vendredi 29 février 2008

Un sondage est une photographie de l'opinion à un instant donné...

... en tenant compte de ce qui l'a précédé ! C'est manifestement cette règle de bon sens, qui veut que l'opinion publique est conditionnée par les événements précédant le moment du sondage - malheureusement pas toujours les plus significatifs -, qui a été oubliée par les maîtres-sondeurs, lesquels, comme l'a relayé Seb de Ca réagit, ont établi après consultation que Royal l'emporterait face à Sarkozy si l'élection présidentielle de 2007 avait lieu aujourd'hui.

Le Chafouin trouve avec raison absurde de sonder sur un événement passé. Ce que l'on peut ajouter, et que j'ai fait en réaction à l'article de Liberation.fr, c'est que, comme je l'écrivais, « [c]e sondage n'a aucun sens : si l'élection avait lieu aujourd'hui, elle aurait été précédée d'une campagne et les estimations seraient assez probablement différentes. » Soyons plus précis : si l'élection avait lieu aujourd'hui, la campagne qui l'aurait précédée aurait fait apparaître de la même manière que l'an dernier l'incompétence de Royal... ce n'est pas parce que Nicolas Sarkozy est décevant que Ségolène Royal est subitement devenue apte à exercer le pouvoir.

Un sondage insensé donc, et surtout de l'argent jeté par les fenêtres... comme s'en amusait Bernard Thibaut chez Ruquier, s'il y a bien un secteur qui ne manque ni d'activité ni d'emploi, c'est bien le sondage. On peut aller plus loin que l'éloquent leader de notre chère CGT et s'interroger non plus sur l'utilité des sondages, mais sur la nocivité, pour une population, de la surexposition à leurs flux incessants d'informations contradictoires et vides de sens. Bref, quel est le coût social et politique du sondage ? En réduisant l'action politique à une quête permanente et obsessionnelle d'une popularité vite évanouie, les sondages comptent pour beaucoup dans sa perte de sens. Justifier des lois, comme le fait le gouvernement, par le fait que la majeure partie de la population y serait favorable - qu'en sait-il ? S'il voulait s'en assurer, il déclencherait un référendum sur la question -, illustre bien l'absence totale de cohérence gouvernementale provoquée par cette obsession sondagique. Que faut-il faire ? Légiférer pour limiter le nombre de sondages, ou bien espérer des médias qu'ils cesseront de relayer les plus insignifiants d'entre eux et du personnel politique qu'il arrêtera d'en faire une obsession pour renouer avec l'action ? Cette question en apparence insoluble mérite bien, à tout le moins, le retour à une certaine « vigilance républicaine ».

Roman Bernard

jeudi 28 février 2008

Immigration : et si la France imitait le modèle canadien ?

Cet article a été réalisé en partenariat avec Gief, dessinateur. Il sera publié lundi prochain dans La Rotonde, le journal francophone de l'Université d'Ottawa, ce qui explique pourquoi il n'apprendra pas grand-chose à un lecteur français : j'ai voulu resituer le débat hexagonal sur l'immigration à un lecteur canadien.

Le rythme hebdomadaire de publication de La Rotonde m’oblige à parler, avec quelque retard, d’un phénomène imprévu de la politique d’immigration française.
Alors que la création d’un ministère de l’Immigration, en mai dernier, avait fait espérer à l’électorat de Nicolas Sarkozy la maîtrise des flux migratoires entrants en France, les chefs d’entreprise, qui ont pourtant constitué l’un des soutiens naturels du président lors de son élection, avouent désormais leur embarras face à la volonté du gouvernement de reconduire à la frontière les clandestins : un certain nombre de ces derniers sont en effet leurs salariés.
Certains employeurs, qui protestent de leur bonne foi en disant que leur ont été présentés de faux papiers lors de l’embauche, veulent les garder, puisqu’ils sont indispensables à l’activité de leur entreprise.
D’autres, à l’inverse, craignant que leurs salariés sans papiers ne soient expulsés, continuent à les employer en toute illégalité. Le dessin de Gief n'a donc rien de caricatural. Il y a évidemment beaucoup à redire sur cet esclavage moderne, même si ce n’est pas le propos ici.
Ces travailleurs clandestins, dont beaucoup vivent avec la peur de l’expulsion, sont souvent exploités, nombreux étant ceux qui travaillent sans contrat. L’illégalité de leur travail ne leur permet pas de jouir des mêmes conditions salariales que les salariés légaux.
Ce faisant, ils tirent bien malgré eux les salaires à la baisse, arrangeant ainsi nombre d’employeurs, comme le montrent les exemples réguliers d’entreprises condamnées parce qu’une bonne partie de leurs salariés de base, sous-payés, sont des clandestins, dont certains n’ont même pas de contrat de travail.

Immigration choisie

Pour remédier, entre autres nombreux problèmes posés par l’immigration en France, à cela, le gouvernement entend depuis longtemps – avant même les élections de 2007- recourir à une immigration « choisie », selon le mot de Nicolas Sarkozy.
Choisie selon ses compétences dans certains corps de métiers où la France manque de main-d’œuvre qualifiée, ou selon son acceptation à occuper des emplois dont les Français ne veulent pas. Paris a d’ailleurs signé lundi dernier un accord en ce sens avec le Sénégal.
Cette démarche est bien sûr à saluer, et l’on peut raisonnablement penser qu’il faudra passer, pour faire la transition, par une nouvelle régularisation massive et impopulaire de travailleurs sans papiers afin qu’un nouveau modèle d’immigration français émerge.
En attendant, le flou va demeurer autour d’un sujet pourtant capital en France. De l’autre côté de l’Atlantique, au Canada, la gestion des flux migratoires est enviable. Dans un pays dont l’immigration a longtemps été bien inférieure à ce qu’elle est en France, un ministère de l’Immigration existe depuis 1994.
Son existence n’a jamais déclenché les passions comme cela a été le cas lors de l’annonce de sa création par le candidat Sarkozy. Le Canada, et en particulier le Québec, n’a jamais rechigné à sélectionner ses candidats à l’immigration.
Là où certains voient une vision utilitariste de l’immigration, on verra ici une gestion plus rationnelle et plus humaine - cela va de pair, contrairement à une idée reçue fort répandue - d’un phénomène pour lequel les bons sentiments sont contre-productifs. Surtout, et c’est le plus important, cette sélection des candidats à l’immigration, qui est une immigration de travail, assure logiquement un emploi au candidat reçu, ce qui constitue une base pour son intégration future.
Bien sûr, j’ai déjà exprimé mes réserves à l’égard du modèle d’intégration anglo-saxon, mais en stricts termes d’immigration, il est symptomatique que, pour des raisons essentiellement idéologiques, la France ait si longtemps refusé de suivre un modèle manifestement meilleur que le sien.

Roman Bernard

lundi 25 février 2008

Prodromes de l'avènement du puritanisme linguistique

Cet article a été réalisé en partenariat avec Gief, dessinateur.

Que l'on me pardonne : j'ai découvert avec davantage d'amusement que d'indignation la fameuse vidéo du Parisien, dont il ne serait guère nécessaire de rappeler le détail si nous ne vivions pas dans une société sans mémoire. Dans quelques semaines, qu'écris-je, la semaine prochaine, elle sera déjà oubliée, ayant laissé la place à un nouveau buzz médiatique, dont l'insignifiance n'aura d'égale que la frénésie avec laquelle certains s'en empareront pour fustiger l'Élysée. On y voit donc le chef de l'État, le président de la République, essuyer un affront qu'un beauf dans le plus pur style bidochonien croit bon de lui infliger. Quand on est un homme public, que l'on prend un bain de foule et que l'on fait la tournée des paluches, on ne goûte pas forcément de s'entendre dire : « Ah non, touche-moi pas, tu m'salis ! ». Alors, bien sûr, un homme d'État digne de ce nom se doit de ne pas réagir, sagesse qu'avait adoptée son prédécesseur Jacques Chirac quand il fut souillé par des crachats, lors de la campagne présidentielle de 2002. Mais, lors de cette même campagne, François Bayrou, qui ne passe pas pour un homme grossier ni violent, avait su réagir comme il se devait en giflant un gamin qui tentait de lui faire les poches. Le langage employé par Nicolas Sarkozy ne sied guère à la majesté, à la dignité, au caractère sacré de la fonction présidentielle, j'en conviens bien volontiers. Reste que, de tous les blogueurs ayant dénoncé la réaction du président - que je comprends tout à fait, et que je me fais fort d'excuser - aucun ne condamne la méprisable attitude de cet énergumène qu'on ne qualifiera pas autrement que de « beauf ». Un président, cela se respecte. Si Nicolas Sarkozy n'est pas le chef de l'État dont nous aurions rêvé, cela va sans dire, la fonction qu'il incarne, et qui est hautement respectable, n'a pas à être salie par les injures haineuses d'un quelconque beauf.

Au-delà, on peut rapprocher cet « événement » anecdotique de la mini-polémique qui avait agité les médias, traditionnels et « citoyens », lorsque Patrick Devedjian avait qualifié Anne-Marie Comparini de « salope », en juin dernier. Je reproduis ici ce que j'avais écrit à l'époque : « Bien que le comportement de M. Devedjian soit peu justifiable sur la forme, je trouve étonnant que l'on fasse tant de cas d'une conversation privée. Il est également surprenant que l'on feigne de s'offusquer des insultes qui peuvent être proférées entre responsables politiques, alors que chacun sait qu'elles sont monnaie courante. » Pas grand-chose à ajouter en l'occurence, sinon que comme dans tout duel, Nicolas Sarkozy avait ici, en tant qu'offensé, le choix des armes. Il eût dû, certes, user de celles, imparables, de l'indifférence et du dédain, au lieu de se mettre à la (faible) hauteur du beauf en question.

Mais ce choix lui appartenait, et je ne tiendrai pas rigueur au chef de l'État d'avoir usé d'un langage peu châtié. D'abord parce qu'il serait hypocrite de prétendre qu'un homme d'État n'a pas à tenir ce genre de langage. J'enjoins les puritains du discours politique à lire des compte-rendu de séances de nos chambres parlementaires, lorsque celles-ci avaient la mainmise sur la conduite de la politique de la France. Dans les débats de la Convention ou de la Troisième République, les « noms d'oiseau » étaient certainement plus fréquents qu'ils ne le sont aujourd'hui - d'ailleurs, atavisme politique oblige, le Palais Bourbon est le seul lieu où ils soient encore admis.

Que l'on songe aussi aux négociations du Traité de Campo-Formio, en 1797. Renversant une théière par mégarde et la brisant, Bonaparte aurait dit aux plénipotentiaires autrichiens que leur empire allait subir le même sort. C'était une autre époque.

Nous vivons désormais à l'âge du politiquement correct, où toute insulte, même lorsqu'elle est plaisante, comme l'était celle de Nicolas Sarkozy au Salon de l'Agriculture - j'en souris encore -, est systématiquement bannie. Que ce politiquement correct stérilise les débats publics en mettant le personnel politique sur ses gardes, et donc enclin à pratiquer la langue de bois, ses apôtres ne s'en émeuvent pas. Que l'on en vienne à poursuivre en justice un homme aussi brillant et éloquent que Georges Frèche pour des propos considérés à tort comme « racistes », ils ne s'en inquiètent pas davantage. Ils ont de toute façon gagné la partie. Le politiquement correct, venu des pays anglo-saxons et scandinaves, est en train, « construction » européenne et américanisation subséquente aidant, d'atteindre une France jadis impertinente. Il est intéressant de noter que ceux qui s'inquiètent du danger qui pèserait sur la liberté de la presse en raison du supposé contrôle des médias par Nicolas Sarkozy - avec des journalistes ultra-majoritairement de gauche, et encore une fois, je sais de quoi je parle, moi -, ne voient pas que c'est ce politiquement correct qui représente la pire menace pour la liberté d'expression.

Roman Bernard

samedi 23 février 2008

Prosélyte malgré moi

Google AdSense, qui publie aléatoirement des publicités en fonction des thèmes abordés sur les pages où elles sont affichées, fait parfois de bien étranges associations. Ainsi de cette annonce affichée sur Criticus, qui a tout de suite capté mon regard :



Imaginons de façon analogue une publicité qui serait affichée sur le site de La Croix, à côté d'un article traitant de la baisse du nombre des baptêmes, des mariages religieux et des ordinations : « Comment vous faire débaptiser ? ».

Roman Bernard

vendredi 22 février 2008

Criticus met fin à la grève des six tags

Avertissement : ce billet rédigé au second degré est à lire de la même manière.

Toréador m'ayant « tagué », je me dois de révéler six choses insignifiantes sur moi-même. « La modestie est l'art de faire dire aux autres tout le bien que l'on pense de soi-même », disent les papillottes Révillon. La vanité est donc l'art de dire soi-même tout le bien que l'on pense de soi-même. Une vanité teintée d'une évidente auto-dérision en l'occurence :

1) J'ai appris à lire en autodidacte à l'âge de 5 ans
2) J'ai sauté le CE1
3) J'ai été champion de France d'aviron
4) J'ai eu 18 au bac de philo
5) J'ai fait un stage au journal Le Monde
6) Et malgré tout cela, j'aurai le choix, à la fin de mes études - en juin prochain - entre l'exil et le chômage.

Ce double exercice de bouffissure d'orgueil et de prise de recul sur moi-même ne serait pas complet si je ne « taguais » à nouveau six blogs de mon choix :

À tout seigneur, tout honneur : Gief, le Jacques Faizant de Criticus, devra sacrifier à ce rite initiatique, tout comme mon ami Wassim Garzouzi, du Pommier. Balmeyer aussi, parce que son film préféré est Barry Lyndon, comme moi. Pierre Catalan et Edgar de La Lettre volée, pour qu'il y ait des Kiwis. Enfin, mes camarades blairistes et mélomanes de Des oreilles dans Babylone, parce que cela fait longtemps que je leur avais promis de la pub.

Roman Bernard

La vraie « plus belle place du monde »

L'histoire des sciences nous enseigne que les grandes découvertes et inventions sont souvent involontaires. En m'interrogeant mercredi sur la légitimité du qualificatif de « plus belle place du monde » accordé à la Place Stanislas de Nancy -à mon sens prétentieux-, je ne pensais pas lancer un concours, depuis relayé par le Chafouin, de Pensées d'Outre-Politique, pour qui la plus belle place du monde est la Grand-Place d'Arras -ville connue pour avoir vu naître Maximilien de Robespierre, l'Incorruptible-, Rose Noire, d'Incandescences qui plébiscite la Grand-Place/Grotte Markt de Bruxelles, sa ville natale -et celle d'Hergé-, Lomig, d'Expression Libre, qui -pur parisianisme ?- vote pour la Place de la Concorde, et Seb, de Ca réagit, qui accorde son suffrage à Covent Garden, à Londres (ville que je trouve surestimée). Pour ma part, et bien que la sélection de photos ne rende pas bien compte -c'était en 2003, en ce temps là j'avais vingt ans, et si je contrôlais le temps, je ne contrôlais pas encore l'usage de mon tout nouvel appareil photo numérique- de la magnificence de cette place, de cette ville, de cette région, de ce pays, tous les plus beaux du monde pour moi, j'ai arrêté mon choix -après avoir hésité à retenir la Place de l'Hôtel de Ville de Prague, splendide elle aussi, tout comme la ville- sur la Piazza del Campo de Sienne, où s'élève le Campanile, du haut duquel un panorama exceptionnel sur le Chianti -et, par beau temps, d'autres coins de la Toscane- peut être admiré.









Roman Bernard

jeudi 21 février 2008

Castro, Alcazar et leurs fidèles

Cet article a été réalisé en partenariat avec Gief, dessinateur.

Si la comparaison entre Nicolas Sarkozy et Séraphin Lampion était osée, celle entre Fidel Castro et le général Alcazar est assez naturelle. Non pas le « premier » général Alcazar, celui de L'Oreille cassée (1937), autocrate amoral, cruel et paranoïaque, reconverti en lanceur de couteaux sous le nom de Ramon Zarate dans Les Sept boules de cristal (1948), puis en trafiquant d'armes dans Coke en Stock (1958), mais le « second » général Alcazar - tout aussi amoral, cruel et paranoïaque d'ailleurs... - chef des « Picaros », une trentaine d'ivrognes armés qui, grâce à l'aide de Tintin, du capitaine Haddock, du remède anti-alcool du professeur Tournesol et des costumes fournis par les « Joyeux Turlurons » - dirigés par... Séraphin Lampion, justement - sortiront de leur maquis pour jeter à bas le régime néo-fasciste du général Tapioca. Un peu comme le firent les barbudos de Fidel Castro à l'encontre du régime dictatorial du colonel Batista, en 1959. Les Picaros vont instaurer une dictature d'un autre ordre, où les visages glabres et les casques simili-prussiens des tapioquistes sont remplacés par les barbes fournies et les casquettes négligées des Picaros triomphants. Une dictature tout aussi autoritaire, où le dénuement des quartiers déshérités subsiste, malgré la décontraction de leurs nouveaux tyrans, qui arborent d'insolentes lunettes de soleil. C'est sur ce tableau cynique et déconcertant que s'achève Tintin et les Picaros (1976), dernier épisode des Aventures de Tintin, le héros à la houpette n'allant pas au bout de L'Alph-Art, interrompu par le décès d'Hergé (3 mars 1983). Dans ce dernier opus, où Tintin fait figure d'anti-héros -il ne se rend pas tout de suite au San Theodoros, puis tombe dans le piège tendu par le colonel Sponsz, alias Esponja-, l'apolitisme foncier de Georges Remi, bien rendu par le romancier Benoît Peeters dans Hergé, fils de Tintin, est manifeste. Le capitaine Haddock ne s'exclame-t-il pas qu'il s'en « fiche royalement, de [la] révolution [du général Alcazar] » ? Ce à quoi Tintin, guère moins désabusé, répond que la seule utilité de cette révolution de palais, en fait ce coup d'État, ce putsch militaire, sera de sauver leurs « amis » de la peine de mort (Dupond-Dupont) et de la prison à vie (la Castafiore, son pianiste Wagner et sa camériste Irma).

Avec son portrait au vitriol des Picaros, qui ne combattent, perdus dans leur jungle, que leur propre désoeuvrement, Hergé, comme Woody Allen dans Bananas (1971), récuse le mythe de la « guérilla romantique », que de jeunes Occidentaux tout aussi désoeuvrés perpétuent aujourd'hui en se revêtant de t-shirts à l'effigie d'Ernesto « Che » Guevara, toujours présenté - à tort - comme un doux utopiste, qui aurait fait rimer révolution, aventure et fraternité - et ce malgré ses crimes nombreux, odieux et sanguinaires.

D'autres, moins jeunes, et que la stature intellectuelle devrait prémunir contre toute nostalgie du demi-siècle de dictature de Fidel Castro à Cuba, continuent, au nom d'« idéaux » marxistes surannés, à excuser le « Lider Maximo » de son despotisme. On peut, avec Le Chafouin, se demander quelle aurait été la réaction de la classe politico-médiatique française si un homme politique ou un journaliste avait fait l'apologie du régime du général Pinochet au Chili.

Comme je m'en étais étonné en juillet dernier, et comme le même Chafouin s'en offusque aujourd'hui, il semble qu'une indignation sélective soit à l'oeuvre, en France, pour dénoncer les crimes des dictatures d'extrême-droite et d'extrême-gauche. Cela alors qu'est dénoncée, par des responsables politiques, syndicaux et médiatiques de mauvaise foi, une supposée « droitisation » de la France, notamment de ses médias.

Tant que sera qualifié de « fasciste » celui qui défendra le sanglant héritage de Pinochet ou de Franco et de « doux rêveur » celui qui évoquera avec nostalgie le maître de La Havane, ses cigares, ses harangues interminables et son tiers-mondisme - en omettant le reste-, on pourra rester perplexe devant ceux qui agitent, parce qu'ils ne sont plus en phase avec la société et leur époque, le spectre trop commode de la « droitisation ».

Roman Bernard

mercredi 20 février 2008

Kosovo : à qui (ne) profite (pas) l'indépendance ?

Cet article a été réalisé en partenariat avec Gief, dessinateur.

Au-delà du nécessaire questionnement sur la légitimité et l'opportunité de l'indépendance du Kosovo, on peut humblement s'interroger sur ses conséquences géopolitiques générales. Outre la Serbie, qui perd là le berceau de son histoire et une province qui compte toujours près de 10 % de serbophones - que vont-ils devenir ? Les garanties données par le nouvel État sur leur protection sont-elles suffisantes ? Pourquoi la région de Mitrovica, où les Serbes sont majoritaires, n'a-t-elle pas été rattachée à la Serbie qu'elle jouxte ? -, le grand perdant est en apparence la Russie, qui malgré son activisme diplomatique pour éviter une issue fragilisant son allié slave orthodoxe, est ainsi désavouée dans les faits par la communauté internationale. La vieille rivalité américano-russe, interrompue par le désastre des années Eltsine et réactivée par la régénérescence de la Russie sous Poutine - bien aidé par la hausse des cours du pétrole et du gaz -, a trouvé dans le Kosovo un nouveau théâtre d'opérations secondaire, où les Américains ont remporté un franc succès. Mais le grand perdant est-il, comme le pense Gief, l'Europe, qui, divisée, se résigne majoritairement à cette indépendance, qui n'est pas forcément dans ses intérêts ni dans ceux de ses États-membres ? Et surtout, est-ce le moyen de conduire indirectement à l'intégration européenne de l'indéfectible allié des États-Unis au Proche-Orient, la Turquie ? Je me garderais bien, n'ayant pas davantage d'éléments que tout citoyen curieux et bien informé, de prétendre avoir une réponse à cette question délicate. En revanche, la première question posée par le dessin de Gief est particulièrement pertinente : l'Europe n'est-elle pas, comme cela était apparu lors de la guerre du Kosovo, en 1999, une simple pièce sur l'échiquier américain ?

Cette question est d'autant plus pertinente que l'indépendance du Kosovo, que la diplomatie américaine peut se permettre de voir d'un oeil lointain, pose un grave problème au Vieux Continent : une région autonome a-t-elle vocation à devenir un État souverain ? Les nombreux séparatistes que compte l'Europe ont vu d'un très bon oeil l'indépendance de la province serbe, qui crée un précédent favorable pour leurs desseins futurs.

L'Europe elle-même, du moins l'Union européenne, contribue à ce mouvement de balkanisation en promouvant les langues régionales, la décentralisation des États-membres, l'effacement des nations européennes. J'ai toutes les peines du monde à essayer de faire comprendre aux partisans de l'« Europe des régions » que celle-ci, à cause du trop grand morcellement des territoires et des peuples, consacrerait encore davantage le triomphe de la langue anglaise en Europe -favorisant ainsi les intérêts américains sur le continent-, allant donc à l'encontre du projet européen initial.

Et que, ce qui est lié, la poursuite d'un véritable projet européen ne peut se faire qu'en harmonie avec les nations européennes, qui lui donnent son souffle, son sens et sa cohérence. En consentant à ce qu'une nation, qui avait vocation à intégrer un jour l'Union européenne, soit fragmentée en raison d'un séparatisme ethnico-religieux qui s'y est développé récemment, l'Europe va à l'encontre de l'intégrité des nations.

C'est pourtant de l'intégrité des nations qui la composent que dépend sa survie en tant que pôle de puissance, car les nations ont une taille optimale pour assurer les deux objectifs a priori contraires que sont la diversité et la cohésion. Quand les dirigeants européens se rendront-ils à cette évidence ?

Roman Bernard

« La plus belle place du monde »


Place Stanislas, Nancy (photo de l'auteur)


Plutôt prétentieux, non ?

Roman Bernard

Désaveu sondagier (bis)



La politique conduite par Nicolas Sarkozy ne recueille donc, chez les lecteurs de Criticus, que 10 % d'opinions favorables, contre 90 % défavorables. Résultat probablement faussé par la possibilité de voter plusieurs fois avec la même adresse IP. Toutefois, sur 60 votes, le résultat, à une question simple, reste sans appel. Résultat d'autant plus étonnant qu'une bonne partie des lecteurs de Criticus -plus de 10 % en tout cas- a voté pour le candidat de l'UMP lors de la dernière élection présidentielle. Ce qu'il faudrait savoir à présent, c'est pourquoi, pour les électeurs de Ségolène Royal, dont la réponse au sondage est logique, et pour ceux de Nicolas Sarkozy, pour lesquels elle mérite réflexion, ce résultat est aussi défavorable.

Roman Bernard



Nouveau sondage sur l'indépendance du Kosovo

mardi 19 février 2008

Nicolas Sarkozy aurait dû méditer le message de Primo Levi

Cet article a été réalisé en collaboration avec Gief, dessinateur.

Vendredi dernier, j'écrivais ceci au sujet du « parrainage » d'enfants juifs déportés par les élèves de CM2, projet que Nicolas Sarkozy a présenté au fameux dîner du CRIF :

Regrettons [...] que Nicolas Sarkozy, en faisant « parrainer » à la rentrée prochaine par chaque élève de CM2 un enfant juif déporté pendant la Seconde guerre mondiale, relance la concurrence victimaire des communautés, qui n'en avaient pas besoin. Plus on imposera ces exercices de mémoire sur le génocide des Juifs, plus les autres communautés seront revendicatives, sans pour autant, comme on l'a vu pour la lettre de Guy Môquet, que la connaissance historique ne progresse. Je crains que cela soit une preuve supplémentaire de ce que Nicolas Sarkozy n'est pas le président de la rupture, mais bien du politiquement correct. N'avait-il pas affirmé, lors de sa dernière visite en Algérie, que l'islamophobie, qui vise un dogme religieux, était aussi grave que l'antisémitisme, qui vise un peuple ?


Le dessin de Gief, qui reprend le concept de la boîte de Pandore des revendications communautaires, que s'apprête donc à ouvrir le chef de l'État, exprime bien la concurrence victimaire qu'une telle intiative risque d'attiser. On se demande d'ailleurs si cette idée va être vraiment applicable sans heurts. Au surplus, cette affaire m'a rappelé une citation de Primo Levi, affichée sur l'un des murs de la maison d'Anne Frank, à Amsterdam. Remarquant que le martyre de la jeune diariste néerlandaise avait éclipsé ceux de millions d'autres déportés, le rescapé d'Auschwitz justifiait cela :

« Peut-être est-ce mieux ainsi. Si nous étions capables d'absorber la souffrance de toutes ces personnes, nous ne pourrions pas vivre »

Nicolas Sarkozy, dont le souci d'enseigner davantage aux enfants l'histoire de l'Holocauste est louable -encore faut-il user d'une méthode qui fasse appel à la recherche historique, et non à l'émotion et à la mémoire-, a sûrement lu Si c'est un homme et le Journal d'Anne Frank. Dommage que cette phrase empreinte de sagesse n'y soit pas mentionnée.

Roman Bernard

dimanche 17 février 2008

Réponse à un lecteur qui réagissait à mon billet sur la Serbie et le Kosovo

Voici le contenu du message qu'un lecteur m'a envoyé aujourd'hui, via Facebook :

Hello,

Je cherche depuis longtemps un mec de droite raisonnable pour ouvrir un débat sur Nicolas Sarkozy.
J'ignore si ca peut être toi l'heureux vainqueur - pour le moment je n'ai pas trouvé - mais je pense que ton post sur la Serbie est quand même limite.
Je le trouve pas néo-conservateur, mais craintif et plein de raccourcis.

Que l'indépendance du Kosovo soit un problème diplomatique aux conséquences graves sans doute... Mais qu'elle annonce la rennaissance du califat de Cordoue et la création de ceux de Marseille, de Saint-Denis ou de Birmingham et compagnie... Tu trouves pas que tu vas carrément loin ?

Le Kosovo n'est pas devenu musulman par magie au XXe siècle par une immigration massive d'Albanais. C'est ignorer les détours de l'histoire que dire les choses comme ça. Ton point de départ fausse ta conclusion : Le Kosovo n'a RIEN mais alors RIEN à voir avec la Seine-Saint-Denis et les Kosovars ne sont pas des immigrés maghrébins vivant en France.

Que tu ne crois pas à l'intégration, c'est ton choix. Que tu adoptes les idées de Zemour sur le remplacement d'une population par une autre, ok... Mais bon, flipper à ce point de voir naître des enclaves musulmanes en Europe (forcément hostiles dans ton esprit j'imagine), ca devient vertigineux.

Enfin, bon... Pt'et qu'à l'occasion on pourra avoir un débat. Sur l'avenir du Bonapartisme pourquoi pas ? Ca me rappellera ma jeunesse qui n'est pas si loin quand même.

A+


Et voici ma réponse :

Salut,

Je ne sais pas si je suis le candidat idéal pour devenir l'heureux vainqueur qui pourrait participer à un débat sur Nicolas Sarkozy.

En tout cas, bien qu'ayant voté pour lui, par défaut, et ne le regrettant toujours pas (à mon sens, c'était quand même « moins pire » que Royal ou Bayrou), j'ai été critique, assez rapidement, à son égard.

Témoin, le billet que j'ai écrit début août sur Criticus, « La France au bois dormant attend toujours son Prince Charmant ». Moins loin dans le temps, toujours sur Criticus, le billet où je compare Sarkozy à Séraphin Lampion, le « belgicain » dans Tintin.

Pour tout te dire, j'aurais préféré que Villepin fût candidat, mais bon.

Par rapport à mon billet sur la Serbie, dire qu'il est craintif n'est pas erroné, puisque je crains effectivement qu'un processus de séparatisme ethnico-religieux ne se produise en Europe, comme c'est arrivé en ex-Yougoslavie. C'est un scénario certes flippant, mais pas si irréaliste que cela. L'actualité, depuis plusieurs années, regorge de faits divers qui tous illustrent ce phénomène : émeutes de 2005 en France qui impliquaient ultra-majoritairement des musulmans, assassinat de Theo Van Gogh en 2004 parce qu'il avait « osé » dénigrer l'islam, violence des réactions aux caricatures de Mahomet, menaces de mort à l'encontre d'Ayaan Hirsi Ali ou de Robert Redeker.

Et puis, loin de la lumière médiatique, toutes les revendications dérogatoires au droit commun, comme ces hommes qui exigent que leur femme soit examinée par un médecin femme, ou ces familles qui demandent que leur enfant puisse prier à l'école, manquer le cours de sport, ne pas suivre de cours d'histoire ou de philosophie « contraires à sa religion ». Il y a aussi les demandes de plages horaires réservées aux femmes à la piscine, ou les exigences de viande halal (laquelle n'est même pas mentionnée dans le Coran) dans les cantines. Sans oublier, bien sûr, l'affaire du voile islamique, interdit dans les écoles françaises malgré l'opposition de nombreux musulmans et de leurs soutiens prétendument « antiracistes ». Parfois, on l'a vu, les sociétés d'accueil devancent ces absurdes revendications, avec ces « comptes halal » (sans usure) à Rabobank et ces hopitaux islamiques aux Pays-Bas, ou encore l'application de la charia en matière civile au Royaume-Uni. Tout cela avec l'attentisme troublant des musulmans d'Europe et la complaisance coupable des élites européennes, au premier rang desquelles les dirigeants politiques et les médias.

Cela risque-t-il de déboucher, comme je le crains en effet, sur la formation d'enclaves musulmanes ? La démographie, deux fois plus dynamique côté musulman, conjuguée à une immigration musulmane massive et à l'échec des modèles d'intégration dans les différentes zones d'Europe où les musulmans, concentrés, sont majoritaires, peut le faire redouter. Et l'exemple de l'ex-Yougoslavie -pas seulement du Kosovo d'ailleurs- le montre bien. Soit l'on prend la mesure de ce danger et on évitera cela, soit l'on court un très grand risque.

Tu as raison d'écrire que, comme mon maître-à-polémiquer Éric Zemmour, je ne crois pas à l'intégration. Je ne crois pas davantage au « multiculturalisme » ou au « cosmopolitisme ». Je crois en revanche à l'assimilation, modèle qui jusqu'à présent a toujours bien fonctionné en France, malgré la violence symbolique qu'il représentait pour les nouveaux arrivants, source de heurts avec les Français dits « de souche » pour la première génération. Leurs enfants, en tout cas, étaient, grâce au droit du sol et une authentique volonté, de leur part et de celle de leurs parents, de s'assimiler, des Français à part entière. Il est vrai que le catholicisme des Italiens, Espagnols, Polonais, Portugais, facilitait grandement les choses, notamment en termes de mariage. Et puis, c'était une époque où il y avait du travail pour tous.

Aujourd'hui, les conditions économiques, la grande différence de culture et de religion, le renoncement au modèle assimilationniste, et surtout l'importance numérique de l'immigration, semblent interdire toute intégration, avec, du coup, peu de mariages mixtes et donc des communautés qui ont tendance à vivre séparées, quitte à former des sociétés parallèles, qui se regardent en chiens de faïence, jusqu'à...

Sur l'« hostilité » des éventuelles enclaves musulmanes, en revanche, ma pensée ne se situe pas à ce niveau. Je ne dis pas qu'il y aurait « nous » (les Occidentaux) et « eux » (les musulmans). Je crois plutôt que la confrontation se fait entre, d'une part, les Occidentaux vigilants et les musulmans vraiment modérés, et, d'autre part, les islamistes actifs ou passifs et leurs soutiens occidentaux assumés (gauchistes et antiracistes) ou cachés (apôtres du politiquement correct). Je n'ai pas non plus une vision morale de cette confrontation. Je ne prétends pas, contrairement à George W. Bush, défendre le « bien » contre le « mal », mais une civilisation, une culture, une identité que je juge menacées.

Et, du coup, je suis bien évidemment disponible pour débattre de cela, de Sarkozy ou encore de l'avenir du bonapartisme, puisque tu as noté mon admiration pour les Bonaparte. Excellente soirée et à très bientôt,


Roman Bernard

samedi 16 février 2008

Elle a bon dos, la Serbie

Cet article a été réalisé en partenariat avec Gief, dessinateur.

Moins de deux ans après la sécession du Monténégro, dernier reliquat de son ancienne hégémonie sur l'ex-Yougoslavie, sécession qui ne se justifiait ni pour des raisons linguistiques, ni pour des raisons religieuses, la Serbie va donc selon toute évidence devoir se résoudre demain à la perte du Kosovo, berceau présumé de son histoire. Que les séparatistes kosovars proclament l'indépendance de cette province paraît logique, après les conflits meurtriers de 1999, qui interdisent tout retour en arrière, et vraisemblablement toute coexistence pacifique entre Albanais musulmans et Serbes orthodoxes à l'avenir. Que les grandes diplomaties occidentales s'empressent, avant même l'indépendance, de reconnaître le nouvel État, condition de son appartenance à la communauté internationale, me semble en revanche moins justifié. D'autant que ce soutien spontané aux séparatistes kosovars force la main à la Serbie qui, en quête de respectabilisation sur la scène internationale, n'est pas en mesure de vraiment protester face au dépeçage des restes de son empire. La récente élection présidentielle serbe l'a d'ailleurs confirmé -de justesse-, les Serbes veulent intégrer l'Union européenne, grande avocate de la cause nationale kosovare, alors que ses États-membres ont été incapables de prendre la mesure de la guerre qui s'est déroulée à leurs portes en 1999, forcés de faire appel, comme à chaque fois qu'un conflit majeur éclate sur le continent, aux Américains. Il est vrai que lorsque deux États seulement contribuent de manière significative à la défense européenne, il est difficile de réagir de façon coordonnée et efficace à l'urgence.

Pour l'Union européenne, il n'est d'ailleurs pas interdit, à cet égard, d'interpréter ce soutien franc et massif aux séparatistes kosovars comme le moyen de se soulager d'une mauvaise conscience certaine à leur endroit. Tout cela au prix d'un nouvel abaissement de la Serbie, qui, après avoir perdu toutes les anciennes républiques yougoslaves fédérées, voit maintenant lui échapper une partie d'elle-même.

Il n'est pas question ici d'excuser les crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis dans le passé par l'armée serbe, sur ordre de Belgrade, contre les Croates, les Bosniaques et les Kosovars. Après avoir longtemps été complaisante à l'égard de la Serbie, naguère perçue comme le garant de l'unité nationale yougoslave, la communauté internationale, devant l'horreur des massacres perpétrés par les Serbes, a pratiqué la politique de la punition, démarche inaugurée par le Traité de Versailles envers l'Allemagne à l'issue de la Première Guerre mondiale, avec le succès que l'on sait. La dureté des Serbes dans les guerres d'indépendance peut d'ailleurs être vue comme une conséquence symétrique de cette politique de punition. Refusant de toucher au découpage territorial de l'ancienne République fédérale socialiste de Yougoslavie, on a interdit, de fait, le rattachement à la Serbie des minorités serbes de Bosnie et de Croatie, qui constituent aujourd'hui des enclaves linguistiques et religieuses, frontalières de la Serbie. C'est en partie l'impossibilité de rattacher ces enclaves qui a conduit aux conflits armés. Alors, s'il ne fallait pas remodeler les frontières internes de l'ex-Yougoslavie, pourquoi le fait-on pour le Kosovo, province serbe ?

Parce que dans le cas du Kosovo, un séparatisme ethnico-religieux, occulté au XXe siècle par le caractère athée et a-national du régime yougoslave, a débouché sur une véritable fracture territoriale à l'occasion de l'éclatement de la Yougoslavie, qui a signé le retour des identités nationales et religieuses en Europe. Le Kosovo, province autrefois serbophone et orthodoxe, est devenue albanophone et musulmane au XXe siècle, sous l'effet d'une forte immigration en provenance d'Albanie et du plus grand dynamisme démographique de ces Albanais musulmans une fois installés au Kosovo.

En consentant à ce que l'immigration récente d'une population, différant de la population d'accueil par la religion, la langue et la culture, conduise à la sécession de territoires où cette population immigrée est devenue majoritaire, les diplomaties occidentales valident le processus de séparatisme ethnico-religieux susmentionné, et créent ainsi un dangereux précédent en Europe. Il n'est pas irréaliste de penser, du fait de la forte poussée migratoire et démographique des musulmans d'Europe, que le cas kosovar risque de faire des émules dans d'autres pays, notamment lorsque les populations musulmanes sont concentrées, ce qui est le cas en France, au Royaume-Uni, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Belgique, et bientôt en Italie et en Espagne.

L'histoire est riche de tels phénomènes : avant le Kosovo, il y a eu le Pakistan, et demain il y aura peut-être la partie tamoule du Sri Lanka, le Sud musulman de la Thaïlande, le Nigéria déchiré entre provinces musulmanes et chrétiennes, et, pourquoi pas, l'Afrique du Sud éclatée, quand la figure fédératrice de Nelson Mandela ne sera plus là pour unir Noirs et Blancs, guère réconciliés depuis la fin de l'Apartheid.

La Serbie, avec laquelle la communauté internationale avait été trop complaisante au début des années 1990, est ainsi devenue le bouc émissaire de la mauvaise conscience européenne. Tout cela pour qu'une logique diabolique de séparatisme ethnico-religieux se mette en place, sans savoir où elle mènera le Continent vieillissant, dont la population ne maintient son niveau que grâce à l'immigration, que, du reste, elle n'arrive pas à intégrer, quel que soit, d'ailleurs, le modèle d'intégration en cause.

Pour parer au procès en néo-conservatisme que l'on me fait ici et là, je précise comme l'a également fait le social-démocrate Cratyle que je ne suis pas d'accord avec Samuel P. Huntington, idéologue majeur des néo-conservateurs, qui prophétisait en 1993 un trop binaire « choc des civilisations ». L'exemple de la Tunisie, qui concilie islam et relations fructueuses et paisibles avec l'Occident, notamment avec la France, prouve que la situation est plus complexe. Je ne suis pas plus d'accord avec Huntington lorsqu'il établit une séparation civilisationnelle entre la Chrétienté occidentale (catholique ou protestante) et le monde slave orthodoxe. Si ces deux ensembles ont une existence propre -le soutien de Moscou à Belgrade le prouve bien-, il n'y a pas de césure entre eux. L'héritage chrétien commun réunit davantage l'Est et l'Ouest que la Guerre froide, qui n'était pas civilisationnelle mais idéologique, ne les avait séparés.

Dès lors, un Occidental ne peut que s'inquiéter que l'abaissement voulu d'une Serbie jadis hégémonique et agressive serve à promouvoir la naissance d'une nouvelle enclave musulmane en Europe. Si la guerre de 1999 a effectivement interdit la vie commune des Albanais musulmans et des Serbes orthodoxes -qui vont devoir s'exiler en Serbie- au Kosovo, ce précédent doit rendre l'Europe vigilante face aux prochaines enclaves musulmanes qui risquent de s'y former. Les dirigeants européens sauront-ils contrer cette menace ?

Tant que la natalité sera, par la contraception et surtout l'avortement de masse, réfrénée, et l'immigration vue comme le seul moyen de suppléer à la dénatalité en Europe, la logique fatale décrite plus haut ne pourra que s'accentuer dangereusement.



Roman Bernard



À lire, le billet d'Ivan Rioufol sur son blog, « Kosovo indépendant : l'échec de l'Europe ».

vendredi 15 février 2008

Au moins, on a encore le droit de critiquer l'archevêque de Cantorbéry

Qu'on se le dise, Facebook ne sert pas à rien. J'ai reçu ce matin un courriel, sur Facebook justement, d'un de mes contacts, Gief Dessinateur, que j'avais machinalement ajouté à ma liste à la suite de son adhésion à l'un des groupes que j'administre. Comme nombre de mes contacts, je ne le connaissais pas.

Il m'a invité à découvrir son blog, Chez Gief, qui consiste en une série quotidienne de caricatures portant sur des faits marquants de l'actualité. Outre celles sur le « docteur Attali » et Al Gore, j'ai particulièrement apprécié celle, que je reproduis ci-dessous avec l'autorisation expresse de son auteur, sur l'archevêque de Cantorbéry, ce haut-lieu de la Chrétienté médiévale, évangélisé par saint Augustin au VIe siècle.

Rowan Williams, le primat d'Angleterre, a déclaré le 7 février dernier que l'adoption pour partie de la charia était « inévitable » au Royaume-Uni. Déclaration terrifiante, à rapprocher de celle, non moins terifiante, du Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, qui a estimé trois jours plus tard à Cologne que « l'assimilation [des Turcs d'Allemagne] est un crime contre l'humanité ».

Sur la première déclaration, qui n'est ni plus ni moins qu'une résignation au séparatisme ethnico-religieux, et qui interdit toute réelle intégration -mais les Britanniques s'en moquent-, notons qu'elle intervient dans un pays où règne le plein-emploi, et où n'existent pas de phénomènes de ségrégation spatiale comme dans les banlieues françaises. Voilà qui remet en cause l'idée selon laquelle les problèmes d'intégration seraient uniquement liés aux conditions économiques et urbanistiques.

Quant à la seconde, elle remet évidemment en question l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Un pays qui pénalise la mention du génocide arménien, qui occupe militairement une partie d'un État européen, qui réprime régulièrement dans le sang les séparatistes kurdes, et où n'existe, en dépit du caractère laïc -pour combien de temps encore ?- de l'État, aucune liberté religieuse, n'a rien à faire en Europe. On se demande pourquoi les milieux européens ont soutenu, lors des élections législatives de l'été dernier, les islamistes « modérés » de l'AKP, certes libéraux et pro-européens (mais pourquoi le sont-ils ?), au détriment des kémalistes, certes nationalistes, protectionnistes et anti-européens, mais avant tout et surtout laïcs et républicains.

Dans ce contexte inquiétant, le large soutien, en France, à la demande de naturalisation d'Ayaan Hirsi Ali est plutôt rassurant, même si, avec Ivan Rioufol, on peut se demander si la gauche française est sérieuse, apportant son soutien à l'ancien député néerlandais tout en condamnant implicitement les critiques envers l'islam qu'Ayaan Hirsi Ali a faites à plusieurs reprises, au péril de sa vie.

Comme Lomig le dit bien, et n'en déplaise à Pierre Catalan, soutenir la Néerlandaise est une exigence démocratique, moins pour les propos qu'elle a tenus sur l'islam que pour son droit de critiquer librement une religion. Ceux qui estiment en substance, comme lors de l'affaire des caricatures de Mahomet, de l'affaire Redeker ou du discours de Ratisbonne de Benoît XVI (qu'ils n'ont pas lu et qui ne faisait qu'évoquer une citation d'un empereur byzantin), que les personnes menacées l'ont bien cherché, sont les complices objectifs des islamistes.

Ils tombent ainsi dans le piège sémantique de l'« islamophobie », tendu par les islamistes à l'Occident : de peur d'être taxé de racisme, on n'ose critiquer l'islam et la menace qu'il représente pour la liberté. Ce faisant, on cantonne les musulmans dans leur identité religieuse, puisque toute critique de l'islam est considérée comme un appel à la haine à leur égard. Alors que, des victimes de l'idéologie islamiste, les musulmans modérés sont justement les plus touchés.

Je crois plutôt qu'il serait sage, en soutenant officiellement ces musulmans modérés, de renouer avec le modèle assimilationniste d'intégration, en rejetant clairement le « multiculturalisme » et le « cosmopolitisme », qui sont, je le répète, les noms politiquement corrects donnés au communautarisme et au tribalisme.

Regrettons à cet égard que Nicolas Sarkozy, en faisant « parrainer » à la rentrée prochaine par chaque élève de CM2 un enfant juif déporté pendant la Seconde guerre mondiale, relance la concurrence victimaire des communautés, qui n'en avaient pas besoin. Plus on imposera ces exercices de mémoire sur le génocide des Juifs, plus les autres communautés seront revendicatives, sans pour autant, comme on l'a vu pour la lettre de Guy Môquet, que la connaissance historique ne progresse. Je crains que cela soit une preuve supplémentaire de ce que Nicolas Sarkozy n'est pas le président de la rupture, mais bien du politiquement correct. N'avait-il pas affirmé, lors de sa dernière visite en Algérie, que l'islamophobie, qui vise un dogme religieux, était aussi grave que l'antisémitisme, qui vise un peuple ?

Si l'on n'a plus le droit de critiquer l'islam, on pourra au moins rire -et s'inquiéter- de la caricature de Gief sur cet archevêque inconscient - ou simplement réaliste.



Roman Bernard



Groupe Facebook de Chez Gief

jeudi 14 février 2008

Jean Quatremer, ou l'Europe cohérente

Bien que ne partageant pas -ou plutôt ne partageant plus- son enthousiasme pour la construction européenne, je suis un lecteur régulier du blog de Jean Quatremer, Coulisses de Bruxelles, UE. La qualité du style, la richesse des informations, l'originalité du ton employé, justifieraient à eux seuls la lecture de son blog, qui relève sensiblement le niveau de l'offre de Libération. Jean Quatremer est, certes, un fédéraliste.

Mais c'est un fédéraliste cohérent. Il a faite sienne la devise prévue par le Traité établissant une Constitution pour l'Europe, "unis dans la diversité". Et s'alarme à juste titre de l'anglicisation croissante de l'Europe et surtout de ses institutions, dont les actes publics sont quasi-exclusivement rédigés et/ou prononcés en anglais.

Dans son dernier billet, Does somebody speak English ?, le journaliste reprend la lettre envoyée en français par l'eurodéputé italien Marco Cappato à ses collègues, en guise d'appel à la défense de la diversité linguistique dans les institutions européennes. C'est ce type d'attitude, très rare, trop rare, qui serait de mise à me réconcilier avec l'Europe.

Si j'ai longtemps été européiste, traitant en 2005 ceux qui avaient voté "non" de "Gaulois", pensant aussi que l'Union serait le seul moyen de sauver les nations européennes de l'américanisation, j'ai peu à peu déchanté, constatant que l'Union européenne est précisément le vecteur par lequel la culture anglo-saxonne, et surtout la langue anglaise, colonisent le Vieux Continent. Nombre de fédéralistes, qui ne rêvent que d'unité, même au prix de la menace de la diversité linguistique, dont ils se moquent d'ailleurs souvent, ne relèvent même pas ce danger. Jean Quatremer si, et en plus de défendre à sa mesure la diversité linguistique européenne, condamne le laxisme de la France en la matière. Le français est en perdition dans les institutions européennes, internationales, dans le monde, et la Francophonie n'a même pas été l'un des enjeux de la dernière campagne présidentielle ! Consternant.

Si l'Europe était réellement utilisée à des fins nobles, je pourrais envisager d'être à nouveau un "Européen convaincu". Mais tant que l'Union ne visera qu'à faire disparaître les nations, leurs cultures et leurs langues, en dépit de ses bonnes intentions affichées, pour moi, ce sera "non" ! Je me demande d'ailleurs comment Jean Quatremer peut garder son enthousiasme intact, quand on voit la tournure qu'est en train de prendre la construction européenne. Enfin, au moins il est cohérent...

Roman Bernard

mercredi 13 février 2008

Un nouvel article passionnant dans Le Monde

Sur LCP-AN, John-Paul Lepers part à la rencontre des citoyens

Roman Bernard

Nicolas Lampion

Il serait loisible d'intenter un procès en « suivisme » à Criticus, qui reprendrait à son compte les critiques actuelles des grands médias, et notamment des hebdomadaires, à l'égard de Nicolas Sarkozy. Cela ne tiendrait pas debout, et ce pour trois raisons : d'abord, comme l'est Koz, je suis assez circonspect devant l'hallali médiatique qui a commencé contre le chef de l'État.

Comme Koz aussi, je pense que cet hallali disculpe les journalistes français de l'accusation de « sarkozysme » qui leur est lancée en permanence par les « critiques des médias » d'extrême-gauche, ou Marianne, dont les « unes » tapageusement anti-sarkozystes servent à masquer l'indigence du contenu - et à faire vendre un magazine d'intérêt limité. En outre, et surtout, j'ai critiqué dès l'été dernier Nicolas Sarkozy et les reculades de son gouvernement, contrairement au Point, qui est passé subitement de la dévotion totale à la critique sévère.

La troisième raison pour laquelle je tiens à garder mes distances avec l'antisarkozysme primaire qui, souvenons-nous en, avait déjà sévi pendant la campagne présidentielle, c'est que, bien qu'étant clairement déçu par la politique conduite par Nicolas Sarkozy, je ne regrette toujours pas mes votes des 22 avril et 6 mai 2007. Je rappelle à ceux qui ricanent de voir un « sarkozyste » déjà désappointé que le choix que j'avais, en face, était restreint : l'alternative à Sarkozy, c'était une vestale hystérique, arriviste et incompétente ou un européiste béat, poujadiste et mou du genou. Alors, oui, c'était un vote par défaut. Mais il convient ici de rappeler les principes du scrutin uninominal majoritaire à deux tours : soit on votait, au second tour, pour Sarkozy parce que l'on considérait qu'il était meilleur, ou « moins pire » que Royal, soit, à l'inverse et pour les mêmes raisons, on votait pour la candidate socialiste, soit, troisième solution, on s'en lavait les mains en s'abstenant ou en votant blanc ou nul, c'est-à-dire que l'on considérait que les candidatures de Sarkozy et Royal se valaient. Ce n'était pas mon cas. Si j'hésite toujours -réellement- à émigrer de ce pays figé, l'élection de Sarkozy a eu le mérite de retarder mon envie de partir. Si Ségolène avait été élue, nul doute que j'aurais fait des démarches d'émigration dès le lendemain de son élection. Je tiens également à dire que je n'ai pas attendu des prouesses de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement. Mais le refus d'instaurer l'indispensable sélection à l'entrée de l'Université, avoué rapidement par Valérie Pécresse, m'a très vite rendu suspicieux par rapport à la réalité de la volonté réformatrice du gouvernement. Les reculades sur le service minimum ou les retraites ont achevé de faire de moi l'un des premiers « déçus du sarkozysme ».

Un peu d'humour ne fait pas de mal...

Cette déception, je préfère l'exprimer avec humour, plutôt que de verser dans l'outrance comme de nombreux blogs et médias qui n'ont pas été déçus puisque ayant toujours été sarkophobes. D'ailleurs, si je suis sévère à l'égard du gouvernement, c'est parce que je pense qu'il ne va pas assez loin. Le contraire des antisarkozystes.

Et, avec humour, je comparerai ici Nicolas Sarkozy et Séraphin Lampion. Pour ceux qui, n'étant pas comme leur serviteur tintinophiles, ne connaîtraient pas ce dernier, Séraphin Lampion est un personnage atypique des Aventures de Tintin et Milou.

Il incarne la figure du « beauf », que les Belges francophones appellent « belgicain », et les Québécois « colon ». Séraphin Lampion est aussi un emmerdeur, un pique-assiette, qui n'hésite pas à venir s'inviter à Moulinsart pour infliger aux occupants du château ses platitudes, ses anecdotes sur son oncle Anatole et les assurances Mondass dont il est l'employé, et ses blagues au goût plus que douteux.

Quel rapport avec notre président de la République, dont la présence à l'Élysée est légitime, au contraire de celle, intrusive, de Séraphin Lampion à Moulinsart ? Tout simplement, et uniquement, ce subtil mélange de mauvais goût, d'inculture et de surestimation de soi qui caractérise les deux personnages. Je ne sais pas si je suis le précurseur de cette analogie entre Nicolas Sarkozy et Séraphin Lampion mais elle méritait d'être faite ici. Nicolas Sarkozy, c'est en quelque sorte Séraphin Lampion qui aurait réussi. Ce dernier, président du « Volant-Club » de Moulinsart et de la société des « Joyeux Turlurons », qui n'hésite pas, une fois le coup d'État du général Alcazar (cf. Tintin et les Picaros) grâce à son concours, à qualifier le dictateur sud-américain de « malabar », affiche le même sans-gêne que Nicolas Sarkozy, qui exhibait fièrement son sabre saoudien, lors de sa visite officielle à Riyad, sans avoir la solennité et la majesté qui seyent à un chef d'État. Nicolas Sarkozy, en l'espèce, est l'anti-de Gaulle, et c'est sans doute ce qui explique le mieux mon agacement à son endroit. Mais comme Séraphin Lampion -comme Nicolas Sarkozy peut-être, l'avenir le dira- fait partie des personnages qui gagnent à être oubliés, j'arrête là cette plaisante comparaison, dont je ne sais pas pour qui elle est le moins flatteuse.

Sur les médias français qualifiés à tort « de droite » et « sarkozystes »

Cela devient presque une coutume, je reproduis ici le contenu d'un commentaire que j'ai laissé chez Le Chafouin, qui estime que les médias français sont sarkozystes :

Sur le fond de ton billet, Chafouin, quand tu écris « les journalistes penchent globalement plus à gauche qu'à droite, du moins culturellement », c'est un doux euphémisme ! Les journalistes français sont ultra-majoritairement de gauche, non seulement culturellement, mais aussi politiquement, et c'est ce qui nous intéresse ici. S'ils ont offert une tribune dorée à Sarkozy de 2002 à 2007, c'est parce que ce dernier a su utiliser leur paresse, leur obsession de l'instantané et de la dernière info, et tout simplement parce que Sarkozy fait vendre. Je sais que tu dis tout cela, mais à mon avis, cela disculpe largement les journalistes de l'accusation de sarkozysme que tu leur lances. D'ailleurs, pour s'en convaincre, il n'y a qu'à demander aux journalistes ce qu'ils pensent de Sarkozy. Il y aura, je sais comme toi de quoi je parle, une grande majorité de journalistes qui auront de lui une opinion négative, voire hostile. Si nombre de gauchistes stupides (je sais, c'est redondant) avancent à tort que les journalistes français sont « de droite », c'est parce que tout d'abord, ils sont économiquement libéraux (eh oui, on est au XXIe siècle, ce que n'ont pas compris Acrimed et consorts, le clivage gauche/droite ne porte plus sur l'économie), et que leurs patrons, majoritairement de droite et sarkozystes, sont les arbres de droite qui cachent la forêt de gauche de la presse française. En oubliant que ce ne sont pas les patrons qui produisent le contenu des médias, mais bien les journalistes, et cela malgré les pressions.

Les médias français n'ont jamais mangé dans la main de Sarkozy, hormis Le Figaro, Le Point, TF1. C'est certes considérable, mais cela ne comprend pas les autres télés, toutes les radios (oui, toutes), les autres titres de presse, qui sont nettement majoritaires, et qui ne mangent pas dans la main de Sarkozy, bien au contraire. Si tous les médias ont fait la promo de Sarkozy, c'est que, même quand ils l'ont lynché durant la campagne présidentielle, cela lui a servi à faire la victime. Les journalistes français ont ainsi un rapport très pervers avec Sarkozy, puisque le détestant et voulant le discréditer, ils ne parlent que de lui, et font ainsi, bien malgré eux, sa publicité.

Si, dès les premières difficultés, ils s'empressent de l'attaquer, cela prouve, non pas qu'ils lui sont hostiles, mais en tout cas que le procès en sarkolâtrie que leur intentait Marianne était infondé.[...]


Roman Bernard



Photo téléchargée sur : http://tintin.francetv.fr/fr/aventures/persos/lampion.html

mardi 12 février 2008

Éric Zemmour, petit frère du peuple

À la découverte d'un roman global, le lecteur peut être tenté d'appréhender l'ouvrage à l'aune de ses préoccupations du moment. Puisque le récit fait apparaître toutes les contradictions d'une société, il est naturel que l'on entre dans l'histoire à l'aide de sa propre grille de lecture. Petit frère, d'Éric Zemmour, ne traite bien sûr que secondairement de l'impasse de la jeunesse française, mais les interrogations que celle-ci suscite en moi en ce moment y ont trouvé un écho certain. Mettant en scène un intellectuel médiatique juif, né au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, ayant pris part à toutes les « révolutions » du dernier demi-siècle, de Mai 68 à l'« antiracisme », Zemmour résume avec humour ce blocage de la jeunesse de France, qu'il explique par la toute-puissance des baby-boomers dans la société française :

Les baby-boomers sont vraiment les rois du XXe siècle. Ils ont tiré tout ce qui bougeait quand ils avaient vingt ans, ils ont pris la place de la génération des authentiques résistants en les traitant de fascistes, s'en sont mis plein les fouilles et, arrivés à la soixantaine, ils se débarrassent des jeunes cons en leur filant des diplômes au rabais et des boulots précaires, ils gardent tout le pognon pour eux et baisent donc les jeunes tendrons qui refusent de se faire sauter par des gars de leur âge qui n'ont pas un sou, aucun espoir d'en avoir avant longtemps, et qui n'osent pas tirer un coup de peur de faire de la peine à leur copine. Ah, comment vous dites déjà, les jeunes ? Trop forts, les vieux ! Et trop cons, les jeunes, oui !
(pp. 78-79)

Je n'ai bien évidemment pas lu Petit frère pour y trouver un miroir de mes réflexions sur la jeunesse française, mais la lucidité de l'auteur sur un sujet qui, a priori, ne le concerne pas, m'a agréablement surpris. Pour le reste, je savais ce que j'allais trouver dans le roman. J'ai également pu vérifier les qualités de plume de Zemmour, une nouvelle fois. Apparemment, l'auteur est conscient du fait qu'il écrit bien, et en abuse : si l'usage du verbe « celer » est louable -pourquoi est-il tombé en désuétude alors que son contraire, « déceler », est d'usage courant ?-, il est trop fréquent dans le livre pour qu'on ne puisse suspecter M. Zemmour de quelque pédantisme (ou de pédanterie, c'est selon). L'auteur n'aurait pas flétri la langue française qu'il aime tant en employant le verbe « cacher ». Mais cela n'est pas primordial.

Que nous raconte Petit frère ? L'assassinat d'un jeune Juif, en 2003, par son ami d'enfance, musulman, en plein Paris. Un fait divers, dont le caractère antisémite avéré avait été étouffé par les médias à l'époque. L'un des protagonistes, Pierre Gaspard, ministre fictif de l'Intérieur sous Chirac, demande à son ami, le héros susmentionné dont on ne connaîtra jamais le nom au cours de l'histoire, de faire une enquête discrète, et de veiller à ce que le drame ne soit pas ébruité. Cette plongée dans un univers qu'il idéalisait, conjuguée à la crise existentielle qu'il traverse, va le conduire à revenir sur nombre de ses convictions, de ses certitudes, sur l'immigration, l'intégration, le « multiculturalisme » censé affranchir les communautés culturelles de la tutelle de la France, laquelle laisse la place aux déchirements intercommunautaires dont le jeune Juif Simon est la victime expiatoire.

Le style, enlevé, et le lexique employé, très riche, feraient presque oublier au lecteur qu'Éric Zemmour, qui semble faire office d'éclaireur du héros, est avant tout un journaliste politique. Et que, comme tel, il exprime avant tout des idées, loin de se contenter de décrire la tragédie. Au chapitre des idées originales développées par l'auteur, notons celle-ci : l'avènement du « citoyen du monde », que Zemmour dénonce, constituerait la revanche du nomadisme sur la sédentarité. « Qu'est-ce que ce "citoyen du monde", sinon la revanche venue du tréfonds des âges des nomades sur les sédentaires, qui les ont soumis il y a plusieurs milliers d'années ? Nous n'en avions pas bien conscience alors. Nous ne devinions pas que ce nomadisme idéologique, ce cosmopolitisme de pacotille servait les intérêts des forces capitalistes de la dérégulation, qu'on n'appelait pas encore mondialisation. Certains d'entre nous allaient en tirer un profit colossal. » (p. 216) Ajoutons que nombre de personnalités de gauche se sont laissées prendre au jeu du cosmopolitisme, tout en dénonçant les États-Unis d'Amérique, alors que le modèle multiculturel dont elles vantaient les mérites provient précisément d'Amérique du Nord et qu'il constitue le « cheval de Troie » de la culture anglo-saxonne en France. D'où l'expression amère employée par Éric Zemmour d'« idiots utiles de l'Amérique » pour les qualifier.

Autre remarque intéressante, sur l'obstination de l'extrême-gauche et d'une bonne partie de la gauche à défendre l'immigration de masse, même lorsque celle-ci est clandestine : « Parfois je cherchais la cohérence de notre action. Celle du ressentiment historique peut-être. Nous n'avions pas pardonné aux ouvriers français d'avoir préféré en Mai 68 des augmentations salariales à la Révolution, leurs médiocres congés payés dans leurs minables Renault 4 plutôt que le Grand Soir. Nous avions pris au pied de la lettre les conseils ironiques de Bertolt Brecht qui avait proclamé : "Le peuple refuse le communisme ? Il faut dissoudre le peuple." Nous avions dissous le peuple français. Il avait été submergé par la vague innombrable et inépuisable des nouveaux damnés de la terre. Parce que nous avions échoué à changer l'homme, nous avions changé les hommes. » (p.237) Changer les hommes... projet totalitaire dont je ne suis pas sûr qu'il ait été consciemment conçu dans l'esprit des laudateurs de l'immigration de peuplement. Reste que la substitution ethnique et culturelle induite par l'immigration, et que Zemmour décrit par le changement des noms sur les boîtes aux lettres de l'immeuble, devrait au moins conduire à se questionner.

Mais l'auteur ne se limite pas à éclairer le récit par des digressions du héros. L'évolution des personnages elle-même est éloquente. Alors que Pierre Gaspard, le gaulliste historique, prône dans les années 80 une politique de fermeté, défendant le modèle assimilationniste d'intégration, il cède à tous les communautarismes à partir des années 90. Un parcours qui n'est pas sans rappeler celui de Jacques Chirac.

Derrière le héros, qui passe de l'antiracisme béat et irresponsable à l'effroi devant le travail de sape des réseaux mafieux et des prédicateurs religieux dans les quartiers, on peut aussi deviner l'esquisse d'un intellectuel comme Alain Fikielkraut.

Davantage que ce dernier, Zemmour amorce une critique du sionisme, qui, fondant en grande partie sa légitimité sur l'Holocauste, a enfermé les Français juifs dans leur identité religieuse, et a ouvert ce qu'il appelle la « concurrence victimaire ». L'auteur rappelle par exemple que lors du rapatriement d'Algérie, les Juifs ont choisi la France, et non Israël. Cette figure du Juif pied-noir, Français patriote jusqu'au chauvinisme, est incarnée, avec la nostalgie manifeste de Zemmour, par Jacques Mimoun, le grand-père maternel de la victime, qui s'offusque par exemple que l'hymne israélien retentisse lors de la bar mitzvah de son petit-fils, le frère aîné de Simon, Serge.

Parallèlement à cette « communautarisation » des Juifs de France, Zemmour décrit la réislamisation des immigrés d'origine maghrébine et africaine. Alors que, dans les années 80, l'identité française constitue un socle suffisant pour permettre la vie commune des Maghrébins et des Juifs, ce double processus, qui s'appuie notamment sur le délitement du sentiment national, va provoquer le repli, puis l'affrontement, des communautés, jusqu'au drame final. Lors de l'enterrement de Simon, qui constitue le chapitre dernier du roman, le héros, pris de culpabilité, réinterprète une sentence tirée du Talmud dans le sermon du rabbin : « Celui qui fait preuve de miséricorde envers le cruel se conduira bientôt avec cruauté avec le miséricordieux. »

Je tardai à en saisir le sens; mais finis par me sentir visé [...] Je traduisis ainsi l'ellipse talmudique : vous avez été laxistes au nom d'un humanisme dévoyé; vous avez fait l'éloge du multiculturalisme, du métissage, du dialogue des civilisations, vous avez paradé sur les plateaux de télévision, puis vous êtes retournés dans vos ghettos dorés et protégés, tandis que ceux qui étaient condamnés à vivre ensemble, ou plutôt côte à côte, enfermés dans leurs identités séculaires, s'étripaient, s'entre-égorgeaient. Des innocents payaient le prix du sang à votre place. Regardez vos mains.


Faut-il conclure avec Zemmour que l'« antiracisme » a du sang sur les mains ? Je me garderai d'émettre un avis en l'occurence, non qu'il ne puisse en être formulé un, mais la complexité des phénomènes en cause impose une certaine réserve dans le propos.

Qu'on ne fasse pas le procès à Petit frère, en revanche, d'« attiser » les conflits ethniques, dont il faut être sourd et aveugle aux nombreux avertissements offerts par l'actualité pour nier qu'ils existent. Que l'on pense à l'Affaire Halimi -ou plutôt l'Affaire Fofana- pour s'en convaincre. Si l'on faisait ce mauvais procès à Zemmour, celui-ci serait en droit de répondre, comme Zola le fit aux critiques de L'Assommoir qui lui reprochaient de faire de la pornographie : « J' ai montré des plaies... Je laisse au législateur le soin de trouver les remèdes. »

Roman Bernard

dimanche 10 février 2008

La France, je l'aime et je vais la quitter

Avant un billet plus détaillé, normalement ce soir, sur le "bilan" de Nicolas Sarkozy, voici déjà mon explication au Chafouin, qui trouvait exagérée ma volonté de quitter la France une fois mes études terminées :

Eh bien, dans ces conditions, moi, je me casse ! ;-) Un pays où il faut se mettre à genou (pour ne pas dire à plat ventre) pour avoir son permis (et y laisser une fortune), louer un appart (avec les parents qui se portent garants même quand tu as un CDI), où trouver un emploi à la mesure de ta qualification relève de l'exploit (merci l'Université de masse), où tu fais des stages gratuits dits d'"observation" mais où tu bosses plus que les titulaires, est un pays qui hait sa jeunesse... et qui va la perdre. Pour la première fois de son histoire, la France devient une terre d'émigration, avec tous les jeunes diplômés qui s'en vont enrichir nos concurrents, mais comme dans le même temps, on laisse venir les damnés de la Terre pour occuper les emplois dégradants que l'on ne veut plus faire, on ne voit pas ce problème. La France a besoin d'une reprise en main autoritaire, et rapide. N'ayant moi-même aucun moyen de changer quoi que ce soit, je vais me barrer. Comme j'estime avoir quelques compétences et un certain talent, je vais, comme beaucoup d'autres, punir un pays qui nous préfère des vieux blasés, conservateurs et pusillanimes. Ce ne sera pas sans regrets, mais sans scrupules.


Voici la réponse du Chafouin :

Mais je ne crois pas que c'est en partant et en comblant les départs par des "damnés de la terre" que la France va se relever. Alors de deux choses l'une, mon cher : soit tu aimes ton pays et tu te retrousse les manches pour l'aider plutôt que de vouloir t'enfuir en courant, soit tu préfères ton propre salut et effectivement, mieux vaut partir. Quant à moi, tout en regrettant sa pusillanimité, sâ lacheté, ses incohérences et son insolence, j'aime trop ce pays pour le quitter.


Et voici la mienne :

[...] On peut aimer son pays et partir (d'ailleurs, je n'ai pas dit que ce serait définitif, il s'agirait de quelques années).[...]

Je veux bien me retrousser les manches pour la France, seulement, je ne peux pas ! Je ne peux rien faire dans ce pays, à moins d'accepter une situation au rabais, mais je suis trop ambitieux et j'ai trop d'amour-propre pour cela. Et puis, même une situation au rabais c'est difficile à obtenir, vu que les corporations contrôlent tout.

Mon but, c'est de vivre et travailler en France, et si je le peux faire quelque chose à ma mesure pour contribuer à la sortir de l'impasse.

En attendant que ce soit possible, je vais aller à l'étranger (sauf si un boulot ou une personne de sexe féminin me retient, mais pour l'instant, ce n'est pas le cas), et depuis l'étranger, je resterai disponible pour un retour. Mais pour l'instant, la France, c'est mort.

J'ai la chance d'être allé deux fois au Québec, la première huit mois pour un séjour d'études, la deuxième pour un stage. Je vais avoir 25 ans cette année. Si j'ai bien une chance d'y aller, c'est maintenant.

Et si des cas comme le mien peuvent servir à faire bouger la France, tant mieux. Si la France ne veut pas qu'on la sauve, qu'on la punisse. À force de perdre ses talents, elle devrait comprendre...


Roman Bernard

vendredi 8 février 2008

Désaveu sondagier

J'ai lancé ici, au début du mois dernier, simultanément à l'écriture d'un billet dans lequel je prônais l'abrogation de la loi de séparation des églises et de l'État de 1905 au profit de l'instauration d'un nouveau Concordat, un sondage vous demandant votre avis à ce sujet. Sur 60 votants, vous avez été 53 à répondre "non" et 7 à répondre "oui" (on peut même dire 6 seulement, car j'ai moi-même voté "oui"). Criticus n'est pas un média et sa pérennité ne dépend pas du nombre de ses visiteurs, cependant, je tiens à instituer envers vous, lecteurs, une responsabilité d'un genre particulier ici (exercice professionnel de journaliste sans doute). Puisque vous avez clairement rejeté le Concordat par voie sondagière, je ne tenterai plus de le faire passer par voie billetière. Coïncidence plaisante avec l'adoption jeudi par voie parlementaire du traité européen "simplifié", deux ans et demi après le rejet franc et massif (près de 55 %, dont je ne faisais pas partie à l'époque mais dont je grossirais les rangs aujourd'hui si on daignait nous poser à nouveau la question) de la Constitution européenne, recyclée quasi-intégralement par le Traité de Lisbonne. Qui a dit que les blogueurs étaient irresponsables, au contraire des dirigeants politiques ?



Roman Bernard



Nouveau sondage : "Êtes-vous satisfait(e) de la politique conduite par Nicolas Sarkozy ?"

Quelques précisions concernant l'Aide médicale d'Etat (AME)

Ivan Rioufol a ouvert son blog le 1er février dernier, dans lequel il reprend ses blocs-notes du vendredi, auxquels s'ajoutent quelques billets durant la semaine. Le bloc-notes du vendredi 1er février dernier, justement, intitulé Le Libéralisme dénaturé, invitait à "repenser l'étendue de la solidarité nationale" (voir ci-dessous), et notamment celle de l'Aide médicale d'Etat, qui permet à une personne en situation irrégulière et présente sur le territoire français depuis au moins trois mois de bénéficier de la gratuité totale des soins et prescriptions médicaux et hospitaliers :

La solidarité, ses limites

Repenser l'étendue de la solidarité nationale ? Cette question interdite devra être posée, tant les prélèvements sociaux ne cessent de tirer le salaire net vers le bas. La décision du gouvernement, cette semaine, de rétablir comme jour férié le lundi de Pentecôte (décrété «jour de solidarité» après la canicule de 2003 qui a frappé 15 000 vieilles personnes) a été l'occasion pour des syndicats de dénoncer l'inégalité faisant supporter aux seuls salariés la prise en charge de la dépendance. Mais l'Aide médicale d'État (AME), qui offre les soins gratuits aux clandestins, n'est-elle pas davantage contestable ? Même Libération a laissé percer sa perplexité en racontant, jeudi dernier, le cas de cette femme sans papiers et infertile, épouse d'un polygame séropositif ayant à ce titre une autorisation provisoire de séjour pour soins, à qui l'AME a été accordée pour qu'elle béné­ficie d'une procréation médica­lement assistée (PMA). Elle est aujourd'hui enceinte. Renseignement pris auprès d'un pharmacien, la seule ordonnance pour une PMA (non compris le concours du médecin) peut aller jusqu'à 1 500 euros par acte. Elle est renouvelable six fois. Tolérable ?


Je reproduis ci-dessous le commentaire que mon ami pharmacien Timothé, qui n'est plus administrateur de Criticus mais qui peut, quand et comme il le désire, publier sur ce blog qu'il a fondé avec moi, a laissé en réaction au bloc-notes de M. Rioufol :

[...]

Je voudrais juste vous apporter quelques précisions concernant l'Aide médicale d'Etat (AME).

Je suis moi-même pharmacien et je m'étonne encore que l'on passe sous silence les dérives qu'elle génère.

Quelques chiffres qui vous seront précieux : ce sont près de 190000 personnes qui en ont bénéficié en France en 2006. Le panier moyen de soins s'élève à 2500 euros contre 1500 pour un assuré classique (bénéficiaire de la Couverture Maladie Universelle CMU y compris) !!

Les bénéficiaires de l'AME sont en situation totalement irrégulière sur le territoire français (on obtient la CMU et non plus l'AME dès que l'on a ne serait-ce qu'un titre de séjour).

Confronté quotidiennement dans mon exercice à ces patients, je peux vous certifier qu'il y a un fossé considérable entre ce que veulent bien nous évoquer les médias et la réalité.
Ces patients ne parlent pas le français pour la quasi-majorité. Cela pose des problèmes énormes : mauvaise utilisation des médicaments, "surconsommation" de soins, voire trafic de médicaments.

Mais les caisses d'assurances maladie ont leur part de responsabilité. N'est-il pas choquant de lire sur l'attestation qui leur est délivrée : "Pour bénéficier de cette gratuité, vous devez présenter ce document à l'établissement ou au professionnel" ? Pourquoi gratuité ? Il s'agit d'une prise en charge ! La santé a un coût, on nous le rappelle depuis l'instauration des franchises médicales.

D'autant que certaines dérives existent : certains patients font venir illégalement leurs proches en France afin de les soigner.

En tant que professionnel de santé, il est parfois insupportable de voir de tels abus et de tels comportements. Sans trop caricaturer, le fameux "Moi, pas payer" devient chaque jour de plus en plus pesant. Mais la déontologie m'impose d'être tout aussi professionnel avec ces patients. Ce que je fais. Avant de changer de métier l'an prochain.

Dernière chose : les bénéficiares de l'AME ne cotisent en aucun cas et sont bien évidemment exonérés des fameuses franchises médicales !

Révoltant, non ?

Timothé M.


jeudi 7 février 2008

Bruxelles n'a pas le monopole de l'Europe

Même Criticus peut attraper la grippe. Rien de grave, mais assez pour ne pas pouvoir poster pendant plusieurs jours. Etant encore convalescent, je ne me fendrai pas d'un grand billet ce soir, mais reproduirai ci-dessous le contenu d'un courriel que j'ai envoyé en commun aux Kiwis. J'y réponds à Seb, de Ca réagit, qui s'exclame : "Vive l'Europe !", en réaction aux propos critiques d'Edgar, de La Lettre volée, sur la "construction" européenne. J'espère que la grippe n'a pas affecté mes propos :

Vive l'Europe, oui... vive l'Union européiste, c'est une autre histoire. Pourquoi cet artefact vieux d'un demi-siècle s'arrogerait-il le monopole d'une civilisation près de trois fois millénaire ? Autre question : pour faire survivre l'Europe, n'est-il pas envisageable de supprimer l'Union européiste et la remplacer par une grande Union occidentale ?

Comme si ceux qui sont opposés à la "construction européenne" -en fait à la destruction des nations européennes, c'est-à-dire de ce qui fait toute la force de l'Europe- étaient tous des anti-européens. C'est parce que j'aime l'Europe que je refuse cette Eurocratie.

Éric Zemmour n'a pas tout à fait tort quand il dit que l'Europe -en fait l'Union européiste- est le cheval de Troie de la mondialisation.

Le plus amusant, c'est que beaucoup d'européistes présentent leur chimérique ouvrage comme la garantie de la sauvegarde de "la" culture européenne (qui n'est pas une mais plurielle, mais passons). Alors que la réalité, c'est que l'anglais est en train d'inonder l'Europe grâce à un outil conçu précisément par les Français et les Allemands pour se distinguer des Etats-Unis dans le camp occidental.

C'est réussi ! Pour ma part, quitte à devenir américain, je préfère être cohérent et me mettre du côté des Etats-Unis... c'est plus sûr.

Il va falloir du temps avant que les Européens, et en particulier les Français, comprennent que l'Europe n'est rien sans les nations, et que cet échafaudage en apparence rassurant n'est que le corbillard de ce qu'il prétend représenter.

Roman Bernard



PS : le caractère inachevé de ce billet d'humeur devrait hâter ma volonté de guérir et si tout se passe bien, deux à trois billets devraient suivre de vendredi à dimanche !