dimanche 30 août 2009

La politique et le couple

« Tagué » par l'excellent H16, je dois en principe répondre à la question suivante : « Pour supporter votre conjoint(e) qui est d'un autre bord politique que vous, quel petit plat succulent préparez-vous le dimanche ? » Le problème, cher H16, c'est que, bobo néo-parisien que je suis, je me lève trop tard le dimanche pour manger autre chose qu'un brunch. Et, machiste que je suis, je me fais davantage préparer des plats (croquettes au chèvre-salade) que je n'en prépare.


Mmmhhh...


La question posée par H16 étant sans objet, revenons à la question initiale de la « chaîne » : « Peut-on vivre à plein temps avec une moitié de droite (si l'on est à soi-même à gauche), ou à gauche (si l'on est soi-même à droite) ? ». Délicate question dont je me suis longuement entretenu avec l'Intéressée avant de passer à la rédaction de ce trivial billet.

Sur son blog, l'Intéressée (à ne pas confondre avec l'Irremplaçable chère au non moins excellent Didier Goux) se définit comme une « prolétaire aliénée ». Vérification faite, l'Intéressée se dit « de gauche », mais la gauche façon Isabelle Adjani dans La journée de la jupe.

La gauche qui pense, comme le veut l'évidence des faits, que « c'était mieux avant ».

Ça tombe bien, parce que j'ai longtemps (23 ans sur 26 environ) pensé que j'étais de gauche, et que, selon la formule consacrée donc, « c'était mieux avant ». Avant, c'est-à-dire avant que la décadence soixante-huitarde ne ruine la civilisation occidentale.

Disons que je me serais bien reconnu, une fois le second rêve impérial brisé, dans la gauche représentée par Jules Ferry et Léon Gambetta. Une gauche qui, aujourd'hui, serait à n'en pas douter horrifiée devant le désastre de la société post-moderne, et ne manquerait pas d'être vite « extrême-droitisée » par les nouveaux chiens de garde.

Une gauche qui, si elle n'avait pas été supplantée par les communistes puis par les gauchistes, fournirait aujourd'hui, comme moi, les bataillons du néo-conservatisme.

C'est dire si, en dépit du fait que l'Intéressée - Amel pour ne pas la nommer - et moi nous définissons respectivement de « gauche » et de « droite », nous partageons les mêmes valeurs, ce qui a infiniment plus d'importance que la toponymie politicienne.

Parmi ces valeurs se trouve celle du progrès, que, contrairement à mes amis de la « réacosphère », je continue à revendiquer. Et pour cause : ce n'est pas moi, le partisan du nucléaire et des OGM, qui suis réactionnaire. Ce sont ceux qui refusent le progrès scientifique et technologique qui le sont !

Ce sont les écologistes, altermondialistes et autres décroissancistes qui sont les réactionnaires, l'extrême-droite de notre temps. La pseudo-Révolution culturelle de Mao Zedong a été une réaction culturelle, saluée par une « intelligentsia » germano-pratine prétendument progressiste. Le « Kampouchéa démocratique » a constitué le plus délirant projet de retour au Néolithique jamais envisagé, là encore avec l'odieuse complaisance de la Rive gauche, soi-disant tournée vers l'avenir. La « Révolution » islamique iranienne de 1979 a, de même, bénéficié du soutien de la gauche française, du journal Le Monde au président de centre-gauche Valéry Giscard d'Estaing, qui croyait judicieux d'accorder l'asile à l'ayatollah Khomeyni. C'est de la gauche que viennent les excuses pour ces fantassins de la Régression que sont les islamistes.

Je n'éprouve donc aucune difficulté à persister à me proclamer progressiste et anti-gauche, anti-socialiste, que ce socialisme prenne la forme de l'assistanat mitterrandien ou celle de l'étatisme chiraco-sarkozyen. D'où vient, cependant, que la gauche continue à se prétendre progressiste, alors qu'elle est, de toute évidence, de plus en plus réactionnaire ? C'est son monopole de l'interprétation, dans les médias, dans l'éducation, qui lui permet de faire croire cela aux Français. C'est le fait que les journalistes et les économistes universitaires soient ultra-majoritairement de gauche qui leur permet de faire croire que la crise que nous vivons est le résultat du libéralisme, alors que l'influence de celui-ci sur la société française est nulle.

Dès lors, la question n'est pas de savoir si je suis de « droite » ou de « gauche », et si ma conjointe l'est. Ce qui compte, c'est de savoir que nous sommes progressistes.

Si je ne puis pas envisager une relation avec une militante NPA, ce n'est pas parce que je serais trop conservateur et elle trop progressiste, non : c'est le contraire...

Le jour où les noms auront été rectifiés, notre société sera proche de la rémission.

Roman Bernard

À lire aussi, l'article de ce bon vieux CSP, qui me qualifie de « bobo ».

samedi 29 août 2009

Débat sur le réchauffement climatique en Australie

Contrairement aux prétentions des journalistes français, pas plus climatologues que vous et moi, qui voudraient qu'elle soit admise comme une vérité indiscutable, on peut débattre de la réalité du réchauffement climatique, et, pour les climatologues qui admettent sa réalité, de son origine (anthropique ou solaire), de ses effets attendus (catastrophiques, nuls, ou... bénéfiques), de la réaction à avoir dans l'avenir, etc.

Les Anglo-Saxons, derniers défenseurs du monde libre, nous en donnent la preuve dans ce débat télévisé en Australie, qui fait suite à la diffusion du documentaire The great global warming swindle du Britannique Martin Durkin (dans la première vidéo).

Si l'interview de Martin Durkin par le journaliste (deuxième et troisième vidéos) est particulièrement partiale, si le plateau composé par les invités est majoritairement « réchauffiste » (cinq contre trois), un avantage que le journaliste accentue en donnant davantage la parole aux mêmes réchauffistes, si les sceptiques sont presque systématiquement coupés par le journaliste, il y a un débat, sans concession de part et d'autre, mais dans le respect du contradicteur, ce qu'on ne voit guère en France.

Inutile donc de préciser qu'on n'est pas prêt de voir un tel débat télévisé chez nous.

On peut regretter, toutefois, que l'invité qui intervient le plus dans le débat, le professeur David Karoly, profère une énormité sans que personne ne le reprenne : il affirme que l'hiver, et la nuit, le réchauffement global devrait être moins important que pendant l'été, et le jour, si le soleil était la cause principale du réchauffement.

Sans dire que, la Terre étant composée de deux hémisphères, et présentant, grosso modo, deux faces au soleil, l'hiver au Nord coïncide avec l'été au Sud, la nuit à l'Est avec le jour à l'Ouest, et inversement. C'est le problème inhérent à tout débat asymétrique, comme je l'expérimente en matière d'éducation : la pensée dominante, comme sise dans une forteresse, peut affirmer une erreur, elle n'en sera pas ébranlée. Tandis que les dissidents, les assaillants, doivent employer des trésors d'intelligence et de travail pour que l'on ne conteste pas d'emblée leurs propos. C'est ainsi que la légitimité de la pétition de 31 000 scientifiques, dont 8 000 doctorants, qui remet en cause la version du GIEC sur le réchauffement climatique, est questionnée, mais pas celle du GIEC lui-même, dont Martin Durkin rappelle opportunément qu'il est avant toute chose un organe politique.

Le deuxième effet de cette domination des réchauffistes est l'inversion de la charge de la preuve, contraire à l'épistémologie comme à l'État de droit : c'est bien aux réchauffistes de prouver factuellement la théorie de l'origine anthropique du réchauffement climatique dû à l'effet de serre, et non à leurs contradicteurs sceptiques de l'infirmer : il est logiquement impossible de prouver une inexistence.

Je vous invite toutefois à regarder les neuf vidéos suivantes, en version anglaise (non sous-titrée hélas, mais l'anglais des scientifiques est aisément compréhensible) :



















Roman Bernard

vendredi 28 août 2009

Vision de paix, par Matthieu Bernard

Parmi les multiples étymologies proposées pour le nom de la ville de Jérusalem, l'une d'entre elles se base sur la racine hébraïque du verbe voir, si bien que l'on peut traduire « vision de paix » : de retour de plusieurs semaines à Jérusalem et autres lieux, je livre ici quelques impressions, qui trouvent quelque écho dans l'actualité internationale de ces derniers jours.

La construction par Israël du fameux mur de séparation, appelé par les uns « mur de sécurité », par les autres « mur de la honte », a suscité une émotion - que l'on peut comprendre - et rencontre encore une vive opposition. Mais il y a à mon sens un double écueil à se focaliser sur cette question du mur : d'une part, ne regarder que le symptôme sans remonter à ses causes plus profondes ; d'autre part, attribuer d'emblée le mauvais rôle à Israël (les Francais sont assez spontanément « pro-palestiniens ») et s'interdire ainsi de prendre la mesure de la complexité de la situation.

La situation est complexe en effet. Risquons une réflexion provocante : la construction du mur, suscitée par la « seconde Intifada » de l'automne 2000, a permis (avec d'autres mesures) de stopper la vague d'attentats qui avaient fait fuir pèlerins et touristes, avec des conséquences économiques dramatiques pour des villes arabes telles que Bethléem. À certains égards il se pourrait donc que le mur serve des intérêts palestiniens... Inversement, du côté israélien, les voix qui s'opposent à l'existence de ce mur sont celles des « ultras » qui reprochent au gouvernement de capituler devant les Palestiniens, voyant là une renonciation de facto de la part d'Israël à ce qui se trouve au delà du mur.

C'est pourquoi il me semble que le mur est plutôt à regarder comme un symptôme et un symbole. Symptôme de deux facteurs plus profonds et qui compromettent plus gravement les espoirs de paix au Proche-Orient.

Le premier est le développement des colonies israéliennes au-delà de la fameuse « ligne verte » (frontière de 1967), si bien que le mur serpente entre les villages pour inclure ces colonies ne laissant aux Palestiniens qu'un territoire en gruyère (et assez dépourvu en réserves d'eaux) ; c'est ce que semble avoir compris l'administration américaine en faisant porter l'accent dans ses discussions avec Israël sur la question des colonies.

Le second facteur, c'est l'existence du terrorisme palestinien (et l'exemple désastreux de Gaza qui est de nature à échauder les volontés israéliennes même les plus généreuses) ; on ne peut évidemment pas tolérer que le terrorisme puisse être considéré comme un moyen de l'action politique. Notons en outre, au passage, que la mythologie selon laquelle les Palestiniens combattraient pour récupérer un territoire qui serait le leur depuis la nuit des temps est franchement simpliste, dans la mesure où les derniers siècles ont vu se succéder en Palestine occupation ottomane et protectorat britannique. On notera que la récente intervention du « Premier ministre » de l'Autorité palestinienne représente un signe encourageant, dans la mesure où il s'écarte des éternels discours de revendication et des jérémiades pour proposer quelques linéaments de ce que pourrait être une véritable action visant au développement économique de cette région.

Mais, s'il est un symptôme, le mur est aussi un symbole - au sens le plus fort de ce terme. À savoir, symbole des nombreuses divisions qui traversent cette région. Divisions entre Juifs et Palestiniens, c'est entendu, mais aussi entre Juifs (les désaccords sont nombreux entre les différents réseaux de la société israélienne) et entre Palestiniens (divisions entre le Hamas et le Fatah, mais même au sein de ce dernier).

En fait, il n'est qu'à remonter l'histoire de cette région pour voir combien elle est une sorte de cicatrice toujours à vif témoignant de la difficulté de la paix. On notera que le roi David avait fait de Jérusalem la capitale de son royaume dans le but d'unir les tribus du Nord et du Sud : cette unité nationale sera de courte durée. Plus tard, un mur dans le Temple, déjà, séparait le parvis des gentils de la zone accessible aux seuls Juifs.

C'est aux prophètes qu'il reviendra de rappeler sans cesse la vocation spirituelle de Jérusalem comme ville de la paix ; le texte le plus caractéristique est le suivant, que l'on trouve à la fois dans le livre d'Isaïe et dans le livre de Michée :



Il arrivera dans l'avenir
que la montagne du temple du Seigneur
sera placée à la tête des montagnes
et dominera les collines.
Toutes les nations afflueront vers elle,
des peuples nombreux se mettront en marche,
et ils diront :
« Venez, montons à la montagne du Seigneur,
au temple du Dieu de Jacob.
Il nous enseignera ses chemins
et nous suivrons ses sentiers.
Car c'est de Sion que vient la Loi,
de Jérusalem la parole du Seigneur. »
Il sera le juge des nations,
l'arbitre de la multitude des peuples.
De leurs épées ils forgeront des socs de charrue,
et de leurs lances, des faucilles.
On ne lèvera plus l'épée nation contre nation,
on ne s'entraînera plus pour la guerre.
Venez, famille de Jacob,
marchons à la lumière du Seigneur.

(Is 2,2-5; traduction liturgique (c) AELF ; cf: Mi 4;1-3)


À quoi le psalmiste fait écho :

Appelez le bonheur sur Jérusalem :
Paix à ceux qui t’aiment !
Que la paix règne dans tes murs,
le bonheur dans tes palais !

(Ps 121,6-7)



C'est dire, à mon sens, que les efforts de paix, aussi louables et nécessaires soient-ils, ne pourront prendre toute leur mesure - prophétique - qu'à condition d'honorer ce que j'appelle la vocation spirituelle de cette terre, vocation que l'on peut déjà pressentir dans ce que disait encore Isaïe : « Ma maison s'appellera "Maison de prière pour tous les peuples" » (Is 56,7, cité par Jésus notamment en Mc 11,17).

Matthieu Bernard

Criticus, le blog politique de Roman Bernard.

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lundi 24 août 2009

Obama joue le monde arabo-musulman et la construction européenne contre les nations d’Europe, par Jean Robin

Certains se disent surpris par la politique clairement islamophile de Barack Obama. Leur surprise me surprend, car cette stratégie s’inscrit pleinement dans l’intérêt des Américains pour affaiblir l’Europe, l'un de leurs concurrents majeurs sur la scène internationale.

Certes, si McCain était à la place d’Obama aujourd’hui, il ne mènerait certainement pas la même politique, preuve que la démocratie existe encore aux États-Unis. Mais la grandeur des Américains est de savoir toujours trouver leur intérêt, quels que soient le parti ou la personnalité élus.

Ainsi, Barack Hussein Obama a clairement séduit le monde et en particulier le monde arabo-musulman, de par ses origines mais également de par sa volonté de reconstruire la confiance après huit années de Bush et sept d’après-11-septembre. Le discours du Caire fut le premier pas important, suivi de la mise en garde d’Israël sur ses colonies et sa politique vis-à-vis de l’Iran, et maintenant voilà qu’il souhaite à tous les musulmans un « bon ramadan ».

Obama s’inscrit donc dans une stratégie américaine qui avait déjà fait ses preuves, sous Clinton notamment, et qu’Alexandre Del Valle avait brillamment analysée dans un livre paru en 1999, Islamisme et États-Unis : une alliance contre l'Europe, aux éditions l'Age d'Homme.

Citons-en un passage particulièrement éclairant :

L'exacerbation, par les Américains, de l'antagonisme Occident / empire soviétique servit jadis à justifier l'américanisation de la civilisation ouest-européenne et l'on sait aujourd'hui que la Guerre froide opposant l'Est et l'Ouest masqua souvent une entente secrète entre l'URSS et l'Amérique conçue pour réduire la puissance européenne (cf. guerres de Suez et d'Algérie). [...] Il en va à peu près de même pour ce qui est du prétendu affrontement islamisme / États-Unis. En dépit des récents attentats anti-américains d'août 1998, l'Amérique et l'islamisme demeurent des « ennemis-alliés », deux concurrents interdépendants sur le marché mondial du totalitarisme planétaire. Si l'islamisme devait un jour prendre la place du communisme dans le rôle d'ennemi existentiel des États-Unis, il servirait également à légitimer la mainmise stratégique de Washington sur le Vieux Continent, menacé en son sein par des abcès de fixation et des irrédentismes islamistes (ex-Yougoslavie, Albanie, Thrace, Tchétchénie, etc.), d'ailleurs sciemment entretenus par le Pentagone...
Les « atlantistes » européens devraient prendre conscience que les Américains, après avoir favorisé pendant plus de trente ans le réveil du courant le plus radical et anti-européen de l'islam, ont une responsabilité historique, avec les Anglais, dans l'échec de l'islam réformiste, et qu'ils ont exacerbé, à leur unique profit, la fracture de civilisation entre l'Islam et l'Europe, cassure génératrice de menaces durables pour la paix et dont les premières victimes sont les habitants de la Méditerranée, chrétiens comme musulmans.


Depuis le 11 septembre 2001, on le sait, Del Valle a radicalement changé d’analyse, en suivant la nouvelle doctrine américaine de Bush. Mais il semble que les Américains, à travers Obama, reviennent à leurs amours passées, en jouant toujours plus cette carte de l’Islam contre l’Europe. L’autre carte étant la construction européenne, qui affaiblit chacune des nations européennes en créant un ventre mou dans lequel tous les Européens sont impuissants et obligés de se mettre sous le parapluie américain, que ce soit de l’OTAN ou de Google par exemple (la BNF est en train d’être complètement numérisée par cette entreprise).

Le symbole de cette stratégie se trouve sans le moindre doute dans la Turquie, à la fois source d’affaiblissement et d’islamisation de l’Union européenne si elle y rentre (ce que les Américains souhaitent de toutes leurs forces). On voit toutefois la continuité de la stratégie de puissance américaine dans le fait que Bush était déjà pour l’entrée de la Turquie dans l’Europe.

Enfin, ceux qui pensent que cette politique est suicidaire pour les États-Unis eux-mêmes oublient simplement que ce pays ne compte que 8 millions de musulmans (sur une population de 305 millions d’habitants), alors que l’Europe en compte déjà proportionnellement 5 fois plus. Et l’immigration venant aux États-Unis est principalement latino-américaine et asiatique, alors que celle qui vient en Europe est majoritairement musulmane.

La seule question qui vaille est toutefois la suivante : l’Europe étant occidentale, sa place n’est-elle pas aux côtés des États-Unis, contre l’Islam ? Il semble qu’Obama ne s’en soucie guère, ce qui sera sans doute sa plus grande erreur de président des États-Unis.

Jean Robin

Criticus, le blog politique de Roman Bernard.

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vendredi 21 août 2009

Dhimmi-Cola

Connaissez-vous le Mecca-Cola ? Vous pourrez désormais boire du Dhimmi-Cola, qui, contrairement au premier nommé, respecte à la lettre la recette secrète inventée en 1887 à Atlanta par le pharmacien John Pemberton. Coca-Cola a en effet décidé de faire certifier son soda halal, afin de satisfaire aux demandes d'associations islamiques. Je n'invente rien, c'est ici.

Les associations en question, sises en France, accusent depuis deux ans la firme atlantaise de leur fournir un produit alcoolisé, comme si, d'une part, leurs membres étaient obligés d'en boire, et comme si, d'autre part, ingérer une faible quantité d'alcool vouait celui qui s'en rendrait « coupable » à on ne sait quelle malédiction.

Mais soyons rassurés : le coca-cola ne contient évidemment aucun alcool. Le leader mondial du soda, par intérêt commercial bien compris, a éprouvé le besoin de s'en justifier, en priant les oulémas de la mosquée de Paris de bien vouloir effectuer leur « expertise », et d'en conclure : non, le coca-cola n'est pas haram.

Il ne manquait plus, bien sûr, que l'accusation de « sionisme », c'est-à-dire, en bon français, le reproche de ne pas être antisémite, de la part des boycotteurs : Coca-Cola France a donc dû faire acte de contrition publique en rappelant que la firme possède une usine d'embouteillage à Ramallah, en Cisjordanie. Ce rappel a été fait à Drancy. Difficile, avec un peu de mauvais esprit, de n'y pas voir un funeste symbole.

Roman Bernard

lundi 17 août 2009

L’impasse délirante du rock subventionné, par Paul Castaing

Dans la jeune histoire du rock, les années 1980 restent la décennie maudite. Au-delà des fringues fluo, des nuques longues et des rifs dégoulinants, le rock a connu en France un outrage sans précédent : sa reconnaissance officielle par le pouvoir. Musique rebelle par essence, le rock avait été jusqu'ici la voix de l’opposition aux gouvernants. Avec l’arrivée de la gauche aux manettes, on assiste avec fracas aux noces peu ragoûtantes de la classe politique moderne (et son avant-garde socialiste) et des « artistes engagés ». Parmi eux, de nombreux rockeurs affichant sans pudeur leur sympathie pour Tonton, qui leur renvoie gentiment l’ascenseur en annonçant le 26 avril 1985 sur TF1 qu’il existe 35 000 groupes de rock en France, que c’est très bien et qu’il faut s’en préoccuper.

On voulait « changer la vie ». Pas de chance pour les ouvriers de Talbot et de Creusot-Loire, c’est sur le terrain sociétal que le gros du changement est intervenu. Sous la houlette de l’inénarrable Jack Lang, le pouvoir socialiste a prodigieusement accéléré la marche du pays vers le cauchemar festif et citoyen versifié par feu Philippe Muray. La bande-son de l’Empire du Bien triomphant ? Du rock, du rap et des « musiques du monde ». Obtenant le doublement du budget de son ministère dès 1981, Lang élargira le domaine de la culture subventionnée aux « arts mineurs », au premier rang desquels figure le rock, dont les sociologues d’alors nous vantent les mérites à longueur d’articles et de congrès. La « musique des jeunes » enfin reconnue, quelle victoire pour le progrès du genre humain !

Sauf que le rock n’a jamais attendu ni les politiciens ni les sociologues pour exister. Cette fameuse politique du rock conduite par Lang est stupide à bien des égards. D’abord, elle arrive après la bataille, une fois le rock bien installé dans les chaumières et ses principaux chefs d’œuvre déjà produits. Rien de bien courageux. Ensuite, elle est contre-nature, puisqu’elle tend la main à un courant musical qui s’est toujours défié du pouvoir, qu’il soit étatique ou symbolique. Enfin, elle paraît inutile puisque la dynamique concurrentielle mettant aux prises major companies et indépendants est la seule à avoir donné sa chance au rock, au jazz et à toute forme d’art décriée en son temps par l’opinion majoritaire. C’est la prise de risque effective d’individus visionnaires (artistes, ingénieurs, producteurs) qui a permis l’essor du rock ; pas une aide du Conseil général de Poitou-Charentes.

La canonisation culturelle du rock souhaitée par des sociologues revanchards et promise par des démagogues comme Jack Lang a engendré un effet pervers qui passe encore inaperçu mais qui rythme la vie de nos territoires : la course à la subvention, qui n’a jamais été aussi intense et malsaine qu’aujourd’hui. Pendant plus de trente ans, des passionnés ont créé des structures – majoritairement associatives – pour organiser des concerts de rock dans leur ville, manager la carrière de musiciens en devenir ou distribuer des disques au niveau national. La bienveillance socialiste des années 1980 a suscité deux types de réaction parmi eux : le refus de toute compromission avec l’État et la classe politique (suivant le précepte punk et libertaire du « Do it yourself ») et la recherche d’aides publiques pour compenser les difficultés économiques du quotidien. La réussite de pionniers ayant choisi la deuxième solution a depuis encouragé des milliers d’associations à quémander le denier public, non sans succès.

C’est humain, bien sûr. Mais le gâteau n’est jamais assez gros. La corne d’abondance promise par les démagogues suscite nécessairement la désillusion d’une clientèle toujours plus gourmande et nombreuse. Le milieu du rock associatif français soutenu par l’État offre un cas édifiant de l’« effet de cliquet » théorisé par Robert Higgs, qui démontre l’irréversibilité de la croissance de l’État et de l’intervention publique. En temps de crise, les gouvernants dépensent plus ; après la crise, les dépenses publiques refluent mais ne retrouvent jamais le niveau antérieur. La situation est intenable à moyen et long terme. La stato-dépendance s’accroît à mesure que sont distribuées les subventions : il n’y aura jamais assez d’aide de l’État pour quiconque est shooté à l’argent public, comme le sont ces associations culturelles financées à plus de 50% par tous les échelons de la bureaucratie politique : ville, communauté urbaine, département, région, ministère, associations parapubliques, fonds européens… D’où cette situation d’amour-haine pathologique qu’entretiennent de nombreux militants associatifs envers l’administration et les élus de la République.

Un fait divers récent vient éclairer crûment cette situation ubuesque. Elle ne manque pas de sel puisqu’on y voit des militants associatifs hostiles au libéralisme employer des arguments… libéraux pour critiquer le système de subventions dont ils bénéficient depuis des années. Mais le catéchisme « de gauche » reprend le dessus et nos militants indignés ont désigné à l’avance le bouc émissaire idéal : le grand méchant loup capitaliste !

Arras, préfecture du Pas-de-Calais. Depuis 2004, le festival Main Square est organisé en juillet par une petite entreprise de production locale. Confrontée à des difficultés économiques (l’édition 2007 est très déficitaire) et soucieuse de développer son entreprise, sa directrice se rapproche des organisateurs du festival belge Rock Werchter et cède une partie de son capital à Live Nation, la plus grande entreprise de concerts et d’événementiel au monde. Main Square fait depuis l’objet d’une certaine hostilité de la part de la profession et de la presse culturelle, Les Inrockuptibles en tête, qui n’en ratent pas une pour donner des leçons de morale citoyenne.

Été 2009, à l’approche de la sixième édition, on apprend que le festival bénéficiera cette année de généreuses subventions publiques (au moins 400 000 euros) de la part des autorités locales : ville, département, région. C’en est trop pour les militants des « musiques actuelles », qui prennent la parole pour dénoncer ce qu’il y a de pourri au royaume du rock subventionné :

- le communiqué de presse du réseau Raoul
- une pétition collective
- un interview instructif

Commençons par ce qui est légitime dans leurs griefs. Il est effectivement détestable que des satrapes mal avisés octroient plusieurs centaines de milliers d’euros prélevés par l’impôt pour faciliter l’organisation d’une manifestation commerciale a priori rentable. C’est d’autant plus choquant quand l’organisateur est une grande firme profitable qui n’a pas besoin de ça pour conduire sa barque. Sans même parler du contenu de la manifestation, dont on a du mal à voir le rapport – même lointain – avec l’intérêt général de la nation ! Un concert de Kanye West vaut-il le moindre centime d’argent public ?

Comme le clament les signataires de la pétition, c’est bien « à l’organisateur de déployer les conditions nécessaires à la bonne tenue de son opération », pas au Conseil général, ni au Conseil régional. Ces subventions d’accompagnement (gestion de l’hygiène et des déchets, transports gratuits, mise à disposition du site, etc.) versées au producteur n’entraînent même pas le moindre bénéfice pour le consommateur, qui payera son billet d’entrée aussi cher qu’en l’absence de subventions publiques, soit 175 euros pour quatre soirs. Les élus locaux ont beau débiter les habituels poncifs sur l’image et le rayonnement de leur ville, la mayonnaise ne prend pas. Tout le monde y perd dans cette affaire, sauf Live Nation. Nous sommes d’accord.

Cela étant dit, que réclament exactement les signataires en colère ? Le retrait progressif des pouvoirs publics dans l’administration de la culture ? À qui sait lire entre les lignes et au-delà des formules pompeuses, la réponse est tout autre : ils réclament les mêmes subventions ! Ce qui dérange les responsables de ces associations, c’est moins une dépense inconsidérée de l’impôt par des élus de la République que le statut juridique de son bénéficiaire, à savoir une odieuse multinationale capitaliste qui n’a rien trouvé de mieux que d’enrichir ses actionnaires (ouh, la vilaine !).

La rhétorique est bien huilée, mais extrêmement prévisible. C’est le traditionnel amas de lieux communs par lesquels les militants associatifs essayent de se convaincre qu’ils incarnent le Bien en lutte contre le Mal. D’un côté du ring, il y a le monde merveilleux des associations, gage de « rayonnement », de « pluralité », de « démocratie » et surtout de « diversité », formule magique qui revient cinq fois en à peine plus d’une page ! De l’autre, « l’idéologie de l’homme économique » et l’influence néfaste de la « mondialisation libérale » sur les cultures (au pluriel, bien sûr). Quelle originalité ! On se croirait à la buvette d’un meeting d’Attac. Et dans un mauvais jour.

Contribuable Lambda (C.L.) est en droit de demander à Militant Énervé (M.É.) :

Contribuable Lambda : Pourquoi aider des organisations privées (entreprises ou associations) du secteur des « musiques actuelles » ? Et puis d’abord, qu’est-ce que c’est que ces machins dont je n’ai jamais entendu parler ?

Militant Énervé : Eh bien, voyez-vous, monsieur le Philistin, il en va de votre intérêt, puisque nous en avons décidé ainsi ! Les besoins des « populations », des « publics » dont vous faites partie, nous les avons bien identifiés, pendant que vous étiez au PMU ou en train de battre votre femme.

C.L. : Mais à quoi servent mes impôts ?

M.É. : À récompenser nos efforts désintéressés. On s’est structuré, on s’est concerté, on a travaillé sérieusement nos complémentarités, sans se concurrencer, tout bien comme il faut, « avec l’aide des collectivités publiques et de l’État », en plus ! Si ça, ça ne justifie pas… d’autres aides des collectivités publiques et de l’État, je veux bien devenir trader chez Natixis !

Nos chers indignés ne voient pas plus loin que leur propre droit à la subvention, qui leur paraît légitime du fait que plus gros qu’eux (associations plus anciennes, entreprises privées ou établissements publics) y aient déjà droit. C’est parfaitement compréhensible, presque girardien, mais totalement sans issue. Contentons-nous de deux remarques.

La première, c’est cette apparente incapacité à réaliser que la politique culturelle à la française est dans une impasse, patente depuis de nombreuses années. Ce qui était autrefois réservé au théâtre et aux musées est ouvert à toutes les « expressions artistiques », c’est-à-dire, potentiellement, à tous les illuminés qui exigent leur droit à la subvention. L’égalisation souhaitée des conditions, dont le ministère comme la Fnac nous rebattent les oreilles, (« tous artistes ! », « la culture pour tous ! ») est le moteur d’une quête sans fin d’argent public. Tant que des politiciens y verront un intérêt électoral ou ornemental, de nouvelles associations viendront mendier leur part du gâteau, en se calquant sur le jargon de l’administration pour remplir sagement leurs petits dossiers de subventions : action culturelle en milieu carcéral, politique tarifaire en faveur des publics des quartiers, ateliers de création pluridisciplinaire… Un manège déprimant qui durera jusqu’à l’explosion brutale du système.

La seconde, c’est que la notion de service public dont se gargarisent nos cultureux n’a aucune définition objective. Elle désigne en pratique ce qu’un gouvernement décide plus ou moins arbitrairement d’entendre comme tel et de rendre disponible à tous, principalement ou exclusivement grâce à l’imposition de quelques-uns. Le domaine du service public est potentiellement infini. Ce n’est qu’en étant aveuglé par des décennies d’immixtion soft de l’État dans les affaires humaines que l’on peut en venir à statufier le service public comme le font ses récipiendaires – en particulier dans le milieu de la culture ! Sans renier le principe même de service public, qui peut se défendre par ailleurs, on doit se faire à l’idée qu’il n’y a aucun droit naturel et immuable à « la reconnaissance et l’épanouissement de l'expression des différentes formes de la diversité culturelle ». Tout ça, c’est du pipeau.

Oui, il est haïssable que les bureaucrates subventionnent tout et n’importe quoi au nom de l’intérêt général. Non, entre un chèque ponctuel à un poids lourd de l’industrie et des subventions annuelles sans justification convaincante à une myriade d’associations, il n’y a pas une différence de nature mais de degré. Autant aller au bout de la logique et demander l’abolition des subventions en faveur du rock, en général. En attendant, nos militants en rogne ne voient que la moitié du problème et ignorent la comédie stérile à laquelle ils se livrent pour tenter de garder leur petite rente.

Quels enseignements tirer de cette affaire ?

D’une part, que l’intégration du rock dans le champ de la « culture officielle » n’a pas été la bénédiction attendue par ses militants. Certes, il existe maintenant dans toute ville moyenne une « scène de musiques actuelles » subventionnée, sur le modèle des théâtres publics. Mais la rivalité et les aigreurs des acteurs locaux s’en retrouvent accrues, tandis que progresse la mainmise des financeurs publics sur ces temples de la culture moderne. Conséquence : toutes ces nouvelles salles se ressemblent, conçues par les mêmes architectes, avec les mêmes normes de sécurité, les mêmes têtes d’affiche… Ce sont sans doute les producteurs privés qui y gagnent, puisqu’ils peuvent plus facilement rentabiliser une tournée nationale, dans ces salles standardisées aux frais du contribuable. Ce genre de montage public-privé aussi opaque que pervers est l’un des fleurons de notre chère « exception culturelle » !

D’autre part, que la société civile est toujours la proie de l’État et des gouvernants. Défendre des valeurs, créer du « lien social », c’est très bien, et nous sommes bien d’accord que l’association libre de citoyens (loi 1901) est le meilleur outil pour y parvenir. Mais dès lors qu’une association tire la majorité de ses ressources de subventions publiques, elle perd son autonomie et devient facilement le jouet de ses tutelles. Qui plus est, dans un registre aussi symbolique que la culture ! Le fameux « loup dans la bergerie » dont parlent nos militants du rock subventionné, c’est moins Live Nation que l’État culturel, qui s’immisce subtilement dans notre vie quotidienne, de la Fête de la Musique à Paris-Plage. À l’heure d’Internet, de ProTools et des réseaux sociaux, il n’a jamais été aussi facile de l’envoyer se faire foutre et de (re)faire du rock. Do it yourself !

Paul Castaing

Criticus, le blog politique de Roman Bernard.

Vous voulez publier une tribune libre sur Criticus ? Vous pouvez m'envoyer vos suggestions d'articles à l'adresse suivante : criticusleblog@gmail.com .

À lire, ou à relire, sur le sujet :

- L’État culturel, de Marc Fumaroli (1991)
- L’ambivalence du rock, entre subversion et subvention, d’Emmanuel Brandl (2009)

mardi 11 août 2009

Criticus à la Une de Paperblog

Bien que mes autres activités éditoriales m'accaparent cet été, et que le rythme de publication sur Criticus en pâtisse, j'ai eu ce matin le plaisir d'apprendre que je suis le « paperblogueur » à la Une aujourd'hui. L'occasion de vous annoncer la parution prochaine des tribunes de deux contributeurs et d'un article sur le « réchauffement climatique »* vu d'Australie.












Criticus, le blog politique de Roman Bernard.

Vous voulez publier une tribune libre sur Criticus ? Vous pouvez m'envoyer vos suggestions d'articles à l'adresse suivante : criticusleblog@gmail.com .

Comme je l'ai déjà écrit ici, je ne suis pas compétent pour dire s'il y a ou non réchauffement climatique, si celui-ci, en admettant qu'il existe, est bien dû à l'effet de serre causé par une augmentation de la concentration de dioxyde de carbone dans l'atmosphère, si celle-ci est d'origine anthropique, si les conséquences à attendre d'un éventuel réchauffement climatique sont si désastreuses qu'on le dit (n'y aurait-il pas aussi des avantages, comme le dégagement de terres fertiles et de sous-sols exploitables dans des régions aujourd'hui recouvertes par la glace ?) et enfin, si les ressources humaines actuelles ne seraient pas mieux employées à s'adapter au réchauffement climatique, plutôt qu'à vouloir le conjurer (ce qui semble d'ailleurs très prétentieux).

Si, donc, je ne suis pas compétent pour répondre à ces légitimes questions, je le suis pour me les poser, et je m'étonne donc que des personnes pas plus climatologues que moi, et, souvent, dotées d'une culture scientifique bien moindre que la mienne, ce qui n'est pas peu dire, prétendent, elles, que le réchauffement climatique et l'effet de serre sont des vérités scientifiques indiscutables, alors même que le propre de tout paradigme scientifique est de pouvoir être réfuté, comme l'a bien démontré Karl Popper. Et tout simplement qu'elles doivent d'abord être prouvées.

mercredi 5 août 2009

Criticus, un « cénacle de jésuites impérialistes »

Disqus ne notifiant que depuis très récemment les commentaires par courriel, peut-être les commentateurs de la tribune libre de « Loïck », parue il y a un peu plus d'un mois sur Criticus (« Le suicide programmé de l'Occident ») n'ont pas été notifiés du dernier commentaire, celui d'un certain Michel. Comme l'affichage en arborescence empêche de continuer la discussion là-bas, je reproduis ci-dessous son commentaire, et ma réponse :

Pardonnez le petit pêle-mêle de réponses à vos commentaires, mais comme vous voulez débattre...
Vous me faites un peu l'impression d'un cénacle de jésuites impérialistes, capables de trucider un chat pour vérifier la supériorité de la race humaine.
Au nom de quoi pensez-vous que l'Occident doive emmener la marche du monde ? D'un Dieu qui est d'ailleurs oriental ? D'une pensée qui est tout sauf une hors du lourd, bête et reptilien monolithe libéral aux trois facettes ? La Turquie peut bien venir en Europe, la Turquie c'est Byzance, lieu essentiel de conservation de la pensée gréco-latine, lieu d'échanges aussi avec le monde musulman aussi (lisez le grand A. Ducellier qui n'a jamis mis 15 sur 20 à une copie sans dates ni faits...) ? Pourquoi défendre un pays, type même de l'élément identitaire que l'on choisit pas ? Je n'ai pas pour habitude de respecter ce que je n'ai pas contribué à déterminer.
On peut choisir de se défaire de ses gangues, je ne me considère pas comme européen ou français. Je ne défendrai pas mon pays en cas de guerre mais je sais défendre mes idées par tous les moyens, je ne suis pas un couard. De même, les voyous basanés qui sucent la blanche moëlle de votre douce France ne sont-ils pas des larves, puisqu'ils savent défendre un territoire les armes à la main, vous non.
Vous vous voulez continuer d'asservir le monde pour continuer à traîner vos boulets et la soumission qui vous sert de vertu cardinale. Moi je ne suis pas sûr que vos chaînes vous rendent libres.
Je précise que je suis blanc, athée (baptisé par tradition familiale), assez nettement bakouniniste, abstentionniste militant, et qu'un cadre de parti politique, un imam, un prêtre et un social-démocrate m'inspirent un dégoût équivalent.



Voici, donc, ma réponse :

« Pardonnez le petit pêle-mêle de réponses à vos commentaires, mais comme vous voulez débattre... »

Oui Michel, nous voulons débattre sur Criticus. Vous pouvez d'ailleurs retrouver ici-même un fil de plusieurs centaines (!) de commentaires avec Philippe Arnaud, un marxiste orthodoxe... Mais peut-être connaissez-vous déjà ce Monsieur...

« Vous me faites un peu l'impression d'un cénacle de jésuites impérialistes »

Je sais que ce n'était pas votre intention, mais sachez que je le prends comme un compliment.

« Au nom de quoi pensez-vous que l'Occident doive emmener la marche du monde ? »

Il ne s'agit pas d'emmener la marche du monde, mais de réfléchir aux moyens de « rénover » la civilisation occidentale, dont la décadence actuelle est manifeste à toute personne valide...

« D'un Dieu qui est d'ailleurs oriental ? »

Pas au nom de Dieu, en ce qui me concerne. Notez toutefois que celui dont se réclament mes commentateurs chrétiens est représenté à Rome, i.e. en Occident. Cela fait longtemps que le centre de gravité de la Chrétienté s'est déplacé de l'Orient vers l'Occident, de la même manière que celui de l'Islam s'est lui déplacé de la Péninsule arabique vers le sous-continent indien...

« D'une pensée qui est tout sauf une »

La pensée occidentale n'est plurielle qu'en Occident. Hors d'Occident, elle est une, puisque considérée par les autres civilisations, quelles que soient ses nuances philosophiques, comme occidentale. Même l'invasion, en 1979, de l'Afghanistan par le Bloc de... l'Est, est considérée par les islamistes comme une invasion occidentale, du fait que l'idéologie communiste est née en France, en Allemagne et au Royaume-Uni... Vous pouvez tout à fait ne pas vous considérer comme un Occidental, en Occident. Hors d'Occident, on vous fera comprendre qui vous êtes.

« La Turquie peut bien venir en Europe, la Turquie c'est Byzance, lieu essentiel de conservation de la pensée gréco-latine »

C'était Byzance, c'était Constantinople, avant sa prise par les Ottomans en 1453.

Depuis, c'est Istanbul, qui a été le siège du Califat islamique jusqu'en 1924. Byzance est loin...

« lieu d'échanges aussi avec le monde musulman aussi »

Cela le resterait si la Turquie n'intègre pas l'Union européenne. Pourquoi faudrait-il intégrer les lieux d'échange, au lieu, justement, de les laisser dans leur environnement historique (l'Islam) ?

« Pourquoi défendre un pays, type même de l'élément identitaire que l'on choisit pas ? »

Parce que l'on ne choisit que partiellement ce que l'on est. Parce que, attaché ou non à l'endroit où on naît, où on grandit, où on vit, on en est solidaire s'il lui arrive malheur. Quand survient une invasion étrangère, l'envahisseur se fout de savoir que vous êtes un « citoyen-du-monde ».

« Je n'ai pas pour habitude de respecter ce que je n'ai pas contribué à déterminer. »

Parce que vous avez l'illusion de croire que vous êtes le seul à vous être déterminé vous-même.

« On peut choisir de se défaire de ses gangues »

C'est un luxe d'Occidental que de croire pareille fable. On ne se défait jamais tout à fait de ce que vous appelez des « gangues » (je parle, moi, d'identité), ne serait-ce que dans le regard de l'autre, qui sera aveugle à vos (vaines) tentatives d'« évasion ». Surtout, ne croyez pas que la volonté (illusoire) de se défaire de son identité sera un facteur d'affirmation de soi. Sans repère au contraire, l'homme a tendance à se replier selon des instincts groupaux, grégaires, au lieu d'affirmer son individualité. Regardez tous ces « rebelles » qui, ayant renié le modèle vestimentaire de leurs parents, finissent par tous porter le même ridicule accoutrement...

On ne peut vraiment se distinguer de la masse que lorsque l'on en a assumé le substrat culturel.

« je ne me considère pas comme européen ou français »

Ah bon ? Et dans quelle langue discutons-nous en ce moment, sinon en français ? Vous parlez d'autres langues, me direz-vous ? Lesquelles ? L'anglais ? L'allemand ? L'espagnol ? L'italien ? Ce sont là des langues indo-européennes. Et au-delà de la langue se pose la question de la culture.

Quels sont nos référentiels culturels communs, sans lesquels toute discussion serait impossible ?

Quels sont-ils, sinon les traits inhérents à la civilisation gréco-romaine et judéo-chrétienne ?

Croyez-vous sérieusement que vous pourriez avoir la même discussion avec un Papou ?

« Je ne défendrai pas mon pays en cas de guerre mais je sais défendre mes idées par tous les moyens »

Et vous avez la vanité de croire que vos idées ne sont pas attachées à un territoire, en plus ?

Que, à Pékin comme à Dehli, à Moscou comme à Rio, à Riyad comme à Tokyo, vous trouverez tout naturellement une communauté d'idées et de lutte, au sein de laquelle vous combattrez ?

« De même, les voyous basanés qui sucent la blanche moëlle de votre douce France ne sont-ils pas des larves, puisqu'ils savent défendre un territoire les armes à la main, vous non. »

Le jour où la question se posera, soyez assuré que j'apprendrai à le faire comme il se devra...

« Vous vous voulez continuer d'asservir le monde pour continuer à traîner vos boulets et la soumission qui vous sert de vertu cardinale. »

Il ne s'agit pas d'emmener la marche du monde, mais de réfléchir aux moyens de « rénover » la civilisation occidentale, dont la décadence actuelle est manifeste à toute personne valide (bis).

« Moi je ne suis pas sûr que vos chaînes vous rendent libres. »

Quelles chaînes ? J'ai la certitude d'être un homme libre, car je sais qui je suis et d'où je viens.

Et si je sais bien cela, c'est parce que j'ai appris l'histoire de l'Occident auquel je m'identifie...


Roman Bernard

samedi 1 août 2009

Trois réponses à Jean Robin, par Matthieu Bernard

Matthieu Bernard, mon frère aîné, se trouvant en ce moment à Bethléem, a formulé trois brèves remarques à la suite du dernier article de Jean Robin. Elles présentent assez d'intérêt pour que je les publie sous forme de tribune.

  1. Dans l'argumentaire de Pascal, l'argument du pari n'est pas le centre, mais seulement une propédeutique visant à déstabiliser le libertin pour le faire migrer vers un autre ordre. Pascal ne cesse de jouer sur l'insuffisance des différents discours pour préparer le cœur à l'accueil de la grâce.
  2. Si l'on ne peut pas « prouver » Dieu au sens de la physique moderne, il faut toutefois noter : d'une part, que la science a elle-même congédié pour une part le modèle épistémologique de la mécanique moderne, faisant droit à une réflexion sur la finalité ; d'autre part, que la rationalité humaine est hospitalière et offre sa place à différents niveaux de discours (cf. les trois ordres du même Pascal).
  3. La théologie catholique actuelle sur les « fins dernières » (mort, paradis, jugement, enfer) est plus fine que ce que le billet veut bien laisser croire. Quelques précisions : A) tout homme est appelé au bonheur, et donc à la béatitude (i.e. le paradis). B) La liberté de l'homme est cependant honorée par le Dieu créateur et sauveur, d'où la possibilité pour l'homme de refuser le don qui lui est fait : c'est ce que l'on appelle la damnation, qui conduit à l'enfer. C) Être catholique n'est donc pas une garantie absolue de Salut. D) Inversement, Dieu offre par les moyens qu'Il connaît à tout homme, baptisé ou non, d'être bénéficiaire du Salut que donne le Christ. Pour celui qui ne bénéficie pas de la lumière de la Révélation, c'est notamment la lumière de la conscience personnelle, soigneusement formée, qui « juge » l'agir de l'homme et donc décide de son Salut. E) Ainsi donc il est absurde de proposer une pluralité « d'enfers ». Et si le Christ dit qu'il y a « de nombreuses demeures dans la maison de [son] Père », c'est pour signifier la plénitude et la richesse du don que Dieu veut faire aux hommes.


Matthieu Bernard a publié deux autres articles sur Criticus : « Une République qui espère ? », un mois après le fameux « Discours du Latran » de Nicolas Sarkozy, prononcé fin décembre 2007, et « Paroles, Parole », à la suite de la visite de Benoît XVI en France, en septembre 2008.

Criticus, le blog politique de Roman Bernard.

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