Cet article m'a été proposé par « Loïck », qui l'a écrit en 2003, lors des manifestations françaises contre la guerre d'Irak. « Loïck » a déjà publié un article sur Criticus : Le procès à charge de l’Occident. Hormis bien sûr les éléments de contexte, je n'en retrancherais pas ni n'y ajouterais une ligne, ce qui aurait plutôt tendance à prouver que rien n'a vraiment changé en France depuis six ans, sinon en pire.
Que signifient ces manifestations anti-guerre d'Irak ? Qu'y voit-on ? Une mobilisation de masse en faveur d'un dictateur qui gaze son peuple, pratique à grande échelle la torture, véhicule l'antisémitisme, le tout orchestré par une propagande sans contrepoids ni débat en France.
Évidemment, il doit exister d'autres solutions que la guerre pour se débarrasser de Saddam, et l'Irak ne représente peut-être pas une menace immédiate. Les pacifistes s'intéressent au sort du peuple irakien. Mais n'y a-t-il pas aussi, parfois, d'autres motivations ?
Visiblement, les Français - du moins ceux qui ont le droit de s'exprimer et qui sont relayés - disent qu'ils préfèrent Saddam à Bush. Cette attitude n'est que la conséquence de la logique poursuivie depuis quelques décennies. Le grand « mérite » de Saddam est de représenter un ennemi des États-Unis et d'Israël, c'est-à-dire des « bastions de l'Occident ». Le soutien envers Saddam est proportionnel à la haine de soi des Occidentaux, cultivée depuis des années par nos médias bien-pensants, et qui aboutit au désir de suicide par et grâce à l'islam et au monde arabe. Il s'agit dans ce texte d'un décryptage de forces inconscientes, et non de l'analyse d'un prétendu « complot », d'une volonté hostile que l'on prêterait à une « élite malveillante ».
En gros, les médias véhiculent les idées suivantes : l'Occident est responsable de la plupart des crimes contre l'humanité, passés et présents : colonisation, destruction écologique, Shoah, nazisme. Ces événements révèlent l'essence criminelle de l'Occident. Paradoxalement, le devoir de mémoire sur la Shoah a été instrumentalisé contre Israël : Israël = Occident - par opposition aux « Arabes » -, donc Israël = nazi, tel est l'amalgame fou des anti-sionistes. L'Occident étant si haïssable, identifié au Mal absolu, tirons-en les conséquences : cette civilisation mérite de mourir et d'être remplacée le plus vite possible. Par qui ? Par une immigration de peuples opprimés dans le passé par l'Occident, auxquels on prête une sorte de pureté morale, et qui sont en très grande majorité des populations musulmanes, souvent attachées à leur religion et à leurs traditions.
Évidemment, il s'agit d'un raisonnement subconscient, mais qui permet de décrypter à merveille la suite des événements : l'immigration massive, qui vise à remplacer carrément les populations occidentales coupables. Le culte du rap, du hip-hop, de la culture des cités (qui souvent, d'ailleurs, s'opposent à l'islam, et relèvent du « relativisme culturel », d'une sorte d'abdication de tout sens des hiérarchies culturelles). L'incapacité d'affirmer les valeurs des Lumières et à dire aux musulmans que leur religion est, sur certains points, archaïque et moins avancée que certains acquis de l'Occident (évidemment, la culture arabo-musulmane a des choses positives à apporter au monde occidental, mais ici nous évoquons les aspects moins positifs). Cette honte d'affirmer ses valeurs et de les imposer, y compris pour défendre les femmes opprimées par des machos d'origine musulmane et des coutumes barbares (excision, mariages forcés), ou pour défendre la communauté juive harcelée et molestée par des délinquants d'origine maghrébine.
Il faut donc réfléchir : voulons-nous vraiment jeter l'ensemble de la civilisation occidentale, et la voir remplacée d'ici quelques décennies par une sorte d'islam des banlieues, qui ne prendrait hélas pas le meilleur de cette religion mais ses aspects anti-occidentaux, conquérant par démographie et intimidation de plus en plus de pouvoir ? Il ne serait évidemment pas véhiculé par les musulmans silencieux et modérés, ni par les musulmans laïques qui combattent en prenant des risques immenses l'obscurantisme (et sont trop peu médiatisés) mais par des groupes actifs et revendicatifs, issus de mouvances ayant un projet sociétal et prenant la main sur leur « communauté ». Cette communautarisation, guidée par les voix rétrogrades qui véhiculent le ressentiment, serait un grave échec et créerait des réactions inquiétantes (votes d'extrême-droite d'un côté, et radicalisation, voire racisme anti-occidental de l'autre). Certains articles font état de plus de 5 millions de musulmans en France, qui représenteraient dans certains endroits entre le tiers et la moitié des moins de 20 ans. Dans l'état actuel de crise économique, de replis communautaires de tous côtés, de tensions particulières avec le monde islamique, de tentations xénophobes, faut-il continuer dans cette fuite en avant ? Ou bien refusons-nous ce scénario ? Faut-il faire venir encore des millions de nouveaux immigrés en Europe ? Et c'est sans compter l'importation des nouveaux immigrés, en général qui ne sont pas bouddhistes ni hindous pour majorité. Ou bien refusons-nous ce scénario ?
Les autorités européennes prétendent que d'ici peu, nos sociétés vieillissantes auront besoin de nombreux habitants et doivent favoriser encore l'immigration. D'une part, ce discours ne se vérifie pas, alors qu'il est tenu depuis au moins deux décennies : l'emploi ne reprend pas, le chômage se maintient et les jeunes issus de l'immigration ne bénéficient pas de l'intégration par le travail. Au contraire, les tensions et replis augmentent, ainsi que l'insécurité et la violence parfois gratuite.
L'heure du choix sonne maintenant. Il ne s'agit évidemment pas de rejeter les nouveaux arrivants, qui veulent vivre et travailler en Europe et qui affluent des pays les plus pauvres et meurtris. Mais il faut poser des conditions fermes et lisibles à l'accueil de ces arrivants : qu'ils acceptent réellement un socle commun de valeurs, notamment occidentales. Les musulmans sont les bienvenus en France à quelques conditions culturelles et idéologiques essentielles : ils doivent reconnaître l'égalité des hommes et des femmes, récuser les interprétations littéralistes du Coran qui appellent au meurtre des « infidèles » juifs et chrétiens, et accepter que chaque citoyen français, même s'il est d'origine musulmane, puisse changer de religion. Il semble que la honte des Occidentaux les pousse à ne pas mettre en avant ces points, notamment vis-à-vis de la représentation de l'islam en France.
C'est ce manque de lisibilité sur les principes qui n'est pas sain. Que chacun adhère aux valeurs de son choix, c'est très bien. Mais que les Européens ne sachent pas affirmer clairement leurs valeurs, louvoient, tergiversent, et ne précisent pas une sorte de contrat civique clair, voilà qui alimente toutes les ambigüités et permet à certains groupes obscurantistes de croire qu'ils peuvent prôner des valeurs résolument opposées aux Lumières. Ce ne sont pas ces groupes islamistes les premiers responsables, mais nous, Occidentaux, qui relativisons, disons « tout se vaut », puis hypocritement ensuite nous étonnons de voir burqas, voiles, revendications diverses. Si « tout se vaut », si les valeurs des Lumières ne sont pas affirmées, que reprocher à ceux qui veulent les remplacer ? On ne peut pas à la fois dire « tes valeurs valent mes valeurs », puis interdire la burqa. Soit on permet tout, soit on réaffirme sans complexe notre croyance, peut-être arbitraire, à la prééminence des Lumières sur d'autres visions du monde plus traditionnelles.
Refuser de poser ces conditions, c'est à la fois faire le jeu du Front national (FN) qui pourra attiser la crainte de l'autre, et renforcer les intégristes, qui auront l'impression que la laïcité est honteuse d'elle-même et livre une partie du peuple français d'origine musulmane au pouvoir d'organisations religieuses. Ce sera un cauchemar où il ne restera dans les cités qu'un sombre face-à-face entre intégristes et Français inquiets, se réfugiant illusoirement dans un vote FN.
Loïck
Criticus, le blog politique de Roman Bernard.
Vous voulez publier une tribune libre sur Criticus ? Vous pouvez m'envoyer vos suggestions d'articles à l'adresse suivante : criticusleblog@gmail.com .
jeudi 2 juillet 2009
blog comments powered by Disqus


