dimanche 29 novembre 2009

Interdiction des minarets en Suisse : une bonne nouvelle, pas une victoire

Bien sûr que c'est une bonne nouvelle. En votant nettement pour l'interdiction des minarets, les Suisses ont montré qu'ils ne s'en laissaient pas conter, après la censure dans le canton de Vaud de l'affiche de l'UDC, parti politique classé à l'extrême-droite par les journalistes du Monde.

Mais ce n'est pas une victoire : tout d'abord parce que, comme le double référendum irlandais sur le Traité de Lisbonne nous l'a enseigné, on peut très bien faire revoter les Suisses jusqu'à ce qu'ils fassent « le bon choix » (et on ne voit guère pourquoi la Suisse ferait miraculeusement exception à cette pratique, qui crée un précédent).

Ensuite parce que, contrairement à ce que croient les juristes, la loi n'a pas plus de pouvoir que celui qu'on lui donne. Rien ne dit qu'elle sera effectivement appliquée, et les contrevenants condamnés. Et il se peut même que la Suisse soit condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme, pour atteinte à la liberté d'islamisation.

Mais enfin, et surtout, le problème n'est pas architectural. Il est démographique et culturel. S'il n'y avait qu'une poignée de musulmans en Europe, ils pourraient bien avoir tous les minarets qui leur chantent cinq fois par jour l'appel à la prière.

Et il ne faudrait pas compter outre mesure sur la Suisse, dont l'existence ne repose que sur sa neutralité à l'égard du contexte européen. Car il est permis de penser que cette neutralité sera dure à préserver. La Confédération suisse compte un peu moins de huit millions d'habitants. L'Union européenne à vingt-sept, près de 500 millions.

Jusqu'au XXe siècle, la Suisse, reliquat (comme les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg, d'ailleurs) de l'ancienne Lotharingie, était un élément de stabilité entre les appétits expansionnistes de la France et des avatars successifs de l'Allemagne.

L'ère des rivalités nationales en Europe est désormais terminée. Place à l'unification européenne. La Suisse, facteur d'équilibre du temps des États-nations, risque fort d'apparaître de plus en plus comme une enclave à réduire. Et comme l'a rappelé Stag, la classe politico-médiatique helvétique est en train de préparer l'opinion suisse à l'adhésion à l'Union européenne, qui va devenir toujours plus inévitable à mesure que le continent s'unifiera politiquement. Quand cela arrivera, la mesure d'interdiction des minarets risque bien d'être inapplicable.

Roman Bernard

 Interdiction des minarets en Suisse 

jeudi 19 novembre 2009

Belgique : le sénateur libéral Destexhe fustige les « progressistes qui flirtent avc l’islam réac », par Éric Timmermans

Le sénateur libéral Alain Destexhe (1) et Claude Demelenne, journaliste de gauche et rédacteur en chef du Journal du Mardi, ont publié récemment aux éditions du Cerisier, un ouvrage d’une centaine de pages, intitulé « Lettre aux progressistes qui flirtent avec l’islam réac » (2), dans lequel ils dénoncent notamment la complaisance dont d’importantes franges des mouvements écologistes, démocrates-chrétiens et socialistes de Belgique francophone feraient preuve à l’égard de l’islam radical.

Sont notamment mis sur la sellette le parti écolo et le PS bruxellois, auxquels il est reproché par les auteurs de vouloir s’engager, avec un certain islam radical, dans une politique d’ « accomodement raisonnable » (3) qui pourrait éventuellement se retrouver au centre des conclusions des « Assises de l’interculturalité » (sic) voulue par, je cite, « la vice-première ministre, ministre de l’Emploi et de l’Égalité des chances, chargée de la Politique de migration et d’Asile » et, bien plus qu’accessoirement, présidente du cdH (4), Joëlle Milquet. Nous devons d’ailleurs à son parti, rappelons-le, la première admission d’une femme portant le voile, dans un hémicycle parlementaire européen (5).

Dans le viseur des deux auteurs, l’on trouve également le MRAX (Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie, présidé par Radouane Bouhlal ; équivalent, en Belgique francophone (Bruxelles et Wallonie), du MRAP de Mouloud Aounit, en France). Bien que les problèmes intérieurs de ce mouvement ne nous intéressent en rien de prime abord, signalons toutefois qu’il a connu, à plus d’une reprise, quelques soubresauts résultant d’un certain nombre de « dysfonctionnements internes ». Ainsi, a-t-on vu le personnel du MRAX se mettre en grève (une heure, à partir de 11 heures) le vendredi 23 octobre, afin de protester contre lesdits dysfonctionnements et, plus précisément, contre une « détérioration des conditions de vie des travailleurs », contre un « harcèlement moral généralisé » et, last but not least, contre l’omniprésence et l’omnipotence du président, à savoir le susmentionné Radouane Bouhlal.

Dans ce climat déjà passablement troublé, le MRAX se voit accuser par MM. Destexhe et Demelenne d’être devenu, dixit Claude Demelenne, « le syndicat de l’islam conservateur et rigoriste, une véritable machine à accuser les gens d’islamophobie », « un concept qui n’existe pas, qui a été inventé par les mollahs iraniens lors de la révolution », souligne Alain Destexhe, qui poursuit en proclamant, « toute religion est critiquable, le racisme, c’est s’en prendre aux Arabes et aux Juifs ».

Mais la fronde du tandem Destexhe-Demelenne ne s’arrête pas là, et ce au grand étonnement de ceux qui, comme moi, sont, en règle générale, bien peu enclins à faire preuve de complaisance et de confiance à l’égard des représentants d’un régime dit « démocratique » qui, au fil des ans et des dernières décennies, les ont si souvent déçus. Voilà qu’Alain Destexhe accuse également le MRAX d’être une association « communautariste » dont le président s’entoure, en outre, de personnalités faisant « l’apologie du Hamas » et qui se laisse aller à des déclarations stigmatisant les « visages pâles », s’en prenant au « privilège blanc », de même qu’à une « clique d’universitaires blancs », et le sénateur Destexhe d’accuser finalement, en toute clarté, le président du MRAX, Radouane Bouhlal, de racisme anti-blanc.

Monsieur Destexhe épingle aussi, par ailleurs, l’entourage de Radouane Bouhlal, notamment l’ex-secrétaire générale du PTB (6) Nadine Rosa-Rosso, le professeur de l’UCL (7) Jean Bricmont, le cercle des étudiants arabo-européens de l’ULB (8) et surtout, Nordine Saïd - que le sénateur Destexhe accuse ouvertement d’être un militant de l’islam radical -, membre du mouvement politique Égalité (celui-ci compterait en son sein d’anciens militants du PTB de même que des partisans de l’islam radical), qui s’est présenté aux élections régionales bruxelloises du 7 juin 2009 (9) et qui a affirmé « comprendre » (10) les attentats commis en Israël, de même qu’aux États-Unis, le 11 septembre 2001, tout en refusant de les condamner. Il s’est, en outre, affiché avec l‘« humoriste » Dieudonné. Le 8 octobre 2009, le Conseil d’administration du MRAX avait demandé audit Nordine Saïdi de retirer de son blog des textes « glissant vers l’antisémitisme et le négationnisme ». Devant son refus, le conseil d’administration se vit dans l’obligation, le lundi 9 novembre, de l’exclure du bureau du MRAX.

Le vendredi 13 novembre, le personnel du MRAX organisait une nouvelle grève symbolique (une heure à partir de 11 heures), au moment de la visite de l’inspection de la Communauté française (11), afin de dénoncer les pressions exercées par le conseil d’administration du MRAX sur certains travailleurs et exprimer son désarroi à la suite du licenciement « pour faute grave » du directeur du MRAX, Didier de Laveleye, qui avait soutenu le précédent arrêt de travail du 23 octobre. Ce qui semble accréditer la thèse du personnel qui dénonce une « gestion abusive des ressources humaines ». L’ASBL (12) tiendra une assemblée générale le 1er décembre pour éventuellement décider de nouvelles actions.

Assimilant le MRAX à un « club d’autodéfense des musulmans », à un mouvement clairement communautariste donc, le sénateur Destexhe a tiré la très logique conclusion qu’il fallait mettre un terme – ou, à tout le moins, suspendre - à la subsidiation de cette association par les deniers publics. Sur ce, la ministre Fadila Laanan (13) a demandé à l’administration de la Communauté française d’enquêter sur les « dysfonctionnements » au sein de l’ASBL. Insuffisant, s’est écrié Alain Destexhe, qui se dit en outre « choqué » par la « minimisation » par la ministre de la nature du discours tenu par un dirigeant du MRAX. Propos « mensongers », a riposté Fadila Laanan, qui va aujourd’hui jusqu’à envisager des suites judiciaires.

Lui emboîtant le pas, Radouane Bouhlal a également indiqué qu’il avait chargé son avocat d’examiner « plus en profondeur » les propos du sénateur Destexhe et qu’une plainte serait « probablement » déposée au pénal, stigmatisant, je cite, « l’intégration du lexique de l’extrême-droite française dans le vocabulaire politique » et reconnaissant aussi au passage ne pas nier « que les citoyens belgo-belges, blancs, ou je ne sais comment les appeler » (on croit rêver…) puissent faire l’objet de racisme. Le MR (14), selon Radouane Bouhlal, serait en train de « régresser et de revenir aux pires années du libéralisme, celles de l’ère Gol (15) et ses lois contre les étrangers », les dirigeants de ce mouvement étant aujourd’hui dépassés, toujours selon le sieur Bouhlal, par des « nouveaux réactionnaires de droite ».

Pour notre part, nous saluons l’initiative de MM. Destexhe et Demelenne qui, par leur ouvrage, ont permis de jeter un pavé dans la mare d’un certain antiracisme autoproclamé. Elle aura également permis de soulever la question des subventions publiques accordées à une multitude de ligues, d’associations et de mouvements, motivées par une reconnaissance, non moins fâcheuse qu’officielle, de ces mouvements et groupes de pression comme étant d’ « utilité publique » et comme constituant autant d’« autorités morales incontestables ». Or, ces mouvements et groupes de pression doivent être pris pour ce qu’ils sont, à savoir des mouvements d’opinion privés, non mandatés par l’électeur et n’ayant, de ce fait, pas à bénéficier des subventions publiques dont ils usent pour imposer, notamment par voie judiciaire, leurs vues idéologiques et leur approche de la société.

Pourquoi le contribuable se voit-il aujourd’hui dans l’obligation de financer de ses deniers des organisations dont il ne partage pas forcément l’idéologie et qu’en tant qu’électeur il n’a, de surcroît, nullement mandaté ? En outre, en ces temps de crise économique, n’est-on pas supposé réduire drastiquement les dépenses publiques ? Une occasion à saisir.


Éric Timmermans, Bruxelles

Criticus, le blog politique de Roman Bernard.

Vous voulez publier une tribune libre sur Criticus ? Vous pouvez m'envoyer vos suggestions d'articles (inédits et en exclusivité) à l'adresse suivante : criticusleblog@gmail.com .


(1) Alain Destexhe, médecin de formation et ancien secrétaire général de MSF (1991-1995), est un homme politique libéral, de tendance laïque, membre du MR (Mouvement réformateur), un parti démocratique. Il a été élu sénateur, une première fois, en 1995 et a été réélu en 2003, pour le collège électoral francophone dans lequel il a réalisé l’un des meilleurs scores personnels. Pour en savoir plus sur Alain Destexhe, on peut consulter son blog.

(2) Lettre aux progressistes qui flirtent avec l’islam réac, Claude Demelenne et Alain Destexhe, Éditions du Cerisier, 8,5 euros, 124 pages.

(3) Ces termes désignent précisément un système d’ « assouplissement des règles » au profit « des communautés intéressées », dans ce cas, au profit de l’islam radical. Né au Québec, ce système serait, l’on s’en n’étonnera guère, en train d’y faire faillite.

(4) Le Centre démocrate humaniste (cdH) est l’ancien Parti social-chrétien (PSC). Le « c », symbole de l’identité originellement chrétienne du mouvement, fit longtemps débat dans cette dernière formation qui comptait jadis une mouvance de droite (Cepic), une mouvance centriste et une mouvance de gauche (démocratie chrétienne). Cette dernière a fini par l’emporter et a finalement métamorphosé l’ancien PSC en cdH, un parti de centre-gauche dirigé par Joëlle Milquet. Ajoutons que la Belgique constituant une « particratie », les partis politiques y jouent un rôle déterminant dans la constitution des gouvernements. Être président de parti c’est donc détenir un pouvoir essentiel.

(5) Lors des élections régionales bruxelloises du 7 juin 2009, Mahinur Özdemir, une femme politique bruxelloise d’origine turque, s’est présentée sur la liste du cdH. Le 23 juin, elle a été investie au Parlement régional bruxellois. Particularité : elle a prêté serment la tête voilée. En Turquie, par contre, cette tenue est interdite dans l’hémicycle du Parlement, les parlementaires s’étant présentées voilées ayant, par ailleurs, été expulsées dudit hémicycle. On appréciera le paradoxe. La manœuvre du cdH est donc évidente : après avoir supprimé le « c » du Parti social-chrétien et l’avoir mué en « parti humaniste », le cdH de Joëlle Milquet court à présent derrière l’électorat musulman de Bruxelles.

(6) Parti du travail de Belgique, extrême-gauche maoïste.

(7) Université catholique de Louvain.

(8) Université libre de Bruxelles.

(9) Le parti Égalité est l’un des nombreux micro-partis qui se sont présentés à l’électeur à l’occasion des élections régionales bruxelloises du 7 juin 2009. Dans le programme de ce parti multiculturaliste, on trouve notamment l’idée d’une carte « anti-discrimination » pour les jeunes à la recherche d’emploi, l’appel à l’avènement d’une société « jeunes admis », l’arrêt de la « spirale de la prison », la demande d’un enseignement « sans discrimination » et, last but not least, le jumelage de la région de Bruxelles-Capitale avec Gaza. Sans commentaire.

(10) « Je comprends les attentats suicides ou terroristes sans nécessairement les justifier. En tout cas, je m’interdis de condamner des faits sans parler des causes. Oui, je refuse de condamner des attentats terroristes ! Pour éviter ces attentats, il est nécessaire de dialoguer avec toutes les parties. Si on veut éviter les attentats, il faudra un moment accepter de discuter même avec Ben Laden », a ainsi déclaré Nordine Saïdi. ( www.7sur7.be , Belga/mb, 25/10/09, 16h12).

(11) On connaît l’anecdote selon laquelle, en son temps, François Mitterrand crut ou feignit de croire que le terme de « Communauté française de Belgique » désignait la communauté des Français vivant sur le territoire belge. En fait, la Communauté française de Belgique, que pour éviter la méprise susmentionnée, on désigne aussi parfois par les termes « Communauté Wallonie-Bruxelles », rassemble tous les citoyens belges de langue française vivant en région bruxelloise et en région wallonne, soit environ 4,2 millions de personnes. Elle ne comprend toutefois pas la minorité francophone de Flandre habitant, pour l’essentiel, dans la périphérie de Bruxelles.

(12) Association sans but lucratif. En France, on peut comparer l’ASBL de Belgique à la l’Association loi 1901.

(13) Fadila Laanan est ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances pour la Communauté française de Belgique. Le lecteur attentif aura noté qu’une autre personne, à savoir Joëlle Milquet, est en charge de la fameuse « égalité des chances ». Que le lecteur français ne s’étonne guère : la Belgique est un État fédéral constitué de trois régions (Bruxelles-Capitale, Flandre et Wallonie) et de trois communautés (Communauté française, Communauté flamande et Communauté germanophone). Ces sept niveaux de pouvoir (un fédéral, trois régionaux et trois communautaires) sont dotés d’administrations et de gouvernements (un seul pour la région et la communauté flamande qui ont fusionné). En matière d’ « égalité des chances », Fadila Laanan assume simplement, à l’échelle de la Communauté française, le rôle que Joëlle Milquet assume au niveau fédéral.

(14) Mouvement Réformateur. Formation politique de Belgique francophone actuellement dirigée par Didier Reynders et qui est née de l’association de trois formations politiques démocratiques : le PRL (Parti réformateur libéral), le FDF (Front démocratique francophone, parti bruxellois de défense des intérêts francophones ; il tente aujourd’hui de s’implanter en Wallonie) et le MCC (Mouvement des citoyens pour le changement, parti créé par l’ancien président du PSC, Gérard Deprez, et qui a su recruter, notamment, quelques déçus du cdH).

(15) Jean Gol (1942-1995) fut le premier président du Parti réformateur libéral (PRL) créé en 1979. Il le resta jusqu’en 1981, année durant laquelle Jean Gol accéda aux postes de ministre de la Justice et de vice-premier ministre. Les deux gouvernements Martens-Gol successifs développèrent notamment une politique d’assainissement des finances publiques. Deux lois portent le nom de Gol, l’une facilitant l’accès à la nationalité belge et la rendant automatique par filiation maternelle, l’autre autorisant, sous condition d’être votée par les deux tiers du conseil communal (municipal), certaines communes (municipalités) à refuser l’inscription de nouveaux étrangers sur son territoire. Jean Gol revint à la présidence du PRL en 1992 et fut, en 1993, avec Antoinette Spaak, à l’origine de la création d’une Fédération PRL-FDF. Victime d’une hémorragie cérébrale, Jean Gol s’éteignit le 17 septembre 1995, à l’âge de 53 ans.


Sources :

www.lalibre.be :

- Destexhe accuse le MRAX de « racisme anti-blanc » (Belga, 13/11/09).

- Nordine Saïdi exclu du Mrax (Belga, 13/11/09).

- Mrax : nouvel arrêt de travail et visite de l’inspection de la Communauté française (Belga, 13/11/09).

www.7sur7.be :

- « Lettre aux progressistes qui flirtent avec l’islam réac » (Belga, 20/10/09, 14h56).

- « Le MRAX est devenu la chose du président Bouhlal » (Belga/th, 22/10/09, 16h32).

- Destexhe réclame la fin des subsides du MRAX (Belga/mb, 25/10/09, 16h12).

- « J’accuse le président du MRAX de racisme » (Belga, 13/11/09, 12h14).

- Laanan menace Destexhe de suites judiciaires (Belga, 13/11.09, 16h36).

- Le MRAX s’apprête à déposer plainte contre Alain Destexhe (Belga/th, 13/11/09, 18h33).

mercredi 18 novembre 2009

Le chèque-éducation : présentation et stratégie générale pour l'imposer

Par Roman Bernard, pour SOS Éducation, le mardi 17 novembre 2009 à la « Réunion des blogueurs » (RDB)‏.

vendredi 6 novembre 2009

L'identité nationale ne se décrète pas

« Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France ; ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la Fête de la Fédération. »

Marc Bloch, L'Étrange défaite (1940), éd. Gallimard, coll. Folio Histoire, 1990, p. 198.


Cet article m'a été envoyé par un professeur d'histoire, surnommé « Guedbralec ».

Depuis une trentaine d'années, on assiste à une déconstruction affichée de notre histoire et de ce qui a constitué « l'âme de la France ». De l'historienne afro-centriste Suzanne Citron qui affirme que la France a toujours été une terre métissée, jusqu'aux derniers propos tenus par Martine Aubry, prétendant que les valeurs qui font la France ne sont ni culturelles ni religieuses, la machine à broyer nos consciences est en marche et rejette à l'extrême-droite toute tentative de relier nos racines à un passé lointain.

L'identité nationale ne se décrète pas. Elle n'est pas le fruit d'une génération spontanée autour du seul fait de posséder une carte nationale d'identité.

Il serait temps de rappeler un peu quelques points nébuleux de notre histoire.

Bonaparte disait, au premier jour du Consulat : « De Clovis au Comité de Salut public, j'assume tout ». Les « rois qui ont fait la France », selon la formule de Georges Bordonove, assumaient au moment de leur sacre l'âme de la France et son héritage.

Mais de quel héritage s'agit-il ? Et quelle est cette « âme » dont nous parlons ?

La Gaule celte d'après Vercingétorix s'est parfaitement acclimatée au syncrétisme romain. L'intelligence des Romains a toujours été de s'appuyer sur les élites locales, tout en respectant le fonds religieux, et d'apporter le confort d'une société urbaine remarquablement structurée et équipée. Certes, des soldats romains se sont parfois installés sur des terres gauloises, mais en nombre raisonnable et la cohabitation fut en général calme et fructueuse. Rome a d'ailleurs connu un empereur né à Lyon (Claude, 41-54) et un empereur gaulois (Galba, 68-69).


Un évènement considérable est à prendre en compte : c'est la victoire du christianisme sur le paganisme à partir des IIIe et IVe siècles. D'abord religion des esclaves, séduits par la perspective d'une vie éternelle de félicité après une vie misérable, le christianisme s'introduisit au cœur de la domus romaine et des villae rurales, convertissant patriciens puis plébéiens. Durement réprimée dans un premier temps (les autorités romaines comprenaient difficilement une religion qui excluait toutes les autres), l'Église chrétienne eut ses martyrs, sous Domitien notamment (81-96), et non, comme on le croit trop souvent, sous Néron (54-68), dont le règne fut déconsidéré par les historiens de la dynastie flavienne pour mieux justifier cette dernière, et par la littérature du XIXe siècle (Quo Vadis). Petit à petit cependant, la force morale de ses martyrs et l'action continuelle d'évangélisation par les évêques ont fini par toucher les paysans gallo-romains (le mot « paysan » vient d'ailleurs du terme « païen » car ce furent les derniers à être évangélisés ; leur foi n'en fut que plus profonde).

Les cadres administratifs de l'Église catholique se superposèrent bientôt à ceux de l'administration romaine et au IVe siècle, la romanité se confondait avec la Chrétienté.

Ainsi donc, l'âme de la Gaule était intimement entrelacée de cultures celte, romaine et chrétienne, au cœur d'une population à très forte dominante celtique.

Au Ve siècle, les grandes invasions qui ont entrainé la chute de l'Empire romain d'Occident ont été le fait de tribus d'Europe centrale, poussées par les Huns. Cette « immigration » n'a jamais représenté plus de 5 % de l'Occident romain. Parmi elles, les Francs, installés en Belgique actuelle et sur le Rhin depuis le IIIe siècle, faisaient figure d'alliés du peuple romain auquel ils n'étaient pas soumis (« franc » veut dire « libre » en langue germanique). Mérovée, le grand-père de Clovis, s'est d'ailleurs distingué aux côtés du général romain Flavius Aetius dans la dernière grande victoire de Rome aux Champs Catalauniques sur les Huns d'Attila, en 451.

Les Francs étaient encore païens, et ce détail eut une importance extrême.

En effet, la plupart des royaumes barbares qui s'étaient constitués après 476 sur les terres gallo-romaines était gouvernée par des élites certes chrétiennes, mais de confession arienne. Arius était un évêque hérétique qui prônait un Christ homme et non dieu. Sa doctrine fut dénoncée, notamment au concile de Nicée (Asie mineure) en 325. Burgondes, Wisigoths et Alamans, pour citer les principaux peuples germaniques installés en Gaule, étaient tous trois ariens. Cette situation explique en grande partie la sourde opposition de la population majoritaire gallo-romaine, qui n'acceptait pas cette domination hérétique. Si l'on ajoute que ces royaumes pratiquaient un apartheid de fait (lois romaines pour les Gallo-Romains, lois germaniques pour les barbares, aucun mariage mixte, etc.), le mythe récent d'un mélange gallo-romano-germanique se trouve aisément battu en brèche.

La grande intelligence de Clovis, comme l'ont très bien montré à la fois Pierre Riché, qui fut mon professeur à Nanterre, et l'immense historien Georges Tessier, fut, instruit par l'évêque Rémi et conseillé par son épouse burgonde, Clothilde, elle-même catholique malgré son père, de comprendre que la population gallo-romaine se livrerait à celui qui respecterait sa croyance, le catholicisme étant intimement lié au sentiment de romanité, toujours présent et rassurant dans ces temps troublés.

Le 25 décembre 496 (ou 498, les historiens se divisent sur la question), Clovis, ainsi qu'un millier de ses guerriers, se convertit au christianisme catholique. Par ce geste, Clovis devenait l'allié objectif des évêques et disposait du soutien désormais acquis de l'ensemble des Gallo-Romains qui en firent une sorte de libérateur à mesure qu'il s'emparait du royaume des Alamans et des Wisigoths.

Ce baptême fut ainsi l'acte fondateur d'un nouveau contrat entre la Gaule ancienne et l'âme germanique des Francs. Largement minoritaires, ceux-ci se fondirent dans le creuset gallo-romain. Mais les trois dynasties franques (mérovingienne, carolingienne et capétienne) furent désormais légitimes aux yeux du peuple pour les gouverner.

Il serait donc absurde de nier les racines chrétiennes de la France.

Au VIIIe siècle vint l'invasion arabe. S'emparant de la plus grande partie de l'Espagne en 711, les « Sarrasins » poussèrent vers les Pyrénées pour pénétrer au nord de l'ancien royaume des Wisigoths, en Aquitaine. Ils furent arrêtés en octobre 732 par le Maire du Palais d'Austrasie, Charles Martel, véritable maitre des Francs (les derniers rois mérovingiens étaient souvent des adolescents que l'on sortait du couvent pour figurer sur le trône). Poitiers retentit donc longtemps comme l'acte de résistance des Francs chrétiens contre l'invasion des Arabes musulmans.

Une petite musique voudrait nous faire entendre ces dernières années, souvent pour des motifs politiques de paix sociale dans nos banlieues, que le contexte de 732 n'était pas « national » et que les Arabes venaient apporter les bienfaits de leur civilisation, et la retranscription des grands auteurs grecs à un Occident obscurci par la barbarie germanique.

Certes, Charles Martel n'avait peut être pas conscience de défendre l'Occident chrétien face à l'Islam, mais la bataille de Poitiers a permis d'unifier les royaumes francs sous son autorité et de préparer la renaissance carolingienne conduite par son petit-fils Charlemagne.

Quant à la civilisation musulmane, s'il est vrai que le califat de Cordoue fut une curieuse expérimentation de cohabitation juive, chrétienne et musulmane (encore que celle-ci ne fut pas aussi productive que le pense Amin Maalouf dans son ouvrage Les croisades vues par les Arabes ou que le montre le cinéaste égyptien Youssef Chahine dans son film lumineux Le Destin qui raconte la vie du philosophe Averroès), ce « miracle andalou » se produisit bien après l'époque de Charles Martel, vers le XIIe siècle.

Soyons clairs, à l'apogée de la civilisation arabo-musulmane, j'aurais préféré être soigné par un médecin syrien qui aurait apposé un emplâtre à ma jambe infectée que par un médecin franc qui me l'aurait (mal) coupée.

Mais il serait malhonnête de faire croire que dans le même temps, l'Occident nageait dans les ténèbres. Alcuin, Eginhard, le miracle carolingien, la renaissance de l'esprit antique, on doit largement tout cela à l'action profonde de l'Église chrétienne qui lance les réformes clunisienne puis cistercienne, ces monastères du savoir, vecteurs des philosophies chrétiennes. D'autre part, en imposant la trêve de Dieu, qui limitait les jours de guerre, ainsi que la paix de Dieu, qui interdisait les guerres privées, l'Église catholique a largement contribué à la renaissance occidentale après les temps difficiles du Xe siècle. L'Europe se couvre d'un blanc manteau d'églises, selon la formule de Raoul Glaber, et bientôt, les grandes cathédrales gothiques dressent leurs flèches imposantes vers un ciel qu'on sent désormais plus serein. L'architecture occidentale retrouve ainsi ses lettres de noblesse.

La deuxième vague d'invasion barbare ne transforme pas véritablement le vieux creuset gallo-romain. Les Normands ne sont pas nombreux et surtout, après 911, se convertissent largement au catholicisme et en deviennent les grands défenseurs, après en avoir été les bourreaux pendant un temps (« De la terreur des Normands, Seigneur, délivrez-nous. »).

Ainsi, tout au long du Moyen-Âge, la France s'est constituée autour de deux valeurs essentielles : la romanité et le catholicisme. Cela est si vrai que chaque empire en Europe, et ce jusqu'à l'Union européenne, s'est fondé sur la volonté parfois même inconsciente de reformer l'ancien âge d'or de la Pax romana. Je rappellerai également que l'Union européenne a largement été initiée par le centre démocrate-chrétien (le MRP en France par exemple).

Nous aurions beaucoup à dire sur les contre-sens et les préjugés sur l'Inquisition ou la Reconquista espagnole. Ces idées reçues tirent leur source du développement des Lumières philosophiques du XVIIIe siècle. Il n'est pas question de condamner ici Voltaire, Diderot ou Rousseau, mais de rappeler que si nous leur devons les concepts de tolérance, de liberté, d'égalité, de fraternité et d'instruction, ces valeurs existaient déjà chez nombre de prêtres de l'Église romaine dont le concept, ne l'oublions pas, se fonde sur le choix, le libre-arbitre et le doute.

Les Lumières et la Révolution française ont initié dans leur critique de l'absolutisme garanti par le catholicisme un mouvement de rejet généralisé de « l'Ancien Monde » féodal qui en fait n'existait plus guère que dans les esprits. Les capétiens avaient imposé un modèle centralisé, et depuis Richelieu, la féodalité avait largement reculé.

On peut certes reprocher à la France monarchique sa trop grande bureaucratie, son administration pléthorique et son inefficacité chronique à faire rentrer les impôts, ainsi que des privilèges devenus au fil du temps insupportables pour les Français. Mais rappelons quand même que la situation n'était pas aussi simple. 80 % des paysans étaient propriétaires et, dans l'ensemble, les Français du XVIIIe siècle vivaient bien mieux qu'au siècle précédent, ce qui d'ailleurs explique leur frustration et leur colère lorsque les récoltes des années 1786-1788 furent si désastreuses, le spectre de la famine ressurgissant brusquement. Les dépenses somptuaires et l'éloignement de la Cour à Versailles firent le reste.

Peut-on se féliciter qu'au bout de deux cents ans de révolutions et de plus de cent trente ans de République, la situation ne soit guère différente de celle qui prévalait à la veille de 1789 ? Les privilèges de certains ont largement remplacé ceux d'antan.

Les philosophes et la Révolution française ont voulu éradiquer la religion chrétienne du sol français, sans totalement y parvenir. En 1945, nombreux étaient les Français qui allaient encore à l'église le dimanche, malgré l'offensive des « hussards noirs de la République » et de la séparation de l'Église et de l'État en 1905.

C'est essentiellement l'action communiste d'après-guerre, médiatiquement impressionnante et d'une efficacité redoutable, comme l'a fort bien montré Maurice Druon dans La France aux ordres d'un cadavre qui, peu à peu, en tenant l'Éducation nationale et les rênes de l'administration, a procédé à une déchristianisation de surface. Les communistes ont été rejoints, puis dépassés dans la surenchère par les intellectuels trotskistes, qui ont largement fait Mai 68.

Présents dans les médias, dans les associations antiracistes et longtemps majoritaires au sein de l'Éducation nationale, ces groupuscules ont établi un terrorisme intellectuel formidable en transformant l'histoire de France, que nul n'apprend plus depuis 30 ans, puisque ces derniers sont à l'origine des « nouvelles pédagogies » sur l'éducation. Le savoir étant d'essence bourgeoise et « de classe », il fallait encourager la spontanéité de l'enfant qui devait « construire son propre savoir » dans un salmigondis rousseauiste mal digéré. Le problème est que ces gens sont aujourd'hui l'Éducation nationale et forment une forteresse inexpugnable que seul un raz-de-marée d'exaspération pourra emporter.

C'est dans cette mouvance d'extrême-gauche, voire d'ultra-gauche, que nous trouvons ces pseudo-intellectuels en général appuyés par des sociologues, tel l'insupportable Dominique Wolton. Leur doctrine ?

La France est par essence coupable de grands crimes : les bûchers des sorcières, l'esclavage, la colonisation, Vichy, le 21 avril 2002. Comme l'a parfaitement décrit Pascal Bruckner dans Le sanglot de l'homme blanc, la majorité doit battre sa coulpe et accepter sans sourciller une repentance généralisée sur tous les sujets. Et Houria Bouteldja, porte parole des « Indigènes de la République », exige des « souchiens » , c'est-à-dire des Français de souche (jeu de mots volontairement douteux) de s'africaniser, de se métisser, d'autres encore réclament l'adaptation de la République à l'islam.

La tradition française est l'assimilation des minorités au modèle français. Ce fut le cas de toutes les immigrations jusqu'en 1950. Ce modèle assimilationniste est désormais caduc.

Nous entrons dans un modèle à la britannique (instauré Outre-Manche malgré le discours prophétique d'Enoch Powell, en 1968) du multiculturalisme qui ne convient absolument pas aux racines profondes de l'identité française.

C'est pourquoi le débat actuel essaie de nous vendre une identité « à la carte ». Les uns s'arrêtent à la simple possession de papiers, d'autres essayent vainement de s'inscrire dans une tradition d'accueil largement infondée.

La vérité est que ce débat est d'avance tronqué. Il faut tout d'abord rendre la France à son histoire et l'enseigner à nouveau à nos enfants.

Je suis un enseignant fidèle à la laïcité. Un enfant de la République, un enfant de la Révolution, un enfant des Lumières, mais aussi un enfant des capétiens, de l'Église et de nos peintres, de nos sculpteurs et de nos écrivains, et j'assume tout. Les victoires comme les défaites, les héros comme les salauds, les apogées et les périodes les plus sombres. C'est cela, être français. Si vous ne vous y reconnaissez pas, mademoiselle Bouteldja, peut-être ce pays, finalement, n'est-il pas fait pour vous.

Guedbralec

Criticus, le blog politique de Roman Bernard.

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jeudi 5 novembre 2009

Censure en Suisse



Ci-dessus, une photo que m'a envoyée hier Elyas, commentateur de Criticus vivant à Lausanne (Vaud, Suisse).

Cette affiche a été placardée en réaction à la censure, dans le canton de Vaud, de celle de l'Union démocratique du centre (UDC) dans la campagne du référendum anti-minarets qui aura lieu en Suisse le 29 novembre prochain.

L'UDC, classée à l'extrême-droite par les journalistes du Temps et du Monde, avait déjà fait parler d'elle en 2007 lors d'une campagne d'affichage pour l'expulsion des criminels étrangers, où l'on voyait un mouton blanc bouter un mouton noir hors du territoire helvète.

Cela avait été considéré comme « raciste », alors que l'expression de « mouton noir », quand on l'applique aux hommes, n'a rien à voir avec la couleur de peau. Et qu'il n'y a rien de scandaleux à expulser les criminels étrangers, n'en déplaise à un ancien ministre de l'Intérieur (de 2002 à 2004 et de 2005 à 2007).

Concernant les minarets, ma religion n'est pas faite, si j'ose dire. Le problème réside moins dans la construction de lieux de culte que dans le niveau d'immigration qu'une population peut intégrer. Il paraît évident que ce seuil a été dépassé depuis longtemps (François Mitterrand lui-même estimait, en 1989, qu'il l'était depuis les années 1970).

Dès lors qu'une forte population immigrée se trouve sur un territoire, il ne faut pas s'étonner qu'elle y fasse construire des lieux de culte qui en respectent les canons architecturaux.

Mais la censure d'une affiche, dans un pays réputé libéral (en tout cas plus que la France et l'Union européenne, ce qui n'est pas difficile) montre que ce sont bien la liberté d'expression, et avec elle la démocratie, qui sont aujourd'hui en danger en Europe, même hors de l'Union européenne. Si j'étais vaudois, je voterais donc « oui ».

Roman Bernard

mardi 3 novembre 2009

Appel aux petits garçons qui jouent à la poupée

J'ai pu lire aujourd'hui cet appel, à un endroit et de la part d'une personne que je garderai secrets pour préserver l'anonymat de cette dernière. C'est moi qui souligne.

Journaliste pour l'émission X sur Y, je me permets de vous contacter car je souhaiterais réaliser un reportage sur les jouets : "Filles et Garçons, quels jouets?".

La période de Noël est révélatrice de la spécialisation sexuelle des jouets. Depuis les pages bleues et roses des catalogues, jusqu'aux rayonnages des grands magasins, on se rend vite compte de la répartition tranchée des jeux en deux catégories exclusives l'une de l'autre. On invite les petites filles à jouer comme maman (dînettes, poupées les prédestinant à leur futur rôle de mère, appareils ménagers en réduction, panoplies d'infirmière -pas de médecin-, d'hôtesse de l'air -pas de pilote-, coffrets de maquillage…) alors que les garçons doivent se croire marin, physicien, pilote de course, chevalier... mais pourtant, de plus en plus de petits garçons réclament au père Noël des aspirateurs, une poupée, une tendance dont le marketing s'empare... si les petits garçons souhaitent jouer à la poupée ou à la dînette, c'est simplement dans un souci d'imitation, les nouveaux papas partageant désormais les activités ménagères avec les mamans.

Je recherche une maman dont le petit garçon joue à la poupée ou à la dinette... si toutefois, vous êtes intéressée, n'hésitez pas à me contacter.

Je vous remercie d'avance pour votre aide et reste à votre entière disposition pour toute information supplémentaire.

Cordialement.


Je laisse les commentaires à votre sagacité.

Roman Bernard

dimanche 1 novembre 2009

La laïcité inachevée, par Maxime Zjelinski

La laïcité est l'un de ces grands principes qui doivent une partie de leur succès à la grande confusion dont ils tirent profit. 1905 est l'année du divorce entre l'Église et l'État, elle marque la fin d'une liaison incestueuse entre la République et les prêtres. Mais 1905, c'est aussi la séparation du spirituel et du temporel, et cela, beaucoup de Français ont tendance à l'oublier. J'en veux pour preuve l'immense popularité de la vulgate écologiste, qui promet l'Enfer aux hommes et à ceux qui les gouvernent s'ils n'adhèrent pas au dogme de la planète en danger. Nulle part mieux que dans ce faux débat n'apparaît la passion de soumettre aux idées le pouvoir temporel. Que signifie la laïcité dans l'histoire intellectuelle, culturelle et politique française, si l'arrogance de quelques illuminés passe pour une forme de courage et de progrès ?

Les illuminés auxquels je pense sont ces esprits rationnels qui parlent non plus pour Dieu le père, mais pour mère Nature. Les chiffres et les courbes donnent au credo de ces nouveaux prêtres une force qu'on ne trouvait guère dans le catéchisme. La Raison donne bonne conscience, on le sait. Pourvu que le slogan se fonde sur des « données » et non sur l'Évangile, on se persuade volontiers que le pire est évité, Dieu n'étant pas de la partie.

« C'est bien l'Enfer qui attend les hommes s'ils continuent de boire à grandes gorgées ce pétrole qui donne soif. »

Le XXe siècle nous a pourtant fait voir l'existence de religions sécularisées — d'empires à l'Est, d'intellectuels à l'Ouest. La Révolution verte que les élites voudraient imposer au gros de la population est l'expression de cette arrogance trop facilement associée aux seules religions monothéistes, dont les Verts actuellement s'inspirent sans rougir. La catastrophe n'est-elle pas annoncée par le GIEC ? C'est bien l'Enfer qui attend les hommes s'ils continuent de boire à grandes gorgées ce pétrole qui donne soif. Le scepticisme n'est pas vu comme une vertu, mais comme un durcissement du cœur : celui qui ne craint pas la Nature hait la Nature et contrarie sa volonté, il retarde le Progrès, il fait obstacle à l'Histoire — et on sait ce que vaut un obstacle dans la religion des militants « citoyens »...

Le danger n'est ni dans la croyance ni dans la certitude — qui toutes deux, chez l'homme, sont la règle plutôt que l'exception — mais dans la sérénité avec laquelle le militant des bonnes causes refuse tout simplement d'admettre qu'un contradicteur puisse être aussi humain que lui.

L'altérité ainsi éliminée, le politique disparaît avec elle. Les déceptions, les échecs, les frustrations ne sont plus politiques, mais éthiques. Il ne s'agit plus de trouver un terrain d'entente mais de faire entendre au monde de prétendues évidences, afin de le changer complètement, conformément aux plans arrêtés par les grandes personnes, celles qui voient le monde depuis le ciel et font la guerre aux inégalités.

La mode exige que l'on y voie du progrès. J'y vois une formidable régression. Il faut aimer enseigner en ZEP pour oser mettre la moyenne à ces mangeurs de quinoa convaincus qu'il faut crier très fort pour faire entendre ses idées.

Mais la régression ne s'observe pas seulement chez les écologistes : on la retrouve chez tous ceux qui croient en leur message au point d'oublier qu'il en existe d'autres, tout aussi pertinents. Il faut donc se demander s'il n'y aurait pas, à l'origine de notre « vivre-ensemblisme », un profond malentendu. Si les lois tolèrent et préservent la pluralité des opinions, les gens n'en sont pas toujours capables. Parlons en toute franchise : les Français sont démocrates selon la loi, mais le sont-ils selon l'esprit ?

« L'esprit de la démocratie, qui n'est autre que l'esprit du libéralisme, est évidemment absent de ces attaques "citoyennes" du camp du Bien contre le camp du Mal. »

On peut en douter. La tolérance et l'ouverture d'esprit ne sont souvent que de l'indifférence. Cette tolérance se change en intolérance quand cesse l'indifférence, quand vient le moment de défendre une idée. Les gens convaincues sont incapables de livrer une guerre qui ne soit pas totale : l'autre passe pour un abruti — dans le meilleur des cas — ou un ennemi du genre humain. Le sentiment d'humilité, que devrait normalement entretenir la diversité des opinions, est trop souvent balayé par l'impression de servir une cause noble — l'égalité par exemple — ou d'être au bord d'une catastrophe irrémédiable — la fonte des glaces, la raréfaction des ressources, etc. Tant que le débat porte sur des broutilles, on s'écoute, on se respecte, on s'aime ; mais sitôt qu'interviennent les convictions des uns et des autres, les fantômes du passé sont invoqués, les menaces de l'avenir sont brandies, l'Enfer sur Terre est annoncé. C'est au moment où il faut le plus de patience et de modération que les avocats de la bonne cause sont le moins patients et modérés. L'esprit de la démocratie, qui n'est autre que l'esprit du libéralisme, est évidemment absent de ces attaques « citoyennes » du camp du Bien contre le camp du Mal.

Pour comprendre ce phénomène, il n'est pas nécessaire de faire appel à la distinction weberienne entre éthiques de conviction et de responsabilité. La société ouverte et conciliante dont on rêve chez les serviteurs de l'Histoire et de la Nature n'est pas une société où des opinions contraires cohabitent, mais une société où la politique, qui est l'art du compromis et de l'adaptation, ne serait plus que l'art de faire prendre aux masses le bon chemin, choisi par le bon camp. D'une telle société, Montesquieu eût dit qu'elle a tort de chercher sa vertu dans la source du pouvoir. À ces maniaques de l'organisation qui ne supportent pas de faire la queue comme tout le monde, il faut toujours demander : « Et si moi j'ai d'autres projets pour le monde, qu'est-ce que vous me ferez ? ». Il est entendu que dans toute société chacun sacrifie un peu de sa liberté, mais ce sacrifice a plus de légitimité dans une société libre que dans une société ordonnée, où, pour qu'un objectif se réalise, tous les autres doivent disparaître.

« Il est faux de dire que dans l'esprit des socialistes l'égalité complète la liberté, quand il est évident qu'elle la remplace. »

L'organisation doit compenser, dit-on, les effets pervers de la liberté. Mais la liberté a-t-elle jamais été autre chose, pour les planificateurs, qu'une perversion à combattre, un caprice de bourgeois ? Il est faux de dire que dans l'esprit des socialistes l'égalité complète la liberté, quand il est évident qu'elle la remplace. Pour le comprendre, encore faut-il admettre que dans une société aussi confiante dans l'État, la liberté est d'autant moins précieuse que les pouvoirs publics prétendent assurer le bien-être de la population. Puisque c'est à l'État de soutenir la société, celle-ci n'a pas ce souci de cohésion propre aux gens responsables. Où il n'y a pas de responsabilité, il n'y a de liberté qu'apparente. Et où la liberté est fausse, l'esprit démocratique est feint.

Ne nous étonnons donc pas, dès lors, s'il est si difficile pour les nouveaux prêtres — écologistes, antiracistes, altermondialistes — d'entendre une opinion différente de la leur sans gratifier leur interlocuteur de cette grimace mi-contrite mi-agacée de celui qui sait et ne convainc pas. Ne nous étonnons pas non plus si, plus de cent ans après la séparation des églises de l'État, nombre d'intellectuels continuent de penser comme si leurs conclusions devaient guider les peuples. Et ne nous étonnons pas, bien sûr, du ton que prennent les suiveurs pour signifier leur appartenance au camp des saintes évidences. Le danger que le président Sarkozy fait peser sur la démocratie n'est rien à côté de celui qu'un grand nombre de Français, anonymes pour la plupart, font peser sur le goût de la liberté. Reste à savoir si, au milieu de l'agitation millénariste, les Français ont encore assez de raison pour comprendre qu'ils ont tout intérêt à être un peu moins « héroïques » et un peu plus « tièdes », autrement dit : un peu moins arrogants et un peu plus conciliants.

Maxime Zjelinski

À lire aussi, sur le même sujet, « Les heures les plus sobres de notre histoire », par Paul Castaing.

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