Le racisme en France : sujet très en vogue depuis quelque temps, qui pourtant a toujours existé. Doit-on cesser de vivre et de se battre car on perçoit, dénonce des faits de racisme au quotidien ? Je peux comprendre que cela soit insupportable pour certains, mais ce qui m'insupporte, moi, c'est de crier au loup à la moindre réflexion, au moindre regard, à la petite phrase qui sera interprétée car sortie de son contexte. Le racisme ? La discrimination positive ? Que de mots creux quand on pense à l'inégalité que subissent les femmes - arabes ou pas. J'ai dû mettre toute l'énergie possible, encore aujourd'hui, pour trouver ma place en tant que femme, car c'est d'abord en tant que telle que des portes se sont refermées... Je n'ai pas connu le racisme à l'âge adulte, et qu'on ne vienne pas me dire que j'ai été idiote ou aveugle pour ne pas l'avoir vu ; mais je ne dénonce pas ce que je n'ai pas subi. J'ai dû, au contraire, me battre contre un racisme anti-français - je suis d'origine marocaine et mon compagnon est français -, et que de regards insultants dois-je encore affronter, sans oublier de préciser ce que mon compagnon a découvert de raciste chez des gens censés être tolérants. Mais ce racisme-là, on aime à le passer sous silence ; c'est vrai, après tout, on se fiche royalement de ce que vivent les couples mixtes comme le mien qui sont jugés par ceux qui dénoncent à longueur de temps un racisme certes existant, mais pas pire que celui vécu par des musulmanes en couple ou mariées à des Français. Le journaliste « arabe » et le « frenchi » en colère n'ont pas plus que ça de légitimité à s'emparer d'un problème qui se résume en peu de mots : il y a des racismes, et ils se valent tous !
mardi 29 septembre 2009
« Il y a des racismes, et ils se valent tous »
lundi 28 septembre 2009
Réchauffement climatique : les erreurs du GIEC
Dans la vidéo qui suit, envoyée par l'excellent Vincent Bénard, Courtillot s'exprime dans le cadre des journées scientifiques de l'Université de Nantes. Il commence par dire que le Hadley Centre for Climate Prediction and Research, centre météorologique britannique qui fournit le GIEC en mesures de température, refuse depuis quatre ans de lui communiquer ses données brutes. Une attitude totalement anti-scientifique qui jette le trouble sur les résultats communiqués par le GIEC, dont Vincent Courtillot rappelle qu'il est avant toute chose un organe politique.
Et à en croire Courtillot, dont l'équipe de chercheurs a réuni elle-même les données refusées par le Hadley Center, les résultats du GIEC sont tout simplement... faux.
Comme il l'affirme dans la diapositive extraite de sa présentation, s'il y a un réchauffement climatique depuis 150 ans, il est irrégulier. Et surtout, il n'est pas sans précédent depuis deux mille ans, comme le prétend le GIEC avec son modèle graphique de la « crosse de hockey ». Il rappelle, s'appuyant sur les travaux de référence de l'historien Emmanuel Leroy-Ladurie, qu'il y a eu, autour de l'an mil, et jusqu'au XIVe siècle, l'« optimum climatique médiéval » (qui explique la croissance démographique de l'Occident chrétien). Puis, du XVIe au XIXe siècles, le « petit âge glaciaire » (qui explique, a contrario, l'incapacité de la France à peupler ce qui est devenu le Québec). Le GIEC manque en fait de sources : jusqu'à récemment, les mesures de température de l'atmosphère et des océans étaient trop peu nombreuses pour être significatives. En outre, la moyenne réalisée à partir de températures diverses est une méthode douteuse, faisant fi de nombreux paramètres.
Au premier rang de ceux-ci se trouve l'activité solaire. Vincent Courtillot démontre que le GIEC a sous-estimé d'un facteur 20 l'influence des variations de l'activité du Soleil sur la température de l'atmosphère, à cause d'une erreur de calcul dans le calibrage des signaux de différents satellites. De plus, les nuages, dont le rôle dans la température de l'atmosphère est très important (c'est par exemple en raison de leur absence que les nuits sont si fraîches dans les déserts chauds) sont... absents des modèles du GIEC, qui se prive ainsi de données de tout premier ordre.

Pour Vincent Courtillot, s'il y a une corrélation entre augmentation de la teneur de l'atmosphère en dioxyde de carbone (CO2) et élévation de la température, celle-ci est inverse : c'est le réchauffement des océans qui leur fait dégager le CO2 qu'ils piégeaient jusqu'ici. Un peu comme si vous laissiez une bouteille de coca au soleil.
Courtillot pense que, d'ici une dizaine d'années, il sera communément admis que les résultats du GIEC sont erronés. Ce qui lui fait craindre que le « retour de bâton » soit tel que la science sera discréditée, attisant les fondamentalismes religieux.
Il précise aussi que toutes les ressources qui seront consacrées en vain à lutter contre le réchauffement climatique ne le seront pas pour régler de réels problèmes comme le manque d'eau potable, de nourriture, ou encore l'accumulation des déchets.

La pertinence de l'argumentaire de Courtillot réside également dans son propre aveu d'erreur. Jusqu'à récemment, il pensait, comme la plupart des non-spécialistes, que le réchauffement climatique est une réalité, qu'il est d'origine humaine, et que ses effets seront catastrophiques. En s'étant penché sur les faits, il relativise la réalité du réchauffement climatique, n'en attribue pas la responsabilité à l'homme, et pense que ses conséquences seront, au pire, négligeables (il estime par exemple que l'élévation du niveau des océans, réduite, ne constituera pas une catastrophe).
C'est donc à regarder ci-dessous. 51 minutes pour désapprendre les erreurs du GIEC.
Roman Bernard
À lire, sur le même sujet, les articles de Vincent Bénard donc, mais aussi de Jean-Louis Garnier, H16, Franck Boizard, Skyfal, Alain Genestine, République fromagère, Alerte environnement, Lomig, Sérum de liberté et Pensée unique :
vendredi 25 septembre 2009
« South Park » est-elle une série « de droite » ?, par Paul Castaing
Il y a deux ans, les « Guignols de l’Info » diffusaient une courte parodie de South Park faisant figurer quatre ténors de la droite française (François Bayrou, Valéry Giscard d’Estaing, Nicolas Sarkozy et Philippe Séguin) en lieu et place des jeunes protagonistes de la série. « Droite Park », tel était le titre de ce sketch, plutôt drôle d’ailleurs vu le niveau moyen de cette poussive institution de « l’esprit Canal ». Mais il est probable que cette séquence d’une minute trente n’ait pas suscité la réflexion à laquelle elle invitait pourtant, à son corps défendant : et si la série South Park était de droite ? Non, pas possible. Sur Canal Plus comme dans la plupart des one-man-shows, l’humour est drôle parce qu’il est « subversif », « provocateur », donc « de gauche », n’est-ce pas ? Depuis Hara-Kiri et la clique géniale du Professeur Choron (n’en déplaise à Pierre Carles et à tous ses admirateurs gauchistes, Choron était vétéran d’Indochine, entrepreneur de presse, machiste et ennemi déclaré du genre humain – pas un chantre de l’avant-garde prolétarienne), on en est resté à cette équation simplissime mais ô combien attestée en France par la surreprésentation des idées de gauche chez les amuseurs publics. La subversion a bon dos. En 2009, il faut vraiment avoir des grumeaux dans les synapses pour se croire « dérangeant » en tapant sur le pape, les flics et les patrons. En 1960, ça avait un sens. Aujourd’hui, c’est de la sénescence.
Mais revenons à South Park pour comprendre ce qui se joue outre-Atlantique. Tout le monde connaît la série créée par Trey Parker et Matt Stone, alors étudiants en cinéma, et diffusée pour la première fois sur Comedy Central en août 1997. Elle a été retransmise régulièrement sur Canal Plus entre 1998 et 2002, et connaît depuis un succès populaire phénoménal dans le monde entier. Le long-métrage Bigger, Longer & Uncut a généré plus de 83 millions de dollars de recettes. Actuellement dans sa treizième saison, South Park s’est imposé comme le digne successeur des Simpsons dans le divertissement populaire. Avec plus de trois millions de téléspectateurs en direct par épisode, le show est aujourd’hui l’un des plus célèbres et profitables aux États-Unis.
Quand on évoque South Park, on pense tout de suite à ces quatre gamins violents et à leur humour scatologique. Dans le premier épisode, aussi grotesque qu’obscène, Cartman découvre qu’il a une sonde extra-terrestre dans le derrière tandis que Stan vomit sur sa copine à chaque fois qu’elle lui parle. Les ados se marrent, les parents s’offusquent. La série fait parler d’elle car elle s’attire les foudres de plusieurs groupes de pression chrétiens et conservateurs yankee. Une stratégie qui s’avère payante pour Parker et Stone, puisque Comedy Central les signe pour un premier contrat de six épisodes, reconduit depuis jusqu’en 2011. Choquante, cultivant le nonsense des Monty Python, la série animée trouve ses premières cibles parmi les maniaques de la gâchette et les évangélistes télévisés. Pour beaucoup, l’affaire est entendue, South Park sera une « caricature de l’Amérique réactionnaire ». C’est toujours la vision qui domine en France, où l’anti-américanisme fait facilement recette.
Pourtant, pourtant… À partir de la quatrième saison environ, le show prend une ampleur politique qui lui faisait défaut jusqu’à présent. Parker et Stone font preuve d’un réel talent d’écriture et d’une inspiration croissante. Pour qui sait lire entre les prouts lignes, South Park distille de plus en plus clairement une vision du monde cohérente, loin d’être nihiliste, sans renoncer à l’humour féroce et souvent violent de ses débuts. Or, à mesure que la série avance, cette Weltanschauung tourne au vinaigre pour les bobos puisqu’elle s’en prend cruellement à tout ce qui est à la pointe du progressisme là-bas : écologie, décroissance, droits des minorités, contraception, et j’en passe. À l’occasion d’une remise de prix, on apprend que Matt Stone est membre du Parti républicain et que sa devise est : « I hate conservatives, but I really fucking hate liberals ! » (« Je hais les conservateurs, mais putain, qu’est-ce que je hais les progressistes ! ») Intéressant, n’est-ce pas ?
Vers 2001, le terme « South Park Republican » passe alors dans le langage courant en Amérique, notamment grâce à l’influent blogueur Andrew Sullivan. Le polémiste Brian Anderson sort en 2005 un livre détonnant qui fait de la série l’un des parangons d’un nouvel esprit anticonformiste de tendance conservatrice. South Park Conservatives est un succès de libraire qui annonce fièrement la fin du monopole idéologique de la gauche sur les idées, qu’elle exploite sans vergogne depuis les années 1970. S’il est un peu hasardeux de faire figurer Parker et Stone aux côtés d’Ann Coulter et de Rush Limbaugh, le constat est sans appel : South Park est une série qui plaît à droite parce qu’elle ridiculise ce qui est sacré à gauche. Et le dossier à charge est très fourni, jugez-en plutôt.
Raillant l’idéologie du métissage et les méfaits de l’immigration, l’épisode Goobacks (806) tire à vue sur le politiquement correct. Des visiteurs du futur arrivent à South Park pour chercher du travail et fuir la misère de leur époque. Ce sont des métis uniformes, mélanges de toutes les races et dont le dialecte incompréhensible est un mélange de toutes les langues. Bien vite, la ville de South Park est profondément altérée par la venue croissante de ces migrants qui acceptent un salaire inférieur et poussent ainsi les locaux au chômage. En France, Parker et Stone auraient déjà quatre procès sur le dos. Dans l’épisode The Death Camp of Tolerance (614), les enfants sont envoyés dans un camp de rééducation morale après s’être plaint des agissements obscènes de leur instituteur homosexuel. Sous la menace d’armes à feu, ils doivent dessiner des œuvres de propagande « citoyenne » et « tolérante ». Une allégorie de la chape de plomb que font peser les associations communautaires sur la liberté d’expression en France.
Le réchauffisme et l’idéologie écologiste en prennent aussi plein la figure, à l’image de ce voyage scolaire dans la forêt tropicale qui tourne à l’aigre (Rainforest Schmainforest, 301) ou du fascisme vert des militants de la Journée de la Terre qui massacrent le pauvre Kenny en représailles (Terrance and Phillip: Behind the Blow, 505). Le plus hilarant en la matière est certainement le récent Smug Alert ! (1002) où la prétention snob des bobos de San Fransisco est ridiculisée avec brio : tellement fiers d’eux-mêmes qu’ils en viennent à respirer leurs propres pets avec délectation… Les stars pontifiantes d’Hollywood (l’équivalent de nos « artistes engagés », façon Cali ou Berling) sont malmenées, à l’image de Rob Reiner et la guerre qu’il mène contre les fumeurs de cigarettes (Butt Out, 713)… De même que l’engouement irrationnel pour les médecines douces et new age, qui manquent de provoquer la mort du petit Kyle (Cherokee Hair Tampons, 407).
Question religion, là encore, Parker et Stone surprennent. S’ils ont copieusement moqué les pasteurs protestants dans plusieurs épisodes, présenté les prêtres catholiques comme des pédophiles (Red Hot Catholic Love, 608) et provoqué l’indignation générale avec une statue de la Vierge saignant de l’anus (Bloody Mary, 914), leur rejet du consensus les a conduits à des critiques virulentes contre le camp d’en face : contre le délire laïciste visant à supprimer les sapins de Noël des écoles (Mr. Hankey, the Christmas Poo, 110), contre l’athéisme jouisseur et nihiliste (Go God Go, 1012) et en défense des Mormons, présentés comme des gens honnêtes, travailleurs, qui aiment leur famille et leur prochain (All About the Mormons, 712). Trey Parker ne cache pas sa sympathie pour l’Amérique profonde : « Les gens du show-biz sont tous plus ou moins des connards cocaïnés et érotomanes, mais ils se sentent naïvement supérieurs au mec du Wyoming qui aime sa femme et élève bien ses gosses. »
Les exemples se multiplient. Comment expliquer cette « face cachée » de South Park que l’on refuse de voir en France (est-il innocent que Canal Plus ait arrêté de diffuser la série en 2002, quand ça commençait à chauffer ?) ? La biographie des deux créateurs apporte des éléments de réponse. Quand ils étaient au lycée dans les années 1980, Trey Parker et Matt Stone voulaient être punk rockers, par rébellion envers le système. Ils emmerdaient Reagan, l’idéologie conservatrice, et pensaient que le Colorado était un trou à rats peuplé de beaufs racistes. Mais une fois à l’université, ils comprennent que la pensée dominante peut être tout aussi détestable quand elle est progressiste. « Quand je suis arrivé à Boulder, j’ai jeté illico ma paire de Birkenstock car tout le monde en portait, et j’ai réalisé que ces gens-là aussi voulaient contrôler mes choix », dixit Stone. Le pompon, c’est L.A. Avec le succès de South Park, les deux copains doivent y résider au moins partiellement. Parker remarque : « La seule façon d’être un punk à Los Angeles, c’est d’entrer dans la plus grosse fête et de dire : “On peut penser ce qu’on veut de George Bush, mais il faut reconnaître qu’il est plutôt brillant !” Les gens vous regardent hébétés, et puis ils vous foutent dehors ! »
Comme je l’écrivais plus haut, la vision du monde des créateurs de South Park est cohérente. Leur esprit punk et anarchiste leur commande de se moquer de toutes les vaches sacrées de leur époque. S’ils pourfendent majoritairement l’aile gauche du spectre politique, c’est parce que les idées de gauche dominent la vie intellectuelle et culturelle américaine, malgré l’épisode néo-con. Plus qu’une série « de droite », South Park est surtout le reflet d’une philosophie politique quasiment inconnue en France : le libertarianisme. Trey Parker est d’ailleurs un libertarien déclaré. Une lecture attentive de certains épisodes le confirme sans ambages. Gnomes (217) est un hommage à l’économie de marché et une critique de l’idée reçue selon laquelle les commerces de proximité sont meilleurs que les grandes chaînes. Dans Cartmanland (506), l’esprit d’entreprise est valorisé tandis qu’apparaît l’injustice de l’impôt. Le gouvernement fédéral n’a jamais le beau rôle, qu’il régente l’éducation sexuelle des enfants à la place des parents (Proper Condom Use, 507) ou qu’il prenne des décisions insensées face à la crise financière (Margaritaville, 1303). Le clin d’œil à Ayn Rand dans l’épisode Chickenlover (203) ne laisse aucun doute : South Park est un hymne à la liberté.
Certainement plus à droite que la quasi-totalité des sitcoms, South Park n’est pas pour autant une série conservatrice, comme ses auteurs l’ont prouvé à maintes reprises, en s’attaquant aussi aux tabous de la droite américaine. Comparons maintenant avec la France. La bien-pensance de gauche est écrasante dans les médias, la littérature, le show-business et l’université. Sarkozy, naguère qualifié d’ultra-libéral (l’analyse politique à la portée des caniches), se gauchise nettement depuis son élection et semble trahir chaque jour un peu plus son électorat de droite. L’establishment est viscéralement étatiste (donc antilibéral) et de gauche, les vieux cons bedonnants de mai 1968 sont toujours aux manettes. C’est dire à quel point il manque un South Park français, un rouleau compresseur qui démolirait les grands tabous contemporains de chez nous, un grand bol de vitriol qui décaperait les sornettes « antiracistes », « tolérantes » et « citoyennes » dont on nous abreuve quotidiennement.
Pour faire choir les rebellocrates de leur piédestal, nous avons besoin d’humour libertarien. Certes, la pensée « libérale-conservatrice » est marginale en France, mais je vois aussi de l’espoir. La France que j’aime, gouailleuse, irrévérencieuse et cultivée, étouffe depuis plusieurs années sous le joug du politiquement correct et du totalitarisme intellectuel. Le truculent Michel Audiard a enfanté le sinistre Jacques Audiard. Mais tout n’est pas perdu, les enfants. On dit souvent que les États-Unis ont entre dix et vingt ans d’avance sur nous. Espérons que l’adage se vérifie au moins sur le plan culturel, et que nous verrons poindre d’ici 2017 un phénomène humoristique de la trempe de South Park.
Paul Castaing
Criticus, le blog politique de Roman Bernard.
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À lire aussi :
- Un billet de Marc Cohen, de Causeur, sur le sujet
- L’interview très instructive de Parker et Stone dont j’ai tiré certains propos
- Une analyse économique et philosophique libertarienne de South Park
Brèves vacances
Pour fêter dignement ces trop brèves vacances, voici les trois brèves suivantes :
- Privatiser La Poste... faut être sensé ! Je réitère ce que j'ai écrit il y a deux ans : La Poste est la figure de proue d'une France à la dérive. Colis non distribués ni avisés, retards, voire pertes de courrier, horaires d'ouverture des bureaux trop restreints, grèves à répétition, machines d'affranchissement toujours en panne... Il n'y a rien de « timbré » à vouloir privatiser l'un des derniers bastions de l'archaïsme collectiviste. Et, amis privatiseurs, ce n'est pas à nous de prouver qu'il est bon de privatiser La Poste. C'est aux opposants à la privatisation de prouver que La Poste doit être publique.
- Dans le même registre, la décision de la majorité parlementaire UMP de soumettre à l'impôt les indemnités journalières versées par la Sécurité sociale aux salariés à la suite d'un accident du travail est évidemment stupide. Je reste bien sûr contre le principe de la Sécurité sociale, mais, dans la mesure où celle-ci existe, il n'y a aucune raison de pénaliser ses usagers forcés. On est là encore dans les mauvais remèdes de droite à des problèmes de gauche : la guerre stérile de l'étatisme contre le socialisme sans cesse renouvelée. Il y a plus simple : rendre les cotisations et charges sociales aux acteurs économiques pour les laisser prendre l'assurance de santé de leur choix. L'UMP ferait mieux d'envisager cette solution de bon sens, plutôt que de spolier éhontément les accidentés du travail.
- Après Michel Rocard, rapporteur de la taxe carbone, c'est au tour de Nicolas Sarkozy de confondre l'effet de serre et le trou dans la couche d'ozone. Là encore, c'est grâce à H16 que j'apprends que le chef de l'État a déclaré ceci : « Des scientifiques et des savants du môôônde entier … se sont réunis pendant des mwâs et des mwâs pour dresser le constat – c’est le constat qui est accablant – le monde va à sa perte si on continue à émettre du carbone qui crée un trou dans la couche d’ozone et qui … brise les équilibres de la planète. » C'est décidé : je ne revoterai pas pour ce clown. Ce qui veut dire que je vais être obligé de voter pour... François Bayrou. Autant ne pas voter, me direz-vous...
Roman Bernard
jeudi 24 septembre 2009
Mustapha Kessous et le syndrome de Stockholm
Ses allégations ne reposant que sur sa propre expérience, je veux bien être disposé à le croire, mais sans être sûr de la véracité de ses dires. Après tout, Azouz Begag a bien juré que Brice Hortefeux, à chaque conseil des ministres auquel ils siégeaient ensemble, mimait, devant tout un gouvernement indifférent, un égorgement de mouton.
Et le problème, c'est que Mustapha Kessous en vient à écrire la phrase suivante :
Le 21 décembre 2007, je termine une session de perfectionnement dans une école de journalisme. Lors de l'oral qui clôt cette formation, le jury, composé de professionnels, me pose de drôles de questions : "Etes-vous musulman ? Que pensez-vous de la nomination d'Harry Roselmack ? Si vous êtes au Monde, c'est parce qu'il leur fallait un Arabe ?"
Or, pour avoir fait un stage à la rédaction du quotidien du soir le mois d'après, en janvier 2008, je me rappelle cette réunion finale avec le secrétaire général de la rédaction. Lui demandant s'il y avait une possibilité, pour moi qui avais écrit une vingtaine d'articles en un mois, dont trois dans l'édition quotidienne*, de faire un CDD l'été d'après, il m'avait répondu que le recrutement était bloqué, et que deux jeunes personnes avaient été embauchées récemment, dont Mustapha Kessous. Ce dernier avait été recruté, nous a-t-on dit sans fard, dans une perspective de discrimination positive. J'invite donc les personnes présentes à la réunion à démentir mes propos.
Bien sûr, il ne s'agit de ma part que d'un témoignage. Mais en quoi a-t-il moins de valeur que celui de Mustapha Kessous ? Si ce n'est que lui travaille au Monde.
Il me semble donc malvenu, de la part d'une personne qui a bénéficié d'une mesure de discrimination (au détriment d'un autre candidat), de fustiger celles dont il est victime. Être embauché au Monde, lorsque l'on a tout juste fini ses études, est un privilège qui me paraît compenser très largement d'autres menus préjudices.
L'autre problème du récit est que Mustapha Kessous se plaint d'être considéré comme « l'Arabe de service », l'« alibi » du Monde. Peut-être devrait-il s'en plaindre d'abord à son employeur. Car dans une rédaction blanche, âgée, bourgeoise, d'héritages catholique ou juif, qu'est-ce qu'un jeune, d'origines modeste et musulmane, sinon un témoin dans le procès en racisme qu'elle intente à la France ?
Au Monde, les rares immigrés, ou descendants de, travaillent essentiellement au restaurant du personnel, ou pour la société à laquelle il sous-traite son nettoyage.
Le témoignage de Mustapha Kessous est symptomatique de ce « syndrome de Stockholm » qui conduit l'otage à défendre son preneur. Plutôt que de s'en prendre à la France « raciste », il ferait mieux de questionner les motivations réelles de son employeur.
Roman Bernard
*
- « Un site pour mieux comprendre les enjeux des élections américaines », publié le 22 Janvier 2008
- « Sur LCP-AN, John-Paul Lepers part à la rencontre des citoyens », publié le 12 Février 2008
- « Un outil pour mieux repérer les "pépites" de la blogosphère », publié le 2 Mars 2008
mercredi 23 septembre 2009
J'aime la liberté. L'aimez-vous ?, par Maxime Zjelinski
[V]ous allez trouver ça dingue, incroyable, que dis-je, abracadabrantesque, mais il ne suffit pas d'avoir une mauvaise opinion de telle ou telle catégorie de gens pour que cela se traduise par des brimades ou des agressions. Faut-il être libéral pour comprendre que l'idée est une chose, mais que l'individu en est une autre ? Faut-il être libéral pour comprendre que l'idée que l'individu se fait du monde ne lui donne pas le droit de porter atteinte, d'une manière ou d'une autre, à la dignité d'autrui ? C'est quelque chose que vous n'avez pas l'air de comprendre.
Il est vrai que de nos jours, la franchise passe pour la plus grande et la plus belle des vertus, alors on se fait un devoir de dire tout haut ce que l'on pense tout bas, sans égard pour ses interlocuteurs, et cela avec la certitude de s'approcher chaque fois un peu plus de la justice. Ne voit-on pas que cette exigence de transparence est la porte ouverte à toutes les « rééducations » ?
Je n'ai, pour ma part, pas besoin de trouver normale ou naturelle l'homosexualité pour témoigner à un homosexuel le même respect qu'au plus proche de mes parents. La majorité de ceux pour qui l'homosexualité est « anormale » ne le font pas sentir aux personnes homosexuelles, et c'est le maximum que vous obtiendrez, c'est ce dont vous devrez vous contenter aussi longtemps qu'on n'aura pas tout à fait oublié que l'individu est libre de ne pas aimer ceux à qui il sert la main.
Ce hiatus entre la pensée et l'acte, ça s'appelle le respect. C'est la capacité de se rappeler, dans le tourbillon des pensées, des affects, des convictions et des idées, que la personne en face a une âme, qu'elle existe, qu'elle a une histoire, qu'elle a « ses raisons », qu'elle est libre et qu'il faut la laisser faire son chemin.
Vous voulez inscrire dans la chair de l'individu ce qui, selon ma définition qui me paraît de loin la plus raisonnable, devrait rester inscrit dans son cœur. Vous voudriez que le respect envers les homosexuels procède d'une bonne vision de l'homosexualité, et non du respect d'autrui.
En travestissant cette notion de respect, ceux d'entre les homosexuels qui soutiennent l'initiative de SOS Homophobie se tirent une balle dans le pied, car l'homosexualité ne sera jamais tout à fait normale aux yeux du grand nombre, et si c'est à cette condition que les homosexuels espèrent se faire respecter, ils risquent d'être déçus. Pour cette raison je pense qu'ils devraient plutôt miser sur la conception libérale que je viens d'exposer : « Peu importe ce que tu penses des gens comme moi, je suis une personne comme toi, et tu n'as pas à me dire comment mener ma barque ».
J'aime la liberté. L'aimez-vous ?
Maxime Zjelinski
Criticus, le blog politique de Roman Bernard.
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lundi 21 septembre 2009
Le rôle de l'école n'est pas de lutter contre l'homophobie
SOS homophobie agréée au titre des associations complémentaires de l’enseignement public
Après les recteurs de Créteil, Paris et Versailles, le ministre de l’éducation nationale vient d’accorder l’agrément national à l’association SOS homophobie, pour ses interventions en milieu scolaire, après avis favorable du conseil national des associations complémentaires de l’enseignement public.
SOS homophobie se "réjouit" de cette décision "conforme aux recommandations publiées par la Halde".
"C'est une avancée importante en faveur de la lutte contre l’homophobie en milieu scolaire. Elle s’inscrit dans la logique d'évolution des circulaires de l’éducation nationale publiées depuis 2001 et tout particulièrement des deux dernières (circulaires de rentrée 2008 et 2009) et des actions programmées, telles que la campagne de sensibilisation 'parler de sa différence'", rappelle l'association.
"La lutte contre les exclusions et les discriminations en raison de l'orientation sexuelle et l'identité de genre doit absolument faire partie des programmes de la formation initiale et de la formation continue des personnels, insiste SOS homophobie. Les manuels doivent dire la vérité sur ces questions, en histoire, en littérature, dans l’enseignement artistique. Les établissements scolaires doivent clairement disposer de structures permettant de communiquer sur le sujet : affiches, personnes ressources, inscription explicite dans le règlement intérieur".
Forte de son agrément national, l'association affirme qu'elle "restera extrêmement attentive à l’évolution de la situation et à la mise en œuvre de la politique amorcée par le ministère de l’éducation nationale".
Ni Twitter, ni Facebook, ni Friendfeed ne permettant une discussion d'aussi bonne qualité que sur un blog (ce qui dément les thèses fumeuses de l'inénarrable Rubin Sfadj à ce sujet...), je voudrais lancer le débat ici. Je considère que le seul rôle de l'école est d'instruire, et pas d'éduquer. Encore moins d'inculquer un message qui, s'il part d'un bon sentiment, n'en est pas moins clairement orienté idéologiquement.
Le désastre éducatif est tel que l'école devrait se contenter de bien enseigner : le français, les mathématiques, l'histoire-géographie et l'anglais. Ce serait déjà bien.
Naturellement, l'école étant, en plus d'un lieu de savoir et de connaissance (en principe), aussi un lieu de vie, il est utile d'y donner les règles de base de la vie en société, surtout si les parents le font peu, mal, ou guère. Il y a donc malgré tout une part d'éducation dans le rôle de l'école. Mais qui devrait être réduite à des règles simples de vie en société. Qu'il faille réfréner la violence à l'école, c'est une évidence, que l'actualité nous rappelle. Mais la tâche de l'école n'est-elle pas assez compliquée qu'il faille y faire rentrer tous les types de revendication de la société actuelle ("anti"racisme, lutte contre l'homophobie...) ?
Roman Bernard
dimanche 20 septembre 2009
Les Asiatiques, grands oubliés de l'"anti"racisme
[C]urieusement, je n’ai jamais entendu parler de la plainte d’un Asiatique traité injustement de chinois [...]
Bonne remarque de Berdepas. J'ai moi-même déjà noté que les Asiatiques sont totalement oubliés par les "anti"racistes. Pourtant, le phénomène que j'ai pu observer est la confusion entre Vietnamiens, Cambodgiens, Laotiens et Chinois dans des insultes qui, si elles ne sont pas racistes, sont au moins xénophobes. Alors qu'une part notable des « Chinois » est en fait originaire de l'ancienne Indochine française.
J'ai donné à cela deux explications contradictoires (dans l'esprit des "anti"racistes) :
- ils ont osé fuir des pays socialistes et/ou communistes
- ces mêmes pays sont, aujourd’hui, devenus capitalistes
Oubliés naguère parce que renégats du communisme, oubliés aujourd’hui parce que « ressortissants » du capitalisme.
Je ne prétends pas que cette explication quelque peu provocatrice soit la bonne. Mais les associations "anti"racistes ayant été dirigées par des trotskystes (SOS Racisme) ou des staliniens (Mrap), il semble que l'aspect idéologique des choses ne soit pas à mettre de côté. Il n'y a qu'à voir la réticence de la gauche française à soutenir Solidarnosc : « pas beaucoup de gens de gauche, là, vous pouvez me croire : trop catholiques pour être soutenables, les gens de Solidarnosc... », comme le notait Didier Goux relatant ses souvenirs d'activiste.
Il semble que l'"anti"racisme à la française soit idéologiquement sélectif. Et que le sort des « enfants-bananes » (jaunes à l'extérieur, blancs à l'intérieur) n'intéresse pas ces "anti"racistes subventionnés.
Témoin, le faible écho donné au reportage sur les jeunes Français d'origine chinoise de Cheng Xiao Xing, diffusé début 2008 à la télévision. L'intégration de ces enfants-bananes semble s'être bien réalisée. N'est-ce pas dû, paradoxalement au fait qu'étant oubliés des "anti"racistes, ils n'ont pas pu être instrumentalisés par ces derniers ?
Roman Bernard
samedi 19 septembre 2009
« Ça va être marrant quand elle sera présidente »
« [L]a candidate socialiste crée un buzz avec son nouveau site Internet au look futuriste [...] »
« [N]ombreux sont ceux qui croient simplement que le site aurait été hacké pour une stupide blague d'étudiant [...] »
« [Ç]a doit être la homepage d'une garderie pour bébés [...] »
« [Ç]a va être marrant quand elle sera présidente [...] »
Roman Bernard
vendredi 18 septembre 2009
L’idéal des écologistes : le SDF, par Jean Robin
Or, si l’on prend (au hasard bien entendu) l’exemple des écologistes, et du mouvement dit vert (quelle jolie couleur, source de tant de bonheurs à venir), mettre leurs actes en accord avec leurs paroles signifierait, purement et simplement, leur « SDFisation », si vous me pardonnez cet affreux néologisme. Oui, nos bobos carburant au bio et au lait de soja, se retrouveraient instantanément des SDF, bien sales et bien désocialisés, cherchant où crécher le soir, et où manger à midi.
Le SDF mange peu, voire pas du tout certains jours, n’a pas de maison (lapalissade) et protège donc ainsi la planète des affres de la surconsommation, et même de la consommation tout court. Point de bains, encore moins de douche, et donc de pipi sous la douche pour économiser l’eau qu’il n’utilise jamais. Point d’électricité, ni pour se chauffer, ni pour s’éclairer, ni pour regarder la télé, le nucléaire et ses affreux déchets radiozactifs deviennent superflus. Point de livres, constitués de bois venant directement d’Amazonie (poumon de la planète je vous le rappelle) ou d’ailleurs, donc point de pollution ni de destruction de la nature.
Le SDF n’a que faire des voitures, des trains, des avions qui polluent tant : il ne les prend jamais, préservant ainsi ce que nous avons de plus précieux, notre mère la Terre. Quant aux vacances, sports d’hiver, à la plage ou en thalassothérapie, qui génèrent tant de pollution et de destruction de Gaïa notre déesse vivante, le SDF n’en prend jamais puisqu’il n’en a ni l’envie ni les moyens. Ce qui ne signifie pas pour autant qu’il pollue en allant au travail, en photocopiant des rapports pour son patron, ou en servant le café à ses collègues, puisqu’il n’a pas plus de travail que de vacances. Enfin, le SDF ne se reproduit pas, et ne contribue donc pas à la surpopulation qui engendre tant de pollution, de destruction de notre habitat et de celui des petits animaux tout mignons dont une si grande partie disparaît chaque jour sous les coups imparables et néanmoins hostiles d’une société capitaliste menée et minée par un sentiment de puissance lié à son désir insatiable de consommer tout, tout de suite et tout le temps.
Le SDF n’a qu’un seul défaut : il respire, ce qui fait émaner de lui des molécules de l’infâme CO2. On peut donc dire qu’il contribue à l’effet de serre, d’autant qu’il doit aussi péter de temps en temps, lâchant ainsi des molécules d’un gaz malodorant mais surtout tout aussi polluant et qui contribue à l’effet de serre et au réchauffisme climatique.
Derrière tout discours écologiste, derrière toute manifestation verte, derrière tout Daniel Cohn-Bendit, il y a un SDF qui sommeille, et qui s’ignore. J’espère avoir rendu consciente cette politique noble, saine et qui fera la gloire d’Augustin Legrand : demain, l’écologie triomphera et nous serons enfin tous des SDF !
Jean Robin
Criticus, le blog politique de Roman Bernard.
Vous voulez publier une tribune libre sur Criticus ? Vous pouvez m'envoyer vos suggestions d'articles à l'adresse suivante : criticusleblog@gmail.com .
jeudi 17 septembre 2009
Suicides à France Télécom : non aux explications simplistes
Une observation qui méritait d'être développée : « [D]epuis février 2008, les syndicats ont dénombré 22* suicides de salariés, tous des hommes, pour environ 100 000 salariés en France (dont deux tiers d'hommes). Ce taux est comparable à celui de l'ensemble de la population (17,1 pour 100 000 habitants en 2006, selon l'Inserm), ou à celui des hommes de 35 à 65 ans (entre 30 à 40 pour 100 000). »
(Source)
Il n'y a donc pas plus de « vague » de suicides à France Télécom que dans le reste de la France. Le nombre impressionnant de suicides fait en effet oublier le nombre plus impressionnant encore de salariés, que les journalistes auraient dû citer en premier.
Dès lors, attribuer ces suicides au néo (ou à l'ultra, c'est selon) « libéralisme », comme le fait ce bon vieux CSP, est nul et non avenu.
D'autant que, comme le rappelait « Théo2toulouse », un commentateur de La Lime, « le premier actionnaire de FT est ... l'Etat et [...] cette entreprise est encore gérée comme un service public. » L'accusation du libéralisme ne tient pas. Faut-il pour autant en accuser le contraire, l'étatisme ?
C'est ce que n'hésite pas à faire Aurélien Véron, président du Parti libéral-démocrate, dans un billet où il élargit le problème des suicides à France Télécom à celui du taux de suicide en France, qui est parmi les plus élevés au monde.
Si je salue sa juste dénonciation de l'étatisme, qui constitue pour la France une impasse (que Paul Castaing qualifie, concernant le secteur de la musique, de « délirante »), je me garderais bien d'attribuer à un phénomène aussi complexe que le suicide, et auquel le sociologue Émile Durkheim a consacré tout un livre, une responsabilité aussi univoque.
Les causes du suicide sont plutôt à chercher dans un défaut de protection des individus. Non par l'État, omniprésent en France, mais des structures spontanées comme la famille, la religion (les trois principales religions en France, le christianisme, l'islam et le judaïsme condamnent d'ailleurs toutes le suicide), le sentiment national, les corps intermédiaires (partis politiques, syndicats, associations, entreprises, etc.). Ces structures auto-organisées, polycentriques, sont en effet plus à même que l'État d'encadrer l'individu pour lui permettre de trouver à la fois liberté et protection. Le problème, dans le discours libéral en France (assez inaudible comme cela), c'est que l'on insiste beaucoup sur la première et assez peu sur la seconde. Si une société étatisée et socialiste ne peut pas assurer le bonheur des individus, niés et entravés au nom de la collectivité, une société qui ne veillerait qu'à leur liberté, et non à leur protection, verrait ses principes de liberté se retourner contre eux-mêmes. Une société désintégrée, anomique, n'est en effet rien moins que libérale. Il convient donc d'équilibrer ce discours de liberté par un discours de protection, en insistant bien sur le fait que cette protection doit venir de la société civile, et non de l'État. Cela pourrait être l'une des pistes de réflexion d'un programme politique libéral et conservateur.
Roman Bernard
* 23 désormais, donc.
mercredi 16 septembre 2009
L'avenir peu désirable du socialisme français
Sa défaite contre celui-ci, beaucoup plus serrée que ce que l'on aurait pu attendre, ne la désarma pas. N'avait-elle pas, de son côté, ce qu'elle n'osait pas appeler le « pays réel », et qui était en fait virtuel ? La blogosphère lui avait en effet été très favorable dans la campagne, Nicolas Sarkozy y étant très attaqué, peu défendu.
Aussi, bien que battue, Ségolène Royal s'engageait dès le lendemain de l'élection présidentielle dans la bataille pour s'imposer au Parti socialiste et incarner à nouveau l'alternance cinq ans plus tard, et ne plus devoir composer avec l'opposition interne des « éléphants » pour faire campagne. S'imposer à la tête du parti pour avoir les mains libres, comme Sarkozy avait su le faire à l'UMP. Pour 42 voix, au terme d'un scrutin entaché de fraudes massives, Ségolène Royal a perdu la première étape de son pari, et dû reconnaître la victoire de la nouvelle première secrétaire, Martine Aubry. Rien de tel, pour court-circuiter à nouveau l'appareil, que de revenir à la stratégie qui lui avait permis de s'imposer en 2006 : le contournement par le Web, où elle continuait à disposer d'un important vivier de militants dévoués.
Rien de tel, pour se relancer sur le Web, que de relooker son site, en conservant le nom qui avait fait son succès lors des primaires socialistes : « Désirs d'Avenir ».
C'est lorsque l'on retrace l'itinéraire de Ségolène Royal depuis son accession à la présidence du Conseil régional de Poitou-Charentes, en 2004. Le fait qu'elle ait battu à plate couture un ancien Premier ministre et un futur directeur général du FMI pour représenter le Parti socialiste à l'élection présidentielle. Élection qu'elle aurait bien pu remporter. Qu'enfin elle a échoué à 42 voix du premier secrétariat du Parti de la Rose. Qu'on comprend, en voyant la nouvelle version du site (cf. capture d'écran), que le socialisme, si désireux d'avenir qu'il puisse être, n'a plus guère de futur en France. Laquelle, pour avoir été près d'élire une candidate aussi brouillonne à la présidence de la République, n'en a peut-être pas davantage...
D'abord, le site a beaucoup de difficultés à s'afficher. Une fois l'onglet ouvert, on constate que celui-ci s'appelle « index », au lieu, comme sur les autres sites, de mentionner le nom (ici « Désirs d'Avenir »). On remarque également qu'il est impossible de s'abonner au flux RSS des actualités du site, ce qui pose quand même un problème, en 2009. Le titre et le sous-titre, écrits dans une police indéfinissable, laissent augurer du reste, catastrophique : au beau milieu d'un improbable paysage de prairie, surplombé d'un ciel nuageux, trône, grotesque, une vidéo pixellisée, à déclenchement automatique (et qui finit par s'arrêter, laissant s'afficher une image fixe), agrémentée de menus à la typographie hasardeuse (« Désirs d'Avenir » écrit en minuscule, sur la droite), et surtout à la hiérarchie complètement inexistante.
Avec Ségolène, la terre ne ment pas, le ciel non plus. Rien ne ment avec Ségolène, puisque son premier menu à droite est consacré au rétablissement de la « vérité ».
On ne dira jamais assez combien tout, dans le parcours politique de Ségolène Royal, témoigne d'un « retour du refoulé » freudien, tout, dans son attitude, justifie l'intuition de Pierre Bourdieu, qui pensait que cette politicienne est viscéralement de droite.
Ségolène Royal, qui fait don de sa personne à la France puisqu'elle n'hésite pas à s'excuser des erreurs des autres, Ségolène, donc, c'est Pétain habillé par Paule Ka.
On imagine sans peine, en faisant face au regard bovin et obligatoire de Ségolène Royal, que le Maréchal n'aurait pas renié cette prairie, ni la charolaise y paissant.
Le malheur, c'est que cette femme continue malgré tout à incarner une alternance crédible à la droite sarkozyenne. N'avait-elle pas été donnée battue, avant le Congrès de Reims, l'an dernier ? Sa motion l'a presque emporté, seule contre toutes.
Il n'est donc pas totalement exclu que Ségolène Royal finisse par présider la République française. Avec sans doute la même incompétence et le même népotisme (confier la réalisation du site à son nouveau compagnon pour... 41 600 euros).
Au-delà de la franche rigolade qu'inspire un tel site Web, difficile de se réjouir de ce que le vichysme revenant puisse arriver en 2009 à prétendre parler pour l'avenir.
Roman Bernard
mardi 15 septembre 2009
AME et RATP
Nous avions notamment évoqué l'Aide médicale d'État (AME), qui permet à une personne en situation irrégulière et présente sur le territoire français depuis au moins trois mois de bénéficier de la gratuité totale des soins et prescriptions médicaux et hospitaliers (franchises médicales comprises), en bénéficiant en plus du tiers-payant intégral (elle n'avance pas le moindre centime). Cette aide concerne 190 000 personnes en France. Les professionnels de santé ont noté des abus de la part des bénéficiaires de l'AME, dont Timothé avait réalisé un inventaire accablant : tourisme médical, surconsommation et trafic de médicaments, demandes de prescription pour des personnes de la famille, toxicomanie (subutex notamment), refus des médicaments génériques, etc.
Résultat : le panier moyen de soins s'élève à 2 500 euros, contre 1 500 pour un assuré classique (bénéficiaires de la Couverture maladie universelle, la CMU, y compris).
J'apprends aujourd'hui grâce à Nicolas, d'Ilys, qui a épluché le Guide tarifaire 2009 du Syndicat des transports d’Île-de-France (Stif), que les bénéficiaires de l'AME jouissent en sus de la gratuité des transports dans toute l'Île-de-France, des zones 1 à 6. Les « membres de leur foyer » peuvent aussi bénéficier de la gratuité.
Pour un forfait intégral (zones 1 à 6), le coût annuel s'élève à 1 251,10 € par personne.
Les bénéficiaires de l'AME ne sont pas les seuls concernés. Jouissent aussi de cette gratuité les bénéficiaires de la CMU complémentaire (CMU-C), de l'Allocation de solidarité spécifique (ASS), de l'Allocation de parent isolé (API), et du Revenu de solidarité active (RSA). Tout cela pour un coût global annuel de 87 millions d'euros.
Mais il semble que, dans le cas de clandestins, présents illégalement sur le territoire français, cette gratuité prise en charge par le contribuable a quelque chose d'assez indécent. Surtout alors que les impôts vont continuer à augmenter.
Roman Bernard
lundi 14 septembre 2009
Pas de hiérarchie des cinq sens ?
Vous dites de la vue qu’il est le sens le plus important. Plus important pour qui ? Plus important pourquoi ? Plus important pour quoi (en deux mots) ? Plus important au nom de quoi ? Je conteste radicalement cette opinion.
D’abord – on s’en est aperçu lors d’expériences pédagogiques – les individus, pour apprendre, peuvent être soit auditifs, soit visuels, soit gestuels (c’est-à-dire qu’ils ne peuvent apprendre qu’en reproduisant le geste). Vous ne pouvez pas, entre ces tendances, établir de hiérarchie : l’essentiel est que l’information pénètre, et vous ne pouvez affirmer qu’elle pénètre mieux par un mode d’appréhension que par un autre.
Ensuite, on s’est aperçu que les petits enfants aveugles de naissance développaient beaucoup plus vite leur intelligence que les petits enfants sourds de naissance car les mères des premiers faisaient passer beaucoup plus d’informations par leur voix que les mères des seconds par leurs gestes. On s’est également aperçu que des aveugles, placés autour d’une table, discernaient, entre deux ou plusieurs individus, soit des inimitiés soit, à l’inverse, des affinités sentimentales (soit des opinions cachées derrière le discours) qui échappaient totalement aux voyants …
Enfin, l’importance relative des sens varie avec le temps, avec l’espace, voire avec la classe sociale ou la catégorie professionnelle. Comme l’a établi Robert Mandrou (Introduction à la France moderne, 1500-1640, Albin Michel, 1961 et 1974, pp. 76 et sqq.), à cette époque, les sens majeurs étaient l’ouïe et le toucher. En quoi l’appréhension du monde par les contemporains en était-elle moindre ? Des métiers complets, aussi scientifiques que la médecine, reposent en grande partie sur l’ouïe, le toucher et l’odorat.
Avec l’espace (la classe sociale ou la catégorie professionnelle), l’importance relative des sens varie aussi. Comment pouvez-vous être présomptueux au point de déclarer que tel sens utilisé par telle peuplade de Nouvelle-Guinée est moins important que celui de la vue ? Parce que ce sont des «sauvages» ? Parce qu’ils ont un faible PIB traduit en dollars ? Parce qu’ils ne sont pas actionnaires ? Parce qu’ils n’utilisent pas Internet ? Parce qu’ils ont une faible consommation en équivalents joules ou kw/h ? Parce qu’ils ne sont pas… « Occidentaux » ?
[…]
[I]l existe, entre humains, une multiplicité de modes de communication qui ne passent pas – et loin s’en faut – par la vue. Ne serait-ce que (car je l’ai oublié dans l’énumération précédente), par le toucher. L’enfant qui rejoint sa mère voilée la reconnaîtra aussi (lorsqu’elle le prendra par la main) par son grain de peau, par la sécheresse ou par la moiteur de ses paumes, par la longueur de ses doigts, par la pression de sa prise, par le geste du pouce sur le dos de sa main, par le type de traction qu’elle exercera lorsqu’elle pressera le pas, etc. [...]
Il existe donc, ad libitum, une multiplicité de moyens – beaucoup plus subtils que celui de la vue – qui permettent à un enfant de reconnaître sa mère, quelle que soit la tenue de celle-ci… [...]
À lire aussi, sur le même sujet, la note de lecture de Didier Goux sur Effacement, de Percival Everett.
dimanche 13 septembre 2009
Dis-moi qui te soutient, je te dirai qui tu es
C'est, au fond, prêter des pouvoirs surnaturels à un politicien finissant, qui va passer la main après avoir subi quatre cuisants échecs électoraux consécutifs : présidentielle et législatives de 2007, municipales de 2008, européennes de 2009.
Philippe Arnaud, auteur de plusieurs centaines de commentaires sur ce blog, allait même jusqu'à écrire, au sujet du président du Front national : « Si Le Pen disait aimer un plat que j’aime, je cesserais d’en manger, s’il aimait un auteur que j’affectionne, je cesserais de le lire, s’il trouvait des qualités à ma femme, j’en divorcerais, et s’il m’en trouvait, j’irais me pendre… » Pour les antifascistes de théâtre (c'est Lionel Jospin qui le dit), Jean-Marie Le Pen est une sorte d'alchimiste maléfique, capable de transformer l'or qu'il touche en plomb. Nul besoin de pierre philosophale pour cela, une saillie verbale suffit. Comme sa déclaration, au matin du second tour de l'élection présidentielle où il était opposé à Jacques Chirac, le dimanche 5 mai 2002 : Le Pen avait « fait un rêve ». Martin Luther King serait-il un raciste ?
Roman Bernard
samedi 12 septembre 2009
La Diversité guidant le peuple
Difficile de ne pas avoir vu l'affiche de l'édition 2009 de la Fête de l'Humanité. La Marianne d'Eugène Delacroix y est figurée par une (belle) femme noire ayant troqué le drapeau tricolore pour le drapeau rouge (dont on sait que, sans les talents oratoires de Lamartine, il serait devenu le drapeau national en 1848) et le fusil pour une guitare électrique. Le Gavroche au pistolet a, lui, été remplacé par une foule indifférenciée de fêtards bras levés, à l'écoute de multiples concerts, qui constituent la seule raison de la présence de nombreux festivaliers à La Courneuve ce week-end. Car ni le Parti communiste, ni le journal L'Humanité ne sont capables de mobiliser autant de monde autour de leur idéologie disqualifiée par l'histoire.Seul subsiste, du patriotisme du tableau de Delacroix, la suggestion du drapeau tricolore par l'ensemble formé par la jupe (bleue), le maillot (blanc) valorisant la poitrine généreuse de Marianne, et enfin le bonnet phrygien et le drapeau (rouges).
Remarquons aussi que Marianne, vaguement androgyne chez Delacroix, est ici bien plus maternelle, ce que d'aucuns interprèteront comme un symbole du matriarcat triomphant.
En 1830, on se battait les armes à la main pour faire chuter Charles X. En 2009, on ne se bat plus : on est festif, citoyen, n'ayant d'autre horizon que la fin du concert.
Quant à la couleur de peau de Marianne qui fait débat, il n'y a rien de nouveau à ce qu'elle ne soit pas blanche. Plantu, dans Le Monde, représente souvent l'allégorie de la République par une femme noire. Laurent Fabius, au congrès socialiste de Dijon de mai 2003, s'exclamait : « Quand la Marianne de nos mairies prendra le beau visage d'une jeune Française issue de l'immigration, ce jour-là la France aura franchi un pas en faisant vivre pleinement les valeurs de la République. »
Ce qui fait écho aux propos du général de Gaulle, lequel affirmait déjà, en 1959 : « C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. » La contradiction de l'idéologie multiculturaliste, dont cette affiche n'est que l'une des innombrables manifestations, réside en fait dans son éloge simultané de la diversité et du métissage, qui sont par définition incompatibles.
Pour être cohérents avec leur idéologie, les organisateurs de la Fête de l'Huma auraient dû choisir soit une Marianne métissée, ce qui n'est pas le cas ici, soit plusieurs Marianne de couleurs différentes. De même que les obamanes auraient dû saluer le fait que Barack Obama est métis, et non, comme ils l'ont fait, noir (ce qu'il n'est pas). Les bobos parisiens, qui sont souvent les mêmes, sont tout aussi incohérents à saluer la diversité de Barbès, moins divers que le 16e arrondissement.
Par un singulier retournement de sens, on a voulu donner à la diversité celui de l'altérité. On a cru que l'on ne pouvait combattre la xénophobie que par son inverse, la xénophilie, alors que celle-ci procède de la même logique déterministe. Elle est aussi mortifère que la xénophobie. Là où le xénophobe a peur de l'étranger en ce qu'il est étranger (et non en ce qu'il peut être, comme tout homme, apeurant), le xénophile aime l'étranger parce qu'il est étranger, sans considération de ses qualités humaines.
Je ne crois pas que ce soit un cadeau fait aux minorités que de les assigner ainsi à résidence ethnique, en faisant d'elles les faire-valoir de nos fantasmes multiculturels.
Roman Bernard
vendredi 11 septembre 2009
Dialogue des civilisations... ou soliloque occidental ?
Criticus mieux que Le Dessous des cartes, non. J'aime beaucoup l'émission de Jean-Christophe Victor, en dépit du gauchisme manifeste du géopolitologue. Je préfère un gauchiste intelligent à un ministre UMP, c'est quand même bien plus enrichissant.
Mais il arrive qu'il tombe dans la propagande , un sentiment que partage Jean Robin, qui m'a envoyé cette vidéo (que ses talents d'informateur soient ici célébrés).
Il s'agit d'une émission intitulée « Occident VS Orient », dans laquelle il est question des tensions entre le monde occidental et le monde arabo-musulman.
Comme souvent dans le discours géopolitique dominant, Victor commence par dénoncer l'analyse effectuée en 1993 par Samuel P. Huntington dans la revue Foreign Affairs, où il prophétisait, après une Guerre froide marquée par l'idéologie, le « clash », le choc des civilisations.
Victor s'insurge contre l'équivalence faite par Huntington entre civilisation et religion. Des neuf grandes civilisations répertoriées par Huntington (Afrique noire, Amérique latine, Chine, Inde, Islam, Japon, Monde bouddhiste, Occident, Orthodoxie), quatre sont en effet définies selon la seule religion (Inde, Islam, Monde bouddhiste et Orthodoxie), auxquelles on peut ajouter l'Occident et la Chine, dont les héritages judéo-chrétien et confucéen respectifs vont de soi pour tout amateur d'histoire.
Même si cela doit chagriner M. Victor, les principales civilisations du monde ont toutes des racines religieuses, dont les principales valeurs fondatrices procèdent.
Il n'y a qu'en Occident que la religion (chrétienne) a été sécularisée, laïcisée, mais pour être vite remplacée par des messianismes politiques (communisme, fascisme, nazisme, et aujourd'hui écologisme), plus religieux encore que le christianisme...
L'athéisme, l'agnosticisme, ne sont peut-être qu'un luxe d'intellectuel (occidental).
Un autre luxe d'intellectuel occidental, qui relève d'ailleurs plus du fantasme, est le « dialogue des civilisations », que Victor s'attache à défendre tout au long de l'émission. Ce débat entre universitaires et politiciens du monde entier (comme si les tensions entre les cultures pouvaient être réglées par des colloques entre des personnes ayant peu ou prou le même mode de vie) a pour but de conjurer le choc des civilisations. Étonnant, que l'on puisse réfuter un processus, puis tout mettre en œuvre pour l'enrayer. C'est que, pour Victor, et les gens qui partagent ses idées, le choc des civilisations ne résulte pas des civilisations elles-mêmes, mais de la seule volonté des idéologues huntingtoniens. C'est accorder beaucoup d'importance à un article de revue vieux de 16 ans déjà que d'en faire la matrice de l'ordre mondial.
Mais il est une chose plus curieuse encore dans le discours de Victor, et que Maxime Zjelinski a magistralement déconstruite : on ne s'accuse que par orgueil, on ne dédouane que par mépris. Victor n'attribue en effet les tensions - dont il reconnaît du coup l'existence - entre les mondes occidental et arabo-musulman qu'à ce qu'il présente comme les prédations du premier, quitte à faire passer l'URSS dans le camp occidental, lors de l'invasion de l'Afghanistan (1979).
L'idée qui préside au « dialogue des civilisations » est que les Occidentaux sont les seuls responsables des évolutions qu'ont prises les pays musulmans au cours des dernières décennies. Par exemple, Victor attribue la Révolution islamique de 1979 à la fragilisation de l'Iran par le coup d'État de Reza Shah contre Mossadegh, en 1953, avec l'aide des services secrets américains et britanniques. Il attribue également l'instauration du régime des Talibans en Afghanistan à l'invasion soviétique de 1979, puis au financement de la rébellion victorieuse (en 1989) par les Occidentaux.
Pour reprendre les termes de Maxime Zjelinski, c'est à la fois beaucoup d'orgueil de la part des Occidentaux et beaucoup de mépris pour les islamistes. Si seuls les Occidentaux sont coupables, s'il leur suffit de ne pas faire le mal pour que règne le Bien, c'est donc qu'ils prétendent à une toute-puissance qui ne peut que reléguer l'autre dans une position de faire-valoir, sa riposte n'étant plus qu'un ricochet.
Ce « dialogue des civilisations » où les Occidentaux s'affligent entre eux de leurs crimes réels et supposés pour mieux se féliciter de leur rédemption, ce « dialogue » où autrui n'a pas droit à la parole a un nom : le soliloque. Le soliloque occidental.
Roman Bernard
jeudi 10 septembre 2009
L'"anti"racisme, une arme à double tranchant
Brice Hortefeux a fait une blague sur les Arabes devant un Maghrébin ! Incroyable.
Je ne sais pas si les indignés de service fréquentent réellement des personnes issues de l'immigration, mais les blagues xénophobes et racistes font partie de ces petites choses de l'existence qui permettent, contrairement aux idées reçues, de détendre l'atmosphère entre personnes d'origines différentes. Je confesse donc, devant le tribunal de l'"anti"racisme dans lequel je n'aperçois aucun juré noir ni maghrébin (soit dit en passant...), que je m'adonne souvent à l'exercice de la blague raciste, de préférence en (belle-)famille. Ça a tôt fait de vous mettre un peu d'ambiance.
Amel m'ayant autorisé à instrumentaliser ma belle-mère, j'avoue donc, à chaque fois que j'ai le plaisir de dîner en sa compagnie, faire des blagues sur les Maghrébins, les Noirs, les Juifs, les musulmans, les Français « de souche », les Asiatiques, etc. L'occasion de franches parties de rigolade multiraciale, multiculturelle, festive et citoyenne©.
Et puis, regardez ma photo : qui a le plus une gueule basanée, le bobo du Marais blondinet ou moi ? Bon, bon. Peut-être que ça passe un peu mieux aussi, du coup.
Alors on pourrait accorder à Brice Hortefeux le bénéfice du doute pour le coup, non ?
(D'autant que le militant UMP en question a défendu Brice Hortefeux. Ah, mais c'est vrai que les « victimes » n'ont pas le droit à la parole, dans ce genre de cas...)
Non, on ne va pas pleurer pour Brice Hortefeux, car c'est un peu bien fait pour lui.
Brice Hortefeux, c'est ce ministre opportuniste qui, pour des propos bien moins potentiellement choquants (pour les bonnes âmes) du préfet Girot de Langlade, a été d'une sévérité impitoyable à son égard, le faisant mettre à la retraite d'office.
Brice Hortefeux, c'est ce politicien habile qui, pour se faire « pardonner » (on se demande bien de quoi) son passage au ministère de l'Immigration (comme il y en a dans tous les pays occidentaux...), récite depuis avec zèle son credo multiculturaliste.
Brice Hortefeux s'est saisi de la francisque "anti"raciste et s'est aperçu qu'elle était à double tranchant. Qu'il panse sa main et relègue l'"anti"racisme à la place que l'histoire lui a déjà assignée : auprès des derniers débris du vase de Soissons.
Roman Bernard
mercredi 9 septembre 2009
Voile : pour un modus vivendi (3)
Rien n'empêche donc à l'homme de la rue de penser que le chiffre est sous-estimé.
Ah, mais, attendez une minute, comme disent nos amis d'outre-Manche et Atlantique...
On apprend finalement qu'après avoir fait pousser aux journalistes et aux blogueurs un lâche soupir de soulagement (d'appeasement, devrais-je dire), le ministère reconnait, in fine, que son chiffre de 367 était un faux : il s'agissait « d'un échantillon et bien entendu pas du chiffre global ». On avait deviné.
Je m'apprêtais à fermer l'onglet du figaro.fr, me disant que, 2 000 ou 367, la moindre burqa ou le moindre niqab était de toute façon indésirable, quand j'ai repensé à une phrase de l'article que j'avais survolée au premier abord :
« [La mission parlementaire sur la burqa va] consulter les bailleurs sociaux, très proches du terrain, ou encore les rectorats qui sont au courant lorsque se posent des problèmes d'identification des mères à la sortie du primaire. »
« Des problèmes d'identification des mères à la sortie du primaire »... mais en voilà une, de raison pour justifier le modus vivendi que j'ai défini en février et juillet derniers ! La sortie de l'école, i.e. la rue, est un espace public comme un autre. Pour s'assurer qu'il s'agit bien de la mère allant chercher ses enfants, et non d'un kidnapping, il faut que son visage soit apparent. Pour éviter d'avoir à parlementer pour lui demander de bien vouloir se défaire de son pilori de tissu, il faut qu'elle y ait renoncé dès le pas de la porte de son appartement. Et puisque l'on exige de la mère allant chercher ses enfants à la sortie de l'école d'afficher son visage, on ne va pas s'ingénier à savoir si le fantôme (dé)ambulant que l'on devine se mouvoir sous sa prison de toile va chercher ou non ses enfants à la sortie de l'école. Partant, on exige de chaque personne qu'elle affiche son visage, et on interdit ainsi rationnellement la burqa.
Messieurs (ainsi que Mesdames et Mesdemoiselles bien sûr) les opposants à une loi d'interdiction de la burqa, vous avez perdu. Intellectuellement du moins.
Politiquement, vous n'avez gagné que dans la mesure où les Chamberlain et les Daladier au petit pied qui peuplent les palais de la République sont incapables du courage politique qui consisterait à exiger le strict minimum. Avant qu'ils ne soient remplacés dans ces mêmes palais par d'autres dirigeants, sûrement moins conciliants.
Je précise, en conclusion à ce genre d'article qui donne à son auteur la satisfaction d'avoir raison, que je ne veux pas entendre une fois de plus les arguments spécieux sur la présence de croix, de kippas, de turbans sikhs, de « troisièmes yeux » hindous, de fichus de grands-mères et de coiffes de bonnes-sœurs dans l'espace public, comme si tous ces accoutrements occultaient le visage de leurs porteurs.
Je parle des seuls voiles intégraux, dont j'ai démontré le caractère inacceptable.
Plutôt que de m'opposer toujours les mêmes arguties éculées, assumez-vous donc comme pro-burqa, on avancera un peu. Ou changez d'avis, on avancera encore plus.
Roman Bernard
mardi 8 septembre 2009
Course à la mer et guerre des tranchées
Chacune contrainte à faire la guerre avec l'autre, la même, longue et sale guerre.
En 1981, la gauche française, avec son programme digne d'une démocratie populaire, était assurément dans la guerre de mouvement. Elle prétendait changer la vie, et pour ce faire rompre le fragile pacte gaullo-communiste qui structurait la vie politique française depuis 1944. La gauche commença à mettre en œuvre ce programme, puis survint le tournant de la rigueur. La France, prise par ses engagements européens, insérée dans une économie de plus en plus mondialisée, allait à contre-courant de l'histoire, croyant encore voir scintiller l'étoile rouge alors que celle-ci donnait depuis une décennie déjà des signes inquiétants d'extinction.
Cet enlisement de la gauche dans le réel fut la chance de la droite. Mais celle-ci, sans idées, sans projet, prônant l'étatisme là où la gauche proposait le socialisme, n'étant en fait que le portrait en négatif de la gauche française, cette droite ne devait que parodier la politique de la gauche, dès qu'elle revenait au pouvoir bien sûr, mais encore dans l'opposition, en employant toute sa rouerie à perfectionner le programme de la gauche, ou à tenter d'en corriger les effets pervers par d'autres effets pervers. Par peur de s'opposer à ce qu'elle croyait être le sens irrésistible de l'histoire, la droite n'a pas eu plus d'effet qu'une digue de sable contre la marée : rapidement débordée par la gauche, elle lui laissait imposer ses idées. La majorité de gauche avait voté une loi, qu'elle avait combattue avec acharnement ? Qu'à cela ne tienne, elle défendrait cette même loi une fois revenue aux affaires.
De la même manière que la guerre de tranchées, intégralement située en territoires français et belge, était à l'avantage de l'armée allemande, la neutralisation de la gauche et de la droite françaises depuis les années 1980 favorise la première. Si la gauche est loin, réalité aidant, d'avoir pu appliquer tout son programme, qui depuis s'est étayé de multiples innovations prises pour des progrès, elle a pu en imposer une bonne partie, tandis que la droite gestionnaire se targuait d'avoir mieux su mettre en œuvre les politiques fort hasardeuses que lui avait soufflées la gauche.
On avait pu penser, avec la fin de la Guerre froide, la construction européenne, la mondialisation, que la guerre de mouvement conduite par la gauche allait prendre fin.
C'était sans compter sur le monopole de l'Interprétation, celui qui, dans les écoles, dans les universités, dans les médias, dans les associations, donne aux événements du monde une explication que l'opinion acceptera même si elle est erronée.
La crise financière, depuis un an, a permis aux idées socialistes non pas, comme le disent les observateurs, une Reconquista idéologique, attendu qu'il n'y avait pas eu, au préalable, de défaite de ces idées, les gouvernements de droite les ayant concrétisées avec zèle au cours des années 1990 et 2000. Mais une accentuation de leur empire sur les esprits, avec un président de droite, Nicolas Sarkozy, allant à Toulon comme l'empereur Henri IV était allé à Canossa s'humilier devant Grégoire VII.
Ayant retenu les leçons de la Bataille de la Marne, la gauche française a opté, en 2008, pour le Blitzkrieg. Placée en position de force grâce au monopole de l'Interprétation, elle a imposé tout de suite son explication de la crise liée aux subprimes : si celle-ci a eu lieu, c'est parce qu'il n'y a pas assez d'État.
La droite n'a pas cherché à se lancer dans la course à la mer cette fois-ci. Elle a accepté les conditions d'armistice idéologique de la gauche : vous êtes au pouvoir, c'est entendu. Mais vous appliquerez nos idées, comme vous l'avez toujours fait.
Et Sarkozy, accusé (car c'est un crime en France) d'« ultra-libéralisme » pendant la campagne présidentielle de 2007, de se faire plus socialiste que les socialistes.
Il n'y a plus de tranchées, il n'y a plus de gauche et de droite, car il n'y a plus de guerre. La gauche a gagné la guerre. À l'usure d'abord, elle a fait des lions de Verdun les poules mouillées de Sedan. Elle n'a plus eu, à la première occasion, que lui a fournie la crise financière, qu'à lancer ses quelques panzers à l'assaut des Champs-Élysées. On les y accueillerait, mieux, on leur déroulerait le tapis rouge.
D'un monde en deux dimensions, déterminé par l'abscisse de gauche et l'ordonnée de droite (ou l'inverse), la guerre a accouché d'un monde en une seule dimension : tout en France désormais est socialiste, et l'on n'y débat plus guère que de nuances.
Refuser le clivage gauche-droite, dès lors, n'est plus seulement une basse manœuvre rhétorique. C'est le seul moyen de penser le politique en des termes contemporains.
Roman Bernard
lundi 7 septembre 2009
L'idéologie, c'est les autres
Démanteler les systèmes de protection sociale? Si c'est pas de l'idéologie, ça...
Il commentait ainsi ma recension du film Welcome, dans laquelle j'écrivais ceci, sur l'immigration autonome :
Tant que prévaudra l'hésitation obstinée des États européens entre une immigration zéro et une immigration sans condition, qui sont deux impasses, tant que le remède envisagé consistera, comme sont en train de l'imaginer les différents ministères de l'immigration en Europe, en une « immigration choisie » qui est moins une troisième voie qu'une troisième impasse, les problèmes réels décrits par Philippe Lioret dans Welcome perdureront, et s'aggraveront. Dans le contexte actuel, qui est celui de frontières « semi-poreuses », délimitant des espaces aux richesses fort diverses, la solution ne peut venir que d'une immigration économiquement autonome, qui ne puisse tirer ses revenus que de son seul travail, et non plus de la redistribution sociale.
La mondialisation appelle les États européens à démanteler progressivement leurs systèmes de protection sociale. Cette nécessité, que ne contredit aucunement la crise actuelle, ne semble pourtant pas avoir été vraiment intégrée par les gouvernements.
Au commentaire du Chafouin, j'avais répondu ceci, passablement agacé :
Je suis en effet dans l'idéologie quand je propose de démanteler les systèmes de protection sociale, tout comme tu l'es quand tu proposes de les sauvegarder. L'idéologie n'est pas à sens unique, mon cher Chafouin. Mais j'assume pour ma part mon côté idéologue, ce que je sens moins chez toi...
À la réflexion, je ne suis pas très satisfait de ma réponse. Car dans un pays aussi politisé que la France (relativement aux autres pays occidentaux, et ce malgré une nette tendance à la dépolitisation depuis la fin de la Guerre froide), il est assez paradoxal que l'on puisse se voir reprocher d'être un « idéologue » alors même que l'idéologie politique dominante est omniprésente. L'idéologie, c'est les autres, et c'est surtout ceux qui refusent le statu quo (partis de droite, voire de gauche qualifiés d'« extrêmes » par les partis de gouvernement, catholiques désirant mettre un terme au relativisme moral qui prévaut depuis plusieurs décennies, libéraux voulant rompre avec l'étatisme et le socialisme, etc.). Dès lors que l'on prétend suivre une autre voie que celle tracée par l'idéologie dominante, qui est tellement partout qu'on ne la voit plus nulle part, on est taxé d'idéologie. Pourtant, la voie alternative que l'on propose, hétérodoxe, ne s'apparente à aucun système idéologique.
Car il n'y a rien d'idéologique à proposer le démantèlement de l'assistanat social, attendu que celui-ci n'a rien de naturel, et qu'il est le résultat d'un processus, lui, bien idéologique : la socialisation, intervenue à la Libération. Toute personne, depuis, qui en contesterait le bien-fondé serait un idéologue, et pas celui qui, au contraire, justifierait de conserver ce système et les idées qui ont présidé à sa mise en place. C'est une fois de plus à celui qui refuse l'État social de motiver sa désapprobation, et non au conservateur de l'état de fait actuel de le justifier.
Renverser cette vision des choses est le principal défi rhétorique (sur lequel Maxime Zjelinski et moi sommes en train de réfléchir) que les tenants du changement ont à relever. Puisque, pour chaque camp, le camp adverse est composé d'idéologues, puisqu'une démarche assumée comme idéologique est de plus en plus condamnée à l'impuissance politique, il nous faudra réussir à démontrer que les défenseurs du statu quo sont les idéologues qu'ils accusent leurs adversaires d'être. Il faudra, dans le même temps, se tenir à l'écart des clivages partisans, notamment en refusant désormais le clivage gauche-droite. L'échec manifeste du sarkozysme devrait faciliter cette évolution.
Roman Bernard
dimanche 6 septembre 2009
Liberté, Justice, Progrès, une devise pour la France du XXIe siècle
La Liberté est la seule des trois valeurs de l'actuelle devise républicaine qui ne souffre aucune discussion. Fruit d'un processus plus de vingt fois séculaire, allant de la cité grecque et du droit romain aux révolutions issues des Lumières, en passant par le christianisme et ses Réformes, luthérienne, calviniste et tridentine, la liberté individuelle est l'acquis le plus précieux de la civilisation occidentale. Sa vocation universelle, son invocation par tous les mouvements d'émancipation sous les dictatures du Tiers-Monde, justifient qu'elle continue à être proclamée comme la valeur première d'une démocratie libérale digne de ce nom. Elle doit même être réaffirmée sur les plans économique (la social-démocratie, fiscalement spoliatrice, étant liberticide à cet égard), intellectuel (les lois « mémorielles » liberticides, et toutes les lois visant à lutter contre les prétendues « phobies », doivent être abrogées sans ménagement), et spirituel (les persécutions contre les catholiques, en France, doivent être combattues ; à l'inverse, les prétentions de l'islam à faire fi de la laïcité dite « républicaine » doivent se voir opposer un refus sans appel).
La liberté étant égale pour tous les individus, elle comprend donc l'égalité, si l'on entend par celle-ci l'égalité en droit d'individus libres. La notion impossible à objectiver d'« égalité des chances » doit être abandonnée : sujette à l'interprétation arbitraire du pouvoir politique, elle conduit, de fait, ce dernier à privilégier une catégorie de la population par rapport à une autre, sous prétexte de compenser par ce biais une inégalité de départ. Elle introduit de plus une inégalité entre ceux qui savent profiter des failles du système de redistribution sociale et ceux qui ne le savent pas. Cette inégalité, au contraire de celles fondées sur le talent, le travail et le mérite, est illégitime. La définition beaucoup trop élargie donnée à l'égalité justifie qu'elle soit rayée des frontons des édifices publics. En effet, la liberté suffisant à garantir l'égalité, sa mention sur les bâtiments de l'État est, au mieux, redondante. Au pire, et c'est ce qui se passe, elle occasionne une inégalité entre les fonctionnaires, élus, leurs clientèles, et les autres, asservis au nom de l'égalité.
Quant à la « fraternité », proclamée lors de la Révolution de 1848 et l'instauration de la Deuxième République, elle est une non-valeur, politiquement s'entend. Ce n'est pas à l'État, ni à ses dépendances, d'assurer la fraternité entre les hommes. Toutes ses tentatives pour assurer le « vivre-ensemble » (comme la loi dite « SRU » portant obligation aux communes de France d'accueillir 20 % de logements sociaux sur leur territoire) se retournent contre la volonté du législateur. Si la fraternité, et sa version contemporaine, la solidarité, sont choses désirables, et louables, elles ne font pas une politique. Lorsqu'elles sont imposées par la contrainte étatique, outre qu'elles suppriment ces dispositions naturelles chez les individus, elles les dressent les uns contre les autres, en les forçant à vivre avec ceux qu'ils n'ont pas choisis.
Aux valeurs dévoyées de l'égalité et de la fraternité, doivent se substituer celles de la Justice et du Progrès, toutes deux étant indissociables de l'exigence de liberté.
La Justice, c'est la garantie pour l'individu d'être protégé dans son intégrité et sa propriété, et que toute atteinte à celles-ci est réprimée très sévèrement par l'État. Comme la liberté, dont celle des uns s'arrête là où commence celle des autres, la justice doit être restreinte à la définition donnée plus haut. La notion douteuse de « justice sociale », impossible à objectiver, doit être abandonnée. Spolier un individu d'une partie excessive du fruit de son travail pour le donner à un autre, moins talentueux, moins travailleur, moins méritant, n'est pas juste, mais injuste.
Le Progrès, intellectuel, scientifique, technologique et humain, accaparé par de prétendus progressistes qui sont en réalité réactionnaires, doit être réapproprié par ses authentiques défenseurs. La crise de civilisation que traverse l'Occident depuis plusieurs décennies ne doit pas être imputée au progrès, ni même au progressisme vrai. Elle est la manifestation d'une régression de la civilisation occidentale en-deçà des valeurs qui la fondent. Aussi n'est-il d'aucun secours de se complaire comme certains dans la délectation morbide sur les « ravages de la modernité » ou les « affres du progrès ». Il est au contraire temps pour les hommes de bonne volonté qui savent bien que l'ordre, la sécurité ainsi que la perpétuation des acquis du passé ne sont en rien incompatibles avec la projection dans l'avenir, mieux, qu'ils en forment la condition, de renouer avec la tradition humaniste qui avait naguère placé sa foi dans le progrès.
Roman Bernard
samedi 5 septembre 2009
La bonne orthographe
« L’orthographe, disent ceux qui n’en ont pas, est la science des imbéciles. Ça tombe bien, j’en suis un. »
J'emprunte cette citation à Pakounta, commentateur régulier du Pélicastre jouisseur. Un autre commentateur, Guillaume, chez Fromage Plus, écrivait que « l’orthographe est peut-être la science des ânes, mais d’ânes qui ont au moins celle-là et qui, s’astreignant à ses règles, respectent leurs lecteurs. »
« Respect ». Un terme dont Maxime Zjelinski me disait hier qu'il est aussi dévoyé que « citoyen » ou « République ». Les racailles de banlieue ne cessent de le revendiquer à leur seul profit, ce que les policiers sont sommés d'accepter par leur ministre de tutelle, trop heureux de pouvoir se refaire ainsi une virginité politique.
Dans le même temps, l'homologue de Brice Hortefeux au ministère de l'Éducation nationale, Luc Chatel, n'a pas cru devoir « respecter » les journalistes. Il leur a remis un dossier de presse truffé de fautes. Lesquels journalistes, s'ils s'amusent des erreurs de ce ministre qui réduit la qualité de l'éducation au prix des fournitures scolaires de rentrée, ne croient pas davantage devoir « respecter » leurs lecteurs en relisant leurs articles publiés sur papier ou sur écran. Au bout de la chaîne de l'irrespect de l'orthographe, une victime muette puisque n'ayant plus personne pour la défendre: la langue française.
Puisque l'orthographe est la « science des imbéciles », « des ânes », pourquoi, tout simplement, ne pas la réformer ? De nous demander François de Closets, partisan de l'euthanasie des vieilles personnes et des langues mortes. Comme je suis nul en orthographe tout en écrivant bien, nous dit M. de Closets, je vois pas pourquoi je devrais la respecter.
Et de proposer une réforme de l'orthographe, qui devrait réussir le tour de force de libérer le français de la tyrannie de l'Académie française, grâce à... une réforme venue d'en haut, ignorant tout de l'ordre spontané qui a fait que, sans autorité étatique, avec le temps, s'est imposé un consensus sur les règles de l'orthographe, que l'Académie française n'a fait qu'avaliser. Libérer la langue française, oui, mais sans elle, et si nécessaire contre elle. Bien sûr, les mots utilisés pour justifier cette « réforme » sont rassurants : il ne s'agit que d'harmoniser une langue écrite dont les exceptions sont plus nombreuses que les règles. Mais il y a tout lieu de penser que les réformateurs auto-proclamés de la langue française ne soient pas aussi sincères que ceux-ci, qui eux proposent une réforme « par le bas » :
La lang françèz apartièn à çeu qi la parle é si çeu qi la parle adopte une manière sinple de l'écrire é la propaje, çètte norme s'inpozera d'èlle-mème. L'administrasion, le sistème d'éducasion et la soçiété en jénéral devron s'ajusté.
Pluto qe d'atendre vènemen é pasivemen une "réformète" parçièl de l'ortograf inpozé par une qelqonqe otorité, prenon possession de notre lang, en nou-z apuiyan sur une norme sinple é présize qi s'apren en 15 minute.
Écrivé fonolojiqeman dè mintenan, non par ignorançe ou néglijençe, mè parçe qe vou conèssé la nouvèl façon d'écrire le françè, la norme Ortograf.
Voilà ce à quoi certains réformateurs voudraient que la langue française ressemble.
Si les MM. de Closets ne sont pas aussi nihilistes que ceux-là, ils mettront le doigt dans un engrenage qu'il leur sera difficile d'arrêter. Si l'orthographe change trop souvent, et qu'elle est décidée par une autorité étatique illégitime, le consensus sur ses règles sera brisé, laissant chacun seul juge de sa fantaisie orthographique. Pour avoir voulu faciliter la communication, la réforme de l'orthographe la compliquera.
Là où l'ordre auto-organisé, polycentrique, avait été source de consensus, l'ordre vertical, monopolistique, est facteur de chaos. Là où la libre communication des hommes permet leur bonne entente, la recherche obsessionnelle de la bonne loi pour les faire vivre ensemble aura tôt fait de les jeter les uns contre les autres. Il y aurait beaucoup de leçons politiques à tirer des vertus de l'ordre auto-organisé cher à Arendt et Hayek, des leçons qui iraient dans le sens d'une plus grande libéralisation.
Une libéralisation qui ne serait, en fait, qu'un aveu d'humilité par ses promoteurs.
Plutôt que de prétendre réussir à élaborer l'orthographe idéale dans le cadre d'un aréopage de vieux sages sujets comme les autres hommes à l'erreur, mieux vaut laisser les interactions des individus déterminer, au cours du temps, la bonne orthographe.
Roman Bernard
À lire aussi, la chronique d'Isabelle Hannart, sur le site de SOS Éducation.
vendredi 4 septembre 2009
Pour la République, changeons d'« R »
Mais, on le sait**, la République et l'adjectif qui en dérive recouvrent des valeurs dont la gauche, du Parti communiste à Jean-Pierre Chevènement, prétend qu'elles sont indissociables de l'« identité républicaine » : ces valeurs, toutes forgées lors de l'expérience montagnarde, sont celles de l'étatisme, du jacobinisme et du socialisme.
Alors que le ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale, Éric Besson, dont le groupuscule « Les Progressistes » n'a rien renié de son ancrage à gauche, réduit l'identité de la France aux valeurs républicaines telles que les entend la gauche, il semble que la notion de République, brouillée, ne permet plus de définir un projet pour la France, en dépit (ou en raison ?) du fait qu'elle est invoquée à tout propos.
Si l'on préfère, comme ailleurs en Occident, cantonner la République à la démocratie libérale, à l’État de droit et aux libertés publiques, c'est-à-dire à la res publica, la « chose publique » dont peuvent se prévaloir toutes les monarchies européennes, il n'y a pas lieu d'abandonner ce terme, mais de ne pas l'utiliser à toute occasion, chose que les intellectuels étrangers, quand ils s'intéressent à la France, trouvent toujours curieuse. La France est le seul pays à se concevoir avec autant de passion comme étant une République. Mais cette dernière devient un « mot magique » à mesure que les idéaux qu'on lui prête apportent la preuve de leur échec.
Car, de plus en plus, l'adjectif « républicain » n'a plus qu'un lointain rapport avec la forme du régime politique de la France, et de plus en plus avec une identité de substitution que l'on veut imposer aux Français. En somme, pour paraphraser Jean Raspail, « la Patrie [est] trahie par la République ». C'est au nom de la République que les associations dites de défense des « sans-papiers », en réalité de soutien à l'immigration clandestine, jouent contre les intérêts de la France, en lui imposant un multiculturalisme dont les Français savent qu'il est fatal à l'identité française.
Il serait vain de chercher à donner une définition de la République sur laquelle les Français pourraient à nouveau trouver un réel consensus, sauf à en donner une notion restrictive, qui fasse de la République l'équivalente de ses homologues européennes.
La France est mûre - trop mûre, peut-être - pour qu'on puisse enfin l'appeler par son nom, au lieu de toujours se référer à une allégorie majusculée. Il est temps, au lieu de sans cesse s'abriter derrière une République en crise pour justifier quelque propos de bon sens sur l'avenir de la France, de parler au nom de la France, et de donner à la République l'importance qui lui revient, celle d'un nom commun débutant comme tous les autres par une lettre minuscule. Il est plus que temps que la France républicaine, seule à avoir encore un sens, se substitue à la République française.
Roman Bernard
* Je ne compte pas l'État français de Vichy, simple marionnette de l'occupant nazi.
** Les Deux Républiques françaises, de Philippe Nemo.
N.B. : je me rends compte après la rédaction de cet article qu'il coïncide avec l'anniversaire de la proclamation de la Troisième République le 4 septembre 1870.
jeudi 3 septembre 2009
L'échec scolaire ou l'école en question, par Jean Gabard
Les propositions actuelles sur l'école découlent d’une vision du monde progressiste qui peut être appelée « féministe » dans la mesure où elle s’oppose radicalement à l'idéologie de la société patriarcale traditionnelle, autoritaire et machiste. Celle-ci s'est développée avec l'Humanisme et les Lumières. Elle a été à l’origine des mouvements d’abord libéraux, puis démocratiques, puis féministes. Aujourd'hui, alors que ses défenseurs se battent à juste titre contre des mouvements réactionnaires, elle dérive cependant, au point de devenir parfois, chez certains hommes et certaines femmes, une idéologie qui n'accepte aucune remise en cause. Cette nouvelle idéologie devenue dominante (approuvée par une majorité des femmes et des hommes), en arrive à confondre liberté avec spontanéité et à transformer l'égalité en droits en un droit à l'égalité. Dans un renversement d'attitude, une autre dérive fait des valeurs dites « féminines » autrefois injustement ridiculisées les seules valeurs dignes d'être développées. Cette idéologie dite « moderne » a influencé toutes les réformes faites ces trente dernières années à l'école.
Des méthodes pédagogiques ont été considérablement améliorées et elles continuent d'être perfectionnées pour rendre plus intéressants et plus efficaces les apprentissages. L'élève, de milieu aisé ou défavorisé, devenu le centre du système scolaire, est pourtant de moins en moins motivé et l'échec scolaire, loin de diminuer, s'accroît. Alors, malgré les intentions louables des réformateurs, ne serait-il pas nécessaire de faire une pause et de se demander si ces réformes n'ont pas aussi des effets pernicieux ? En effet, à force de vouloir changer, en invoquant le fait que les méthodes d'enseignement sont inadaptées et mauvaises (ce qui revient très souvent à remettre en cause ceux qui les ont adoptées ou ceux qui n'adoptent pas assez bien les nouvelles), les élèves (qui sont alors très attentifs), trouvent de bonnes raisons de ne pas être motivés et ainsi de ne pas faire l'effort de travailler. Comment, d'ailleurs, pourraient-ils avoir envie d'écouter des maîtres (le mot « maître » lui-même est devenu tabou) quand ce qu'ils entendent dans les médias et même parfois dans la bouche de responsables de l'Éducation nationale va souvent dans le sens d'une critique des éducateurs qui ne seraient jamais assez attentifs, justes, compétents, modernes... Ces élèves sont confrontés à une injonction paradoxale totalement perverse : on leur demande d’écouter des enseignants auxquels peu de personnes sont prêtes à accorder du crédit. S’ils ne les écoutent pas, ils ont le tort de ne pas obtenir les résultats scolaires attendus et s’ils les écoutent, ils ont le tort de suivre des personnes qui ne le méritent pas. Ainsi, alors que les méthodes traditionnelles ont pu être accusées d’occasionner des névroses en étant très traumatisantes, il se pourrait que la société actuelle soit très déstabilisante et favorise les psychoses.
Parce que la fonction éducative a été détournée en autoritarisme pendant des siècles, des « pédagogues » dans la réaction « jettent le bébé avec l'eau du bain », et donnent l'impression de prendre le rôle d'une mère qui viendrait écouter l'enfant et le défendre, en lui donnant raison contre le « père ». Alors que l'évanouissement de la fonction de « père » a une responsabilité certaine dans la crise que traverse notre société, ils contribuent à « l'achever » en privilégiant le rôle maternant des enseignants. Et pourtant, les enfants ont besoin de « père » pour se structurer. Sans repère, ne deviennent-ils pas très souvent des enfants « hors-la-loi », incapables, à l'école, de respecter les règles de l'orthographe, de la grammaire, du calcul, de la discipline... indispensables pour pouvoir apprendre ? S'il n'est pas question de les faire revenir à des méthodes peu performantes et inhumaines, est-ce en les maintenant dans un cocon fusionnel et en continuant d’en faire des enfants-rois, qu'ils apprendront à devenir des citoyens, adultes, responsables, capables de faire vivre la démocratie ?
Jean Gabard, professeur d’histoire et géographie
Auteur de Le féminisme et ses dérives – Du mâle dominant au père contesté, aux Éditions de Paris.
Criticus, le blog politique de Roman Bernard.
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