vendredi 26 mars 2010

« Faire taire les mauvaises langues »

« Quelle mouche aurait bien pu piquer un certain Roman Bernard ? Ce jeune blogueur vient de publier une tribune plutôt virulente sur Free et ses associations. [...] »

(Source)

mardi 23 mars 2010

Belgique : interdiction de parler le français dans la périphérie de la « capitale de l’Europe »

Ou comment l’humoriste François Pirette a piégé la commune flamande de Dilbeek (vidéo)


Connaissez-vous Quiévrain ? Non ? Moi non plus. Après vérification, il s’agit d’une localité wallonne forte de quelques milliers d’habitants et située sur cette frontière franco-belge que je n’ai jamais cessé de considérer comme parfaitement inepte.

Lorsque les belgicains, les « belgolâtres », enfin, bref, les partisans (essentiellement francophones) d’une prétendue « patrie belge », créée de toutes pièces en 1830 pour répondre aux besoins des intérêts stratégiques et financiers de Londres et d’une certaine bourgeoisie francophone locale, veulent se démarquer de la France, ils évoquent un pays situé « outre-Quiévrain », tout comme l’on dirait, par exemple, outre-Rhin, à cette différence près que le Rhin, sur la carte d’Europe, c’est quelque chose, alors que Quiévrain s’apparente à un bled à peine trouvable sur une carte de Belgique. On a les références que l’on peut.

En parlant du Rhin d’ailleurs, j’aurais vu d’un bon œil, moi, la frontière française subsister sur la totalité de ses rives. Bonapartiste ? Pourquoi pas ! Pour moi, le 18 juin 1815, à Waterloo, nous connûmes une défaite, un désastre, et plus que jamais, je le clame : vive l’Empereur !

Certes, mais tout cela, me direz-vous, c’est terminé, fini, aux oubliettes, dans les poubelles de l’Histoire. D’abord, cher Monsieur, avez-vous vu le bourbier dans lequel nous sommes en Europe, en Occident, dans le monde ? Et visez un peu l’état de la France, hein, pas folichon, vous en conviendrez ? J’en conviens, j’en conviens…! Et vous vous voudriez peut-être essayer de nous fourguer en sus cette Wallonie et cette ville de Bruxelles qui ont la réputation d’être des régions sérieusement paupérisées et pas le moins du monde dynamiques du point de vue économique, des gouffres, des tonneaux des Danaïdes, des assistées éternelles, des dévoreuses d’aides européennes qui, à peine versées, disparaissent comme neige au soleil, englouties dans des projets aussi mégalomaniaques qu’inutiles, telle votre gare de Liège, là, complètement démentielle, un aéroport que vous avez bâti, pas une gare de chemin de fer, non ! Et où, je vous le demande ? Quelque part sur la Meuse, perdu on ne sait où dans l’ancienne Germanie inférieure ! Soit, je vous l'accorde !

Je n’essaie d’ailleurs pas de vous filer ma camelote, que nenni ! Partisan du rattachement à la France de toutes les communes de Belgique majoritairement francophones, ma foi, je l’ai été. Je le suis même encore. Du moins, théoriquement. Eh bien oui : voyez-vous encore la France, dans l’état qui est le sien, et quand bien même cela en vaudrait encore la peine, se lancer dans l’aventure d’une révision de frontière ? Non, et certainement pas avec Kouchner, bien plus préoccupé par l'Afrique et les Caraïbes. En outre, l’état de délabrement de Bruxelles et de la Wallonie, avec leur moyenne de 20 % de chômeurs, aura tôt fait de vous convaincre qu’il s’agit là de cadeaux bien empoisonnés. De l’assistanat, encore de l’assistanat, me hurlera-t-on aux oreilles, nous n’en voulons pas ! Oui, d’accord, j’ai bien compris…!

Mais alors quoi, Monsieur, vous n’êtes donc pas belge, vous ne vibrez pas aux accents de la Brabançonne, vous ne vénérez point le drapeau et la monarchie belges ? Voilà, c’est ça, vous avez tout compris ! Je n'ai de belge que ce qu'il y a d’écrit sur mes papiers d’identité, rien de plus ! Ha mais qu’êtes-vous alors ? Gallique, Mesdames et Messieurs, parfaitement ! Référence communautaire pure souche et absolument pas nationaliste, ni régionaliste ! Gallique, c’est-à-dire Occidental de langue et de culture françaises, compatriote de tous les Occidentaux de langue et de culture françaises, qu’ils soient du Québec ou de Romandie, de Bruxelles ou de Picardie, de Paris ou de Wallonie ! Faudra que je vous parle un jour de l’approche « communautariste » telle qu’on l’entend « outre-Quiévrain », mais tel n’est pas mon propos aujourd’hui, cela nous mènerait bien trop loin.

Mais dites donc, indécrottable incivique, nous direz-vous au moins d’où vous vient ce rejet si tenace de ce qu’aucuns croient, de toute évidence naïvement, être votre patrie nationale ? Ha là, pour que vous me compreniez et que vous compreniez bien la vidéo délirante de surréalisme qui va suivre, faut tout de même que je vous explique le mælstrom dans lequel nous vivons, « outre-Quiévrain ». Je vais essayer de ne pas faire long, de ne pas vous saouler avec nos fondamentales inepties ; ça ne va pas être facile, autant vous prévenir.

La Belgique est un État fédéral composé de trois régions (Région de Bruxelles-Capitale, Wallonie, Flandre) et de trois communautés (francophone, néerlandophone, germanophone). La communauté française (car oui, on la nomme ainsi), rassemble les francophones de Bruxelles et de Wallonie ; la communauté flamande rassemble les néerlandophones de Bruxelles et de Flandre ; la communauté germanophone regroupe les 60 000 germanophones présents dans l’est de la Wallonie, du côté d’Eupen et Malmédy. Ok, vous suivez toujours ?

Au cœur de ce dispositif géopolitique tordu, il y a Bruxelles. Vous aurez remarqué que les deux principales communautés de Belgique sont représentées dans cette région qui apparaît donc comme la seule région bilingue français-néerlandais de l’État belge. Et c’est là que les Romains s’empoignent. La région de Bruxelles, composée en outre de 19 communes distinctes, compterait 85 % de francophones et 15 % de néerlandophones (encore que l’immigration et la présence de nombreux eurocrates a considérablement bouleversé la donne démographique de la ville, mais soit, je simplifie, sinon vous n'allez plus rien y comprendre).

Le territoire de la région de Bruxelles est enclavé dans le territoire qui relève administrativement de la Flandre. Autrement dit, pour sortir de Bruxelles, vous devez forcément passer par le territoire flamand. Mais où diable est le problème, me direz-vous, on n’est tout de même pas dans le Berlin-Ouest de la « Guerre froide » ! Non, certes, pas tout à fait, heureusement, mais il y a un peu de ça quand même, car le voici, le problème.

La Flandre considère que la région de Bruxelles lui appartient historiquement et qu’elle est même sa capitale. En revanche, les Bruxellois, qui ne comptent parmi eux qu’une minorité de néerlandophones, considèrent, soit que Bruxelles a droit à son autonomie, notamment en tant que « capitale de l’Europe », soit qu’elle appartient de fait à la Francophonie et n’a donc rien à faire en Flandre. En réponse aux visées annexionnistes flamandes, les Bruxellois revendiquent en outre le droit à l’extension de leur ville aux communes périphériques, administrativement flamandes, mais dont certaines sont peuplées de nombreux francophones, parfois même très majoritairement (ex. : la commune de Linkebeek). Pour votre information, sachez que la périphérie de Bruxelles n’a rien de commun avec certaines banlieues françaises « sensibles », mais constituent, bien au contraire, un havre de bourgeoisie prospère.

Pour compliquer encore ce tableau enchevêtré, sachez que les francophones de certaines communes flamandes périphériques (six en tout) se sont vu accorder des « facilités linguistiques ». Celles-ci sont toutefois largement remises en question par la Flandre aujourd’hui qui craint, par-dessus tout, l’extension de Bruxelles et des populations francophones sur son territoire. Aussi, pour endiguer ce qu’elle considère comme une menace pour sa survie culturelle, la Flandre tente-t-elle d’interdire l’usage du français sur son territoire, et particulièrement dans les communes de la périphérie de Bruxelles, ce qui aboutit, l’on s’en doute, à des situations aussi burlesques qu’ubuesques.

Certains me diront que je ne peux qu’exagérer, que l’on ne peut avoir eu l’idée saugrenue d’installer la « capitale de l’Europe » (j’insiste sur les guillemets puisqu’il ne s’agit évidemment que de la capitale de l’ « Euromarket », mieux connu sous la dénomination surréaliste d’ « Union européenne ») dans un tel champ de betteraves, que tout cela paraît parfaitement fantaisiste. Bien plus que vous ne le pensez, croyez-moi, preuve à l’appui.

Parmi les communes flamandes de la périphérie de Bruxelles les plus acharnées à endiguer la marche de la langue française, l’on trouve la commune de Dilbeek. Or, il y a quelques jours, l’humoriste et imitateur wallon, François Pirette, a piégé téléphoniquement des fonctionnaires de cette commune, en se faisant passer pour un diplomate africain installé à Paris, unilingue francophone et soucieux de trouver, pour un collègue, un logement sur le territoire de la commune de Dilbeek.

Voici la vidéo. Jugez vous-même du délire. Bon amusement !

Veuillez installer Flash Player pour lire la vidéo

Comme quoi, la réalité dépasse souvent la fiction, et Michel Colucci, fils d’un émigré italien nommé Honorio Colucci, ce Coluche donc, qui a popularisé les « blagues belges » en imitant fort mal un accent bruxellois (et non belge) qu'il ne connaissait guère, n’avait peut-être pas autant d’imagination et d’originalité qu’on l’a dit.

Pour en savoir plus sur un sujet, rien de tel que de remonter jusqu’à sa source : je viens de le démontrer.


Éric Timmermans, Bruxelles

lundi 22 mars 2010

Ils ont Free, ils sont tous complices ?

Avec l’attribution de la quatrième licence mobile à Free, les e-sprits du web se sont échauffés : « Enfin un opérateur qui va respecter ses clients ! » Et pourtant, en y regardant de plus près, on peut se poser quelques questions : la formidable communauté de Free est-elle si indépendante qu’elle le prétend ? Ses zélotes ont-ils joué un rôle dans l’attribution de la quatrième licence au nouvel entrant et si oui, lequel ? Enfin, Free aurait-il quelque chose à cacher à ses futurs clients quand il avance ainsi masqué ?


Rodolphe

Connaissez-vous Rodolphe ? C’est le personnage emblématique de Free, qui compte plus de 400 000 fans sur sa page Facebook. Devenir client chez Free, c’est donc devenir ami avec Rodolphe et rentrer dans une grande communauté qui compte de nombreuses associations avec beaucoup de gens pour vous aider quand vous avez un problème avec votre freebox... Mais regardons ce qui se cache derrière cette jolie façade.


Indépendance ?

Dans un article du Nouvel Observateur sur « les bénévoles de Free », on peut lire que Xavier Niel chouchoute ses associations, parce que, nous dit le journaliste, « [i]l a compris depuis longtemps que c'était aussi cela qui permettait à l'entreprise d'avoir des frais de pub réduits au minimum. » Cette citation a fait tilt : serait-il possible que Free instrumentalise les membres de sa communauté ? Pourtant, si l’on en fait le tour, les deux mots qui semblent de mise sont « indépendance » et « bénévolat ».


Des newsletters « trop subjectives »

Aduf : derrière cet acronyme se cache l’association des utilisateurs de Free, association on ne peut plus proche de Xavier Niel, puisqu’elle a choisi de domicilier son siège social au 8, rue de la Ville-L’Évêque (Paris 8e), ce qui n’est rien d’autre que… l’adresse de Free. En fait, l’Aduf a été créée par des salariés et des administrateurs de Free. Angélique Berge est à la fois présidente d’honneur de l’Aduf et dirigeante de la société Centrapel, une filiale du Groupe Iliad, la maison-mère. Parmi les membres fondateurs de cette association, cinq travaillent chez Free. Or, si Free ne se cache nullement de cette proximité, cela a pu avoir des conséquences étonnantes : ainsi, en janvier 2006, l’équipe qui animait le forum a claqué la porte en dénonçant une association qui ne prenait pas suffisamment en compte l’intérêt des freenautes et envoyait des newsletters « trop subjectives ». Si certaines associations semblent clairement indépendantes, comme l’association de consommateurs Freeks, on peut se poser des questions pour d’autres telles que FreeNews, très visible sur le site de l’Aduf et dont le fondateur Olivier Rosello est aussi membre fondateur de l'Aduf.


« Tentacule »

Si l’on ne peut en vouloir à Free d’avoir su s’entourer de communautés hybrides, on peut cependant se demander si ce modèle économique est sain. Car pour quelles raisons Free s’amuse-t-il ainsi à utiliser les internautes ? L’UFC-Que choisir avait déjà dénoncé le faux forum de l’Aduf en soulignant que d’après l’article 18 des statuts de l’association, « Iliad siège au bureau de l’Aduf » et « respecte sa liberté de décision » et sa « liberté d’action », du moins « tant que ces libertés ne sont pas contraires aux intérêts d’Iliad. » Aussi, de nombreux internautes se sont vu attaquer par Free. Il suffit de se rendre sur le forum « Poursuivi par free.fr — Pas de panique » pour se rendre compte du rôle peu clair que joue l’Aduf auprès des internautes. Ainsi, comme le souligne l’un des membres de ce forum, l’une des raisons pour lesquelles Free a créé l’Aduf est celle-ci : « [l]a troisième est celle qui correspondrait le plus à l'esprit du groupe Iliad. La création d'un tentacule supplémentaire, utilisant la vitrine respectable d'une association "loi 1901". Cette stratégie consisterait à occuper un espace avant qu'il ne soit rempli par une autre association. Il vaut mieux gérer soi-même ses clients mécontents plutôt que de laisser les autres le faire ou pire, les voir se rassembler dans une réelle association. » Aussi, il semble bien que l’Aduf ait le procès en diffamation facile, y compris pour les freenautes qui font des tentatives d’humour.


Un peu de transparence

Alors que Free rentrera très prochainement dans l’univers fermé de la téléphonie mobile, on pourrait s’attendre de sa part à un peu plus de transparence. En effet, comment être crédible si l’on sait que la communauté des utilisateurs est manipulée par une pseudo-association avec des forums bidons ? Comment faire confiance au nouvel opérateur qui affirme qu’il va révolutionner le monde et les pratiques de la téléphonie mobile en France si l’on ne peut déjà pas faire confiance au fournisseur d’accès qui veut bien débattre avec les utilisateurs sur les forums, sauf quand ceux-ci commencent à dire du mal de lui ? Voilà toute une série de questions à laquelle il faudra que Free réponde.


Roman Bernard


 Ils ont free, ils sont tous complices ?

Pas de société sans tradition

Merci à Amel.

[A]u XIXe siècle, en prenant position [...] consciemment contre la tradition et pour l'innovation radicale, l'idéologie libérale du changement social a systématiquement échoué à établir des liens sociaux et d'autorité considérés comme allant de soi dans les sociétés antérieures ; elle a de ce fait créé des vides [...].


Eric Hobsbawm, L'invention de la Tradition (1983)

vendredi 19 mars 2010

Tous les chemins mènent à Médine

Train : Bertrand pour un espace « femmes »

Le secrétaire général de l'UMP, Xavier Bertrand, plaide dans un entretien au quotidien Métro pour un « espace dans les trains de banlieue » réservé aux femmes, une proposition de l'UMP francilienne qui a fait polémique en début de campagne.

« Si nous parlons [sécurité] pendant ces élections, c’est parce que la région a un pouvoir de décision important en la matière », déclare Xavier Bertrand qui reprend la proposition controversée de la tête de liste UMP de Seine-Saint-Denis, l'officier de police Bruno Beschizza. Il s'agit « de réserver un espace dans les trains de banlieue où les femmes seraient mieux protégées », rappelle Xavier Bertrand. « Ça a fait sourire les observateurs, mais pas les femmes concernées », ajoute-t-il.

« La sécurité n’est pas une priorité seulement pour l’UMP : c’est une priorité pour tous les Français », insiste-t-il en rappelant une proposition phare du programme de la majorité pour ces régionales, la généralisation de la vidéo-surveillance dans les gares, les transports et aux abords des lycées.

(Source)


C'est donc au nom de la légitime protection de la sécurité des femmes que le chef du parti « conservateur » propose de satisfaire une revendication des islamistes : la séparation des hommes et des femmes dans l'espace public. Ce type d'attitude a un nom.

La dhimmitude.

mardi 16 mars 2010

Débat sur l’islam : ni amalgame xénophobe, ni candeur « islamolâtre », par Éric Timmermans

« La bataille contre le voile islamique n’est que le début d’une guerre ouverte contre les intégristes, dont l’issue dépendra de notre capacité à les disqualifier des institutions publiques, y compris de l’école. Si l’on perd cette manche, l’islamisme en sortira plus fort et plus revendicateur. »

(Ma vie à contre-coran — Une femme témoigne contre les islamistes, Djemila Benhabib, VLB éditeur, 2009, p. 78).


Par la revue de presse internationale consacrée au djihad et à l’islam militant, qui sera publiée à la suite du présent article dans les semaines à venir, nous avons voulu sortir de l’habituel carcan manichéen de l’affrontement « Djihad VS McWorld », qui a tendance à dominer le débat sur l’islam dans nos sociétés occidentales, et nous avons également voulu démontrer que le problème posé par l’islamisme, par l’islam idéologique donc, qu’il soit ou non de nature violente, ne se limite pas à une opposition, réelle ou supposée, entre deux civilisations, mais constitue, dans les faits, un problème universel.

Aussi avons-nous voulu réaliser un tour d’actualité des différentes lignes de fracture civilisationnelles sur lesquelles l’islam idéologique s’oppose, avec violence ou non, à d’autres croyances et philosophies, qu’elles soient chrétienne, juive, hindoue, bouddhiste ou athée. Il s’agit donc, non pas de diaboliser l’islam en tant que religion, en tant que croyance personnelle, en tant que démarche spirituelle individuelle, en tant que mystique, mais bien de souligner le danger universel que représente l’instrumentalisation politique ou/et militaire de cette religion pour tous les penseurs libres, athées, incroyants, de même que pour les adeptes des autres religions et croyances de cette planète.

Nous n’aborderons donc pas, dans notre revue de presse, la question des conflits intra-musulmans, ni celle des grands dossiers internationaux du moment, afghan, pakistanais, iranien ou irakien, ou alors très brièvement, à propos d’un détail de ces situations qui, dans leur globalité, méritent chacune plus qu’un simple articulet. Nous nous sommes également refusé à nous livrer à un décompte des morts de ces différents conflits, à l’exemple d’une presse officielle qui semble avoir élevé ces calculs morbides au rang de substitut à l’analyse géopolitique profonde et permanente qui devrait constituer la norme dans une presse de qualité, comme c’était encore le cas, il y a maintenant plus de vingt ans, avant l’imposition du règne du « politiquement correct » et de l’info « people » et « proximiteuse ».

L’islam est, avec le christianisme, l’une des deux grandes religions prosélytes de notre univers. Certes, me rétorquera-t-on, mais il convient néanmoins d’opérer nombre de distinctions entre l’islam et le christianisme. Nous n’en doutons guère, répondrais-je, mais nous éviterons toutefois de nous engager dans ce débat, car tel n’est pas le propos de cette revue de presse. Bornons-nous à constater qu’il convient de distinguer les religions prosélytes, d’une part, dont l’islam est de loin la plus active aujourd’hui, des religions enracinées, d’autre part, qui ne pratiquent pas (ou très peu) la conversion, tels que le judaïsme et l’hindouisme. Dans ce très schématique tableau du paysage religieux universel, le bouddhisme occupe une place particulière. Bien qu’étant à vocation universelle, tout comme l’islam et le christianisme, le bouddhisme ne pratique pas le prosélytisme agressif, du point de vue de la doctrine bouddhique, cela n’aurait d’ailleurs aucun sens. Nous excluons évidemment de ces remarques les innombrables dérives sectaires plus ou moins marginales.

Ainsi donc, maintenant que nous venons de désigner expressément l’islam comme une religion à vocation universelle et donc comme une religion prosélyte, qui vise à convertir et à s’étendre aux non-musulmans, est-on en droit de considérer l’islam comme une religion fondamentalement expansionniste ? Bien entendu. L’islam, ou si l’on préfère l’islamisme, c'est-à-dire la forme idéologique de l’islam, fait aujourd’hui preuve d’expansionnisme tout comme le christianisme le fit jadis — et encore sous certaines formes aujourd’hui d’ailleurs — à l’époque coloniale, par exemple, où lors de l’évangélisation des païens polythéistes en Europe. Cela constitue une réalité historique indéniable.

Dans chaque religion, il convient toutefois de distinguer deux aspects fondamentaux : l’aspect spirituel et l’aspect idéologique. Et l’islam ne fait pas exception. Le premier vise à une réflexion individuelle sur la place de l’être humain dans l'univers, sur la mort, sur la vie, sur le pourquoi de l’existence, se place sur un plan métaphysique et correspond à une démarche personnelle et légitime relevant exclusivement de la sphère privée. Le second, par contre, se place clairement sur un plan physique, matériel, et vise non pas à la démarche spirituelle individuelle mais bien au contrôle politique, au pouvoir temporel, à la domination et à l’asservissement d'autrui, à l’expansionnisme planétaire, à la pénétration de la sphère publique, a priori ouverte à tous, par une forme religieuse unique présentée comme seule détentrice de la Suprême Vérité.

En islam, le terme de djihad, qu’en Occident nous assimilons désormais exclusivement, mais en partie improprement, à la notion de « guerre sainte », permet de distinguer ces deux approches, individuelle ou expansionniste, de la religion. À l’origine, le terme de djihad signifie en réalité « effort » et même plus précisément « effort sur soi ». Selon Mahomet lui-même, le vrai « combattant » est celui qui livre combat à lui-même et à ses propres travers en vue d’un perfectionnement dans la voie de Dieu, c’est al-Djihad al-Akbar, c’est-à-dire la « Grande Guerre » introspective. Mais force est de constater qu’aujourd’hui, cette approche ardue du djihad est largement occultée par al-Djihad al-Asghar, la guerre, au sens littéral du terme, doublée d’une intention avouée ou inavouée de prosélytisme, c’est-à-dire la « guerre sainte » : il est évidemment plus aisé de se donner bonne conscience et de se prétendre supérieur en stigmatisant et en essayant d’asservir autrui que de se livrer à une profonde critique de son être profond. Il va sans dire que, dans le cadre de cette revue de presse, nous utilisons les termes de djihad et de « djihadisme » dans leur acceptation militariste, politique et mesquine, et non dans celle d’une louable démarche spirituelle intérieure. (Info. : Dictionnaire des symboles musulmans, Malek Chebel, Albin Michel, 1995, p. 140).

L’Occident commet l’erreur de vouloir distinguer un « islam modéré » d’un « islam radical », alors qu’il devrait plutôt distinguer un islam spirituel, à vocation strictement individuelle et introspective, celui du al-Djihad al-Akbar, d’un islam idéologique, prosélyte et dominateur, celui du al-Djihad al-Asghar, à vocation publique, politique, sociale et par trop temporelle. L’on peut paraître « modéré » et travailler activement à la réalisation d’une société entièrement régie par la loi islamique, tout comme on peut être « radical » en pratiquant, par exemple, une sévère ascèse strictement individuelle et basée sur les préceptes du Coran. Le terme d’ « islamisme » ne devrait donc pas servir à désigner l’« islam radical », terme vagues et imprécis, mais bien l’islam idéologique, sous toutes ses formes, même apparemment modérées, qui, empiétant sur le domaine de la sphère publique, n'est, dans le contexte de la séparation des pouvoirs temporel et spirituel, évidemment pas compatible avec la tradition occidentale.

À ce sujet, je voudrais d’ailleurs me livrer à une petite digression. Récemment, lors d’une soirée, nous étions quelques-uns à évoquer les risques de dérive totalitaire susceptible d’émaner de n’importe quel pouvoir politique et de n’importe quelle idéologie. J’affirmai que la démocratie n’échappait pas au danger de ce genre de dérive et que l’on pouvait même voir, dans la « pensée unique », dans le « politiquement correct », les prémisses d’une certaine dérive totalitaire. L’on me répondit que cela ne pouvait être, car dans nos démocraties rien ne pouvait être comparé à la violence qui caractérise les totalitarismes communiste et nazi, par exemple. C’est là confondre les moyens et le but. Ce qui caractérise le totalitarisme n’est pas la violence, celle-ci n’étant qu’un moyen et non une fin en soi, mais la volonté de contrôler les esprits. Le régime totalitaire qui parviendrait à s’imposer sans user de violence n’en serait pas moins totalitaire. Et il nous faut retenir cela dans notre combat contre l’islamisme : ce qui le caractérise ce n’est pas la violence physique ou verbale mais sa volonté de s’imposer sans partage, y compris par l’apparence de modération et de dialogue.

Après avoir opéré une première distinction entre religions prosélytes et religions enracinées, et après avoir distingué ce qui dans la religion, et en l’occurrence dans la religion islamique, relève de la démarche spirituelle individuelle islamique et ce qui relève du prosélytisme temporel islamiste, nous allons à présent relever quelques formes différentes de l’islam idéologique. Par les termes d’islam califatiste, l’on désigne la volonté islamiste d’expansion universelle et, concrètement, le projet islamiste d’établissement d’un « califat universel ». Par les termes d’islam djihadiste l’on désigne les dérives militaristes et terroristes de l’islamisme. Par les termes d’islam politique on désigne, bien évidemment, les actions islamistes visant à s’emparer du pouvoir politique, ce qui n’est pas compatible, nous le répétons, avec la règle occidentale de séparation des pouvoirs temporel et spirituel. Par les termes d’islam militant l’on désigne la volonté islamiste d’empiéter sur le domaine de la sphère publique, non seulement d’un point de vue politique, mais également par les biais économique, financier, social, associatif, culturel.

Il ne s’agit donc pas pour nous d’appeler à la croisade contre l’islam en tant que choix spirituel librement consenti — et nous insistons sur ces derniers termes qui excluent bien évidemment toute forme d’imposition d’un arbitraire religieux à un individu, homme ou femme, vivant sur le sol d’Occident, et cela quelle que soit son origine — et comme démarche religieuse individuelle, mais bien de rejeter et de combattre l’islamisme en tant qu’idéologie politique prosélyte.

À ce sujet, précisons que les islamistes ont su subtilement, par les termes désormais courants d'« islamophobe » et d’« islamophobie », opérer une confusion entre les notions de xénophobie anti-musulmane — l’on ne peut parler de « racisme » dans le cas d’une appartenance religieuse — et de critique de l’islam en tant qu’idéologie politique : tout qui rejette l’islam en tant que vérité idéologique et religieuse incontestable serait donc un « islamophobe » qui hait tous les musulmans. Cette approche tronquée est, en outre, largement relayée par certains milieux politiques et sociaux, particulièrement enracinés à gauche du spectre politique et faisant preuve à grande échelle d’une sotte candeur « islamolâtre », celle-ci ne servant en rien une meilleure connaissance de la spiritualité islamique mais faisant par contre clairement le lit de l’islamisme prosélyte. Faut-il préciser que dans leurs choix politiques, ces gens, à travers l’Histoire, n’ont jamais cessé de faire erreur ?

Or, du point de vue du droit à la liberté d’expression qui prévaut en Occident, toute religion, surtout lorsqu’elle prétend de manière illégitime à un rôle social et politique, est évidemment critiquable. Il n’y a donc pas à stigmatiser ni à condamner ceux qui souhaitent critiquer l’islam, et moins encore à accepter qu’ils le soient. En clair, ce que l’on dit, écrit et dessine à propos, par exemple, de l’Église catholique, doit également pouvoir être dit, écrit et dessiné à propos de l’islam. Si cette liberté de parole gêne certains, ma foi, nous ne saurions trop leur conseiller de partir à la recherche de cieux à leurs yeux plus cléments. Si la xénophobie anti-musulmane, c'est-à-dire le rejet d’une personne du seul fait de son appartenance religieuse — oserais-je, pour la désigner, user du néologisme « muslimophobie » ? — est évidemment condamnable, l’anti-islamisme, lui, c'est-à-dire le refus de l’islam idéologique, est parfaitement légitime dans un contexte démocratique. Le concept d’ « islamophobie » qui établit un dangereux amalgame entre ces deux notions doit, lui, par contre, être impérativement abandonné.

Nous ne combattons pas les peuples musulmans, ni la démarche spirituelle islamique, mais bien une idéologie politique, l’islamisme, absolument incompatible avec les notions occidentales de séparation des pouvoirs temporel et spirituel, de même qu’avec la liberté d’expression chèrement acquise au cours de luttes menées, à travers les siècles, contre d’autres obscurantismes. Et il va sans dire que nous sommes solidaires des autres peuples, des autres cultures, des autres civilisations et des musulmans eux-mêmes, de même que des musulmans qui ont fait le choix de se détourner de l’islam, engagés dans ce même combat. C’est-ce que nous tentons d’exprimer par cette revue de presse.

Éric Timmermans


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