peu au clavier ;-)
@ Anonyme : Je suis d'accord avec votre premier point... et en désaccord total avec les autres.
RépondreSupprimer« Savoir résister aux remarque de manque de patriotisme (au final, c'est bien cela anti-français!) est une qualité rare! »
Cet argument aurait été valable sous la Troisième République, ou sous de Gaulle. Aujourd'hui, c'est savoir résister aux remarques d'excès de patriotisme qui est une qualité rare ! Les journaux que j'ai mentionnés ne sont pas seulement antipatriotes, ils sont bel et bien anti-français.
« le droit de grève des fonctionnaires, ainsi que de tout autre statut, ne doit pas être balayé par cette idée de service minimum et de continuité du service public »
Eh bien si. Le service public est par définition un monopole, pour lequel les citoyens sont contraints de payer des impôts. L'absence d'alternative au service public, et le fait que ce service public doive se rendre digne de la contribution obligatoire de ses usagers impose d'encadrer le droit de grève des fonctionnaires par un véritable service minimum. Ou alors, on ouvre à la concurrence et on laisse le libre choix aux usagers...
« Le mariage homosexuel et clairement une honte pour notre république. Ne sommes nous pas tous égaux? Nous devrions dépasser nos clivages philosophique, religieux pour admettre enfin que ce n'est pas un risque pour la société ou les enfants. Regardons un peu en arrière sur ce qui était fait contre les mariages mixtes à une époque pourtant récente? Nous pouvons et nous devons progresser sur ce sujet. »
Depuis quand les couples homosexuels peuvent-ils avoir des enfants de façon naturelle ? Dès lors, je ne vois pas au nom de quoi on devrait leur ouvrir un « droit » à l'adoption d'enfants. Je ne vois pas le rapport avec l'égalité. Les homosexuels sont libres de vivre leur sexualité comme ils le veulent, comme les autres. Mais la société peut considérer qu'ils n'ont pas le droit d'adopter. Et franchement,je vois encore moins le rapport avec les couples mixtes...
« De mon point de vue, la forme du langage importe peu, tant que le message est transmis. »
Sauf qu'une langue n'est pas qu'un simple vecteur d'information, sinon l'humanité ne parlerait qu'une seule langue depuis longtemps. C'est aussi un système de valeurs, la porte d'entrée d'une culture et un outil original de représentation du monde. L'idéal universaliste impose de préserver la diversité des langues dans le monde. Vous dites qu'il faut parler la même langue pour se comprendre. C'est vrai : c'est pour cela qu'en France, le français doit garder la primauté sur les autres langues.
Quant au CPE : oui, il faudrait un CDI unique, mais révocable facilement. Ce que je veux dire, c'est que, si je comprends l'opposition au CPE, je ne peux accepter le blocage des facs qui a eu lieu, de la part de gens qui n'avaient rien de mieux à proposer que davantage d'aides publiques - donc d'impôts - pour résorber le chômage endémique des jeunes...
@ Scheiro : : à demain alors !
RépondreSupprimeret bien ! je viens tout juste de parcourir un peu de ton blog : very instructif !
RépondreSupprimerau plaisir,
votre dévoué camarade lyonnais
Vous voulez dire : très instructif ? ;-) En fait, ça fait trois ans que je ne suis plus lyonnais, mais j'ai quand même vécu mes 22 premières années à Lyon...
RépondreSupprimer>"j'ai successivement été communiste, socialiste, chevènementiste...." C'est ce qui démontre que tu es loin d'être borné, Roman. Mais si tu peux facilement - supposition, car je ne sais pas comment tu l'as vécu - passer d'une idéologie à une autre, je ne comprends pas que tu puisses t'arcquebouter sur des positions qui sont, avant tout, identitaires. J'ai l'impression que tu te sens "menacé", dans le sens où tu risques de te faire dérober une part de toi-même. D'ailleurs, tu mets très fortement l'accent sur la culture française en répondant au questionnaire de Rubin.
RépondreSupprimerLa francophonie recule: effectivement, l'anglais semble plus attrayant. Par exemple, en achetant un PC doté du Windows 95, j'ai immédiatement compris que j'avais tout intérêt à apprendre, en anglais, le jargon lié à l'informatique pour ne pas rester comme un idiot face à un logiciel, à du html. Qu'on compare les sites de la BBC et de CNN avec celui de France24 et on comprendra immédiatement pourquoi la Francophonie pensée et voulue par la France est morte. Qu'on se penche sur les conditions d'études faites aux étrangers désireux de suivre un cursus dans une université fr., tout en pensant qu'il est envisagé de faire de la mise à niveau en langue française, dans ces mêmes universités, pour les autochtones qui viennent d'avoir le bac, et on comprendra qu'il y a un sérieux problème. Comme la presse est un secteur lié à la langue, elle est aussi le reflet de notre triste déchéance: mis à part les magazines, plus grand monde ne se donne la peine d'acheter des quotidiens. Plus grave encore, le niveau de langage baisse: Libé est écrit en langue PMU et Le Monde est en passe de rejoindre Libé. J'ai parfois du mal à comprendre ce que l'Huma raconte parce que ses journalistes ne maîtrisent pas tout à fait la syntaxe. De plus la presse très mal gérée est encore plus syndicalisée que la GM. Les médias, qui se sont mis en tête de faire de la pédagogie, ou pire, se veulent prescripteurs de bonnes leçons dégoulinantes d'humanisme à la con, sont une catastrophe au regard de l'intelligence collective. Rien d'étonnant à ce que des organismes comme la Halde et consorts puissent prospérer sur un terrain nivelé de cette manière, qui laisse le champ à la volonté démagogique de commémorer - de larmoyer plutôt - sur tout et n'importe quoi, en essayant de noyer dans ce fatras les périodes historiques qui méritent vraiment le recueillement et le rassemblement patriotique.
Enfin, quand on se rend compte que Paris ne représente plus, pour les arts, le théâtre, la littérature, la philosophie, etc. le pôle culturel qu'il a longtemps été, ton billet prend tout son relief, Roman: remonter la descente vertigineuse dans laquelle la France s'est lancée relève d'un tour de force qui tient plus de la prière et du miraculeux que de la stratégie, du management, de la gestion et, au final, de la raison. Je souhaite tout le courage possible à ceux qui, comme toi, s'attaquent au redressement de la situation culturelle de ce pays.
Je voudrais juste soutenir l'idée de Bernard Kouchner qui affirme que l'avenir de la francophonie, c'est l'anglais. Pour comprendre cette idée, il faut (i) beaucoup voyager, (ii) comprendre qu'un monde globalisé aura une langue globalisée, (iii) voir que la langue anglaise est trés maléable, (iiii) s'apercevoir que la plus grande source de mots anglais reste (mais peut-etre pas pour longtemps) le francais.
RépondreSupprimerLes francophones qui veulent une bataille frontale du francais avec l'anglais n'obtiendront au final rien. Cela me fait penser au conflit israelo-palestinien où les palestiniens, ne voulant aucun compromis, restent dans leur m*rd*.
@ Laurent : tu aurais pu dire quel Laurent tu es ! J'en connais plusieurs à Lyon ! ;-)
RépondreSupprimer@ Anonyme :
(i) : sans être un globe-trotter comme mon ami Rubin Sfadj, je pense quand même avoir beaucoup voyagé à 25 ans. J'ai toujours - sauf pays francophones - parlé anglais à l'étranger, et je ne lui dénie aucunement son statut de langue globale, bien au contraire !
(ii) : même réponse qu'en (i), à laquelle j'ajoute qu'une langue globalisée ne doit exister que pour les échanges internationaux. À l'intérieur de chaque nation, la langue du pays doit prévaloir.
(iii) : oui, le français aussi. L'Académie française n'a pas le monopole du français ! Le français est en perpétuelle évolution, contrairement à une idée reçue.
(iiii) : en effet. Si j'étais un sophiste, je dirais donc que sauver le français, c'est sauver l'anglais. Nul besoin d'être un sophiste d'ailleurs. Les langues du monde ne peuvent s'enrichir qu'à condition d'avoir un « pré carré » où elles dominent. C'est comme pour le cosmopolitisme : on dit avec raison que les cultures du monde se fécondent mutuellement. Encore faut-il qu'elles existent de façon autonome, ne pensez-vous pas ?
@ Scheiro : je suis en accord total avec ce que tu as dit, notre désaccord portant peut-être sur la possibilité - ou non - de redresser culturellement ce pays. Tu n'y crois pas, moi je veux me forcer à y croire.
Mais tu as raison de préciser que ce recul de la francophonie s'explique par la nullité française en informatique - encore que cela a évolué avec des start-up aux noms fatalement anglicisés : Netvibes, Dailymotion, etc. -, en journalisme - comparer les médias français et anglo-saxons comme l'a fait brillamment Jean-Pierre Tailleur dans Bévues de Presse est en effet édifiant -, au niveau universitaire - nos campus sont une honte nationale : à quand la sélection à l'entrée pour concentrer les ressources sur un plus petit nombre d'étudiants, dont des étrangers francophones ? -, et scolaire - avec des lycéens qui, de fait, ne savent pas parler ni encore moins écrire le français...
Sans parler du recul de Paris comme métropole culturelle, mais cela est autant dû à la mise en concurrence due à la mondialisation (qui est positive si on s'y prépare bien), qu'aux raisons endogènes que tu as évoquées et que j'approuve.
Je veux penser qu'il est possible de remonter « la descente vertigineuse dans laquelle la France s'est lancée », même si je ne suis pas loin de penser comme toi que cela « relève d'un tour de force qui tient plus de la prière et du miraculeux que de la stratégie, du management, de la gestion et, au final, de la raison. »
(question à Roman Bernard) Avez vous cherché l'origine de ce questionnaire et de ce diagramme ?
RépondreSupprimerJe l'ai cherchée, et je la connais. Ce quizz est réalisé par des libéraux, des libertariens même, qui ont intérêt à ce que tout le monde se retrouve assez libéral, pour promouvoir les idées libérales, tout simplement. J'ai d'ailleurs critiqué sur le portail du Réseau LHC (le lien est indiqué au début du billet) le fait que ce questionnaire soit orienté, puisqu'il met les libéraux en haut, les étatistes en bas, et la gauche et la droite au milieu, laissant entendre que le libéralisme est supérieur aux autres courants de pensée. Les questions sont en outre peu nombreuses et contestables : en quoi être pour l'existence d'une carte d'identité est-il liberticide ? Néanmoins, le diagramme me place à une position qui est à mon avis la mienne : conservateur de droite modérée, proche des centristes et des libéraux. Et c'est en cela que je l'ai trouvé assez pertinent.
RépondreSupprimerCet article a été mis à jour le mardi 24 mars 2009.
RépondreSupprimer"j'ai une réserve philosophique à l'égard de l'État-«Providence» : il déresponsabilise les gens et donc diminue leur instinct de survie."
RépondreSupprimerDéplorer la diminution de l'instinct de survie m'apparaît quelque peu cocasse. La civilisation ne s'est-elle pas construite contre la survie. Que vaut un talent dans l'art figuratif quand l'impératif est la survie ? Au contraire, c'est bien en s'extrayant de la survie que de grandes oeuvres ont vu le jour, lorsque des hommes et des femmes ont pu enfin penser à autre chose, notamment à la liberté.
Non, je ne pense pas que la civilisation se soit construite contre la survie. Elle l'a simplement rendue moins dure aux hommes. Mais une civilisation qui ne se préoccupe pas de sa survie est vouée à disparaître, et cela peut aller très vite. Regardez le destin de la civilisation occidentale depuis un siècle. Penser à la liberté, oui, en pensant à son indispensable corollaire, la responsabilité, sans lequel la liberté finit par se retourner contre elle-même.
RépondreSupprimerDepuis que l'État-Providence s'est chargé des naissances, les Européens ne font plus d'enfants.
J'y vois davantage qu'une simple coïncidence...