dimanche 31 mai 2009

L'anonymat, pour quoi faire ?

Le blogueur chiraco-villepiniste Reversus m'a « tagué » dans une énième « chaîne » portant sur la question récurrente de l'anonymat des blogueurs.

Reversus note que je suis un blogueur public, et que, au contraire de l'immense majorité des blogueurs politiques, j'écris sous mes véritables prénom et nom (Roman Bernard). Lorsque j'ai récemment lancé mon « appel à rédacteurs pour Criticus », j'ai imposé comme condition sine qua non que les nouveaux contributeurs de ce blog dévoilent leur identité réelle. J'ai depuis transigé avec cette condition, notamment dans le cas de Loïck. Mais je voulais signifier par là que je suis opposé à l'anonymat sur la Toile, qui permet à certains pleutres lâchement terrés dans l'anonymat de diffamer ceux qui comme moi ont le courage de leurs opinions politiques.

En dépit de ce risque, je persiste à préférer bloguer sous mon nom véritable, le blog constituant pour moi une expérience de la prise de parole publique. Puisque je nourris, à plus ou moins long terme - mais j'ai le temps... - une ambition politique certaine, je me dois d'assumer dès aujourd'hui les positions qui sont les miennes.

Ces positions, libérales-conservatrices, ne sont pourtant pas les plus répandues dans les médias, blogosphère comprise. D'où un étonnant paradoxe : je note une corrélation négative entre le conformisme des blogueurs politiques et leur courage à assumer leurs propos. Et, à l'inverse, je remarque que, outre moi-même, des blogueurs comme Juan Asensio, Franck Boizard, ou Didier Goux, qui ne passent pas pour les plus « bien-pensants » de la blogosphère, bloguent à visage découvert.

On peut se demander pourquoi des blogueurs, de gauche ou de cette droite socialisante et étatiste qui est la seule que la gauche reconnaisse comme républicaine*, tiennent tant à leur anonymat alors qu'ils ne font, en somme, que faire écho à la doxa.

Certains, comme le Chafouin (Pensées d'outre-politique), arguent de motifs professionnels : le Chafouin ne voudrait pas engager son employeur (un journal de la presse quotidienne régionale) par ses opinions (conservatrices).

Cet argument est éminemment spécieux : soit le blogueur n'a aucun réel engagement politique, et alors ses opinions ne comptent aucunement, soit il est un militant, un activiste, et son militantisme engage alors son existence entière. Cet argument du conflit d'intérêts me semble donc dissimuler, outre une certaine couardise, un manque d'ambition intellectuelle. Si l'on tient vraiment à ce que l'on écrit, on en est fier.

C'est parce que je suis fier de ce que j'écris que je tiens à ce que l'on sache que je suis l'auteur de Criticus. J'ai très tôt pensé que la rigueur rédactionnelle de mes billets constituerait une référence bien plus probante qu'un CV ou press-book.

Je ne m'étais pas trompé, puisque mes deux dernières expériences professionnelles ont été possibles grâce à mon blog. Sans Criticus, peut-être serais-je réduit au chômage.

Le deuxième argument pour justifier l'anonymat du blogueur est celui de la sécurité.

Mon ami Lomig, qui bloguait au départ sous son vrai nom, s'est inquiété des conséquences que pourraient avoir ses prises de position (courageuses) sur l'islamisme. Outre que les miennes sont les mêmes (à cette différence près que je différencie l'islamisme de l'islam), et que je ne me sens pas en danger - je fréquente un certain nombre de musulmans connaissant mes options et qui ne m'en ont jamais tenu rigueur -, je trouve illogique que l'on appelle à la « lucidité », à la « vigilance », alors que l'on n'ose pas afficher son vrai nom. Si l'on n'assume pas sa véritable identité, comment, en situation de crise, aura-t-on le courage d'agir contre le péril dont on prétend alerter nos concitoyens ?

J'ajoute que, sur ces questions délicates, le fait de donner son identité réelle est un gage de modération. Puisque la liberté d'expression qui nous est permise sur la Toile (pour l'instant) implique une responsabilité - il faut être capable de répéter dans la « vraie vie » ce que l'on écrit sur son blog -, le propos du blogueur responsable car non-anonyme doit être empreint de nuance, de retenue et de rigueur.

Je ne vois donc, cas particuliers mis à part - hauts fonctionnaires soumis au devoir de réserve, opposants politiques dans des États dictatoriaux - aucune justification sérieuse à l'anonymat. Je vois au contraire dans celui-ci le risque que de nouveaux Marat, n'ayant pas, grâce précisément à leur anonymat, à craindre la lame vengeresse d'une nouvelle Charlotte Corday, appellent à la violence physique sur leurs adversaires en toute impunité.

Roman Bernard

* Les Deux Républiques françaises, de Philippe Nemo

mercredi 27 mai 2009

Du pacifisme

Je suis franchement tombé des nues en voyant cette vidéo. C’est semble-t-il la promotion d’une marche pour la paix, qui aura lieu à Paris le 31 mai. On y voit diverses personnalités (enfin, je suppose qu’il s’agit de personnalités, dans la mesure où la moitié d’entre elles me disaient vaguement quelque chose) nous dire qu’elles sont pour la paix, qu’un monde en paix n’est pas une utopie, et que seule la paix permettra le vivre-ensemble et le métissage.




Bon.

Un rien sidéré par le niveau intellectuel de cette vidéo, je suis allé sur le site pour tenter de savoir ce qu’il en était vraiment. Après tout, une vidéo promotionnelle peut être nullissime du point de vue de la réflexion, cela n’en veut pas pour autant dire que ce qu’elle promeut l’est aussi. Je suis donc allé sur le site, et j’ai regardé leur présentation.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est du niveau de la vidéo. Si l'on retire les dix-sept lignes de présentation des people (dont Super Nanny. Je le signale parce que je l’ai vu en comptant les lignes) et d’anonymes et les huit lignes d’explications pratiques du « voyage pour la paix », il y a en tout et pour tout cinq lignes d’explications idéologiques.

Certes, ce n’est pas la quantité qui compte mais la qualité. Mais quand même, cinq lignes pour un texte politique, cela ne fait pas beaucoup. Mais que disent-elles, ces cinq lignes ? Eh bien, que ses auteurs veulent « redonner au mot "paix" tout son sens et son intégrité, parce [qu’ils veulent] croire qu’une humanité pacifiée est la seule voie qui nous permette de nous reconnaître et d’apprendre à vivre ensemble. » Avant d’expliquer que ce « Paris pour la paix » sera « un moment festif qui fournira aux Français une rare occasion de faire conscience commune, sans couleur politique et de s’unir pour la paix autour du foulard blanc. »

Avant toute chose, je tiens à signaler que j’ai cité le texte dans sa quasi-intégralité. On ne pourra donc pas m’accuser d’avoir fourni de citations tronquées, ni d’avoir dénaturé le propos.

Donc, qu’y a-t-il d’intéressant ? Déjà, on remarquera le « sans couleur politique ».

Donc, une manifestation prônant le métissage est sans couleur politique. Un rien effrayant, non ?

Car prôner le métissage, c’est éminemment politique. C’est une position de gauche, pour ne pas dire gauchiste, qu’on a le droit de partager (ce n’est pas mon cas, mais ce n’est pas mon sujet), mais prétendre qu’elle n’est pas politique, c’est un mensonge. Donc, les tenants du métissage prétendent que leur position n’est pas politique pour l’exclure du débat, afin qu’elle aille de soi.

Une manière de l’imposer à la société sans lui demander son avis.

Ou alors, cela veut dire que les tenants du métissage ne souffrent à ce point d’aucune opposition qu’ils sont sincèrement persuadés que leur position est apolitique. Ils n’imaginent même pas qu’il soit possible qu’on soit contre le métissage (sauf évidemment à être d’esstraime-drouâteu, et donc exclu d’office de la communauté humaine).

Enfin bref. Passons au cœur du sujet, à savoir la paix. C’est une marche pour la paix. Quelle paix ? La paix intérieure ? La paix dans les banlieues ? La paix au Proche-Orient, au Darfour, au Mexique, en Somalie, en Irak, en Afghanistan, au Sri Lanka ? Aucune en particulier, la paix en général. La paix comme objet de revendication. Seulement voilà, la paix en soi, cela ne veut rien dire.

Quand on manifeste, on manifeste pour quelque chose, à destination de quelqu’un.

Donc généralement, dans le cadre des manifestations pacifistes, on manifeste pour faire pression sur un gouvernement pour qu’il fasse la paix avec son adversaire, ou qu’il fasse pression sur les protagonistes d’un conflit pour qu’ils fassent la paix.

Mais manifester pour la paix en général, pour la paix comme idée, cela ne sert à rien.

Strictement rien, mis à part se donner bonne conscience en se livrant au sport national français tout en écoutant un concert gratuit à la fin.

Je veux dire, quand les gens manifestaient contre la guerre en Irak, c’était complètement idiot car George W. Bush se contrefichait de l’avis de ces gens qui ne votaient pas, mais bon, cela manifestait pour quelque chose, pas pour du vent. Quand les gens manifestaient pour la libération d’Ingrid Betancourt, c’était stupide car cela faisait monter la valeur d’échange de l’otage alors même que les manifestants réclamaient une libération négociée (même si je reconnais que c’est la médiatisation qui a incité le gouvernement colombien à lancer une opération militaire pour libérer spécifiquement ces otages-là), mais cela avait quand même du sens. Manifester pour la paix en Palestine, en Irak, en Afghanistan, ou sur la planète Mars, cela veut dire quelque chose.

Mais manifester pour la paix tout court, cela ne veut rien dire et ne sert à rien.

C’est pour cela que l’explication de texte ne fait que cinq lignes. S’il y en avait une sixième, on serait obligé de se rendre compte que c’est profondément idiot et inutile. Alors que là, des tas de gens très bien, engagés, des citoyens, vont pouvoir participer et promouvoir un message de paix et de métissage. Ils pourront dire qu’ils ont lutté pour leurs idéaux, et que ceux-ci sont profondément nobles.

Ils pourront dire qu’ils sont de dignes citoyens du monde.

J’aimerais leur dire, à ces manifestants, que ceux qui font la guerre se moquent qu’ils manifestent. Que les « jeunes » qui ont tiré à la kalachnikov sur des policiers se moquent de savoir s’ils sont citoyens du monde et pacifistes, ils se préoccupent uniquement du fait que la manifestation se déroulera dans l’endroit le plus fliqué d’Europe et qu’ainsi ils ne pourront pas venir se servir de leurs armes de guerre. Que les islamistes qui hurlent leur haine de l’Occident aux quatre coins du monde arabo-musulman n’ont rien à cirer de la paix et du vivre-ensemble, mais cherchent uniquement à savoir si l’Europe est toujours protégée par une armée qui les empêche d’aller convertir et asservir de force nos chers manifestants.

Mais cela ne servirait à rien. Ils vivent dans leur monde idyllique, où tout-le-monde-il-est-beau-tout-le-monde-il-est-gentil. Pas dans le monde réel, où les hommes s’entretuent depuis trois millions d’années et sont bien partis pour continuer.

Enfin. La paix, chacun le sait, c’est le camp du Bien. Je suis sûr que les Tutsis, les habitants de Srebrenica ou les Somaliens seront ravis d’apprendre que si l’ONU et la communauté internationale les ont laissés crever, c’est parce que faire la guerre, c’est mal. Tiens, si on allait manifester pour la paix au Darfour ?

Bon, allez, rassurez-vous, moi aussi je suis pour la paix. De même que je suis pour que le capitalisme soit moral, que les gens soient heureux et que sur cette île où j’habite, il cesse enfin de pleuvoir. Mais ce n’est pas pour autant que si j’organise une manifestation, cela serve à quoi que ce soit.

Criticus, le blog politique de Roman Bernard.

mardi 26 mai 2009

De la laïcité en Turquie

A lire, sur le blog d'Amel, Brèves de boudoir : De la laïcité en Turquie.

Roman Bernard

jeudi 21 mai 2009

La société diverse et ses ennemis, par Maxime Zjelinski

Que le débat sur l'immigration soit difficile et soit l'occasion, pour les deux parties, de s'adresser les pires insultes, il n'est pas besoin de le rappeler, la chose est évidente pour tout le monde. Les explications du soupçon permanent que l'on fait peser les uns sur les autres à ce sujet sont multiples, aussi nous en tiendrons-nous à une présentation du problème tel qu'il se manifeste aujourd'hui.

Tout débat sur l'immigration, il n'est pas inutile de le rappeler, implique le débat sur l'identité nationale. La venue d'étrangers sur le sol français est en effet perçue différemment selon l'idée que l'on se fait de la France et de ce qu'elle doit rester ou devenir. À gauche de l'échiquier politique, plus précisément au Parti socialiste (PS) où cette idée est explicitement formulée, on considère que l'immigration est une chance pour notre pays. On ridiculise volontiers la France rurale, trop attachée à un passé définitivement révolu, et on loue la France urbaine, ouverte à d'autres cultures et donc sauvée de la sclérose. Dans la France diverse, les Français d'origine étrangère sont des Français à part entière, et là-dessus personne ne trouve à redire.

Mais c'est encore au nom de cette France de la diversité que les enthousiastes s'interdisent d'approuver tout ce qui ressemblerait de près ou de loin à un contrôle de l'immigration et prennent la défense des clandestins pour lesquels ils réclament des régularisations massives, voire systématiques.

Un lien de nécessité est ainsi établi entre une certaine conception de la France et la politique à mener : des Français tolérant la diversité parmi eux n'ont pas le droit de refouler la diversité à leurs portes. D'où l'on déduit la réciproque : celui qui persiste à voir les sans-papiers comme des clandestins voit donc ses compatriotes comme des clandestins.

Ce raisonnement ne manque pas de sournoiserie. On se demande quel prix la France doit payer pour avoir cette chance de se renouveler. Dans l'esprit des apôtres de la diversité, la bonne France reste à faire et ne consiste que dans l'assemblage de cultures hétérogènes. Si les Français jouent le jeu et acceptent cet état d'esprit, les nouveaux arrivants devraient s'intégrer sans problème. Mais comment s'intégrer à une culture qui ne s'aime que pour haïr l'impérialisme américain, comment s'intégrer à un peuple qui s'efforce de comprendre que l'on siffle son hymne, comment s'intégrer à un pays dont on voit le drapeau brûler dans les quartiers qui, contrairement à ce qu'on dit, ne sont pas forcément les plus difficiles ? Comment, en somme, l'immigré s'intégrerait-il à un ensemble qu'on l'autorise à haïr et qu'on lui demande de toujours réinventer ?

D'aucuns diront que cette contradiction n'en est pas une et qu'un tel pessimisme révèle tout simplement le refus d'accepter les nouvelles réalités. Reste qu'à l'exception notable du MoDem, encore capable d'une certaine cohérence, les partis de gauche n'ont dans l'ensemble aucune réticence à encourager l'immigration massive dans un pays par ailleurs taxé de xénophobie, voire de racisme par les plus zélés. Mais si la France est un pays si peu accueillant, pourquoi se faire un devoir d'accueillir autant de gens ? L'immigration ne prouve-t-elle pas, selon le PCF, que la France fait rêver ? Le bon sens est-il donc si marqué à droite, que la gauche s'interdise d'en avoir ?

Les Français, dit-on parfois, n'ont pas le droit de refouler des immigrés, car ils sont eux mêmes largement issus de l'immigration. Qu'est-ce à dire ? Il faudrait, pour avoir droit à des frontières, n'être pas issu de l'immigration mais appartenir à une race pure, « 100% fromage, 0% couscous » ?

Cela veut-il dire qu'un peuple d'immigrés n'a pas le droit à la souveraineté ? Est-il vraiment intégré, celui que l'on oblige à se sentir solidaire de l'immigré comme si cet immigré était forcément son frère, comme si lui-même était toujours un immigré et n'avait, à ce titre, pas le droit de dire qui il accepte ou n'accepte pas chez lui ?

Il n'y a rien de plus discriminatoire, en vérité, que cette solidarité obligatoire entre les immigrés d'hier et ceux d'aujourd'hui.

Mais le plus étonnant, c'est d'entendre, non pas à droite, mais bien à gauche, que les Français auraient tort d'expulser des sans-papiers qui, en fin de compte, occupent les emplois les plus vils, les plus ingrats, les moins demandés par les enfants gâtés que nous sommes. Ségolène Royal expliquait que pour cette raison, les Français ne devaient pas reprocher aux immigrés de leur enlever le pain de la bouche. Si l'on veut bien se rappeler que Mme Royal est socialiste, on est un peu étonné de la voir défendre les « exploiteurs ».

Bien sûr, de telles déclarations ne visent pas à encourager les employeurs à se tourner vers des travailleurs en situation irrégulière. Au PS, on souhaiterait plutôt que ceux qui n'ont pas de papiers en obtiennent, afin qu'ils puissent faire légalement le boulot dont les Français « ne veulent pas ». C'est là en effet la condition avancée par de nombreuses personnes, et pas seulement à gauche, pour la régularisation : dès lors qu'un clandestin est en mesure de prouver qu'il aura les moyens de subvenir à ses propres besoins, l'État doit le régulariser, sans quoi la lutte contre l'immigration clandestine n'est plus une lutte contre la misère, mais contre l'immigré. C'est ce qu'on appelle la « régularisation par le travail ». Ce qui est étonnant, c'est que la gauche, au lieu de réclamer des hausses salariales pour attirer les candidats à l'embauche - ce qu'ils font très bien pour les secteurs où l'offre de travail ne manque pas - , justifie l'immigration par le besoin qu'en a l'économie nationale. D'un côté, on s'insurge contre l'immigration choisie, relent nauséabond du pire colonialisme, de l'autre on accepte que l'immigration soit voulue par les patrons. Ce n'est pas tous les jours qu'un parti de gauche préfère à la volonté unique de l'État la volonté plurielle des « exploiteurs ».

S'il est facile de pointer du doigt les contradictions de la gauche, il est nécessaire de dénoncer l'hypocrisie qui, plus à droite qu'à gauche, motive les déclarations les plus absurdes. L'idée que l'immigration est une chance pour la France a en effet pénétré si profondément dans la société que pour beaucoup de gens, il s'agit avant tout de souligner les effets secondaires de cette régénération par l'étranger, comme si ce n'était pas la potion elle-même, mais uniquement telle ou telle de ses conséquences désagréables, qui justifiait le rejet croissant du credo socialisant.

Ainsi une partie de l'opinion, mariée de force à un homme qu'elle n'a pas choisi, motive sa demande de divorce par les ronflements de son époux, la puanteur de ses chaussettes et la rudesse de ses coups. Pour expliquer les peurs de ceux pour qui racaille est synonyme d'immigré, on a souvent recours à la psychologie, qui nous fait voir la paranoïa derrière les arguments en apparence les mieux formés. Mais il y a une deuxième explication. Quand on leur explique que leur pays est celui de la diversité, que l'immigration est pleine de promesse et que les salades composées sont ce qu'il y a de meilleur, les Français souvent n'ont pas le réflexe d'en douter, la majorité adhère plus ou moins à cette conception d'une communauté enrichie chaque jour par les nouveaux arrivants, à la manière des États-Unis. Mais par moments, ces mêmes Français, dont l'ouverture d'esprit ne fait pourtant aucun doute, confessent ne plus se sentir chez eux, et cherchent une explication rationnelle à ce sentiment. Et comme il n'y a rien de tel que les chiffres pour appuyer son mécontentement, on cite ceux de la délinquance et du chômage. Or, ce mécontentement vise surtout les tenants les plus extrémistes de la diversité pour qui l'immigration ne saurait être autre chose qu'une rédemption pour les anciens colonisateurs. S'il n'est pas permis de critiquer le projet d'une France diverse ouverte à toutes les influences étrangères (sauf bien sûr celle de l'impérialisme yankee, définitivement hostile à la paix dans le monde), il ne faut pas s'étonner que certains Français (dont je ne prétends pas connaître le nombre) s'attachent à démontrer que les effets secondaires de la diversité annulent ses bienfaits, au lieu de dire simplement qu'un minimum d'homogénéité culturelle est requis pour former une nation, et que la communauté nationale repose sur autre chose que des salaires et des allocations. Les immigrés sont victimes moins du racisme que de l'hypocrisie.

On ne peut dans le même temps exiger des Français qu'ils s'enthousiasment pour le brassage des cultures et applaudissent au déclin d'une dignité nationale que l'on dénonce comme ringarde. À une époque de crise où les jeunes se demandent à quoi ressemblera leur avenir, où les parents se demandent à combien s'élèvera leur retraite, où la France peine à trouver son rôle dans l'arène internationale, où les anciennes colonies, moitié par devoir de mémoire, moitié par opportunisme, reprochent à la France son passé colonial, où des voix s'élèvent contre le diktat de Bruxelles - à cette époque-là, on voudrait que les Français acceptent une renégociation permanente de leur identité commune et un dialogue permanent avec des populations qui imputent à l'Occident tout ce qui ne va pas dans le monde. Sainteté ou masochisme ?

Maxime Zjelinski

Criticus, le blog politique de Roman Bernard.

mardi 19 mai 2009

Le procès à charge de l’Occident, par Loïck

Cet article m'a été proposé par Loick.

Éléments de réponse à Dieudonné et aux racistes anti-occidentaux.

La civilisation occidentale est l’objet d’un procès à charge, principalement depuis la Seconde Guerre mondiale et la décolonisation, repris par des mouvements récents. Ce procès est un élément-clef de la crise morale que connaît notre civilisation.

Celle-ci refuse d’affirmer ses propres valeurs à l’ONU (comme on l’a vu lors de Durban I et II), tête haute, et même de les faire respecter dans les pays européens. En réalité, les Occidentaux d’aujourd’hui ont honte de leur civilisation, et cette culpabilité les conduit à faire profil bas, à accepter des comportements inacceptables, à ne pas être clairs sur des points non-négociables.

Ainsi, on n'ose pas dire aux citoyens européens que la laïcité est non-négociable, tout comme la liberté d’expression. On voit mille atermoiements en Europe, par exemple lors de l’affaire des caricatures de Mahomet : qu’a fait le Président Chirac, alors en exercice ? Il a attaqué les caricaturistes et Charlie Hebdo qui les avait publiées, au lieu de défendre les valeurs de la civilisation occidentale.

Dans le même registre, on accepte que des expositions « religiophobes » soient interdites par peur de troubles à l’ordre public. On donne le droit à certains de faire interdire la représentation de la pièce de Voltaire Mahomet. Sur d’autres plans, on n'ose pas dire que des phénomènes d’une sous-culture urbaine, comme le rap et les tags, sont inférieurs à la musique classique et à la peinture académique. On a peur qu’affirmer la supériorité des valeurs occidentales puisse apparaître comme du racisme. Même les Droits de l’Homme sont soumis à ce malaise, accusés d’être occidentaux, ethnocentristes, donc mauvais.

C’est ce lien entre l’Occident et « le mal absolu » qu’il faudrait interroger. Est-il bien certain que l’Occident soit une civilisation essentiellement criminelle, ou en tout cas infiniment plus que les autres civilisations ? N’est-on pas passé d’un extrême à l’autre ? Au début du XXe siècle, l’extrême était d’affirmer la supériorité tout azimut de l’Occident, et de vouloir imposer ses valeurs au monde entier.

Aujourd’hui, on affirme implicitement son infériorité, on n'ose plus jamais dire que l’on est fier d’être français ou européen, et que certaines réalisations et valeurs de l’Occident sont supérieures à celles d’autres civilisations (tout comme chacune des autres civilisations a aussi des réalisations éminentes à son actif, et parfois supérieures aux réalisations de l’Occident). Ce fait d’affirmer que certaines valeurs et réalisations du monde occidental - réalisations concernant certains points précis et circonscrits - comme supérieures semble un racisme.

Dans ce cas, au nom de quoi pourra-t-on défendre les Droits de l’Homme, la liberté d’expression, l’égalité des sexes ? Si tout se vaut, pourquoi pas la Charia plutôt que les Droits de l’Homme ? Le procès fait à l’Occident a de nombreux fondements. L’Occident a été jugé responsable de l’esclavage, de la colonisation, des deux guerres mondiales, et enfin de la Shoah. Sans oublier le désastre écologique et, en partie, la misère actuelle du Tiers-Monde.

Les critiques de l’Occident considèrent que ces drames découlent presque directement des structures mentales et des croyances de l’Occident chrétien, que ce soit le catholicisme romain (ayant produit l’Inquisition, les massacres des Indiens en Amérique du Sud, etc.), le protestantisme (génocide des Indiens, apartheid). Poursuivant une telle logique, des courants non-religieux sont à leur tour accusés. Napoléon a été considéré comme l'« ancêtre d’Hitler » ; l’esclavage est un crime supplémentaire que l’Occident a rendu possible malgré ses valeurs humanistes. Pis, les Lumières sont accusées d’avoir provoqué la colonisation en tentant d’imposer leurs valeurs supérieures, en voulant lutter contre l’obscurantisme, et éduquer le monde entier. Aujourd’hui, l’interdiction du voile à l’école et la laïcité ne seraient que des relents du même esprit colonialiste. Avec un tel palmarès, l’Occident semble difficile à défendre. Il devrait plutôt se retirer de l’histoire, voire se suicider.

La seule chose que les Occidentaux devraient faire, c’est se repentir et chercher à réparer leurs fautes passées. L’idéal de notre humanisme moderne se tient là : accueillir les « sans-papiers » pour se faire pardonner ; supporter une délinquance parfois violente de quelques « enfants et petits enfants de la colonisation » parce qu’on sait bien qu’au fond, nos arrière-grands-parents ont eu des comportements bien pires à l’égard de leurs arrière-grands-parents, et que leur ressentiment, leur haine, sont tout à fait compréhensibles... Bien sûr, découlant encore de cette culpabilité, il y a la difficulté à affirmer la supériorité de certaines valeurs occidentales et leur universalité. De telles affirmations rappelleraient l’esprit colonialiste, elles sont donc impossibles - et devraient être sanctionnées par de nouvelles lois antiracistes, si on pousse à l’extrême cette logique. Que répondre à ce procès ? Comment défendre un peu l’Occident, et, d’ailleurs, le mérite-t-il ? Pour cela, il faudrait discuter les points suivants, et montrer que :

- les Lumières ont permis de lutter contre les excès de l’Occident (abolition de l’esclavage, Droits de l’Homme) ;

- C. Delacampagne note dans son Histoire de l’esclavage des remarques qui pourraient susciter la controverse : « En plus de ses buts politiques et économiques, l’entreprise colonisatrice possèd[ait] un objectif humanitaire qu’on ne saurait réduire à un simple prétexte : la lutte contre les formes résiduelles de traite et d’esclavage [...] De fait [...] les puissances coloniales s’employ[èrent] à arrêter la traite dans les territoires qu’elles contrôl[aient], ainsi qu’à poursuivre les "négriers" qui persist[aient] à dévaster l’Afrique (tel le fameux Rabah, finalement vaincu en 1900 à Kousseri, près de l’actuelle capitale du Tchad, par trois colonnes françaises) » (p. 234, Histoire de l’esclavage, de l’Antiquité à nos jours, Le Livre de Poche, coll. Références). D’autres sources parlent du Grand Marché aux esclaves d’Alger supprimé par les colonisateurs français. Évidemment, l’entreprise coloniale est particulièrement néfaste et indigne, néanmoins de tels éléments ne doivent pas être tus même s’ils ne changent pas la condamnation sans appel et globale que mérite la colonisation.

- certains disent que le nazisme révèle l’essence profonde de l’Occident, qu’il en est l’aboutissement logique et normal. L’Occident serait alors foncièrement destructeur, sa logique perverse aboutissant au pire génocide que l’humanité ait connu. Il faut quand même se rappeler que le nazisme était un mouvement explicitement anti-occidental, puisque Hitler haïssait le christianisme, les Lumières, le libéralisme ; rendre l’Occident responsable du nazisme, et réduire la civilisation occidentale au nazisme, devenu comme son « essence », est étrange. Cela équivaut à réduire le vaste monde islamique au mouvement Jeunes-Turcs et au génocide des Arméniens.

- il y a eu des crimes contre l’Humanité dans toutes les contrées, par exemple le génocide arménien, mais aussi le génocide qu’auraient subi les Hindous lors de la conquête musulmane. Ce sujet peu connu est bien sûr controversé, il suscite un débat en Inde et a donné lieu à quelques articles en français, voir sur le site de F. Gautier un article intitulé Le révisionnisme et le négationnisme en Inde montrant que peut-être 80 millions d’Hindous auraient été massacrés directement ou victimes indirectement de leurs conquérants musulmans lors de divers crimes collectifs.

- quant à l’esclavage, il perdure encore dans quelques pays musulmans, et l’esclavagisme n’a guère été combattu en-dehors de l’Occident. Le monde musulman n’a pas connu un courant abolitionniste et anti-esclavagiste puissant, de même qu’il n’a pas non plus mis à l’honneur la lutte contre les discriminations - tout en étant plus tolérant, durant des siècles, que le monde occidental.

Alors que les terres d’Islam étaient en avance morale sur le monde occidental sur de nombreux points, aujourd’hui hélas ce n’est plus autant le cas, il suffit de voir le sort des minorités religieuses, des chrétiens notamment, dans les pays d’Islam, souvent maltraités, parfois massacrés ou obligés à l’exil. On pourrait aussi songer à la condition des Juifs, considérés comme dhimmis, c’est-à-dire « protégés » et tolérés en terre d’Islam, mais sporadiquement massacrés, exilés, et dans une situation inférieure juridiquement durant des siècles. La tolérance islamique, si elle était bien supérieure à celle des chrétiens au Moyen-Âge, n’a pas suffisamment évolué et reste bien limitée selon les standards contemporains. Ne parlons même pas du sort des homosexuels dans les pays musulmans.

Même si l’Occident a commis des crimes impardonnables, souvent pires que ceux d'autres civilisations, doit-on oublier ses meilleures réalisations ? Car c’est aussi cette civilisation qui a proposé nombre de valeurs encore valables, et qu’on peut légitimement considérer comme bénéfiques et universalisables : je songe ici à la liberté individuelle, à l’égalité des sexes, au droit de changer de religion ou d’être athée, à la liberté d’expression et de débat, à la défense des minorités religieuses et sexuelles, à la démocratie.

Ces valeurs sont supérieures aux valeurs contraires : autoritarisme, inégalité des sexes, racisme et discriminations, interdiction de changer de religion, interdiction de critiquer les religions et de « blasphémer », refus du débat et de la remise en cause. Sur ces points précis, les autres civilisations devraient, dans l'idéal, adopter les normes occidentales, simplement parce qu’elles sont plus avancées que les normes pratiquées dans des sociétés dites traditionnelles. Ces dernières sociétés sont bien sûr plus avancées que les sociétés occidentales sur d’autres plans, la solidarité inter-générationnelle par exemple, le sens du partage, etc. En tout cas, les valeurs positives du débat, du libre examen critique, ont permis à l’Occident de développer la science.

C’est parce qu’il avait acquis cette supériorité technologique qu’il a pu - en en faisant un usage souvent criminel et impérialiste - dominer le monde. Ce n’est pas parce que l’Occident est intrinsèquement « impérialiste » qu’il a dominé les autres civilisations ; toutes ou presque sont impérialistes ou se croient supérieures aux autres. L’Occident a été conquérant parce qu’il était le plus fort. D’autres civilisations, si elles avaient été plus fortes, auraient conquis l’Occident.

Ainsi on pourrait se poser des questions qui resteront sans réponse, mais donnent à réfléchir : le monde musulman, s'il avait développé une science supérieure à celle de l’Occident, n’aurait-il pas poursuivi sa conquête et soumis Rome, puis Vienne et Paris ? Ou bien, peut-on supposer que cette civilisation n’avait pas de tentation « impérialiste », et n’aurait pas cherché à conquérir les autres ?

Difficile de répondre, mais il est vraisemblable que chaque civilisation puissante tend à conquérir et s’avère alors « impérialiste ».

Il n’y a donc pas de jugement moral à avoir sur ce point, ni à accuser l’Occident d’un impérialisme exclusif, qui serait miraculeusement absent dans d’autres contrées, « innocentes » par essence. L’impérialisme européen a battu l’impérialisme des empires moyen-orientaux, certes, mais cela relève d’un rapport de forces et non d’une méchanceté spécifique, d’une appétence de conquête tout à fait particulière à l’Occident.

On peut donc dresser un bilan mitigé de l’Occident comme de toutes les autres civilisations. Mais n’attaquer que l’Occident (ou l’Europe ou les États-Unis pris séparément) comme responsable de tous les maux du monde, ne serait-ce pas une forme de racisme élargi ?

Il faut appliquer l’attitude du soupçon à tous ces procureurs et tribunaux anti-occidentaux, démasquer leur volonté de puissance, ce qui les motive et à quelles fins ils instrumentalisent cette haine anti-occidentale. Il est temps de dire haut et fort que si l’Occident a commis de nombreux crimes (c’est indéniable), d’autres civilisations - sinon toutes - ont été criminelles, esclavagistes et impérialistes. La repentance ne peut pas être à sens unique.

Loick

Criticus, le blog politique de Roman Bernard.

lundi 18 mai 2009

Les voyous et leurs idiots utiles, par Maxime Zjelinski

Ce qui frappe quand on aborde le sujet de la délinquance, des bandes violentes et des actes de malveillance en tout genre, c'est la hâte avec laquelle les représentants d'une certaine sensibilité politique font de ce problème une histoire de chiffres.

Quand bien même les chiffres diraient le contraire, rien ne justifierait l'importance excessive donnée à ce phénomène. Les hommes de gauche hésitent ainsi entre deux positions pour le moins contrastées : il y a assez d'insécurité en France pour disqualifier la méthode Sarko mais pas assez pour prendre au sérieux ceux qui en 2002 votaient pour le Front national (à cause des sondages, selon les socialistes). Où donc se situe le seuil en-deçà duquel tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Quel est cet optimum au-delà duquel la fermeté est la règle ?

Il faut dire qu'à gauche, la racaille passe pour un ange à côté du patron, ce « riche délinquant » (Ségolène Royal) qui licencie à tour de bras. La conquête de nouveaux droits sociaux prime l'application des droits déjà existants. La victime d'un encapuchonné intéresse moins que l'employé de Continental dont le malheur révèle les « méfaits du libéralisme ».

En outre il faut, nous rappelle le bien-pensant, éviter tout amalgame et faire la part des choses. Toutes les racailles ne s'appellent pas Mouloud (qui le prétend ?), et tous les pauvres ne sont pas des racailles (qui le pense ?). Mais dans le même temps on nous explique que la misère et le racisme engendrent le désespoir, et le désespoir la violence. Je doute que les chômeurs, les travailleurs pauvres et les immigrés sans histoire apprécient de se découvrir une parenté avec des sauvages. Drôle de façon d'éviter l'amalgame.

Toutes ces précautions visent en vérité un même but : éviter que les démagogues au pouvoir n'instrumentalisent le désordre à des fins exclusivement politiques (je pense à la réaction de ce jeune étudiant à Sciences-Po tabassé dans un Noctilien). Il est évident qu'à gauche, la hausse de la délinquance dérange, elle met en évidence l'angélisme des uns et des autres qui leur interdit de condamner les vauriens sans parler aussitôt de justice sociale, condition préalable à tout ordre véritable. Les années passant, cette position devient intenable. Mais la délinquance est aussi un argument de la campagne permanente contre le gouvernement : s'il n'est plus permis de nier la gravité des faits, ces faits doivent étayer les conclusions pessimistes des partis de gauche sur la société française, inique, fracturée, bâtie sur l'injustice et le mépris des libertés essentielles. La délinquance devient la preuve que rien ne va plus en France, que Nicolas Sarkozy fait n'importe quoi, qu'un changement est non seulement possible mais urgent. Qui instrumentalise qui ?

La délinquance est non seulement une preuve, mais un outil. Les partis de gauche l'ont bien compris, qui font d'elle un fléau rédempteur. Les politiques, les patrons, les « riches », pour avoir été sourds à la voix du peuple, subiront tôt ou tard, dit le prophète, la violence des exclus, la barbarie des damnés. C'est une lecture eschatologique de l'histoire, qui fait des violences quotidiennes l'accomplissement d'une volonté supérieure, la réalisation de l'Esprit, la révélation ultime.

Faudra-t-il qu'à l'arrivée de ce Nabuchodonosor bigarré nous nous exilions ?

Les racines du mal, on a l'habitude de les chercher du côté de la société.

L'explication de la violence par la misère, la discrimination, l'isolement géographique, par le milieu en somme, ne manque pas de subtilité. Faisant du bourreau une victime et de la victime un bourreau, elle brouille les distinctions que l'on croyait solides. Y adhérer rend intelligent. Le voyou ne savait pas qu'il jouait un rôle historique avant qu'on l'en informe. Car en proposant une lecture de l'actualité, on n'en fait jamais un simple commentaire, on agit, on s'engage dans un conflit où analyses et théories sont récupérées, utilisées, déformées. Le journaliste « professionnel » qui s'acharne à dénoncer toutes les récupérations ne se demande pas quelle utilisation on fait, sur le banc des accusés, de sa sociologie misérabiliste où le vrai coupable est toujours un autre.

D'où vient cette patience infinie à l'égard des bandits ? Qu'est-ce qui pousse un jeune étudiant à prendre la défense de ses agresseurs ? Les explications ne manquent pas. On n'a pas suffisamment rappelé que les violences dont nous parlons frappent une société démocratique, et que l'homme des démocraties, Tocqueville l'a souligné, a sa psychologie, sa vision du monde, sa façon d'affronter le conflit. Rien ne l'occupe davantage que la recherche du bonheur. Projeté dans un monde où tous les jours les lois de l'économie se rappellent à lui, l'homme démocratique aime à croire que l'argent vient à bout de tout. L'idée d'un mal qu'on ne puisse soigner immédiatement par l'argent l'insupporte. D'où peut-être son attirance pour les interprétations marxistes de l'histoire et son aversion pour les conflits armés, favorisée chez nous par la construction européenne. En un mot, l'homme des démocraties n'est pas à l'aise avec la distinction opérée par le sens commun entre ami et ennemi, allié et adversaire, agresseur et agressé : il la trouve suspecte et se dit qu'il y a forcément un moyen de dépasser cette désagréable réalité. En payant des impôts barbaresques, par exemple.

Entre le négociateur infatigable et le sauvage analphabète, l'entente est donc inévitable. Pour une personne associant le bonheur à la prospérité et l'agressivité à la frustration, la violence gratuite ne peut qu'être le symptôme d'une profonde souffrance. Loin donc de porter préjudice aux voyous, le recours systématique et illimité à la violence prouve qu'ils sont au bout du rouleau. Quelles conclusions les Français tireront-ils de cette subtile psychologie du bourreau quand ils réaliseront que derrière elle se cache la loi du plus fort ?

Jusqu'au coup d'État bolchévique en Russie, rien n'interdisait de croire que la foi socialiste complèterait la loi au lieu de l'annuler. Chez nous, la gauche est souvent à deux doigts d'avouer elle-même son mépris pour les « libertés formelles ». Les victimes de la délinquance ne bénéficient pas de ce déploiement d'analyses, de réflexions et de subtiles philosophies dont profitent les racailles. On a l'impression désagréable que le citoyen doit attendre patiemment que la prévention, l'éducation, la réintégration des exclus dans le tissu social fassent leur effet. La sécurité n'est pourtant pas une valeur de droite mais une question de droit. Je crois que le problème de la délinquance aujourd'hui est avant tout politique. Il n'y a pas trente-six manières d'attraper un voyou et de l'emmener au poste. Le vouvoyer, faire copain-copain, lui demander comment va maman ne changera strictement rien, même si les racailles aiment raconter aux caméras qu'un peu plus de politesse de la part des policiers simplifierait leur rapport à l'uniforme. Le problème de l'insécurité n'est pas, en soi, un problème de criminalité en hausse, de bandes armées jusqu'aux dents, de bêtes féroces indomptables : c'est d'abord un problème de complicité entre les brigands et leurs avocats bénévoles qui leur répètent chaque jour qu'ils ne sont pas seuls et que leur violence dit quelque chose d'intéressant à la société. Le plus inquiétant, ce n'est pas cette horde de sauvages débarrassés de toute mauvaise conscience, mais l'avenir que nous prépare cette alliance malsaine entre les barbares et les lettrés.

Maxime Zjelinski

Criticus, le blog politique de Roman Bernard.

samedi 16 mai 2009

La peine capitale en question (2)

Voici la vidéo ultra-violente, envoyée par un lecteur de Stalker, qui a inspiré le billet de Jean Robin et le mien.

video


Roman Bernard

mardi 12 mai 2009

Inversion morale

Au JT de 20 heures de France 2 du lundi 11 mai dernier, deux nouvelles sont tombées coup sur coup, qui pourraient faire rire si elles n’étaient pas aussi désespérantes. Elles pourraient faire rire, si elles n’en disaient pas long sur l’état de déchéance morale de notre société.

Premièrement, c’est l’affaire Gasquet. Le tennisman a été contrôlé positif à la cocaïne et suspendu deux ans, selon la procédure. Ce qui était remarquable, c’était le ton du reportage. En gros, c’était le pauvre Richard Gasquet, qui n’a consommé de la cocaïne qu’une seule fois, c’est bien injuste qu’il ait une sanction si sévère, d’autant plus que ce n’est pas un produit dopant, etc.

Délirant, non ?

Car enfin, si je suis le premier à dire qu’un toxicomane est une victime de la drogue, et mérite l’aide de la société pour s’en sortir, ce n’est absolument pas le cas des consommateurs occasionnels. Non, ceux-ci sont coupables, et mille fois coupables.

Coupables de consommer un produit illicite. Coupables de donner de l’argent à des dealers. Coupables de donner de l‘argent à des assassins. Coupables de donner de l’argent à ce qui est la pire des maffias.

Car ceux qui consomment de la drogue comme cela, pour s’amuser, pour passer une soirée, sont, assurément, les pires des drogués. Ils n’ont aucune excuse, si ce n’est qu’ils sont trop riches, trop gâtés, trop bêtes même pour réfléchir aux conséquences à long terme de leurs actes. Oh, pas envers eux, que ces idiots se bousillent la santé est bien le cadet de mes soucis, mais envers l’argent qu’ils ont donné pour se droguer.

Cet argent, qui va servir à financer l’achat d’armes, de munitions, à corrompre des fonctionnaires, à tuer.

Cet argent, qui sert à détruire à petit feu les États mexicain et guinéen, et à créer un narco-État à la frontière Sud des États-Unis, et un autre aux portes de l’Europe.

L’argent de Richard Gasquet, qui sait, a peut-être servi à acheter des munitions qui ont servi au meurtre d’un policier mexicain. L’argent de Richard Gasquet a peut-être servi à embaucher un tueur à gages qui a décapité quelqu’un, et laissé sa tête bien en évidence pour servir d’exemple aux autres.

L’argent que Richard Gasquet a dépensé dans sa cocaïne, c’est un meurtre indirect.

Alors franchement, deux ans de suspension ? Je ne sais pas si c’est disproportionné, mais si ça peut servir d’exemple à d’autres petits cons, j’applaudirai des deux mains.

La deuxième information qui m’a fait désespérer du monde dans lequel je vis, c’est la condamnation d’un instituteur à 500 euros d’amende avec sursis.

Celui-ci avait dans sa classe un élève de neuf ans qui, apparemment, montrait ses parties génitales à ses camarades pendant la classe. L’instituteur a pris l’élève dans son bureau, a sorti un cutter, et lui a dit : « Je coupe tout ce qui dépasse », pour le calmer.

Or, figurez-vous que le pauvre chéri a été traumatisé et qu’il a été le raconter à ses parents.

Et qu’ont fait ceux-ci ?

Au lieu de faire ce qu’aurait fait n’importe quelle personne saine - je n’ose dire normale, car la normalité est la majorité et je crains que la majorité ne soit comme eux - à savoir avoir honte du comportement de leur enfant et tenter de le cacher, ils sont allés porter plainte.

Oui, parfaitement, porter plainte.

Mon fils montre son sexe en cours, monsieur l’agent.

Et non seulement il s’est trouvé des parents assez atteints pour trouver qu’il fallait aller raconter à tout le monde les activités de leur enfant, mais il s’est trouvé un juge pour condamner l’instituteur.

Je vous laisse imaginer les dégâts sur cet enfant.

D’abord, des parents incompétents qui n’arrivent pas à lui apprendre qu’on ne montre pas son sexe en classe.

Ensuite, les mêmes parents, irresponsables, qui lui font comprendre que c’est lui qui a raison et son instituteur qui a tort.

Enfin, une justice folle qui valide l’irresponsabilité et l’incompétence des parents, et condamne le seul qui pouvait encore sauver ce pauvre gosse.

Les parents devraient avoir honte, honte du comportement de leur enfant, honte du message qu’il leur envoie. Honte de son appel à l’aide, de son appel à trouver des limites, de son appel à l’autorité.

De même que Richard Gasquet devrait avoir honte, honte d’avoir consommé de la cocaïne, honte d’avoir donné de l’argent à des tueurs, à des assassins, honte d’avoir contribué à la destruction de l’État mexicain.

Mais dans les deux cas, ce ne sont pas eux qui ont honte.

C’est moi, moi qui ai honte de vivre dans cette société où tout repère moral est manifestement aboli. Honte de vivre dans cette société où toute barrière morale s’est effondrée. Où la morale est inversée.

Criticus, le blog politique de Roman Bernard.

lundi 11 mai 2009

La peine capitale en question

Dans son dernier billet, Jean Robin a linké vers une vidéo ultra-violente, où un homme est mis à mort par une horde de sauvages, certains faisant exploser sa boîte crânienne en sautant à pieds joints dessus. Rien à voir avec la vidéo du Noctilien, ni non plus avec celle de l'Université Lumière Lyon 2. Je n'éprouve aucune délectation, au contraire, à regarder un tel type de vidéos, et le manque d'informations dont on dispose à son sujet m'interdit d'en tirer trop de conclusions. Dans la discussion faisant suite au billet précédent, le débat a porté sur la couleur de peau de la victime, une question superficielle, au figuré comme au propre. La seule véritable question est de savoir quel châtiment la société doit infliger aux auteurs de tels actes de barbarie. Qu'on ne me parle pas de réinsertion, solution de gauche, ni même de rédemption, solution chrétienne. Des individus qui s'attaquent à plusieurs à un homme seul et s'assurent qu'ils l'ont bien tué en lui sautant à plusieurs reprises sur le crâne ne méritent pas, ne mériteront jamais de vivre en société, ni peut-être même de vivre tout court. Ils doivent à tout le moins être privés de vie sociale, sinon de vie biologique. Le seul débat qui doit avoir lieu doit opposer ceux qui prônent une réclusion à perpétuité réelle et ceux qui, pour des raisons diverses, pensent qu'il faut plutôt mettre à mort de tels individus.

Je continue, en dépit de la violence extrême de cette vidéo, à privilégier la première solution, et ce pour une seule raison : l'impossibilité, même en cas d'aveux, même avec des preuves accablantes, d'établir avec une certitude absolue la culpabilité d'un accusé. Il existe évidemment des cas où cette certitude est immense, mais comme je l'ai écrit récemment, la loi doit reposer sur des principes universalisables : on ne peut être qu'à moitié pour la peine de mort.

Mais que l'on soit favorable à la peine capitale ou à une réclusion à perpétuité réelle, on ne peut que vouloir protéger la société d'individus aussi inhumains.

Si l'on manque d'informations sur cette vidéo, on n'en manque pas sur l'affaire Halimi-Fofana, où le dernier nommé, bien qu'il s'en vante, n'en reconnaît pas moins avoir enlevé, torturé, brûlé et laissé pour mort Ilan Halimi. J'ai posté sur Twitter un « twitt » en guise de plaisante provocation, comme j'en ai pris l'habitude ces derniers temps.

Mais si je continue à être opposé à la peine capitale, que répondre à ceux de mes proches - parfois de gauche... - qui pensent qu'il faudrait mettre à mort le barbare ?

Que leur répondre d'autre que, la vie d'Ilan Halimi ne pouvant plus être rachetée, seule une peine de travaux forcés à vie permettra de punir son meurtrier, jusqu'à ce que mort s'ensuive ? Qu'on le punira mieux comme cela qu'en le soulageant de la vie ?

Roman Bernard

A lire aussi, la note de Juan Asensio.

dimanche 10 mai 2009

Commerce équitable pour qui ?, par Jean Robin

Le vendredi 8 mai dernier, au JT de 13h sur France 2, j'ai visionné une apologie ahurissante du commerce dit équitable, avec publicité gratuite pour Max Havelaar pendant plus de trois minutes. Le reportage était complètement orienté et nullement journalistique, puisqu’il s’agissait d’un publi-rédactionnel au bénéfice de Max Havelaar. Quant au représentant de cette société qui était invité par la suite sur le plateau de France 2, il a été traité comme un chef d’État ou de gouvernement, avec tous les égards et toute la déférence dus à son si haut rang.

En effet, le développement durable, le commerce équitable et l’écologie en général bénéficient du statut de vache sacrée dans notre pays, à tel point qu’il ne peut exister d’autres visions ni d’autres versions du commerce. « Il faut acheter équitable ! », n’a cessé de marteler le représentant de l’équitable depuis 20 ans en France, comme d’autres disaient « Il faut acheter français ! » il y a quelques dizaines d’années seulement.

Voilà la contradiction majeure du commerce soi-disant équitable, mais qui ne dit pas pour qui il est équitable, et pour qui il ne l’est pas. Pendant que les consommateurs français sont invités, ou plutôt forcés à manger équitablement, les producteurs français sont invités et forcés quant à eux à aller voir ailleurs si les consommateurs y sont. Las, nul Chinois, nul Péruvien ni nul Zimbabwéen n’achètera jamais ses poissons, ses céréales ou sa viande, au producteur français ! Il n’a donc qu’à crever, puisque les supermarchés n’ont pas une surface de vente illimitée.

Voilà la seule question un peu dérangeante que la « journaliste » ait eu l’audace de poser à notre représentant de l’inéquitable depuis 20 ans en France : proposer ses produits en supermarché, n’est-ce pas contradictoire par rapport à une étiquette équitable ? Non madame, c’est normal de vouloir atteindre les consommateurs quand on est producteur, voyez ?

Elle n'a rien répondu, mais elle aurait pu dire, par exemple, je vois, donc mieux vaut subventionner les producteurs qui meurent à l’autre bout de la Terre plutôt que ceux qui meurent dans notre propre pays.

Depuis que l’idéologie dominante est anti-nationale, anti-occidentale et anti-libérale, peu importent les réalités. La sacro-sainte règle du « mort kilométrique », selon laquelle plus un mort est éloigné, moins il a d’importance, cette règle se voit inversée désormais, et veut que plus un mort est éloigné, plus il est important à nos yeux, et inversement. Les bons sentiments nous aveuglent et nous empêchent de voir et de comprendre une équation pourtant simple : commerce équitable = chômage en France.

Je passe du coq à la poule, mais voici une autre équation simple que personne ne veut voir : Blanc mis à mort publiquement par des racailles < un non-Blanc sur lequel la police tire au flash-ball pour empêcher que la situation ne dégénère. Ce dernier événement a fait le tour des JT ces derniers jours, par contre le premier n’a été relaté par aucun d’entre eux, alors qu’il circule déjà depuis deux semaines sur la Toile. D’ailleurs le voici, attention ce sont des images ultra-violentes, il faut éloigner les enfants.

Voilà où mènent les bons sentiments, qu'on parle de commerce équitable ou d'éducation, de chômage, de précarité ou de mort.

Jean Robin, fondateur des Éditions Tatamis.

Criticus, le blog politique de Roman Bernard.

La tentation Libertas

Récemment « tagué » par L'Hérétique, j'ai passé le EU Profiler, qui permet de connaître ses correspondances avec les principaux partis politiques français et européens, sur une grille où le clivage gauche-droite est représenté en abscisse et le degré d'intégration européenne souhaité est figuré en ordonnée. Comme l'excellent H16, je me retrouve dans un vaste espace vide de partis, ceux dont je suis le moins éloigné étant de centre-gauche (Mouvement républicain et citoyen), de centre-droit (Alternative libérale), de droite (Mouvement pour la France, Chasse, pêche, nature et tradition), et d'extrême-droite (Mouvement national républicain). Bref, rien de bien concluant. Si je me retrouve sans surprise à droite, sur le plan socio-économique, (on notera à cet égard que le parti le plus à droite est non le Front national mais... l'Union pour un mouvement populaire), je suis, du point de vue de l'intégration européenne, un « centriste », puisque je ne semble être pas plus contre que pour la « construction » européenne. C'est le biais de ce « quizz », réalisé par des européistes pour des européistes ou pour des souverainistes honteux.

Il est révélateur que les partis les plus européistes, qu'ils soient de gauche (Parti socialiste), du centre (MoDem), ou de droite (UMP), soient en haut, les autres en bas.

Le problème, quand on n'est ni européiste, ni souverainiste, mais occidentaliste, c'est-à-dire que l'on reconnaît à l'Union européenne un rôle de contrepoids aux États-Unis au sein du monde occidental, mais certainement pas sous la forme de technostructure bureaucratique qu'elle a prise depuis les années 1980-1990, et que l'on est attaché à l'idée de nation sans pour autant prôner l'isolement de chacune des nations occidentales, on ne se retrouve nulle part, dans cette grille non pertinente.

Liberté des individus et liberté des peuples
Seul, au plan européen, Libertas semble correspondre à mes options politiques. Il se pourraît que je vote pour ce parti pan-européen, non pour sa section française, formée de souverainistes notoires (Philippe de Villiers, Frédéric Nihous, Jérôme Rivière), mais pour la figure de Declan Ganley, occidentaliste, opposé à l'adhésion européenne de la Turquie (du moins selon ses dernières déclarations à ce sujet...), et libéral.

Libertas me semble articuler deux types de libertés que je juge essentielles : la liberté des individus (opposition à Hadopi ou à la Halde) et la liberté des peuples.

Pour un Republican party « à la française »
En France, si le premier type de liberté est le mieux défendu par des partis comme Alternative libérale ou le Parti libéral-démocrate, le second l'est par des formations de gauche ou de droite, comme le MRC et le MPF. Mais les premiers sont européistes et libertaires (en ne voyant pas, d'une part, l'incohérence entre les deux, ni le fait que la plupart des rares libéraux français sont conservateurs, et non libertariens), et les seconds sont souverainistes et anti-libéraux. Il y a la place en France pour un parti libéral et conservateur, qui se garde du souverainisme comme de l'européisme.

Un parti républicain sur le modèle de l'« Éléphant » américain, qui aurait vocation, sur le long terme, à supplanter à droite, puis refouler à la gauche de l'échiquier le parti social-démocrate qu'est l'UMP. C'est l'affaire d'une génération.

Roman Bernard

À mon tour de « taguer » Franck Boizard, Le Chafouin, Didier Goux, Paul Guignard et Hank.

A lire aussi, l'article de Lomig.

samedi 9 mai 2009

La cagoule bientôt interdite... et la burqa ?

Un commentateur a attiré mon attention sur le fait que le gouvernement prépare un décret interdisant le port de cagoule lors d'une manifestation sous peine d'une amende de 1 500 euros. Cela n'a pas manqué de me rappeler mes deux articles « Défaut d'assimilation » et « Voile : pour un modus vivendi ». À la fin du second, je prônais, ce qui allait déclencher une polémique dans la blogosphère (cliquer sur le pearltree à la fin de l'article), l'obligation de rendre visible son visage en public, et donc l'interdiction de tout voile recouvrant le visage sur la voie publique, « ne serait-ce qu'à des fins d'identification policière ». Le gouvernement, pour les mêmes raisons, veut faire interdire le port de la cagoule. Pourquoi ne pas dégager, dès lors, un principe universalisable et interdire tout tissu recouvrant le visage sur la voie publique ? Pourquoi ce qui sera bientôt interdit aux manifestants devrait-il être permis à des intégristes religieux ?

Si le gouvernement veut être juste, il doit prendre un décret reposant sur un principe universalisable, puis veiller à ce que la police et la justice le fassent appliquer.

La Controverse de la burqa



Roman Bernard

vendredi 8 mai 2009

La publication des caricatures iraniennes sur la Shoah n'est plus censurée en France, par Jean Robin

Journaliste : vous avez évoqué Charlie Hebdo et votre solidarité. Or, Philippe Val a plus ou moins annoncé qu’il allait publier, s’il le pouvait, les caricatures antisémites du journal iranien qui a lancé un appel en l’accompagnant bien sûr d’un appareil critique pour dénoncer le trait éventuel des Iraniens téléguidés par ce journal qui tire beaucoup là-bas.

Alain Finkielkraut : Il a raison. J’ai appris que dans un journal islamiste d’Anvers, une caricature représentait, j’ai du mal à le dire tellement c’est atroce, Hitler au lit avec Anne Franck, en lui disant « J’espère que tu vas mettre ça dans ton journal ». Oui, je pense qu’il faut qu’on voie cette caricature. Non pas, à notre tour, pour stigmatiser l’Islam, mais pour aider à ce que se fasse à l’intérieur du monde musulman une distinction absolument nécessaire.


France Inter, dialogue avec Malek Chebel, 9 février 2007

Voilà qui posait, il y a plus de deux ans, le débat d'une manière rationnelle.

En fait, Philippe Val n'a jamais publié ces caricatures, contrairement à sa promesse, démontrant ainsi le deux poids-deux mesures en ce qui concerne la liberté d'expression dans notre pays.

L'Occident n'a pas besoin de donner le bâton pour se faire battre, il doit plutôt rester ferme sur les principes, comme Alain Finkielkraut, et non se décullotter à la première occasion, comme Philippe Val.

En tant qu'éditeur de livres refusés partout ailleurs pour de mauvaises raisons, j'ai pris contact voici un peu plus d'un an (le 31 janvier 2008 exactement) avec le responsable de la publication de ces caricatures iraniennes sur la Shoah, un certain Massoud Tabatabai. A ma grande surprise, il répondait immédiatement très favorablement à ma demande de publier les caricatures dans un livre en France, sans payer de droits. Mais pointait dans son courriel une petite inquiétude : « Ne craignez-vous pas d'aller en prison et de payer 300 000 euros d'amende en publiant ces caricatures ? »

Je lui expliquais qu'avec un appareil critique, les caricatures pouvaient toutes être publiées sans être modifiées, mais cela ne le rassurait pas et depuis 6 mois il ne répond plus à mes courriels.

Il est donc clair que ces caricatures ne sont plus censurées en France, puisqu'un éditeur se dit prêt à les publier intégralement et que la seule personne qui est en mesure de lui donner les caricatures en version haute définition ne veut pas le faire.

Je tiens l'adresse électronique de M. Massoud Tabatabai à disposition de quiconque voudrait en savoir plus sur cette affaire, y compris et surtout à des journalistes qui voudraient vérifier mes dires.

Jean Robin, fondateur des Éditions Tatamis.

Criticus, le blog politique de Roman Bernard.

mercredi 6 mai 2009

Occidentalisme VS Marxisme

Je vous invite à lire la très intéressante discussion avec un commentateur marxiste - qui, en tout cas, n'a pas rejeté ce qualificatif - sous ma recension du livre de la Russe Elena Tchoudinova, La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048.

Ph. Arnaud 13h55

Les fantasmes d'une invasion "barbare" de "l'Occident" sont de vieilles peurs obsidionales que se donnent ces mêmes Occidentaux depuis la fin de l'empire romain (dont l'existence nous a laissé des séquelles irréversibles).

Il y a quelques décennies, c'était le fantasme d'une invasion du pacte de Varsovie (qui n'a jamais - et de loin - présenté de danger militaire pour l'OTAN). L'URSS ayant disparu, ce fantasme a été recyclé par celui d'une "invasion" du tiers monde et/ou du monde musulman, tout aussi fantaisiste. On le retrouve par exemple dans la sous-littérature de Jean Raspail (ou d'autres plumitifs) telle que "Le camp des saints" (1973).

Le schéma a d'ailleurs été conservé, avec les mêmes rôles de traîtres (ou de Cinquième colonne) dévolus durant la guerre froide aux communistes et, actuellement, aux immigrés des banlieues (qui, comme chacun le sait, entreposent dans les caves les kalachnikovs et les grenades dans l'attente du Grand Soir islamiste).

En réalité, il semble bien que ces fantasmes soient le déguisement de peurs sociales qui ne s'avouent pas. Sous l'Ancien Régime et au XIXe siècle, les nantis avaient une peur bleue des vilains, gueux, Jacques, et, au XIXe siècle, des "partageux". Le niveau de vie s'étant amélioré en France, la peur s'est transférée au niveau mondial, à l'égard des pauvres, dont "on" craint qu'ils ne viennent prendre "nos" richesses et s'accoupler avec "nos" femmes pour "abâtardir la race"... Et ces peurs engendrent des haines à leur hauteur, c'est-à-dire immenses...


Roman Bernard 15h31

Je pense aussi que la thèse d'Elena Tchoudinova est contestable. Mais si son livre représente un extrême, il me semble que vous tombez dans un autre, disant que puisque ce scénario n'adviendra pas, il serait inutile, voire dangereux, de se poser la question du séparatisme ethno-religieux.


Ph. Arnaud 16h29

La peur de l'Islam, en France ou en Europe, est un fantasme du même ordre que la peur des revenants ou des vampires. Au cours de l'histoire, les affrontements de l'Europe avec l'Islam ont été marginaux par rapport aux affrontements des Européens entre eux. Bien mieux, nombre d'Européens, plus intelligents que d'autres, ont eu l'idée de s'allier avec des musulmans contre d'autres Européens. Par exemple François Ier avec Soliman. Si cette alliance n'avait pas eu lieu, le protestantisme aurait eu beaucoup plus de mal à s'implanter en Allemagne. Par exemple aussi, la guerre de Crimée, qui a vu la France et l'Angleterre s'allier avec les Turcs... contre les Russes.

Les affrontements les plus durs - et les seuls sérieux - sont les affrontements de classes, soit entre les nations, les riches contre les pauvres ou les émergentes, soit, à l'intérieur de celles-ci, entre les individus. Les salariés licenciés en France et les ouvriers indiens, philippins, pakistanais, chinois exploités jusqu'à la moelle sur les chantiers pharaoniques du Golfe persique se trouvent du même côté de la barrière. Et, dans le Golfe persique, les milliardaires arabes sont objectivement du même côté que les actionnaires des entreprises de bâtiment occidentales.

J'ai bien peur que, comme en 1914, où de pauvres paysans français ont été dressés à tuer de pauvres ouvriers allemands qui ne leur avaient rien fait, on n'excite de pseudo-oppositions religieuses pour distraire les masses des seuls enjeux véritables...


Roman Bernard 16h51

Vous avez une lecture marxiste de l'histoire - réduite à la lutte des classes - qui n'est certes pas la mienne. Mais je vais vous citer une référence marxiste qui vous fera méditer. Dans La Condition humaine, Gisors anticipe, à la fin, que les ouvriers nippons se feront tuer pour le Japon. Vous ne pouvez pas réduire les conflits à des luttes socio-économiques. La religion et la culture comptent aussi.


Ph. Arnaud 17h14

Que les ouvriers nippons se soient fait tuer pour le Japon n'est pas plus probant que leurs camarades allemands se soient fait tuer pour le IIIe Reich ou qu'en 1914, les socialistes de tous les pays européens se soient carapatés dans l'Union Sacrée : qu'y ont-ils gagné ?

N'oubliez pas qu'en mai 1916, le maître de forges François de Wendel (grand-père du baron Seillière) demandait à l'état-major français de bien vouloir épargner ses hauts fourneaux et ses laminoirs de la zone alors occupée par les Allemands, qui fabriquaient canons et obus qui s'abattaient sur les poilus français. Demande qui fut promptement exaucée puisque, jusqu'à la fin du conflit, ces usines connurent une tranquillité bucolique. Ainsi, au prix de quelques milliers de ses compatriotes réduits en bouillie par ses obus, le baron de Wendel et ses actionnaires purent-ils profiter grassement de leur argent. Il n'y a pas que le patriotisme qui compte, il y a aussi l'argent...

La religion et la culture comptent aussi, dites-vous : c'est sans doute pour cela que les Etats-Unis (et l'ensemble des Occidentaux) ont instrumentalisé sans vergogne, durant les années de guerre froide, les pires mouvements islamistes pour faire pièce (et avec succès) aux régimes nationalistes arabes comme aux régimes arabes trop tentés de se rapprocher de l'URSS...


Roman Bernard 16h31

Qu'y ont-ils gagné ? Sans doute rien, mais il est un fait que la culture a davantage compté que la classe, à cette époque...

Quant à l'importance de l'argent dans les conflits, je ne la nie certes pas. Mais je trouve que vous la majorez excessivement.

Le fait - indéniable - que les Occidentaux aient sérieusement déconné en Iran ou en Afghanistan n'empêche pas qu'il faille aujourd'hui remédier aux problèmes qu'ils ont eux-mêmes provoqués. Notamment avec l'engagement otanien en Afghanistan.


Ph. Arnaud 18h22

C’est un euphémisme de dire que les salariés n’ont rien gagné à la guerre de 14 ! Il me semble même qu’ils y ont beaucoup perdu… On se prend quelquefois à rêver que les épisodes de fraterni-sation de Noël 1914 (les soldats avaient déjà tout compris !) se fussent généralisés comme une traînée de poudre (c’est le cas de le dire) tout au long des tranchées et que, comme le chantent les paroles de l’Internationale, les balles des soldats eussent été «pour [leurs] propres généraux»…

Mais cela n’est pas qu’un rêve : la Révolution de 1789, comme celles de 1917, comme celle d’Iran en 1979, eurent lieu parce que la troupe passa aux côtés du peuple. De même, le putsch des généraux d’Alger, en 1961, avorta en raison du refus des soldats du contingent de suivre la sédition. La discipline (ou ce qui est dévoyé en patriotisme) ne l’emporte donc pas toujours…

A propos de François de Wendel, ce que j’ai voulu dire était ceci : c’est que les classes do-minantes, qui bourraient le mou aux soldats avec des mots tels que «patrie», «honneur», «sacri-fice» «ligne bleue des Vosges», s’en fichaient, elles, totalement…

Si les Occidentaux ont «déconné» en Iran ou Afghanistan, la dernière chose à faire est bien d’y aller ! L’OTAN n’a aucune légitimité pour intervenir là-bas : dans OTAN, il y a Atlantique, je ne savais pas qu’il allait si loin à l’est. Et, par ailleurs, sa seule vocation, après la disparition de l’URSS, était de disparaître (si tant est que l’URSS ait représenté un « danger »). L’OTAN, en 2009, n’a aucune légitimité. Les soldats français n’ont pas plus à se trouver en Afghanistan, aux côtés des Américains, qu’ils n’en avaient, en 1943, de se trouver en URSS, dans la légion Charlemagne ou la LVF, aux côtés de la Wehrmacht…


Roman Bernard 18h31

Vous savez, en 1914, il y avait longtemps qu'il se trouvait dans l'état-major d'authentiques enfants du "peuple"...

Quant à l'Afghanistan : laisser le régime des Talibans s'y réinstaller serait tout aussi irresponsable que, pour les Américains, de quitter l'Irak précipitamment. Nous ne pouvons pas laisser ces pays stratégiques à des terroristes.


Ph. Arnaud 19h23

Le fait qu’il y ait eu, à l’état-major, d’authentiques enfants du peuple n’est nullement probant. D’abord parce que les «enfants du peuple» (et surtout à l’état-major) peuvent parfaitement faire une politique qui n’est pas du tout pour le peuple. Par exemple, Margaret Thatcher qui, bien qu’issue du «peuple», a fait une politique outrageusement en faveur des classes (très) supé-rieures, dont son pays mettra des décennies à se relever. Et ensuite parce que l’armée ne fait qu’appliquer la politique desdites classes…

Sur l’Afghanistan comme sur l’Irak, je ne suis pas d’accord du tout, à aucun égard, avec vos propositions :

Les talibans n’ont rien à voir avec les terroristes. Les attentats de Madrid, Bali et Londres (entre autres) ont eu lieu alors qu’Al Qaida était chassé d’Afghanistan et d’autres attentats avaient eu lieu avant, soutenus par d’autres pays. Par ailleurs, ce n’est pas avant 2003 mais APRES qu’Al Qaida s’est implanté en Irak : c’est précisément l’invasion américaine qui l’y a fait venir !

Ensuite que signifie ce « nous ne pouvons pas laisser ces pays stratégiques à des terroris-tes » ? Qu’est-ce d’abord qu’un pays «stratégique» ? Quel pays ne l’est pas ? Vous rendez-vous compte de l’outrecuidance inouïe de ce «nous» ? Pour vous en faire une idée, imaginez-vous que les musulmans auraient cent fois plus de raisons de la prononcer à l’égard des Occidentaux qui, depuis le début du XIXe siècle, et sans aucune autre raison que la rapacité, n’ont cessé d’envahir, exploiter, massacrer, instrumentaliser et humilier les pays musulmans ? Les terroristes, n’est-ce pas plutôt les Occidentaux ?


Roman Bernard 01h06

« Occidentaux qui, depuis le début du XIXe siècle, et sans aucune autre raison que la rapacité, n’ont cessé d’envahir, exploiter, massacrer, instrumentaliser et humilier les pays musulmans ? Les terroristes, n’est-ce pas plutôt les Occidentaux ? » Cela a une raison simple : la technique. Si l'Empire ottoman avait connu le même développement technologique que l'Europe, les Mamelouks d'Égypte n'auraient pas reculé devant les quelques grognards de Bonaparte. L'Empire ottoman aurait été tout aussi prédateur.


Ph. Arnaud 00h25

Votre remarque répond à côté de la question. A savoir non pas «pourquoi» une partie du monde avait envahi, exploité, massacré, instrumentalisé et humilié l’autre, mais «quelle» partie avait été coupable de ces méfaits. Par déduction, votre esquive désigne donc ce coupable : les Occidentaux. Du même coup, elle légitime ce que vous appelez «terrorisme» et qui n’est donc que de la résistance.

Par ailleurs, en postulant que l’empire ottoman aurait usé de sa supériorité comme les Occidentaux ont usé de la leur, vous faites l’apologie du fait accompli et la glorification du plus fort (pourvu qu’il se trouve dans le même camp que vous), et, du coup, vous ne pouvez plus tenir un discours universaliste ni vous plaindre que les autres vous infligent ce que vous leur avez infli-gé…


Roman Bernard 00h59

Comprenons-nous bien: je ne légitime pas la colonisation*, puisque vous y faites référence.

Je dis que l'on ne peut faire de l'Occident et des Occidentaux les seuls coupables de l'histoire coloniale. Si la colonisation européenne a été si forte, c'est parce que l'Occident avait une supériorité technologique qui le lui permettait. Quand le rapport de force lui était moins favorable, voire défavorable, il a lui-même été colonisé (expansion arabe aux VIIe et VIIIe siècles en Méditerranée, expansion ottomane du XIVe au XVIIe siècle en Europe balkanique et danubienne). Les Croisades, tant décriées aujourd'hui, étaient une réaction à la suprématie géopolitique de l'Islam dans le Bassin méditerranéen.

Je ne fais pas l'apologie du fait accompli, je dis que l'on ne peut juger l'histoire à l'aune de la morale. C'est pourquoi je désapprouve votre dénonciation unilatérale de l'Occident.

* Sauf, sans doute, dans le cas de la conquête de la Gaule par Jules César, qui a permis à ce qui allait devenir la France d'accéder à une civilisation bien supérieure à la sienne...


Ph. Arnaud 17h41

Je n’ai jamais fait référence à la colonisation, ni explicitement ni implicitement. Je n’ai eu en tête que les prédations occidentales, qui incluent, certes, la colonisation, mais ne s’y réduisent pas (et de loin !), ni en durée, ni en extension.

Par exemple, la traite transatlantique a eu lieu bien avant la colonisation et elle a été le fait de pays (les Etats-Unis, par exemple) qui n’ont jamais – formellement s’entend – colonisé l’Afrique. Par exemple, la Chine n’a jamais été formellement colonisée, mais les Occidentaux lui ont quand même infligé les deux guerres de l’opium en la forçant, de manière humiliante, à accepter le trafic de cette drogue et à ouvrir des concessions (où étaient apposées des panneaux «Interdit aux chiens et aux Chinois»…).

Par exemple, l’Amérique latine n’a jamais été formellement colonisée mais, depuis plus de 150 ans, les Etats-Unis n’ont cessé d’y appesantir leurs grosses pattes sales, en la gouvernant par fantoches interposés. De même ni l’Iran, ni l’Egypte ni l’Ethiopie n’ont été colonisés, ce qui ne les a pas empêchés de sentir passer la violence occidentale.

Vous avez des croisades une image mythique : les bouts de terrain occupés durant deux siècles n’avaient aucune importance stratégique. La preuve, c’est qu’une fois chassés, les Occidentaux n’ont plus fait d’efforts sérieux pour les reconquérir. Et le résultat le plus clair des croisades a été l’affaiblissement durable de l’empire byzantin, qui avait précisément appelé les croisés, par ces mêmes croisés, alors que cet empire constituait, pour eux, un contrefort face à l’empire ottoman.

Enfin, l’énorme différence qu’il y a entre l’hégémonie de l’Islam et celle des Occidentaux, c’est que la première n’existe plus depuis le début du XVIIIe siècle, alors que la seconde existe depuis plus de deux siècles et qu’elle se fait toujours péniblement sentir : y a-t-il aujourd’hui, des navires musulmans croisant dans la mer du Nord ou l’Adriatique ? Des avions musulmans bombardant Rome, Berlin ou Londres ? Des soudards musulmans patrouillant dans les rues de Washington ?

Quant à votre référence à l’empire romain, c’est bien ce que je disais au début : l’existence de cet empire (vous en êtes la preuve), nous a laissé des séquelles irréversibles : croyance en l’existence d’une civilisation «supérieure» ( ?), apologie de la colonisation [du moment que ça nous a réussi, il n’y a pas de raison que ça ne réussisse pas aux autres : et hop, vas-y qu’on t’évangélise l’Amérique à l’arquebuse, l’Afrique à la mitrailleuse, qu’on te civilise les sauvages au canon de 75, qu’on t’envoie les primitifs crever dans les mines pour leur apprendre la bonté du petit Jésus…], goût de la pompe, du faste et de la hiérarchie, dont l’Eglise catholique est le plus navrant exemple…


Roman Bernard 18h23

Oui, mon prénom témoigne de notre héritage romain, comme le vôtre témoigne de notre héritage hellénique. Mais venons en au fond : j'admets toutes les critiques que vous avez formulées sur la civilisation occidentale - je me suis borné à dire que l'Occident n'avait pas le monopole de la prédation, si j'ose dire -, et j'ai d'ailleurs récemment appelé à une Renovatio Occidentalis.

Mais s'il est sain pour l'Occident de pratiquer une forme d'autocritique, je ne voudrais pas que celle-ci tende à devenir de l'auto-dénigrement pur et simple.

Le modèle de société occidental a des tares patentes - consumérisme, obésité, pornographie, toxicomanie, hooliganisme, communautarisme, virtualisme médiatique, déculturation...- qui doivent nous conduire à le remettre en cause.

Mais je ne voudrais pas que ces tares nous fassent oublier l'apport universel de la culture occidentale aux autres cultures, notamment en matière scientifique.


Ph. Arnaud 20h28

L’Occident n’a peut-être pas le monopole de la prédation mais, depuis deux siècles, c’est lui qui l’exerce le plus, et ce malgré la montée des puissances émergentes. Rappelons tout de même que c’est de ce même Occident que sont issus le colonialisme, le nazisme, le fascisme et le «communisme» - entendu sous sa forme stalinienne. Même si ce dernier a été souvent (et talentueusement) mis en musique par des pays extra-européens (notamment asiatiques), il n’en est pas moins originaire d’Europe…

La rénovation de l’Occident, je ne sais pas ce que cela veut dire. Rénovation par rapport à quoi ? Et selon quels critères ? Par rapport à quels âges d’or mythiques ? Pas à ceux des empire romain, carolingien louis-quatorzien ou napoléonien, j’espère ? [Je ne vous ferai pas l’injure de vous rappeler que le thème de la «décadence» est une marotte de toutes les pensées conservatrices…].

L’autodénigrement, je ne sais pas non plus ce que cela veut dire : la France des monarchies et de la IIIe République qui, aux XIXe et XXe siècles, a mis ses vilaines pattes sur l’Algérie, l’Indochine ou l’Afrique occidentale et équatoriale, est aussi celle qui a réprimé les ouvriers de juin 1848, les Communards, les grévistes de Fourmies, les viticulteurs du Midi, etc. Il y a toujours un pouvoir dominant – militaire, impérialiste ou bourgeois – et, de l’autre côté, des victimes (paysans ou ouvriers français, indigènes arabes, noirs ou indochinois, des pauvres en général) qui servent de cible…

C’est curieux, je ne vois pas du tout les tares de l’Occident là où vous les situez : je les vois d’abord dans la perte du sentiment de classe, de solidarité, de communauté ou d’égalité. Je les vois dans le fait que la plupart des citoyens européens non seulement ne sont pas indignés par les scandaleuses inégalités de revenus mais qu’ils ont aussi élu des gouvernements conservateurs dans les domaines sociétaux. Il y a 220 ans, la Révolution éclatait parce que les privilégiés refusaient le principe de l’impôt. Aujourd’hui, où en est-on ? Les privilégiés veulent en revenir à l’impôt zéro (en novlangue flat tax) et qui compte en France ? Un Sarkozy de Nagy-Bocsa, un Galouzeau de Villepin, un Seillière de la Borde, un Giscard d’Estaing, un Chirac (marié à une Chodron de Courcel). Plus de deux siècles après, tout est à recommencer…

L’apport en matière scientifique n’est pas propre à l’Occident : si les découvertes scientifiques n’avaient pas eu lieu là, elles auraient eu lieu ailleurs. En revanche, les apports culturels sont irremplaçables, mais pas à n’importe quel prix. Toute l’œuvre de Mozart ne vaut pas la vie d’un seul Africain…


Roman Bernard 23h17

« Rappelons tout de même que c’est de ce même Occident que sont issus le colonialisme, le nazisme, le fascisme et le «communisme» »

Pour les trois dernières idéologies - les totalitarismes -, dire qu'elles sont issues de l'Occident est incomplet. Certes, c'est en Europe que sont nées ces idéologies, mais elles se sont voulues en opposition avec les valeurs fondamentales de l'Occident que sont l'État de droit et la démocratie libérale. Elles ne furent que des négations de l'Occident.

« Rénovation par rapport à quoi ? Et selon quels critères ? Par rapport à quels âges d’or mythiques ? »

Rénovation par rapport à la décadence actuelle. Aucun « âge d'or » mythique auquel revenir, simplement le fil de la tradition à retrouver.

« [Je ne vous ferai pas l’injure de vous rappeler que le thème de la «décadence» est une marotte de toutes les pensées conservatrices…] »

Mais je suis un conservateur (un libéral-conservateur pour être plus précis) ! Je pense que c'est l'esprit de conservation qui permet aux civilisations de transmettre leur héritage culturel à travers les siècles.

La volonté de conjurer la décadence me paraît donc être le sursaut de vie qui permet à une civilisation de se perpétuer au cours des âges...

Si la « décadence » est une marotte, comment expliquer, alors, la chute des cités grecques face aux Perses, aux Macédoniens, aux Romains, aux Ottomans ? Comment expliquer la chute de l'Empire romain face aux Germains ? Les civilisations, elles aussi, sont mortelles.

« l’impôt zéro (en novlangue flat tax) »

Ce n'est pas un impôt zéro, puisqu'il est proportionnel aux revenus, là où l'impôt sur le revenu institué par les « rad-soc' » est lui progressif.

Avec la flat tax, les riches paient, en valeur absolue, plus que les pauvres. Je suis d'ailleurs favorable à cette réforme fiscale.

Un vrai impôt zéro, ce serait un impôt forfaitaire, chaque contribuable payant la même somme. Je suis tout à fait opposé à une telle idée...

« L’apport en matière scientifique n’est pas propre à l’Occident : si les découvertes scientifiques n’avaient pas eu lieu là, elles auraient eu lieu ailleurs. »

Faisons une analogie historique. Personne ne trouve inconvenant de parler de l'écriture sumérienne. Pourquoi faudrait-il craindre de parler de science occidentale ? C'est pourtant comme telle qu'elle est perçue.

La science a une vocation universelle, mais les découvertes et les inventions apparaissent à un endroit, à un moment, dans une culture bien précis. L'adoption par les autres civilisations de cette science implique une occidentalisation de leur culture, tout comme « nos ancêtres les Gaulois » se sont romanisés, avant de former l'un des peuples les plus prospères de l'Empire romain. Les Chinois l'ont d'ailleurs bien compris, qui s'occidentalisent à mesure qu'ils émergent...

« En revanche, les apports culturels sont irremplaçables, mais pas à n’importe quel prix. Toute l’œuvre de Mozart ne vaut pas la vie d’un seul Africain… »

Le problème ne se pose pas en ces termes. Si l'on a pu tuer au nom de la culture - je le regrette comme vous -, ce n'est pas la culture qui en est responsable. Comme la science, les œuvres culturelles ont une portée universelle. Ce n'est donc pas menacer la vie des Africains que de leur apporter Mozart. Vous remarquerez d'ailleurs que nombre de musiciens classiques, aujourd'hui, qui interprètent des œuvres nées en Europe jadis, sont des Japonais, des Coréens ou encore des Chinois...


Ph. Arnaud 11h06

Vous dites : « [les idéologies totalitaires] se sont voulues en opposition avec les valeurs fondamentales de l'Occident que sont l'État de droit et la démocratie libérale. Elles ne furent que des négations de l'Occident.»

Non ! Vous feignez de vous mettre à la place des autres (les idéologues totalitaires) sans cesser de rester à la vôtre. En dépit de vos clauses de style, vous ne cessez d’accorder à l’Occident une place prééminente, au moins moralement, en rejetant les productions totalitaires comme des raclures mais je suis désolé de vous contredire, elles en font indissolublement partie. Comme le disait Jaurès de la Révolution : c’est un bloc. Eh bien, l’Occident c’est tout aussi bien un bloc et Hitler ou Staline en font aussi indissolublement partie que Mozart ou Vincent de Paul.

Si vous supposez une «décadence» actuelle, c’est que vous posez une époque où la situation était «meilleure». Là aussi, vous vous illusionnez en comparant avec une histoire du temps jadis, élitiste et superficielle, qui ne prenait en compte que les classes supérieures, et encore dans ce qu’elles voulaient bien livrer d’elles-mêmes. Vous semblez ignorer l’histoire des Annales, histoire des masses et des mentalités et de la vie quotidienne. Si vous vous penchez un peu dessus, vous vous apercevrez qu’il n’y a pas de «décadence»…

Vous vous faites des cités grecques, comme de l’empire romain, une idée enjolivée, enrubannée, qui ne correspond pas du tout à la réalité. D’abord, les cités grecques ne sont pas «tombées» face aux Perses, les guerres médiques ont été des succès. Ensuite, elles ne sont «tombées» que face aux Macédoniens. Après, leur «chute» ne veut plus rien dire : l’empire romain n’a fait que prendre la place des royaumes hellénistiques, pour se voir continuer dans l’empire byzantin, puis dans l’empire ottoman. Et cessez de vous faire cette idée que la « chute » ( ?) de l’empire romain a été une catastrophe ou que la paix ( ?) romaine a été une réalité…

La «flat tax» est un impôt injuste en ce que tout le monde paie proportionnellement la même chose. Car on oublie ce qui reste après ! En France, au moins 90 % des revenus sont contenus dans une fourchette de cinq fois le SMIC brut. Doublons cette proportion : on obtient alors les rémunérations des très hauts fonctionnaires, au conseil d’Etat, à la Cour des comptes ou à la Cour de Cassation, mettons dans les 13 000 euros. Avec rien d’autre comme perspective de promotion, ce qui n’est déjà pas mal, l’écrasante majorité des Français travaille dur, consciencieusement et fait tourner le pays. Au-delà, l’argent en plus, c’est du vol, et rien ne justifie qu’on ne le taxe pas à 100 %. Sans préjudice, bien entendu, du patrimoine.


Roman Bernard 16h42

C'est Clemenceau qui disait de la Révolution française qu'elle était un bloc, pas Jaurès. Mais bon, passons...

Et justement, l'Occident n'est pas un bloc. A côté du blâmable se trouve aussi, dans son histoire, l'admirable.

Et je répète que ni Hitler ni Staline ne s'est inscrit dans la tradition occidentale. Le nazisme comme le communisme se sont voulus la négation absolue de ses valeurs judéo-chrétiennes, démocratiques et libérales.

"Vous semblez ignorer l’histoire des Annales, histoire des masses et des mentalités et de la vie quotidienne."

Je ne l'ignore pas, je l'ai subie au cours de mes études.

Et je ne trouve rien de signifiant à étudier les masses.

Encore moins la vie quotidienne. Car je ne considère pas que ce sont les masses, mais bien les minorités agissantes, et donc des groupements d'individus, qui font l'histoire. Et à juger de la médiocrité de tout le personnel politique occidental actuel, par rapport à ce qu'il fut naguère, j'en conclus à une décadence.

Par ailleurs : en quoi l'Empire ottoman a-t-il prolongé l'Empire byzantin, autrement qu'en prenant ses cités ?

"La «flat tax» est un impôt injuste en ce que tout le monde paie proportionnellement la même chose."

C'est précisément cela qui en fait un impôt juste...